‹ Correspondance militaire; extraite de la correspondance générale et publiée par ordre du Ministre de la Guerre (volume 2)Chapitre 26 sur 70 · AU ROI JOSEPH, LIELTEXANT GENERAL DE L'EMPEREIR, A PARIS · texte numérisé non relu

AU ROI JOSEPH, LIELTEXANT GENERAL DE L'EMPEREIR, A PARIS

Xogent, 9 février 1814, deux heures après midi.

Mon Frère , je pars pour me rendre à Sézanne , et j'espère demain attaquer l'armée de Silésie. J'ai ordonné au général Alilhaud, que vous avez envoyé à la Ferté-sous-Jouarre, de pousser sur Montmirail, où Sacken se trouve avec une quinzaine de mille

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hommes. Je débouche sur lui parSézanne et ChampauherL Si cette opération a un succès complet, la campagne peut se trouver décidée.

Voici les dispositions que j'ai faites, et qu^il importe que vous connaissiez. Je laisse à Xogent le duc de Bellune avec ses deux divisions, la division du général Gérard et le o" corps de cavalerie du général Milhaud. Cela forme un corps d'infanterie, cavalerie, artillerie de 14 à 15,000 hommes; il a ordre de défendre les hauteurs de Pont-sur-Seine, la ville de Xogent, qne j'ai fait barricader, et enfin, si toute l'armée de Schwarzenberg venait déboucher sur lui et qu'il ne put défendre Xogent, de faire sauter le pont et de prendre position sur la rive droite.

Le grand parc, le quartier général de l'intendant et la plus grande partie de ma maison prennent position à Provins, sous l'escorte de la division de jeune Garde du général Rottembourg.

Le duc de Reggio commande le 7® corps composé des vingt-six bataillons qui viennent d'Espagne et de Bordeaux. Une de ses divisions est à Provins ; l'autre sera ce soir et demain à Xangis; il tient son quartier général à Provins. La division Rottembourg et tout le quartier général sont sous sa garde. La division de garde nationale qui est à Alontereau et Sens, le général Pajol , la défense delà Seine à moitié chemin de Xogent à Bray, Bray, Pont-sur-

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Yonne, Sens, et en seconde ligne Moret, \emours, Montargis , jusqu'à la Loire , sont sous les ordres du duc de Reggio. Je compte que les deux divisions d'Espagne, augmentées de tous les bataillons de Bordeaux, forment 12,000 hommes; Pajol doit avoir 2,000 hommes de cavalerie; les gardes nationales de Alontereau doivent former 6,000 hommes; la division Rottembourg est de 4,000 hommes : le duc de Reggio a donc la valeur de 25,000 hommes dans les mains. Si Farmée de Schwarzenberg, qui est à Troyes, marche sur Sens et Pontsur-Yonne, négligeant Xogent ou seulement le masquant, ou si, après Tavoir forcé, il jette le duc de Bellune sur la rive droite, dans toutes ces hypothèses , le duc de Reggio, soutenu du duc de Bellune, se portera, si le mouvement de Tennemi est sérieux , sur l'Yonne , sur Alontereau , où il réunira toutes ses troupes.

Prévenu que le grand mouvement offensif de l'ennemi est sur Fontainebleau , vous aurez le temps de garnir les ponts de Corbeil et de Choisy, et de faire marcher nos réserves sur Aloret et le Loing.

Si je réussis en deux ou trois jours à écraser l'armée de Silésie, je déboucherai sur Xogent ou sur Montereau. Je pourrai, avec vos réserves, avoir 80,000 hommes et donner aux affaires une tournure inattendue.

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Mon armée est donc divisée en trois corps:

Corps agissant sous mes ordres. — Il est composé de deux divisions de la vieille Garde , 8,000 hommes ; de deux divisions de la jeune Garde , qui sont avec le prince de laMoskova, 6,000 hommes; du corps du duc de Raguse , 6,000 hommes; total 20,000 hommes d'infanterie; de la cavalerie de la Garde, 6,000 hommes; du P' corps de cavalerie, 2,000 hommes; de la cavalerie du général Defrance , 2,000 hommes; total, 10,000 hommes de cavalerie. J'ai donc sous mes ordres, 30,000 hommes et environ cent vingt pièces de canon. On évalue les généraux York , Blùcher et Sacken de 40 à 45,000 hommes. Mais le duc de Tarente doit occuper au moins 5,000 hommes : je serai donc 30,000 contre 40,000, proportion qui méfait espérer du succès.

Le point d'appui de mon corps est , ce soir, à Sézanne , et son mouvement sur les routes de Alontmiraii et de Château-Thierry.

Corps du centre. — Le duc de Bellune , comme j'ai dit , avec 14,000 hommes.

Corps de droite. — Le duc de Reggio, comme j'ai dit, avec 25,000 hommes.

La totalité de mes forces est ainsi de 60 à 70,000 hommes de toutes armes, y compris le génie et l'artillerie. Je compte que j'ai affaire à 45,000 hommes de l'armée de Silésie et à 150,0U0 hom-

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mes de Schwarzenberg, mais en y comprenant Bubna et les Cosaques; de sorte que , si j'obtiens un succès sur l'armée de Silésie, et que je la mette pour quelques jours hors de la lutte, je pourrai me retourner sur Schwarzenberg avec 70 à 80,000 hommes, y compris les renforts que vous m'enverrez de Paris, et je ne pense pas qu'il puisse m'opposer sur ce point plus de 110 à 120,000 hommes. Si je ne me trouve pas assez fort pour l'attaquer, au moins le serai-je assez pour le contenir parfaitement pendant quinze à vingt jours, ce qui donnera lieu à de nouvelles combinaisons.

Il est nécessaire qu'Allent porte cette lettre aux ministres de la guerre et de l'administration de la guerre, afin que chacun sache bien ce qu'il a à faire pour son service.

Comme demain j'attaquerai l'ennemi sur ses derrières , s'il poussait sur la Ferté et sur Meaux , il n'y aurait pas d'alarmes à en concevoir.

Je n'ai pas compté dans mes ressources la division de gardes nationales de Meaux, que je suppose devoir être bientôt de 8 à 10,000 hommes.

Xapoléox.

P. S. J'ai ordonné à Saint-Germain , qui est à Meaux avec SCO hommes de cavalerie , de se porter sur la Ferté-sous-Jouarre. La division de gardes nationales armées pourrait s'y porter.

D'après l'original comm. parle cabinel de S. M. lEmpercur.

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1602. — IXSTRUCTIOXS A DO.YXER A MARMOXT POUR POURSUIVRE L'EXXEMI.

AU PRINCE DE NEUCBATEL ET DE WAGRAM , MAJOR GLXÉRAL AU QUARTIER GÉXÉRAL.

Ferme de l'Épine-au-Bois , 12 février 1814.

Mon Cousin , écrivez au duc de Raguse que Tennemi s'est retiré sur CLàteau-Thierry; que nous l'avons repoussé de tous côtés.

Qu'il marche sur Vertus; de cette ville il se décidera à marcher sur Epernay ousur Chàlons.

Que fera l'ennemi? De Château-Thierry passerat-il le pont pour se jeter sur Reims, ou voudra-t~il forcer la chaussée à Epernay pour arriver à Chàlons? Dans tous les cas, sa position me paraît bien difficile.

La cavalerie du duc de Raguse doit faire un ravage affreux sur leurs derrières, vu que leur cavalerie est en avant et que ces gens-ci ne sont pas accoutumés à voir leurs derrières compromis. Que le duc de Raguse fasse des proclamations pour que partout on se lève et les arrête; qu'il fasse imprimer ces proclamations par la première imprimerie qu'il trouvera; qu'il annonce que soixante régiments russes ont été détruits ; qu'on leur a pris 120 pièces de cauou ; que leur général en chef est tué on

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blessé mortellement- qu'il est temps que le peuple français se lève pour tomber sur eux ; que l'Empereur est à leur poursuite; qu'on arrête tous les Cosaques, tous les détachements ; qu'on coupe les ponts devant eux et qu'on arrête les bagages; qu'on ne leur donne aucuns vivres.

Si le duc de Raguse va à Epernay et que l'ennemi y vienne, le maréchal a là une belle position à prendre pour le resserrer contre la Alarne.

Napoléon.

D'après Toriginal comm. par le cabinet de S. M. l'Empereur.

1603. — AVIS DES COMBATS DE GHAMPAUBERT, MOXTMIRAU. ET CHATEAU-THIERRY. .

AD GÉ\ÉRAL CLARKE , DUC DE FELTRE , MINISTRE DE LA GUERRE, A P.ARIS

Ferme de Lumeront, 12 févriee 1814, au soir.

L'ennemi a passé la Marne à Château-Thierry et brûlé le pont ; j'ai été obligé de m'arrèter. .Je suis logé près du faubourg de Château-Thierry. J'ai enlevé aujourd'hui à l'ennemi toute son arrièregarde , composée de quatre bataillons russes, trois bataillons prussiens et trois pièces de canon. Tout a été pris, depuis le général jusqu'à la dernière voiture.

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Le nombre de pièces que nous avons prises ne doit pas s'éloigner de soixante à quatre-vingts. Le nombre de voitures est immense; les prisonniers sont 8 à 10,000. Le corps de Sacken et d'York ne doit pas être aujourd'hui de 12,000 hommes.

Les prisonniers vont êlre envoyés à Paris. Je désire que vous les fassiez entrer avec un peu de pompe et de manière que le public en soit prévenu.

Je suppose que l'ennemi se porte sur Soissons pour gagner Reims. J'ai donné ordre que Soissons fût mis en état de défense; ainsi, j'espère qu'il tiendra. L'Aisne est débordé , et ce sera un obstacle de plus pour l'ennemi. Si le mouvement des Autrichiens sur la Seine ne me rappelle pas, j'espère avoir le dernier homme de cette armée.

Si le duc de Tarente s'était porté de la Fertésous-Jouarre sur la rive droite de la xMarne, comme il devait le faire, pas un homme n'aurait échappé.

Le général Sacken a été mortellement blessé. Cette armée de Silésie était de beaucoup la meilleure armée de l'ennenii. On peut compter que les Russes ont soixante régiments d'anéantis. C'était là la consistance de leur armée, car le général Sacken avait sous ses ordres le corps de Langeron. La quantité de fusils qui se trouve sur le champ de bataille est énorme. îl faudrait envoyer de Paris des entrepreneurs et (les individus chargés spécialement de les ramasser. On a pris des vcitures chargées de fusils;

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