‹ Correspondance militaire; extraite de la correspondance générale et publiée par ordre du Ministre de la Guerre (volume 2)Chapitre 51 sur 70 · IX · texte numérisé non relu

IX

Le gouvernement appellerait, selon les circonstances, ou seulement les grenadiers, ou seulement les chasseurs, ou les grenadiers et les chasseurs, pour les mettre en activité. Si Ton avait besoin seulement de 10,000 hommes, on n'appellerait que les grenadiers, ce qui ferait quatorze bataillons qu'on solderait comme les troupes de ligne et qu'on mettrait dans les places fortes. Si les circonstances devenaient plus urgentes, on appellerait les chasseurs, ce qui doublerait les forces, et alors le département du \ord aurait 20,000 hommes pour sa défense. Si les circonstances enfin devenaient encore plus urgentes, on appellerait le reste de la garde nationale, et on aurait les quatre-vingt-quatre bataillons ou 60,000 hommes pour aider les troupes de ligne à la défense du département.

Je pense que, pour la régularité du travail, il ne faudrait point entrer dans toutes les différences de population, mais comprendre les grands départements pour deux départements, les autres pour un et demi, les autres pour un, et enfin d'autres pour un demi. Ainsi les départements qui seraient classés pour un demi ne fourniraient que vingt-quatre bataillons; ceux qui le seraient pour l'unité en fourniraient quarante-deux ; pour un et demi, soixante, et ceux qui seraient classés pour deux, quatre-vingts. On ajouterait dans le travail quatre bataillons de plus ou de moins, selon que la population approcherait

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de 600,000 hommes ou surpasserait de beaucoup ce nombre.

La garde nationale de toutes les places fortes serait mise de suite en activité. Ainsi celle de Lille, que je suppose de 6,000 hommes et qui ne devrait avoir que 1,000 grenadiers, 1,000 chasseurs et 4,000 hommes de basses compagnies, aurait tout de suite ses 6,000 hommes en activité, formant huit à dix bataillons ; de même pour Dunkerque, Calais, Boulogne et toutes les places de la Flandre. On ferait entrer en outre dans nos places les quatorze bataillons de grenadiers et les quatorze de chasseurs, ce qui donnerait deux espèces de garde nationale dans la ville : garde nationale sédentaire de la ville (grenadiers, chasseurs et basses compagnies), et grenadiers et chasseurs des campagnes.

Pour faire cette organisation, il faudrait, après avoir posé les principes, dresser un tableau qui fît connaître le nombre des bataillons que chaque sous-préfecture peut fournir. Ensuite un conseiller de sous-préfecture, un officier de gendarmerie et un officier supérieur, nommés par le général de division et le sous-préfet, formeraient un comité pour procéder à cette formation. La garde nationale se formerait par commune et canton; il y aurait de plus par département un comité supérieur nommé parle général de division, le préfet ou le conseiller de préfecture qu'il déléguerait et le ca-

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pitàine de gendarmerie. Les propositions d'officiers seraient faites par les comités de formation de sous-préfectures et approuvées par le comité du département. Par ce moyen, on aurait autant de corps de garde nationale que de sous-préfectures. Les chefs de bataillon et officiers au-dessous de ce grade seraient seuls nommés par les comités, me réserrant de nommer directement, par le canal du ministre de l'intérieur, les généraux ou colonels qui devront commander la réunion des bataillons de sous-préfectures ou des places.

Les éléments une fois formés, ce serait l'affaire d'une heure de donner, selon les localités, la formation la plus convenable à Tétat-majorde la garde nationale de chaque sous-préfecture.

Il serait convenable de poser, aujourd'hui ou demain, les principes, et de soumettre aussitôt le décret à ma signature.

Vous vous occuperez de suite de former les tableaux, d'abord du Nord et, immédiatement après, des deux départements de l'Alsace, ensuite des départements frontières de la Meuse et des Ardennes, et successivement, jour par jour, des gardes nationales dans les 16% 5% 2% 3% 4% 6% 7« et 18' divisions militaires. Ce travail fait, nous formerons ou continuerons les tableaux pour le reste de la France, c'est-à-dire pour les 14% 15% 1" et 19^ divisions, etc.

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La proportion d'un dixième de la population paraît être trop forte aux ministres. Paris, dont on peut évaluer la population à 500,000 habitants, a 25,000 gardes nationales, ce qui n'en est que le vingtième ; mais, si cela est nécessaire, on pourrait en avoir le double, 50,000 hommes, sans difficulté; j'en ai vu 60,000 au 13 vendémiaire.

2° La formation une fois faite, il faudra s'occuper de l'armement. Il serait à souhaiter qu'il appartînt aux citoyens, comme seul moyen d'avoir des armes soignées. Il faudrait exiger que tout particulier qui paye près de 50 francs de contributions payât en proportion. Ceux qui seront appelés à concourir avec les troupes de ligne pour la défense des places fortes et des postes importants des frontières seraient armés de fusils de calibre. Les basses compagnies sédentaires s'armeraient de fusils de chasse. A cela il faut joindre un projet de décret qui autorise tous les citoyens à être armés, et qui rapporte les lois contraires à cette disposition.

3° L'équipement est le troisième objet : en adoptant que l'uniforme consistera en une blouse bleue, par-dessus laquelle on mettrait une giberne noire, chacun pourrait se procurer cette blouse, il y aurait uniformité, et l'habillement coûterait peu de chose; on aurait de plus l'avantage que cette blouse, étant de toile de coton, n'enlèverait pas le coutil à l'habillement des troupes. En adoptant la giberne noire,

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cela éviterait encore d'être en concurrence avec la ligne. Ceux qui voudraient avoir un habit de garde nationale so s la b'ou^e, pour le porter hors du service, en seraient les maî'res, et ils le feraient faire à leurs frais.

Appelez à la section de Tintcrieur et de la guerre le général Dumas, qui, je crois, s'est déjà occupé de cela.

Je n'ai pas besoin de vous faire sentir combien cet objet est urgent.

J'attache une grande importance à ce que le décret de principe et l'organisation du département du Xord et des deux départements de l'Alsace puissent être faits.

D'après la minute. Archives de l'Empire.

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