CHAPITRE II
BATAILLE DE MOXTEXOTTE.
Plan de campagne de 1796.
I. Le roi de Sardaigne, que sa position géographique et militaire a fait appeler le portier des Alpes, avait en 1796 des forteresses à l'issue de toutes les gorges qui conduisent en Piémont. Pour pénétrer en Italie en forçant les Alpes, il fallait s'emparer d'une ou plusieurs de ces forteresses ; les routes ne permettaient pas le transport de l'artillerie de siège; les montagnes sont couvertes de neige les trois quarts de l'année , ce qui ne laisse que très-peu de temps pour le siège des places. Napoléon conçut l'idée de tourner toutes les Alpes et d'entrer en Italie précisément au point où cessent ces hautes montagnes et où les rlpennins commencent, comme on l'a vu dans le chapitre I". Le
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mont Blanc est le point le plus élevé des Alpes, iVoii la chaîne de ces montagnes va en s'abaissant du côté de l'Adriatique, comme du côté de la .Méditerranée, jusqu'au mont San-Giacomo, où elles finissent et oîi rommencent les Apennins , qui s'élèvent graduellement jusqu'au mont Velino, près de Rome. Le mont San-Giacomo est donc tout à la fois le point le plus abaissé des Alpes et des Apennins, celui où finissent les unes et où commencent les autres. Savone, port de mer et place forte, se trouvait placée pour servir de dépôt et de point d'appui. De cette ville à la Madonna, il y a trois milles; une chaussée ferrée y conduisait; et de la Madonna à Carcare il y a six milles, qu'on pouvait rendre praticables à l'artillerie en peu de jours. A Carcare on trouve des chemins pour les voitures, qui conduisent dans l'intérieur du Piémont et du Montferrat ; ce point était le seul par où l'on pût entrer en Italie sans trouver de montagnes. Les élévations de terrain y sont si peu de chose, qu'on a conçu plus tard, sôus l'Empire, le projet d'un canal qui aurait joint l'Adriatique à la Méditerranée par le Pô, le Tanaro, la Bormida, et un système d'écluses depuis cette rivière jusqu'à Savone. En pénétrant en Italie par Savone, Cadibona, Carcare et la Bormida, on pouvait se flatter de séparer les armées sardes et autrichiennes, puisque de là on menaçait également la Lombardie et le Piémont; on pouvait marcher sur Milan comme sur
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Turin. Les Piémontais avaient intérêt à couvrir Turin et les Autrichiens à couvrir Milan.
Motifs pour passer immédiatement le Pô après l'armistice de Cherasco et marcher sur VAdige.
IX. L'armistice conclu, et les places de Coni, Torlone et Ceva occupées, on se demanda s'il fallait aller en avant, et jusqu'où. On concevait que l'armistice qui avait fait tomber toutes les places fortes et séparé l'armée piémonlaise de l'armée autrichienne était utile-, mais ne serait-il pas désormais plus avantageux de profiter des moyens acquis pour révolutionner entièrement le Piémont et Gènes avant d'aller plus loin? Le gouvernement français avait le droit de refuser les négociations proposées et de déclarer sa volonté par un ultimatum. \e serait-il pas impolitique de s'éloigner de la France, de passer !e Tessin sans être sûr de ses derrières? Les rois de Sardaigne , qui ont été si utiles à la France tant qu'ils ont été fidèles, ont le plus contribué à ses revers dès qu'ils ont changé de politique. Aujourd'hui la disposition des esprits de cette cour ne saurait permettre la moindre illusion; les nobles et les prêtres la dominent; ils sont ennemis irréconciliables de la République. Si on avançait et qu'on éprouvât une défaite, que n'aurait-on pas à redouter
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de leur haine et de leur vengeance? Gènes même devrait donner de grandes inquiétudes. Le système de roligarchie y domine toujours, et, quelque nombreux que puissent s'y trouver les partisans de la France, ils demeurent sans influence dans leurs décisions politiques. Les bourgeois de Gènes peuvent bien déclamer, mais là se borne tout leur poucoir; les oligarques gouvernent, ils commandent aux troupes et disposent de 8 à 10,000 paysans des vallées de Fontana-Buona et autres, qu'ils appellent à leur défense quand ils en ont besoin. Enfin, où doit-on s'arrêter, après avoir passé le Tessin? Doit'On aussi passer l'Adda, l'Oglio, le Alincio, TAdige, la Brenta, laPiave, le Tagliamenlo, l'isonzo ? Est-il sage de laisser sur ses derrières de si nombreuses populations si mal disposées? Le moyen d'aller vite n'est-il pas d'aller doucement et de se faire des appuis dans tous les pays où l'on passe, en changeant le gouvernement et confiant l'administration à des personnes de mêmes principes et de mêmes intérêts que nous ? Si l'on se norte dans le pays de Venise, n'obligera-t-on pas cette république, qui peut disposer de 50,000 hommes, à prendre parti pour l'ennemi?
On répondait à cela : L'armée française doit profiter de sa victoire; elle ne doit s'arrêter qu'à la meilleure ligne de défense contre les armées autrichiennes qui ne tarderont pas à déboucher du Tyrol
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et du Frioul. Celte ligne , c'est TAdige : elle courre toutes les vallées du Pô ; elle intercepte la moyenne et basse Italie; elle isole la place de Mantoue, et probablement cette place sera prise avant que l'armée ennemie soit refaite et en position de la secourir.
C'est pour avoir méconnu ce principe que le marécbal de Villavs manqua tout le but de la guerre en 1733. Il était à la tète de 50,000 hommes réunis au camp de Vigevano en octobre; n'ayant pas d'armée ennemie devant lui, il pouvait se porter où il voulait. 11 se borna à se tenir en observation sur rOglio, à cheval sur le P6 ; ayant ainsi perdu l'occasion, il ne la retrouva plus : trois mois après, !\Iercy arriva dans le Serraglio avec une armée. Le maréchal de Coigny, quoique à la tète d'une armée très-supérieure pendant toute la campagne de 1734-, et victorieux dans deux batailles rangées , celles de Parme et de Guastalla , ue sut tirer ancun parti de tant d'avantages; il manœuvra alternativement sur les deux rives du Pô. Si ces généraux avaient bien connu la topographie de l'Italie, dès le mois de novembre Villars eût pris position sur l'Adige, interceptant ainsi toute l'Italie, et Coigny eût profité de ses victoires pour s'y porter à tired'aile.
Sur l'Adige on a le moyen de pourvoir à toutes les dépenses de l'armée , parce qu'on en fait partager
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le poids à une grande population : à celle dn Piémont, de la Lombardie, aux légations de Bologne, Ferrare, aux duchés de Parme et de Alodène. On craint de roir Venise se déclarer contre la France? Le meilleur moyen de Tempècher, c'est de porter en peu de jours la guerre au milieu de ses Etats; elle n'est point préparée à un pareil événement; elle n'a point eu le temps de faire des levées et de prendre des résolutions; il faut empêcher le sénat de délibérer. Si l'armée reste sur la rive droite du Tessin, les Autrichiens forceront cette république de faire cause commune avec eux, ou elle-même se jettera dans leurs bras, influencée par l'esprit de parti. Le roi de Sardaigne n'est plus à craindre : ses milices sont congédiées; les Anglais vont cesser leurs subsides; les affaires intérieures y sont dans le plus mauvais état. Quelque parti que prenne la cour, les mécontents s'accroîtront; après la fièvre vient la faiblesse. 15 à 18,000 hommes sont toutes les forces qui lui restent; disséminés dans un grand nombre de villes, ils suffiront à peine à maintenir la tranquillité intérieure. D'un autre coté, le mécontentement de la cour de Vienne contre le cabinet de Turin ira en croissant; elle lui reprochera qu'à la première bataille perdue il a désespéré de la cause commune. Ce n'est pas ainsi qu'avait agi en 1705 Victor-Amédée, après la victoire que Vendôme remporta à Cassano, où le prince Eugène fut acculé sur
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les bords du lac d'Iseo, où trois armées françaises envahirent tous ses États, même le comté de Xice; il ne lui restait plus que Turin, et cependant il tint ferme, persista dans son alliance avec l'Autriche. II en fut récompensé l'année suivante | ar la bataille de Turin, où il reconquit tous ses Etats, en conséquence de cette marche si audacieuse du prince Eugène que la fortune se plut à couronner d'un si grand succès.
Les oligarques de Gênes ne sont pas à craindre; la meilleure garantie contre eux, ce sont les profits immenses qu'ils recueillent de leur neutralité. On veut propager les principes de la liberté en Piémont et à Gênes : il faut allumer la guerre civile*, soulever le peuple contre les nobles et les prêtres; on devient responsable des excès qui accompagnent toujours une pareille lutte. Arrivée au contraire sur l'Adige, Tarmée sera maîtresse de tous les Etats de la maison d'Autriche en Italie et de tous ceux du Pape en deçà de l'Apennin, en position de proclamer les principes de la liberté et d'exciter le patriotisme italien contre la domination étrangère. On n'aura pas Ijesoin d'exciter les divisions parmi les diverses classes des citoyens : nobles, bourgeois, paysans, tout sera appelé à marcher d'accord pour le rétablissement de la patrie italienne. Le mot ItaJia! Italia! proclamé à Hlilan, à Bologne, à Vérone, produira un effet magique. Proclamé sur la droite
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du Tessin, les Italiens diront : « Pourquoi n'avancez-YOus pas? w