CHAPITRE ÏX
PRÉCIS DES OPÉRATIONS DES ARMÉES DE SAMDRE-ET MEUSE ET DU RHIX EX ALLEMAGNE PENDANT
l'année 1796.
Observations sur les opérations en Allemagne pendant Vannée 1796.
XII. — Première observation : sur le plan de la campagne. — La mauvaise issue de cette campagne doit être attribuée au plan d'opérations adopté par le gouvernement. Le but de cette invasion en xAllemagne était : 1° faire une diversion qui empêchât le cabinet de Vienne de tirer de no^aveaux détachements de ses armées du Rhin pour en renforcer son armée d'Italie; 2° détacher les princes du Corps germanique de l'Empereur, soumettre les princes de Bade, de Wurtemberg et de Bavière, accroître la confédération de la neutralité prussienne, de la
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Saxe et des princes du \ord qui n'y avaient pas encore adhéré; 3" nourrir la guerre en Allemagne, en tirer des contributions et des chevaux, afin de réorganiser l'infanterie, la cavalerie et l'artillerie, et employer les ressources de la République à créer une armée de réserve; 4° s'emparer des forteresses d'Ehrenbreitstein , de Mayence, de Manheim et de Philippsburg, pour assurer les frontières du Rhin, et rendre disponibles, pour la fin de la campagne et pour la suivante, les troupes des blocus de ces places; 5° assurer les quartiers d'hiver des armées françaises en Allemagne et leurs positions, en s'emparant d'Ingolstadt et d'Ulm, afin de pouvoir, après la prise de Alantoue et au printemps de 1797 , attaquer de concert, du coté de l'Italie et de l'Allemagne, les Etats héréditaires.
Pour cela, il y avait deux choses à faire : 1° bloquer strictement les places d'Ehrenbreitstein et de Philippsburg, assiéger Mayence et Manheim ; 2° couvrir les sièges et blocus par une forte armée, qui portât la guerre au milieu de l'Allemagne et menaçât les Etats héréditaires. Cette forte armée aurait dû être de quatre corps, chacun de trois divisions d'infanterie, plusieurs brigades de chasseurs et bus sards et une réserve de grosse cavalerie, formant 140 à 150,000 hommes.
L'armée d'observation sur le Rhin devait être forte de trois corps, de sept divisions d'infanterie,
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plusieurs brigades de cavalerie, en tout 60,000 hommes; gardant avec son premier corps, fort de deux divisions, la Hollande, Dùsseldorf, et bloquant Ehrenbreitstein; avec son deuxième corps, fort de trois divisions, elle devait assiéger Mayence; avec son troisième corps, de deux divisions, bloquer Philippsburg et Alanhëim, garder Kehl et la tète de pont de Huningue; total général des deux armées, 200 à 210,000 hommes.
Ces troupes existaient : les armées du Rhin et de Sambre-et-Meuse, au commencement de la cau.pagne, étaient de 160,000 hommes; l'armée de Hollande, 30,000; on pouvait tirer 20,000 hommes de la Vendée et de Fintérieur de la France, où ils n'étaient pas nécessaires; total, 210,000 hommes.
La tranchée devant Mayence devait être ouverte le lendemain du jour où la place aurait été bloquée. Juin, juillet, août, septembre, étaient suffisants pour prendre cette place, et il était même possible qu'avec le même équipage de siège on eût encore le temps de prendre Alanheîm. Les places d'Ehrenbreitstein et Philippsburg n'auraient pu résister à neuf mois de blocus et auraient capitulé pendant l'hiver. La réunion de la grande armée aurait dû se faire sous les murs de Strasbourg, par la rive gauche du Rhin, dans le courant de février, mars et avril, par des mouvements masqués. On pouvait concevoir de grandes espérances d'une armée aussi
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considérable, qui eût passé le Rhin à l'improviste et se fût portée dans toutes les directions avec rapidité, écrasant les troupes dispersées pour la défense du iiouve : les armées ennemies eussent abandonné le Rhin et se fussent concentrées sur le Danube. L'armée française eût occupé Ulm ; de ce point, comme centre d'opérations, elle aurait manœuvré dans le Wurtemberg sur la U'œrnitz, le Lech et dans la Bavière, n'ayant qu'une ligne d'opérations sur Kebl, \euf-Brisach ou Huningue; elle aurait tout écrasé par sa masse; elle aurait pris ses quartiers d'hiver sur les frontières de la monarchie autrichienne, après avoir soumis et désarmé les princes du Corps germanique.
Le plan de campagne adopté à Paris fut conçu dans un esprit opposé : 1° les places ne furent ni bloquées ni assiégées, mais seulement observées de loin ; 2° deux armées, sous les ordres de deux généraux indépendants l'un de l'autre, entrèrent en Allemagne par deux lignes d'opérations directement opposées ; elles marchèrent au hasard , sans concert, sans communication; elles furent repoussées sans avoir été battues en bataille rangée. Cela provenait des faux principes militaires qui prévalaient alors. On avait observé que, dans la campagne de 1794, où les ennemis étaient maîtres des places de Condé, Valenciennes, Landrecies et le Quesnoy, les Français avaient échoué dans diverses attaques directes sur
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le centre, et avaient réussi lorsqu'ils divisèrent leur armée en armées du Xord et de Sambre-et-^ieuse, en dirigeant Tune, celle de Pichegru, sur la droite de l'ennemi par Menin le long de la mer, et Tautre, celle de Jourdan , sur sa gauche par la Sambre. Le résultat du plan d'opérations avait été la conquête de ces places et de la Belgique; Tennemi avait été rejeté au delà de la Roer et du Rhin; peu après les places de Flandre avaient successivement capitulé. Mais les principes qu'on se fit sur ces observations sont faux. Les succès de cette campagne, bien loin de devoir être attribués au plan de campagne, ont au contraire eu lieu malgré le vice de ce plan et par la seule cause de la grande supériorité des troupes que la République avait sur cette frontière; de sorte que, quoique divisées en deux armées séparées, chacune des armées de la République était presque aussi forte que l'armée autrichienne. A la bataille de Fleurus, le général Clerfayt avait une armée aussi forte que celle de Jourdan ; mais celle de Jourdan n'était qu'une portion de^ troupes que la France avait au nord, et Clerfayt avait réuni la plus grande partie de ses forces. S'il eût donné la bataille à fond et qu'il eût été vainqueur, il eût, après, battu Pichegru, et, malgré le grand nombre des bataillons français et par l'effet du vice du plan, les Français eussent été confondus. Si , au lieu d'avoir deux armées, Tune sur la droite et l'autre sur la
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gauche, toute Tarniée française se fût trouvée réunie sur la Sambre, sur les champs de Fleurus, en laissant un corps d'observation sur Dunkerque, l'armée de Jourdan, double de celle de Clerfayt , n'aurait éprouvé aucune résistance, serait débordée comme un torrent sur la gauche de Tennemi, et lui eût coupé sa retraite du Rhin : elle aurait eu un succès certain et décisif. Mais les inconvénients résultant de tels principes militaires devenaient bien plus dangereux dans une guerre d'invasion en pays étranger. Les deux armées françaises du \ord avaient, en 1794, leurs flancs appuyés, l'un aux places de Charlemont, de Givet, de Philippeville, l'autre à la place de Dunkerque et à la mer; leurs autres ailes étaient toujours appuyées à des places ou à une partie du territoire français. La communication entre les deux armées était gênée par la position centrale de Tennemi, mais elle avait lieu un peu plus en arrière. Dans la campagne de 170G, la gauche, la droite et les derrières des deux armées étaient également en l'air; en Flandre, toutes les vingt-quatre heures, les deux armées étaient raccordées par des ordres de Paris. En 1796, aucune direction centrale n'était plus possible, et tout devait partir d'un seul général en chef; or il y en avait deux. Il est donc vrai de dire qu'en 1794- les faux principes du plan de campagne empêchèrent les Français d'avoir des succès décisifs, mais qu'en
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179G ils furent cause de la perte et des désastre? de ces armées.
La République voulait la paix et la frontière du Rhin pour limite. On n'avait pas le droit d'exiger cette frontière tant que Tennemi occupait Alayence. Il fallait assiéger Alayence , siège d'autant moins dangereux que cette place est sur la rive gauche.
Une armée qui marche à la conquête d'un pays a ses deux ailes appuyées à des pays neutres ou à de grands obstacles naturels, soit à de grands fleuves, soit à des chaînes do montagnes; ou elle n'en a qu'une, ou point du tout : dans le premier cas, elle n'a plus qu'à veiller à ne pas être percée sur son front; dans le second cas, elle doit s'appuyer à l'aile soutenue ; dans le troisième cas, elle doit tenir ses divers corps bien appuyés sur son centre et ne jamais se séparer ; car, si c'est une difficulté à vaincre que d'avoir deux flancs en l'air, cet inconvénient double si on en a quatre, triple si on en a six, quadruple si l'on en a huit, c'est-à-dire si on se divise en deux, trois ou quatre corps différents. La ligne d'opérations d'une armée, dans le premier cas, peut aj>pnyer indifféremment du côté de la gauche et de la droite ; dans le second, elle doit appuyer à l'aile soutenue ; dans le troisième, elle doit être perpendiculaire sur le milieu de la ligne de marche de l'armée. Dans tous les cas, il faut, toutes les cinq ou six niarrhes, avoir une place forte ou une position retranchée sur la
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ligne d'opérations, pour y réunir des magasins de bouche et de guerre, y organiser les convois et en faire un centre de mouvement, un point de repère qui raccourcisse la ligne d'opérations.
l'im est le premier pivot naturel de l'invasion en Allemagne; cette place, assise sur le Danube, donne à celui qui l'occupe des facilités pour manœuvrer sur les deux rives. C'est un point unique pour contenir de grands dépôts sur la plus grande rivière de l'Europe, rivière qui baigne les murs d'Ingolstadt, de Ratisbonne, de Passau , de Vienne. Du côté de la France, cette place est au débouché des Montagnes Xoires.
Deuxième observation : sur les manœuvres du général Jourdan. — 1° Au début de la campagne, le général de l'armée de Sambre-et-AIeuse a manœuvré à la fois sur les deux rives du Rhin , sa gauche séparée par ce fleuve de son centre et de sa droite. Si à Altenkirchen, le 7 juin, Kleber eût été attaqué par 30,000 hommes, au lieu de l'être par 15,000 hommes, il aurait été compromis. Au 1" juin, toute l'armée eût dû être réunie à Dûsseldorf et marcher sur la Sieg, la Lahn, le Alain, prendre là une bonne position sur les hauteurs, s'y retrancher, y attendre que l'armée du Rhin eût passé sur la rive droite du Rhin.
2° Dans les premiers jours de juillet, l'armée de
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Sanibrc-et-Meiise se reporla en avant. Le passage du fleuve, effectué par l'armée du Rliin à Kehl, avait obligé Tarchiduc à se porter sur le haut Rhin ; il n'avait laissé à Wartensleben que 36,000 hommes : ils devaient être écrasés. Mais le principe de ce temps-là était de marcher sur tous les chemins comme pour une battue. L'arrière-garde ennemie n'étant suivie que par des forces égales, n'étant pas en même temps tournée par sa droite , par sa gauche, percée par son centre, elle n'était jamais compromise; elle faisait autant de mal qu'elle en recevait.
3° Du Main, le général de l'armée de Sambre-et- Meuse se porta sur Schueinfurt et Bamberg , sa gauche appuyée aux montagnes de la Saxe , qui venait d'adhérer à la neutralité prussienne, et dont en conséquence le contingent avait quitté l'armée autrichienne, et la droite en l'air. Par cette direction, il augmentait l'intervalle qui le séparait de l'armée du Rhin , puisqu'il s'éloignait du Danube, tandis que celle-ci passait sur la rive droite de ce fleuve. Les deux armées agissaient en sens inverse de ce qu'elles auraient dû faire; l'une appuyait sur sa gauche , l'autre sur sa droite, tandis que la première eût dû appuyer sur sa droite, et la seconde sur sa gauche, afin de se réunir dans une masse compacte.
4° L'armée de Sambre-et-Meuse passa la Regnilz à Bamberg le 8 août, marcha sur Xuremberg et
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Lauf, et de là, faisant un crochet à gauche, se porta sur la \ab par Sulzbach et Amberg, prêtant ainsi, ])endant trente lieues, le flanc droit aux débouchés de la Bohème et le flanc gauche aux débouchés du Danul)e, dont l'ennemi était maître, puisqu'il occupait encore la Bavière, la rive droite du Lech et \.\ rive gauche de la Wœrnitz; elle était donc en colonne sur l'épaisseur d'un ruban pendant trente lieues de longueur, environnée de tous côtés d'ennemis. Ainsi, si la marche de cinquante lieues, de Francfort à Bamberg , était contraire au biii' que Ton devait se proposer, la réunion des deux armées, la marche de Bamberg à Amberg était téméraire et compromettait évidemment le salut de l'armée. Cette partie de la Bavière sur la rive droite de la Regnitz est un pays de défilés, formés par les premiers mamelons des montagnes de la Bohème, pays ingrat, difficile, et n'ayant pour communiquer que la chaussée de Xuremberg à Amberg, Pour couvrir sa retraite, Jourdan envoya îa division Bernadette à Neumarkt, à dix lieues de lui, menacer Ratisbonne. L'armée de Sambre-et-AIeuse, de Francfort, devait suivre la rive gauche du Main, se porter sur Ulergentheim , assurer son flanc droit en se réunissant à la gauche de l'armée du Rhin, et, pirouettant alors sur sa droite, porter sa gauche sur Ratisbonne. Arrivée à Wùrzburg, elle était encore à temps de prendre sa ligne droite sur Nuremberg
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sans passer par Bamberg. Arrivée à Xiiremberg, son général devait prendre par la roule de Xeumark et s'approcher de Ratisbonne; dans tous les cas, il se serait ménagé de manière à faire sa retraite, si elle devenait nécessaire, sur la gaucbe de l'armée du Rhin, en remontant la Regnitz et jamais en la descendant.
5' Le général de l'armée de Sambre-et-Meuse apprit en même temps que le prince Charles marchait sur lui, qu'il avait battu Bernadotte, qu'il était maître de Lauf et de Xuremberg, et que toutes les communications de son armée étaient coupées : c'est que sa ligne d'opérations était mauvaise et qu'il manœuvrait contre toutes.les règles de la guerre.
6' Mais, Bernadotte battu, que pouvait faire le général en chef dans la fausse position où il était? Il devait forcer le passage de la Xab avant l'arrivée de l'archiduc sur Amberg et se porter sur Ratisbonne, dont il n'était éloigné que de . . . lieues, et y opérer sa jonction avec l'armée du Rhin. Le premier mouvement de vigueur eût obligé le prince Charles à se concentrer, à rappeler tous ses détachements, ce qui eût éclairci et dissipé cet orage imaginaire qui a toujours été en augmentant, parce que le général français y a constamment cédé. Les Autrichiens sont très-habiles à répandre de faux bruits, à créer une fausse opinion parmi les habitants; ce sont de grands maîtres pour semer l'alarme sur les
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derrières d'une armée; mais si vous tirez du fourreau répée (le Renaud, l'enchantement se dissipe aussi ((M.
7° — 1° A la bataille de Wiirzburg, Jourdan laissa mal à propos le quart de ses forces à Schweinfurt ; la division Lcfebvre do plus eût pu lui donner In victoire. 2" S'il fût parti de celte ville à deux heures du matin, le 2 septembre, il serait arrivé sur le champ de bataille à dix heures; s'il eût attaqué tête baissée, il aurait écrasé les vingt bataillons de Hotze et de Sztàray, se fût emparé de Wiirzburg, et eût pu s'y faire joindre par Marceau. L'archiduc avait maladroitement disséminé ses forces; il ne put les réunir que fort tard dans la journée du 3; mais, arrivé dès midi, le 2, Jourdan donna dix-huit heures à l'archiduc pour rallier son armée; le 3, à neuf heures du matin , il avait en ligne 45,000 hommes. 3° Jourdan occupa un champ de bataille triple de ce qu'il fallait; il se trouva obligé de se placer sur une seule lignée : quelque intrépides que fussent ses troupes, elles devaient être rompues.
8° — P La Lahn , de Coblenz à Giessen , a vingtquatre lieues de cours; elle est à trente lieues de Dûsseldorf. Si Jourdan eût réuni toutes ses divisions sur son extrême gauche à Wetzlar, il eût battu et rejeté son ennemi sur le Rhin, peu après sur le Danube; la supériorité de ses forces était grande après la jonction du corps de Marceau et de la divi-
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sion de Hollande. Il annonça cette résolution, mais il perdit à la projeter le temps qu'il eût dû employer à Texécuter. Son armée formait le cordon le long de la Lalin; il fut percé sur Limburg par la retraite du corps de Alarceau ; il reploya alors, en toute hâte, ses colonnes sur Altenkirchen. 2° Là, il était encore temps de reprendre l'offensive, de tout réparer : il manqua de résolution. 3° Lorsqu'il ordonna la retraite, il devait au moins la faire, toute son armée réunie, jusqu'au camp retranché de Dûsseldorf, si cela était nécessaire; tant qu'elle serait en masse sur la rive droite du Rhin, l'archiduc ne pourrait pas se dégarnir, puisqu'il aurait toujours à redouter îe mouvement offensif d'une armée aussi importante; mais tout fut perdu lorsque d'Altenkirchen il disloqua son armée, que la gauche seule continua son mouvement sur Dûsseldorf, et que le reste repassa le Rhin; comme si la rive gauche et le Hundsrûck avaient quelque chose à craindre! C'était contre l'armée de Rhin-et-Moselle, qui était encore au cœur de l'Allemagne, que voulait aller l'archiduc. Alors seulement l'armée de Rhin-et- Moselle fut abandonnée.
9" La conduite de l'armée de Sambre-et-HIeuse, renforcée des troupes de Hollande, pendant octobre, novembre, décembre et janvier, est inexplicable; mais elle était commandée par un général si ridicule (Bournonville), que rien ne doit étonner.
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Cependant Hoche faisait peu de chose sur les côlcs, et Kléber ne faisait rien à Chaillot ; il était disgracié. C'était le cas d'oublier ses torts, s'il en avait, et de requérir ses talents et son patriotisme. Si l'on eût donné alors Tarmée de Sambreet-AIeuse à Hoche, il eût encore sauvé la campagne.
Le général Jourdan était très-brave un jour de combat, en face de l'ennemi et au milieu du feu, mais il n'avait pas le courage de tète au milieu du calme de la nuit, à deux heures du matin. 11 ne manquait pas de pénétration, de facultés intellectuelles, mais il était sans résolution et imbu des plus faux principes de guerre.
Troisième observation : sur les manœuvres du général Moreau. — 1° Le passage du Rhin a eu lieu le "24 juin : il aurait dû être fait du V' au 4 de ce mois, en même temps que l'armée de Sambreet-AIeuse se mettait en mouvement. Le 24 juin, le jour du passage , les premières troupes arrivèrent sur la rive droite à trois heures du matin : le pont aurait dû être achevé à midi, et l'armée entière être passée et rangée sur la rive droite avant ]n pointe du jour du 25. Le pont ne fut fait que le 25 à midi; c'était vingt-quatre heures trop tard. Les opérations comme le passage d'une rivière de la nature du Rhin sont si délicates , que les troupes ne
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doivent pas rester exposées si longtemps sans communications.
2'' Le 26, Tarmée du Rhin n'avait que 40,000 b.oirnies sur la rire droite; Saint-Cyr, avec 20,000 hommes, resta dans le Palatinat sur la rive gauche, et Delahorde, avec 10,000 hommes, resta sur le haut Rhin. Les trois corps et la réserve, formant toute l'armée, forte de 70,000 hommes, devaient, le 2(3, à midi au plus tard, se trouver sur la rive droite en marche pour surprendre et écraser les i.ivisions ennemies disséminées le long du fleuve. Le 27 juin l'armée devait entrer à Rastadt, le 30 àPforzheim, ayant isolé Philippsburg, Alanheim, et coupé l'ennemi du \eckar, sur lequel elle devait être du 1" au -4 juillet : son général eût gagné quinze jours, se fût épargné plusieurs combats insignifiants, et eût à leur place remporté plusieurs victoires éclatantes qui eussent encore affaibli son adversaire, alors si inférieur à lui, et avant que le prince Charles pût opérer son retour des bords de la Lahn. Les indécisions du général français donnent le temps au général ennemi de réunir son armée le 9 juillet à Ettlingen, à trois marches de Kehl, treize jours après le passage du Rhin. Que pouvait craindre le général français pour le territoire de la République, lorsqu'il prenait l'offensive avec 70,000 hommes?
S'* Après le passage du Rhin, avant d'avoir fait
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sa jonction avec l'armée de Sambre-et-Meuse, ce général détache sa droite, laissant près du tiers de son armée, 20,000 hommes, sous Forino, qui remonte la rive du Rhin, traverse les Montagnes Xoires, et se porte sur le lac de Constance, dans le temps que le centre et la gauche se portent sur le Xeckar; l'armée se trouvant ainsi coupée en deux parties, séparées par les Alpes iiurtembergeoises, les montagnes de la Forèt-Xoire et le Danube, tandis qu'au contraire le général Sztàray, qui étail opposé à Ferino, après avoir disputé les débouchés des Montagnes Xoires, se centralise sur le Xeckar, rejoint la gauche du prince Charles. Les deux tiers de l'armée du Rhin arrivent sur le Xeckar, forts de 50,000 hommes j ils avaient devant eux la majorité des troupes ennemies. Jourdan sur le Main, et Ferino sur le lac de Constance, n'avaient en tête que des forces très-inférieures. Ainsi, dans cette marche, les Français formaient trois corps séparés, n'ayant rien de commun, ayant trois lignes d'opérations et six flancs, dont cinq en l'air. Puisque les flancs sont la partie faible, il les faut appuyer, et, lorsqu'on ne le peut pas, en avoir le moins possible. 4° La marche de l'armée du Rhin par Stuttgart, à travers les Alpes wurtembergeoises, est conforme à l'esprit de cette guerre; mais son général devait faire occuper l'im , place si importante, qu'il est impossible sans sa possession d'organiser la guerre
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dans le bassin du Danube, qui s'étend des montagnes du Tyrol et de la Suisse à celles de la Thuringe et de la Saxe. Il derait appuyer sa droite au Danube; alors, arrivé à Xeresbeim, il ne se fût pas trouvé en Fair. Mais, quoique tourné, à la bataille de Xeresbeim, par sa droite, par sa gauche, n'ayant aucun appui central, il soutint l'bonneur des armes; il y montra du sang-froid et de la constance.
5* Après la bataille de Xeresbeim, il eût dû se porter à tire-d'aile sur la IVœrniîz et rAltmiibl, se joindre à Jourdan, placer son quartier général à Ratisbonne, fortifier ce point, le plus important pour lui après celui d'Llm, et manœuvrer sur les deux rives : la jonction des deux armées eût pu s'opérer dans la journée du 15 au 16 août; le succès de la campagne eût été décidé. Au lieu de cela, il fit ce que pouvait désirer son ennemi : il resta douze jours sans rien faire dans le moment décisif de la campagne, se résolut enfin à passer le Danube et le Lecb; après quoi il resta de nouveau seize jours inactif. On eût dit qu'il ignorait qu'une armée française existait sur sa gauche. Ce ne fut que le 10 septembre, un mois après la bataille de Xeresbeim, et lorsque l'armée de Sambre-et-Meuse était déjà sur la Labn , à quatre-vingts lieues de lui , qu'il se résolut à détacher la diiision Desaix sur la rive gauche du Danube pour avoir des nouvelles de Jourdan.
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Le 11) septembre il commença sa retraite et repassa le Lech : alors l'armée de Sambre-et-AIeuse était hors de combat sur la rive gauche du Rhin, et il avait contre lui toutes les forces de Tennemi. Il resta ainsi trente-deux jours en présence du générai Latour, qui avait des forces moitié des siennes, sans l'entamer, lui livrer bataille et l'écraser; il ne lui fit au contraire éprouver aucun mal.
La seule affaire importante de cette campagne est la bataille de Biberach , due à la nécessité dans laquelle se trouvait l'armée d'assurer sa retraite, bataille qui aurait eu des résultats plus importants, si le lendemain on avait continué à agir, en poursuivant le général Latour avec une partie de l'armée, pendant que le reste manœuvrait pour rouvrir les débouchés des Montagnes Xoires.
C'est dans cette retraite qu'on sentit l'importance d'Ulm, cette clef du Danube.
6° Arrivé le 14 octobre à Freyburg et Vieux- Brisach , il y avait deux partis à prendre : repasser le Rhin le même jour et donner du repos à l'armée pour se raccorder avec l'armée de Sambre-et-AIeuse, ou marcher de suite contre le prince Charles pour profiter du moment où il n'était pas en force, le jeter au delà de la Rench et de la Murg , empêcher sa jonction avec Latour; il se fût maintenu dans le pays de Bade et le Brisgau. Au lieu de cela, il resta en position sur Freyburg, laissant le prince Charles
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rallier tous ses détachements; et, ce qui est plus extraordinaire encore, après avoir détaché le tiers de son armée sous le général Desaix sur la rive gauche du Rhin, il persista encore dans la même irrésolution, exposant les deux autres tiers à une destruclion totale. Celte faute fut importante; l'ar* niée rentra en France en désordre et dans l'attitude d'une armée vaincue et forcée, attitude qu'elle n'avait pas avant le 20 , fière des succès de Biherach, et qu'elle n'eût pas eue si elle fût rentrée plus tôt.
7° Une circonstance particulière de cette campagne est que les généraux français, malgré leurs fautes, n'éprouvèrent aucune perle sensible et furent toujours en mesure de tout réparer. Aloreau, après la bataille de Biherach, était encore maître du destin de la campagne. Il suffisait pour cela qu'il marchât sur Rothweil, écrasât Petrasch et \auendorf, qui, réunis, n'avaient pas 15,000 hommes; après quoi se porter contre l'archiduc, qui était à l'embouchure de la Rench avec moins de 9,000 hommes.
Le 15 octobre même, lorsqu'il fut arrivé dans la vallée du Rhin, il pouvait encore tout réparer. En remontant rapidement sur Kehl, il eût chassé l'archiduc de la Rench, et eût empêché sa jonction avec les corps de Xauendorf et de Latour; en communication avec l'armée de Samhre-et-Meuse, il l'eût infailliblement décidé à remarcher en avant.
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Enfin il pouvait encore tout réparer même pendant le siège de ses tètes de pont. S'il eût débouché par le camp retranché de Kehl avec 50,000 hommes, il eut écrasé Tarmée de siège du général Latour, qui était au plus de 35,000 hommes, et il eût pu prendre encore ses quartiers d'hiver sur le Danube.
Quatrième observation : sur les manœuvres du prince Charles. — 1° Les armées françaises et autrichiennes étaient égales en nombre; mais rarchiduc avait 20,000 hommes de cavalerie de plus que son ennemi. Cet avantage eût été décisif chez une autre nation; mais les Allemands ne savent pas se servir de leur cavalerie; ils craignent de la compromettre, ils l'estiment au delà de ce qu'elle vaut réellement; ils la ménagent trop.
L'artillerie à cheval est le complément de l'arme de la cavalerie. Vingt mille chevaux et cent vingt bouches à feu d'artillerie légère équivalent à 60,000 hommes d'infiinterie ayant cent vingt bouches à feu. Dans les pays de grandes plaines, comme ceux de l'Egypte, les déserts de la Pologne, etc., il serait difficile d'assigner qui finirait par avoir la supériorité. 2,000 hommes de cavalerie avec douze pièces (l'artillerie légère équivalent donc à 6,000 hommes d'infanterie avec douze pièces d'artillerie. En bataille , snr une ligne, les divisions occupent une ligne de 500 toises : douze fantassins ou quatre che-
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vaux par toise. Un coup de canon qui (lierait tout ce qui existe sur une toise de solidité tuerait donc douze fantassins ou quatre cavaliers et quatre clieraux. La perte de douze fantassins est bien plus considérable que celle de quatre cavaliers et quatre cbevaux , puisque c'est une perte de buit fantassins, plus seulementquatre chevaux. L'équipage de quatre cavaliers et de leurs chevaux n'équivaut pas à l'équipage de douze fantassins. Ainsi, sous le point de vue même des finances, la perte de l'infanterie est plus coûteuse que celle de la cavalerie.
Si l'archiduc eût commandé une nation qui fût dans l'habitude d'employer hardiment la cavalerie et eût eu des officiers dressés à l'encourager et à la faire battre, il eût été impossible à une armée française de pénétrer en Allemagne avec une infériorité de 20,000 hommes de cavalerie. 11 s'en convaincra s'il songe à ce que fit Xapoléon avec de la cavalerie contre Linfanterie russe et prussienne à Vauchamps, Nangis, etc.
2° L'archiduc, lorsqu'il apprit en juin que l'armée française avait jassé le Rhin à Kehl, partit des bords de la Lahn pour secourir le général Latour; il laissa le général Wartensleben avec 36,000 hommes sur le bas Rhin, et 26,000 hommes au camp retranché de Hechtsheim devant Mayence. L'archiduc eût dû laisser seulement 8,000 hommes en garnison à ilJayence, avec quelques milliers de ma-
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lingres, et seulement 25,000 hoiDmes à Wartenslehen , et se porter alors avec 60,000 hommes au secours de son armée du Haut-Rhin; il eût réuni sur TAIi) 90 à 100,000 hommes. Qui eût pu lui résister ? Le 9 juillet, il eût battu Desaix , l'eût rejeté sur la rive gauche du Rhin et se fût emparé de Kehl et du pont du Rhin. Il n'avait rien à redouter de l'armée de Sambre-et-.Meuse, puisqu'elle était disloquée; mais, quand bien même elle eût repris l'offensive et fût arrivée sur le Alain du 10 au 15 juillet, qu'est-ce que cela lui eût fait, si alors il se fût trouvé maître de Kehl et l'armée de Aloreau rejetée en Alsace?
3° S'il eût réuni dans un seul camp, sur sa droite, les 50,000 hommes qu'il axait sur l'Alb, qu'il eût, le 9 juillet, débouché en trois colonnes sur la Alurg, il eût tourné Desaix par sa droite, par sa gauche, l'eût percé par le centre; il l'eût écrasé, jeté en Alsace, sur la rive gauche, et se fût emparé du pont de Kehl. Saint-Cyr, coupé du Rhin, eût été rejeté sur le \eckar, et Ferino surHuningue. Quand deux armées sont en bataille l'une contre l'autre; que Tune, comme l'armée française, doit opérer sa retraite sur un pont; que l'autre, comme l'armée autrichienne, peut se retirer sur tous les points de la demi-circonférence, tous les avantages sont à cette dernière; c'est à elle d'être audacieuse, à frapper de grands coups, à manœuvrer les flancs de son
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ennemi ; elle a les as, il ne lui reste qu'à s'en servir.
4* Il devait armer, approvisionner, jeter une ijonne garnison dans Llm, cette clef du Danube.
5° La bataille de Xeresheim était la seule ressource qui lui restât pour empêcher la réunion des lieux armées françaises sur l'Altmùhl ; vainqueur, il eût jeté l'armée de Rhin-et-MoselIe dans les Alpes wurîenibergeoises et sur le Xeckar; ayant battu l'armée principale, celle de Sambre-et-AIeuse, qui n'était que secondaire, aurait été obligée de se retirer sur le Main. Alais, à la bataille de Xeresheim, l'armée française était disséminée sur une ligne de huit lieues, dans un pays difficile ; ses flancs étaient en l'air ; l'archiduc était maître de tout le cours du Danube , toute son attaque eût dû être par sa gauche ; il eût dû prendre une ligne de bataille parallèle au Danube : sa retraite était assurée sur Ulm, le pont de Gùnzburg et celui de Dillingen. S'il eût manœuvré ainsi, il eût obtenu un grand succès. Les Français eussent payé cher la sottise de ne pas appuyer leur droite au Danube, et de ne pas avoir fait occuper Ulm par Ferino.
6° X'ayant pas réussi à la bataille de Xeresheim, l'archiduc renonça à s'opposer à la jonction des deux armées françaises. S'il eût voulu l'empêcher encore, il eût opéré sa retraite sur la Warnitz et l'Altmiihl, se maintenant sur la rive gauche du Danube; en laissant 30,000 hommes, sous le général Latour,
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derrière laWœrnitz, il eût gagné les cinq ou six marches dont il avait besoin pour se porter contre Jourdan ; au lieu de cela, il passa le Daiiu[)e, abandonna la rive gauche, la U'œrnitz et rAJtniûhl aux deux armées françaises. Wartensleben , de son côté, manœuvra pendant tout le mois d'août pour s'éloigner du Danube et couvrir la Bohème. Rien ne s'opposait donc plus à la réunion des armées françaises.
7' En passant le Danube et le Lecb après la bataille de Neresheim, l'archiduc n'eut plus en vue, quoi que l'on ait dit, que de couvrir la Bavière. Sa position était délicate : l'armée de Rhin-et-AIoselle était de GO, 000 hommes, celle de Sambre-et-AIeuse de 50,000; c'était donc 110,000 hommes qu'il pouvait considérer déjà comme réunis devant Ratisbonne , à cheval sur le Danube; il n'avait à leur opposer que 90,000 hommes. La bataille de \eresheim avait empiré sa position ; elle avait été avantageuse aux Français; mais il fut rassuré lorsqu'il sut que Aloreau, qui était resté plusieurs jours inactif, montrait la plus grande hésitation, se portait sur Donaunœrlh, rétrogradait sur Hœchstéedt, n'envoyait pas même des coureurs surTAltmiibl; qu'enfin les généraux français manœuvraient comme s'ils eussent récifiroquement ignoré qu'il existât une autre armée française en Allemagne ; queles -400 hussards hongrois qui observaient rAltmùhl y étaient
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toujours et envoyaient des partis jusqu'aux portes de Xureniberg et sur la Wœrnitz. C'est alors qu'il conçut l'idée de son beau mouvement, passa, le 17 août, le Danube avec 28,000 hommes, et se porta contre l'armée de Sambre-et-AIeuse On rapporte que, lorsqu'il en parla au général Latour, qu'il laissait avec 30,000 hommes sur le Lech , ce général, effrayé des dangers qu'allait courir ce faible corps, lui fit quelques observations : « Comment lui serait-il possible de faire tête à une armée française victorieuse et double de la sienne ? ^ A quoi le prince répondit : " Qu'importe que Moreau arrive sous Vienne, si pendant ce temps je bats l'armée de Jourdan?" Il avait raison, mais il eût dû rassurer ce général en le plaçant en avant de Ratisbonne, avec ordre de se placer sur la rive gauche du Danube ; par ce moyen Aloreau n'eût rien pu tenter sur la rive gauche et contre Tarchiduc.
8° Il n'attaqua Bernadotte à Xeumarkt que le 2*2 août , c'est-à-dire cinq jours après avoir passé le Danube ; il l'attaqua mollement et ne lui fit aucun mal; c'était mal exécuter une belle pensée : Bernadotte aurait dû être cerné, attaqué vingt-quatre heures après le passage du Danube avec une telle impétuosité et supériorité de forces, que sa ruine totale en eût été le résultat.
9° Il se porta sur Amberg le 24 août, mais avec peu de troupes; il employa la plus grande partie
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de ses 28,000 hommes à des objets secondaires; il n'eût dû envoyer que quelques escadrons à la suite de Bernadotte, et tomber sur les derrières de Jourdan avec tout son corps, l'attaquant tète baissée ; il eût décidé de la campagne sur les bords de la \ab.
10° Lorsque, le 20 septembre, Jourdan disloqua son armée et repassa sur la rive gauche du Khin , Tarchiduc eût dû se porter sur Llm avec 40,000 hommes, ordonner au général Latour de passer sur la rive gauche du Danube au pont d'Ingolstadt pour le venir joindre à tire-d'aile. II serait arrivé à Llm en même temps que l'armée française, qui alors eût dû faire tête à 70,000 hommes; sa retraite fût devenue vraiment difficile. Mais, au lieu de cela, l'archiduc ne ramena sur le haut Rhin que 12,000 hommes, laissant, sans raison, beaucoup de troupes sur le bas Rhin au général Werneck ; il employa mal une partie de ces 12,000 hommes à des objets secondaires , de sorte qu'il n'arriva près de Kehl qu'avec 8 ou 9,000 hommes.
11° Il eût dû ordonner à Latour, Frœhlieh et Xadasti de manœuvrer sur la rive gauche du Danube, débordant l'armée en retraite; ils eussent été là en position de recevoir Petrasch et tous les détachements.
12° L'archiduc a manœuvré, dans cette campagne, sur de bons principes, mais timidement et comme un homme qui les entrevoit, mais ne les a pas mé-
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dites. Il n'a pas frappé de grands coups, et jusqu'au dernier moment, comme nous l'avons dit, les généraux français ont toujours pu rétablir leurs affaires, tandis que dès le combat de la Murg l'archiduc eût dû décider de la campagne.
Cinquième observation : sur les sièges de Kehl et de Huningue. — A la fin de décembre, les armées françaises étaient en repos depuis deux mois; elles étaient réorganisées, recrutées, parfaitement remises et supérieures aux armées autrichiennes qui leur étaient opposées. Cependant le prince Charles ose, devant elles, ouvrir la tranchée à la fois devant les têtes de pont de Kehl et de Huningue. Si toute l'armée du Rhin , renforcée d'un détachement de Sambre-et-AIeuse , eût débouché par Kehl ou par Huningue, elle pouvait à la pointe du jour attaquer les camps du prince Charles avec des forces doubles des siennes, enlever toutes les lignes de contrevallation, prendre toute l'artillerie, les parcs, les magasins, obtenir une victoire éclatante qui eût réparé les désastres de la campagne, rétabli l'honneur des armes françaises, compromis la sûreté de l'Allemagne , et lui eût permis d'hiverner sur la rive droite du Rhin. Si l'armée française n'avait été composée que de soldats de nouvelles levées et sans instruction ni moral , supposition qui est juste l'opposé de ce qui existait,
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sans doute que le général français n'eût pu hasarder de faire lever des sièges par une bataille; mais alors même, ayant plus de bras, plus de moyens, une position plus avantageuse que Tenncmi , il devait enlasspr ouvrages sur ouvrages, batteries sur batteries, cheminer par des lignes de contre-attaque appuyées par les positions de la rive gauche et par les lies; et alors même ces sièges devaient tourner à la confusion de l'ennemi, entraîner la ruine de ses équipages et de ses troupes, et l'obliger par lassitude à entrer dans ses quartiers d'hiver.
Ces deux sièges ne font pas honneur à la prudence du prince Charles, mais sont extrêmement glorieux et témoignent de la bravoure et du bon esprit de son armée. Ils seront toujours considérés par les militaires comme des faits peu honorables aux armées françaises. La possession des deux têtes de pont était en effet très-importante pour la France. Le Rhin est un grand obstacle; la possession de ces deux places obligeait l'ennemi à abandonner toute la vallée du Rhin jusqu'aux Montagnes Xoires à l'armée française; ce qui eût à la fois été avantageux sous les points de vue militaire et des finances; les alarmes de l'Allemagne n'eussent pas permis aux Autrichiens de porter tant de troupes en Italie.
Les ofOciers français ont dit, pour leur excuse, que le gouvernement les laissait dans le plus grand