OBSERVATIONS SUR LES ÉVÉNEMENTS MILITAIRES EN ALLEMAGNE
EN 1800, jusqu'à l'armistice de PARSDORF.
Plan de campagne : Première remarque. — 1° Un plan de campagne doit avoir prévu tout ce que l'ennemi peut faire, et contenir en lui-même les moyens de le déjouer. La frontière d'Allemagne était, dans cette campagne, la frontière prédominante; la frontière de la Rivière de Gènes était la frontière secondaire. Effectivement, les événements qui auraient lieu en Italie n'auraient aucune action directe, immédiate et nécessaire sur les affaires du Rhin, tandis que les événements qui auraient lieu en Allemagne auraient une action nécessaire et immédiate sur l'Italie. En conséquence, le Premier Consul réunit toutes les forces de la République sur la frontière prédominante, savoir : l'armée d'Allemagne, qu'il renforça, l'armée de Hollande et du
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Bas-Rhin, rarmée de réserve qu'il réunit sur la Saône, à portée crentrer en Allemagne, si cela était nécessaire.
Le conseil aulique réunit sa principale armée sur la frontière secondaire, en Italie. Ce contre-sens, cette violation de ce grand principe, fut la véritable cause de la catastrophe des Autrichiens dans cette campagne.
2° Le gouvernement avait ordonné au général Moreau de réunir son armée derrière le lac de Constance, par la Suisse ; de dérober cette marche à l'ennemi, en interdisant toute communication de la rive gauche à la rive droite du Rhin ; de jeter à la fin d'avril quatre ponts entre Schaffhouse, Stein et le lac de Constance ; de passer sur la rive droite du Danube avec toute son armée; de se porter sur Stockach et Engen ; d'appuyer sa droite au Danube, sa gauche au lac de Constance; de prendre à dos toutes les divisions ennemies qui se trouveraient en position sur les montagnes Xoires et dans la vallée du Rhin, de les séparer de leurs magasins, de se porter ensuite sur Ulm avant Tennemi. Aloreau ne comprit pas ce plan ; il envoya le général Dessolle au ministre de la guerre pour proposer de passer le Rhin à Mayence , Strasbourg et Bàle. Napoléon résolut alors de se mettre lui-même à la ièie de cette armée ; mais les événements exigèrent qu'elle entrât en opération en avril, et, les circonstances inté-
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Heures de la République ne lui permettant pas de quitter alors Paris, il se contenta tie prescrire que Tarmée du Rhin n'eût qu'une seule ligne d'opération.
Deuxième remarque : Moreau. — 1° Sainte-Suzanne passaleRhinàKehl, Saint-Cyr àXeuf-Brisach ; ils devaient se joindre dans le Brisgau. Moreau en sentit le danger; il rappela Sainte-Suzanne sur la rive gauche, pour lui faire repasser le Rhin sur le pont de Xeuf-Brisach; ce fut un faux mouvement, et non pas une ruse de guerre. La marche de trente lieues de Vieux-Brisach à Bàle et Schaffouse, par la rive droite du Rhin, était fâcheuse; l'armée présentait son flanc droit au Rhin et son flanc gauche à l'ennemi; elle était dans un cul-de-sac, au milieu des ravins, des forêts et des défilés. Le feld-maréchal Kray fut ainsi prévenu où voulait aller son ennemi; il eut huit jours pour se concerter; aussi fut-il réuni en bataille à Engen etStockach, et en mesure de couvrir ses magasins et Ulm avant le général français, qui cependant avait l'initiative du mouvement. Si Moreau eût débouché par le lac de Constance avec toute l'armée, il eût surpris, défait et pris la moitié de l'armée autrichienne; les débris n'auraient pu se rallier que sur le Xeckar : il fut arrivé à Ulm avant elle. Que de grands résultats! La campagne eut été décidée dans les quinze premiers jours.
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2° L'armée française était beaucoup plus forte que celle de l'ennemi dans un arrondissement de quinze lieues, et cependant l'ennemi fut supérieur en nombre sur le cbamp de bataille d'Engen. Moreau éparpilla son armée et la compromit; il manœuvra par sa gauche pour se réunir à Saint-Cyr, qui était trop loin; il fit attaquer par Richepance seul le pic de Hohenhœwen, qui était une position forte. Il eût dû tenir ses troupes réunies, et manœuvrer par sa droite, s'appuyer à Lecourbe et couper la ligne de retraite de l'ennemi ; là il n'eût été arrêté par aucune forte position.
S'' Kray fit sa retraite, dans la nuit du 3 au 4, sur Alœsskirch; il en était éloigné de six lieues. Lecourbe n'en était éloigné que de trois lieues. Si celui-ci eût reçu Tordre de marcher le 4, il eût coupé l'armée ennemie, l'eût attaquée en tête et en flanc, dans le temps que Saint-Cyr et la réserve eussent attaqué en queue; Kray eût été fort compromis- la bataille de Alœsskirch n'eût pas eu lieu. Aloreau est resté, le 4, oisif, sans aucune raison. Cette fatale indécision remit en question, le lendemain, ce qui avait été décidé à Engen, et rendit inutile le sang versé sur ce champ de bataille.
4* Sainte-Suzanne était à Donaueschingen pendant la bataille d'Engen; il eût pu au moins se trouver à la bataille de Mœsskirch : il n'y fut pas, non plus que Saint-Cyr. De sorte que les six divisions
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de Lecoiirhe et de la réserve s'y trouvèrent seules; ce qui faisait uneforce inférieure à celle derennemi.
5° La conduite de Saint-Cyr a donné lieu à des plaintes; il n'est arrivé que la nuit à Liptingen, à plusieurs lieues du champ de bataille.
6* Si Moreau eût marché le 6, à la pointe du jour, à la poursuite de l'ennemi, qu'il eût appuyé Saint-Cyr le 6, il eût détruit une partie de l'armée ennemie pendant qu'elle était occupée au passage du Danube; mais, le 6 comme le 4, Moreau resta inactif sur son champ de bataille.
7° Que devait faire le général français pour déposter le feld-maréchal Kray de son camp retranché? Une seule chose : avoir une volonté, suivre un plan; car l'initiative était à lui; il était vainqueur, plus nombreux, et avait une meilleure armée. Le 14 mai il eût dû passer l'Iller, se mettre en marche sur trois colonnes, ne pas occuper plus de six lieues de terrain, passer le Lech et arriver en deux jours, ou trois au plus, à Augsbourg. Le général autrichien eût aussitôt suivi le mouvement par la rive gauche du Danube, se fût porté, par Neuburg, derrière le Lech, pour couvrir la Bavière elles Etats héréditaires; il ne se fût pas exposé à suivre l'armée française sur la rive droite, puisqu'il aurait fallu qu'il s'avançât sous les murs d'Augsbourg pour l'attendre, et que, faisant volteface, elle l'aurait battu, coupé d'Llm et rejeté dans
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les montagnes Noires. L'armée autrichienne pouvait avoir encore la prétention de combattre et de vaincre des divisions isolées, mais elle n'avait pins celle de lutter contre l'armée française réunie.
Les Français devaient être le 18 mai à Alunich et maîtres de la Bavière. Kray se serait estimé fort heureux de regagner l'Inn à temps. On voit, par ses dépêches, qu'il juge parfaitement de l'irrésolution de son ennemi. Lorsque celui-ci poussa un corps sur Augsbourg, il écrivit : « L'armée française fait une démonstration sur la Bavière qui n'est pas sérieuse, puisque ses divisions sont en échelons jusqu'à riller et que saligne est déjà ibrt étendue, n Il avait raison.
8° Moreau a trois fois, en quarante jours, réitéré les mêmes démonstrations, mais toutes les trois fois sans leur donner un caractère de vérité ; il n'a réussi qu'à enhardir son ennemi, et lui a offert des occasions de battre des divisions isolées. En effet, l'armée française avait, dans ses manœuvres, la gauche sur Ulm et la droite à vingt lieues, menaçant la Bavière : c'était défier l'armée ennemie et la fortune. Pendant cette campagne, l'armée française, qui était plus nombreuse, a presque toujours été inférieure en nombre sur le champ de bataille. C'est ce qui arrive aux généraux qui sont irrésolus et agissent sans principes et sans plans. Les tâtonnements, le inezzo termine^ perdent tout à la guerre
9" Le projet de passer sur la rive gauche du Danube, au-dessus d'L'lni, était périlleux et fort hasardeux. Si Kray et le prince de Reuss réunis eussent manœuvré la gauche au Danube, la droite au Tyrol, Tarmée française pouvait être prise en flagrant délit et être fort compromise. Mais, puis que le général français était résolu à cette opération inutile et téméraire, il la fallait faire avec résolution et d'un seul trait; il fallait que, le passage ayant été surpris le 19, le 20 toute l'armée se trouvât sur la rive gauche, laissant seulement quelques colonnes mobiles en observation sur la rive droite, et qu'elle se portât droit sur Ulm et Xœrdlingen, afin d'attaquer en flanc l'armée autrichienne et l'obliger, si Kray prenait le parti de la retraite, à recevoir la bataille, et afin de s'emparer de son camp retranché, si Kray se décidait à passer sur la rive droite pour marcher sur l'armée française. De cette manière, le général Moreau n'avait rien à redouter; son armée, supérieure comme elle Tétait en force et en moral, si elle perdait la rive droite^ s'établissait sur la rive gauche : toutes, les chances étaient pour elle; elle profitait de son initiative pour marcher réunie, surprendre l'armée autrichienne pendant ses mouvements, dans le temps qu'elle ne laissait rien exposé aux coups de l'initiative de l'ennemi. C'est l'avantage de toute armée qui marche toujours réunie. Qu'eût pu faire
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le général Richepance, qui était le plus près d'Ulm, si Kray et le prince de Reuss l'eussent attaqué avec 60,000 hommes, et que fût devenue l'armée si le corps de Richepance eût été défait, qu'elle eût perdu sa ligne d'opération sur la rive droite, en y éprouvant un si grand échec lorsqu'elle n'avait pas encore pris pied sur la rive gauche?
10° La marche du général Decaen sur Munich, celle de Lecourbe sur Xeuburg, celle de Leclert sur Freising , étaient des mouvements isolés où les troupes françaises se sont trouvées en nombre inférieur à celui de l'ennemi ; elles ont payé d'audace, atteint le point qu'elles voulaient occuper, ont obtenu peu de résultats et perdu autant que l'ennemi.
11° La marche rétrograde de Lecourbe sur le Vorarlberg était inutile; il fallait qu'il marchât sur Inspruck ; il serait arrivé dix jours plus tôt avec moins de difficultés, en perdant moins de monde qu'il n'en a perdu à tous ces débouchés du Tyrol pour n'obtenir aucun résultat. La possession d'Inspruck était d'une tout autre importance : l'armée se fût alors trouvée en ligne sur l'Inn.
12° L'armistice ne remplit pas le but du gouvernement, qui voulait avoir les quatre places d'Ulm, Philippsburg, Ingolstadt et Inspruck, pour bien assurer la position des armées.
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Troisième remarque : Kraij. — V Le feld-maréclial Kray compromit son armée en la tenant disséminée à l'approche de rourerture de la campagne; son quartier général à Donaueschingen et surtout ses magasins de Stockach, Engen, Mœsskirch, étaient mal placés. Il agissait comme si la Suisse eût été neutre; son quartier général et ses magasins eussent alors été couverts par les défilés des montagnes Xoires. Mais les Français étaient maîtres de la Suisse et de tout le cours du Rhin, de Constance à Bàle ; ses magasins se trouvaient à une demijournée d'eux et tout à fait aux avant-postes.
2* Le feld-maréchal Kray a montré de l'hahileté autour d'Ulm ; il a obtenu un grand succès, puisque, avec une armée battue trois fois en un mois et fort inférieure, il a retenu pendant quarante jours, sous le canon de son camp retranché, une armée supérieure et victorieuse : les marches, les manœuvres, les fortifications, n'ont pas d'autre but. Mais ce maréchal n'eùt-il pas pu faire davantage? Lorsque Sainte-Suzanne, avec moins de 20,000 hommes, se trouvait, le 16 mai, séparé par le Danube du reste de l'armée, à une heure de marche de son camp retranché, pourquoi ne l'attaqua-t-il pas avec ses forces réunies? De si belles occasions sont rares : il fallait déboucher sur les deux divisions de Sainte- Suzanne avec 60,000 hommes et les détruire.
Z" Lorsque, le 26 mai, l'armée française était