‹ Correspondance militaire; extraite de la correspondance générale et publiée par ordre du Ministre de la GuerreChapitre 117 sur 199 · PROCLAîlIATIOM A L'ARMEE · texte numérisé non relu

PROCLAîlIATIOM A L'ARMEE

Pfaffenhofen, 21 vendémiaire an XIV (13 oclobre 1805),

Soldats, il y a un mois que nous étions campés sur l'Océan , en face de l'Angleterre ; mais une ligue impie nous a ordonné de voler sur le Rhin.

Il n'y a pas quinze jours que nous l'avons passé, et les Alpes wurtenibergeoises, le Neckar, le Danube et le Lech , barrières si célèbres de l'Allemagne, n'ont pas retardé notre marche d'un jour, d'une heure, d'un instant. L'indignation contre un prince que nous avons deux fois réassis sur son trône , quand il ne tenait qu'à nous de l'en précipiter, nous a donné des ailes. L'armée ennemie, trompée par nos manœuvres, par la rapidité de nos mouvements, est entièrement tournée. Elle ne se bat que pour son salut; elle voudrait bien échapper et retourner chez elle; il n'est plus temps. Les fortifications qu'elle a élevées à grands frais le long de

riller, nous attendant par les débouchés de la forêt Noire, lui deviennent inutiles, puisque nous arrivons par les plaines de la Bavière.

Sans cette armée que vous avez devant vous, nous serions aujourd'hui à Londres- nous eussions vengé six siècles d'outrages et rendu la liberté aux mers.

]\Iais souvenez-vous demain que vous vous battez contre les alliés de l'Angleterre; que vous avez à vous venger des affronts d'un prince parjure dont les propres lettres respiraient la paix, quand il faisait marcher ses armées contre notre allié; qui nous a supposés assez lâches pour croire que nous verrions, sans rien dire, son passage de l'Inn, son entrée à Munich et son agression contre l'électeur de Bavière. II nous croyait occupés ailleurs. Qu'il apprenne pour la troisième et dernière fois que nous savons être partout où la patrie a des ennemis à combattre.

Soldats, la journée de demain sera cent fois plus célèbre que celle de Marengo ; j'ai placé l'ennemi dans la même position.

Souvenez -vous que la postérité la plus reculée tiendra note de ce que chacun de vous fera dans cette mémorable journée.

Vos neveux mômes, d'ici à cinq cents ans, viendront se ranger sous ces aigles qui vous rallient, sauront en détail tout ce que votre corps aura fait demain , et de quelle manière votre courage les aura à jamais illustrés. Ce sera l'objet perpétuel de leurs

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entretiens , et vous serez cités d'âge en âge à l'admiration des générations futures.

Soldats , si je n'avais voulu que vaincre l'ennemi, je n'aurais pas cru devoir faire un appel à votre courage et à votre amour pour la patrie et pour moi ; mais le vaincre , ce n'est rien faire de digne de vous ni de votre Empereur. Il faut que pas un homme de l'armée ennemie échappe. Que ce Gouvernement qui a trahi tous ses devoirs n'apprenne sa catastrophe que par votre propre arrivée sous les murs de Vienne ; et, à cette funeste nouvelle, s'il écoute le cri de sa conscience, elle lui dira qu'il a trahi et les serments de la paix et ses premiers serments, devoirs que lui avaient légués ses ancêtres avec le pouvoir d'être le boulevard de l'Europe contre les irruptions des barbares.

Soldftts qui avez donné aux combats de W^ertingen et de Giinzburg, j'ai été content de votre conduite; tous les corps feront comme vous. Et je pourrai dire à mon peuple : Votre Empereur et votre armée ont fait leur devoir; faites le vôtre; et les 200,000 conscrits que j'ai appelés accourront à marches forcées pour renforcer notre seconde ligne.

Napoléon.

Dépôt de la "jnerre.

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