SS* BllLLETIM DE LA GRA\I)E ARMEE
Schœiibrunn, 25 brumaire an XIV (16 novembre 1805).
Le prince Murât et le corps du maréchal Lannes ont rencontré hier l'armée russe àHollabrunn : une charge de cavalerie a eu lieu; mais l'ennemi a aussitôt abandonné le terrain en laissant 100 voitures d'équipage attelées.
L'ennemi ayant été joint et les dispositions d'attaque étant faites, un parlementaire autrichien s'est avancé et a demandé qu'il fût permis aux troupes de l'empereur d'Allemagne de se séparer des Russes. Sa demande lui a été accordée.
Peu de temps après , AL le baron de Wintzingerode, aide de camp général de Sa Majesté l'empereur de toutes les Russies, s'est présenté aux avantpostes et a demandé à capituler pour l'armée russe. Le prince Murât a cru devoir y consentir; mais l'Empereur n'a pas pu approuver cette capitulation. Il part au moment même pour se rendre aux avantpostes.
L'Empereur n'a pas pu donner son approbation, parce que cette capitulation est une espèce de traité, et que M. deU'intzingerode n'a pas justifié des pouvoirs de l'empereur de Russie. Cependant Sa Majesté, tout en faisant marcher son armée, a déclaré
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que, l'empereur Alexandre se trouvant dans le voisinage, si ce prince ratifie la convention, elle est prête à la ratifier également.
Le général Vialannes, commandant la cavalerie du maréchal Davout, est entré à Presbourg. AI. le général comte de Palfiy a écrit une lettre à laquelle le maréchal Davout a répondu; les deux lettres sont ci-jointes.
Un corps de 3,000 Autrichiens s'était retranché dans la jiosition de Waldmûnchen au débouché de la Bohème; le général Baraguey d'Hilliers, à la tète de trois bataillons de dragons à jiied, a marché contre ce corps, qui s'est hâté d'abandonner sa position. Le général Caraguey d'Hilliers était, le 18, à Teinitz en Bohème. Il espérait entamer ce corps.
Le maréchal IVey avait eu la mission de s'eniparcr du Tyrol. Il s'en est acquitté avec son intelligence et son intrépidité accoutumées. Il a fait tourner les forts de Scharnitz et de Luetasch, et s'en est emparé de vive force. Il a pris dans cette aflai.i-e 1,800 hommes, un drapeau et seize pièces de canon de campagne attelées.
Le 16, à cinq heures après midi, il a luit son entrée à Inspruck; il y a trouvé un arsenal rempli d'une artillerie considérable, 16,000 fusils et une immense qiianiité de poudre. Le même jour il est entré à Hall, où il a aussi pris de très-grands et
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très-riches magasins, dont on n'a pas encore l'inventaire.
L'archiduc Jean, qui commandait en Tyrol, s'est échappé par Luschthal. Il a chargé un colonel de remettre tous les magasins aux Français, et de recommander à leur générosité 1,200 malades qui sont à Inspruck.
A tous ces trophées de gloire est venue se joindre une scène qui a touché l'âme de tous les soldats. Pendant la guerre dernière, le 76^ régiment de ligne avait perdu deux drapeaux dans les Grisons. Cette perte était, depuis longtemps, pour ce corps, le motif d'une affliction profonde. Ces braves savaient que l'Europe n'avait point oublié leur malheur, quoiqu'on ne pût en accuser leur courage. Ces drapeaux , sujets d'un si noble regret, se sont trouvés dans l'arsenal d'Inspruck : un officier les a reconnus; tous les soldats sont accourus aussitôt. Lorsque le maréchal Ney les leur a fait rendre avec pompe, les larmes coulaient des yeux de tous les vieux soldats Les jeunes conscrits étaient fiers d'avoir servi à reprendre ces enseignes, enlevées à leurs aînés par les vicissitudes de la guerre. L'Empereur a ordonné que cette scène touchante soit consacrée par un tableau. Le soldat français a pour ses drapeaux un sentiment qui tient de la tendresse. Ils sont l'objet de son culte comme un présent reçu des mains d'une maîtresse.
Le général Klein a fait une incursion en Bohême avec sa division de dragons. Il a vu partout les Russes en horreur ; les dévasiations qu'ils comuiettent font frémir. L'irruption de cesbarhares, appelés par le gouvernement lui-même, a presque éteint dans le cœur des sujets de l'Autriche toute affection pour leur prince. «Nous et les Français, disent ces « Allemands, nous sommes les fils des Romains ; les « Russes sont les enfants des Tartares. Nous ainions a mieux, mille fois, voir les Français armés contre «c nous que des alliés tels que les Russes. » A Vienne, le seul nom d'un Russe inspirait la terreur. Ces hordes sauvages ne se contentent pas de piller pour leur subsistance; ils enlèvent, ils détruisent tout. Un malheureux paysan , qui ne possède dans sa chaumière que ses vêtements, en est dépouillé par eux. Un homme riche qui occupe un palais ne peut espérer de les assouvir par ses richesses ; ils le dépouillent et le laissent nu sous ses lambris dévastés.
Sans doute, c'est pour la dernière fois que les gouvernements européens appelleront de si funestes secours. S'ils étaient capables de le vouloir encore, ils auraient à payer ces alliés du soulèvement de leurs propres nations. D'ici à cent ans, il ne sera, en Autriche, au pouvoir d'aucun prince d'introduire des Russes dans ses Etats.
Ce n'est pas qu'il n'y ait dans ces armées un grand
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noml)re d'officiers dont l'éducation a été soignée, dont les mœurs sont douces, l'esprit éclairé; ce qu'on dit d'une armée s'entend toujours de l'inslinct naturel de la masse qui la compose.
Moniteur du 5 frimaire an XIV.
(En minute an Dépôt de la guerre.]