BULLETI.V DE L^ GRA.VDE ARMÉE
Ziiayra, 27 brumaire au XIV (IS iiuverubre 1805).
Le prince Murât, instruit que les généraux russes, immédiatement après la signature de la convention, s'étaient mis eu marche, avec une portion de leur armée, surZnaym, et que tout indiquait que l'autre partie allait la suivre et nous échapper, leur a fait connaître que l'Euipereur n'avait pas ratifié la convention, et qu'en conséquence il allait attaquer. En eliet,
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le prince Mural a fait ses dispositions, a marché à l'ennemi et l'a attaqué le 25, à quatre heures aprèsmidi, ce qui a donné lieu au combat de Guntersdorf, dans lequel la partie de l'armée russe qui formait l'arrière-garde a été mise en déroute, a perdu douze pièces de canon, 100 voitures de bagages, 2,000 prisonniers et 2,000 hommes restés sur le champ de bataille. Le maréchal Lannes a fait attaquer l'ennemi de front, et, tandis qu'il le faisait tourner par la gauche par la brigade de grenadiers du général Dupas, le maréchal Soult le faisait tourner par la droite par la brigade du général Levasseur, de la division Legrand, composée des 3^ et 18" régiments de ligne. Le général de la division Walther a chargé les Russes avec une brigade de dragons et a fait 300 prisonniers.
La brigade de grenadiers du général Laplanche- Mortière s'est distinguée. Sans la nuit, rien n'eût échappé. On s'est battu à l'arme blanche plusieurs fois. Des bataillons de grenadiers russes ont montré de l'intrépidité. Le général Oudinot a été blessé; ses deux aides de camp chefs d'escadron Demangeot et Lamotte l'ont été à ses côtés. La blessure du général Oudinot l'empêchera de servir pendant une quinzaine de jours. En attendant, l'Empereur, voulant donner une preuve de son estime pour les grenadiers, a nommé le général Duroc pour les commander.
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L'Empereiira porté son quartier général à Znayin le 26, à trois heures après midi. L'arrière-garde russe a été obligée de laisser ses hôpitaux à Znaym, où nous avons trouvé des magasins de farine et d'avoine assez considérables. Les Russes se sont retirés sur Briinn, et notre avant-garde les a poursuivis à michemin. Mais l'Empereur, instruit que l'empereur d'Autriche y était, a voulu donner une preuve d'égards pour le prince et s'est arrêté la journée du 27.
Ci-joint la capitulation du fort de Kufstein, pris par les Bavarois.
Le général Baraguey d'Hilliers a fait une incursion jusqu'à Pilsen, en Bohême, et a obligé l'ennemi à évacuer ses positions. Il a pris quelques magasins et a rempli le but de sa mission. Les dragons à pied ont traversé avec rapidité les montagnes couvertes de glaces et de sapins qui séparent la Bohême de la Bavière.
On ne se fait pas d'idée de l'horreur que les Russes ont inspirée en Moravie. En faisant leur retraite, ils brûlent les plus beaux villages, ils assomment les paysans. Aussi les habitants respirent-ils en les voyant s'éloigner; ils disent : « Nos ennemis sont partis. « Ils ne parlent d'eux qu'en se servant du terme de barbares qui ont apporté chez eux la désolation. Ceci ne s'applique pas aux officiers, qui sont en général bien différents de leurs soldats, et m. 27
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dont plusieurs sont d'un mérite distingué; mais l'armée a un instinct sauvage que nous ne connaissons pas dans nos armées européennes.
Lorsqu'on demande aux habitants de l'Autriche , de la Moravie, de la Bohême, s'ils ain^cnt leur empereur : Cl Nous l'aimions, répondent-ils, mais comtt ment voulez-vous que nous l'aimions encore? il a ttfait venir les Russes. »
A Vienne, le bruit avait couru que les Russes avaient battu l'armée française et venaient sur Vienne. Une femme a crié dans les rues : u Les Français sont battus; voilà les Russes! » L'alarme a été générale, la crainte et la stupeur ont été dans Vienne. Voilà cependant le résultat des funestes conseils de Cobenzl, de Colloredo, de Lamhertie. Aussi ces hommes sont-ils en horreur à la nation; et l'empereur d'Autriche ne pourra reconquérir la confiance et l'amour de ses sujets qu'en les sacrifiant à la haine publique; et, un jour plus tôt, un jour plus tard, il faudra bien qu'il le fasse.
Moniteur du 7 frimaire an XIU.
(En minote au Dépol de la jnerre.)