AU GÉNÉRAL SONGIS
Schœnbrunn, P' nivôse an XIV (22 décembre 1805).
Vous n'organisez point l'artillerie de mon armée. Je m'embarrasse fort peu des transports de Vienne. Vous avez des moyens considérables au parc et vous laissez l'armée dans le dénùment. Les divisions des généraux Dupont, Gazan, le corps du maréchal Davout, n'ont pas ce qu'il leur faut; pourvoyez-y sur-le-champ. N'oubliez pas que tout dans l'artillerie, à la guerre, doit être à l'armée et non au parc.
Napoléon.
Archives de l'Empire.
tlRO.V DE NAPOLEON 1°'. 515
736. — INSTRUCTIOXS ET ORDRES POUR EVACUER LES TERRITOIRES DE L'AUTRICHE ET DE L'ALLEMAGXE.
AU MAKIÎCHAL BERTHIEn.
Schœnbruiin, 6 nivôse an XIV (27 dëcerabre 1805)'.
Mon Cousin, vous êtes autorisé à conclure une convention avec le général que nommera l'empereur d'Allemagne, pour l'exécution des dispositions portées dans l'article 23 du traité de paix, et notamment à déterminer, d'un commun accord, l'espèce et la nature des objets qui, appartenant à S. M. l'empereur d'Allemagne et d'Autriche, devront, en conséquence, rester à sa disposition, et convenir, soit de la vente au royaume d'Italie de l'artillerie impériale et des munitions, soit de leur échange contre une quantité d'artillerie ou d'objets de même ou d'autre nature qui seraient laissés par l'armée française dans les Etats héréditaires; c'està-dire qu'on laissera à Vienne et à Braunau la même quantité d'artillerie et de munitions que l'empereur d'Allemagne laissera à Venise.
Il sera tracé une route d'étapes de Vienne à Lin/ par la rive gauche du Danube, une autre route de BriiniJ à Linz en passant par Iglau; ce qui, avec la
' Laie jjiL'suiuéc.
grande route de Vienne à Linz par la rive droite, formera les trois lignes d'évacuation de l'armée.
Le maréchal Augereau a reçu l'ordre de prendre ses cantonnements dans le pays de Darmstadt, où il attendra de nouveaux ordres et où il vivra par réquisitions, en délivrant des bons.
Le maréchal Ney se rend à Salzburg, où il restera jusqu'à nouvel ordre.
Le général de Wrede, du corps du maréchal Bernadotte, fait partir sur-le-champ une brigade de troupes bavaroises pour se rendre à Munich; cette brigade sera suivie de tout le reste des troupes bavaroises.
Les troupes de l'électeur de Wurtemberg ont reçu l'ordre de rétrograder de Linz sur Stuttgart;
Celles de l'électeur de Bade, de rétrograder de Braunau et d'Augsbourg sur Bade.
Les troupes bataves du corps du général Marmont ont l'ordre de se mettre en marche dimanche, 8 nivôse, pour se rendre en Hollande, prenant le chemin de la rive droite du Danube et passant par Ingolstadt et Mayence ; cependant, avant de continuer leur route, elles attendront de nouveaux ordres à Ingolstadt.
Conformément aux articles séparés du traité, l'ompereur d'Allemagne doit faire verser huit millions en argent au moment de la ratification du traité. Avant que les troupes françaises évacuent
Presboury, vous vous assurerez que cette somme est versée, et aussitôt vous la ferez mettre en route et conduire, sous bonne escorte, à Paris, pour être versée dans la caisse d'amortissement; si ladite somme est payée en traites, le sieur la Bouillerie l'adressera également au sieur Mollien.
Il doit aussi être versé quarante millions, en bons ou en lettres de change acceptées sur les places désignées dans les articles séparés, et payables aux époques déterminées.
Vous n'évacuerez Vienne que quand vous vous serez assuré que les dispositions ci-dessus sont exécutées et les traites remises au sieur la Bouillerie, receveur général.
On n'évacuera Gratz que quand on saura que Venise est occupée par les troupes françaises, à l'époque déterminée par le traité; le reste sera évacué jour par jour, comme il est stipulé audit traité.
On commencera à évacuer sur-le-champ, le plus possible, les blessés qui sont à Briinn et ceux qui sont à Vienne ; on se servira, pour cette évacuation, des caissons de la compagnie Breidt.
11 sera expédié des ordres au général Marmont pour se rendre en Italie avec ses deux divisions françaises, et il prendra possession du Frioulet delà ligne de l'Isonzo.
La division aux ordres du général Dupont suivra immédiatement le mouvement des troupes bataves
518 CORRESPOIMDAXCE MILITAIRE [1803]
par la rive droite du Danube; mais, arrivée à Braunau, elle prendra la route de Munich.
Les grenadiers de la division Oudinot, à l'exception des bataillons des 9", IS^el 81* de ligne, rentreront sous les ordres du maréchal Mortier ; à cet eflet, ils partiront de Vienne et prendront la route de Stockerau, Freystadt et Linz, où ils passeront le Danube et feront l'arrière-garde du maréchal Mortier.
La division de cuirassiers du général d'Hautpoul et celle de dragons du général Klein suivront le mouvement de la division de grenadiers.
Ces divisions de cavalerie marcheront à petites journées et prendront leurs cantonnements sur la ligne de défense de l'Enns, pour y attendre et y laisser expirer le temps de l'évacuation, de manière à ce qu'elles aient quinze à vingt jours de repos dans ces cantonnements.
La ville de Linz ne sera évacuée que lorsqu'on saura que l'istrie et la Dalmatie, ont été mises en notre pouvoir.
Le corps d'armée du maréchal Davout quittera Presbourg à l'époque déterminée, et suivra sa route par la rive droite du Danube jusque derrièrel'Enns.
La division du général Caflarelli rentrera sous les ordres du maréchal Davout; mais, pour éviter qu'elle passe à Vienne, elle marchera directement sur Krems et traversera le Danube pour rejoindre le maréchal Davout.
[1805] DE XAPOLÉO.V !«'. 519
L'état-major général (le l'armée partira trois jours avant le corps du maréchal Soult.
Le général Xansouty se mettra en route pour prendre position derrière l'Enns, et se placera de manière à ne pas gêner le passage.
Le corps du maréchal Soult formera l'arrièregarde de toutes les troupes qui suivent la rive droite du Danube, et il évacuera Vienne au terme fixé par le traité, si les conditions sont remplies.
La brigade du général Alilhaud se réunira à la cavalerie du maréchal Soult.
On se servira de tous les chevaux d'artillerie et de transport pour les évacuations successives.
La division du général Gazan évacuera par la route de la rive gauche du Danube, celle qui suit le plus près la rivière, sur Linz.
Les deux divisions françaises du maréchal Bernadotte évacueront Linz par la ri\re gauche, et pourront être placées entre les débouchés de l'Inn et de l'Enns, au moment où le maréchal Mortier occupera les cercles de l'Autriche sur la rive gauche du Danube.
La division de dragons du général Beaumont et celle du général Ualther évacueront par la routt de la rive gauche qui passe par Iglau.
Le maréchal Mortier, avec sa division, formera l'arricre-garde de tout ce qui passe par les deux roules de la rive gauche. On aura soin que les
troupes qui marcheront par la rive gauche soient toujours une marche en avant par rapport au corps du maréchal Soult qui marche par la rive droite.
Lorsque les troupes tiendront la ligne de l'Enns, on aura soin de tenir aussi sur la rive gauche toutes les provinces de l'Autriche que l'on n'est pas obligé d'évacuer.
Lorsqu'on sera assuré que la Dalmatie et l'istric sont évacuées parles Autrichiens, on évacuera lali- }■ gne de l'Enns, pour prendre celle duLech, où l'armée recevra des ordres pour l'évacuation ultérieure, ce qui dépendra des circonstances où se trouvera alors l'Europe.
On ne mettra les électeurs de Bavière et de Wurtemberg en possession des pays qui leur reviennent par le traité, que lorsque les contributions frappées sur ces pays auront été acquittées, soit en argent, soit en lettres de change, sans excepter les pays que doit occuper l'électeur de Bade dans le Erisgau et dans rOrtenau; il n'en sera mis en possession que par un ordre particulier de l'Empereur.
Le 8^ corps, aux ordres du maréchal Hlasséna, recevra l'ordre de retourner en Italie. Il mettra en marche tous ses dragons pour rejoindre l'armée de Naples, ainsi qu'une de ses trois divisions d'infanterie à son choix; immédiatement après, le maréchal Masséna se rendra à l'armée de Naples, dont il prendra le commandement. Le général de brigade Mor-
[1805] DE MAPOLÉON I". 521
tières, à la tête des 9% 13° et 81 " bataillons de grenadiers, partira dimanche, 8 nivôse, pour se rendre en Italie par Gratz.
La division de cuirassiers aux ordres du général Pully prendra position du côté de Trévise et de Padoue. Toutes les autres troupes du corps d'armée du maréchal Masséna rentreront en Italie aux ordres du prince Eugène.
Toute la cavalerie française et italienne qui se trouve devant Venise, avec le général Partouneaux, deux régiments d'infanterie les plus forts, et la plus grande partie de l'artillerie de campagne, se mettront en marche pour renforcer l'armée de Naples.
Le général Molitor, avec trois régiments de sa division, prendra possession de la Dalmatie. Le général Dubesme, avec trois régiments de sa division, prendra possession de l'Istrie. Comme ces divisions ont quatre régiments, les deux régiments qui resteront se rendront à Venise, aux ordres du général Miollis, qui prendra possession de cette ville.
Toutes les troupes en Dalmatie, en Istrie, dans le pays de Venise et en Italie, seront sous les ordres du prince Eugène.
Dans tous les cas imprévus, le général Lauriston, commissaire pour prendre possession des nouveaux pays cédés en Italie, demandera les ordres du prince Eugène pour les arrangements avec l'Autriche.
L'intendant général de l'armée donnera des or-
522 CORRFSPOMDAKCE MILITAIRE [1805]
dres pour assurer les subsistances sur toutes les lignes d'étapes, en raison de la quantité de troupes qui doit y passer, et il lui sera remis les états nécessaires.
Aussitôt après le départ de rEmpercur, le général Andréossy sora envoyé àHolics, afin de connaître le commissaire de l'empereur d'Allemagne qui doit traiter de tous les objets.
M. Talleyrand ne doit pas quitter Prcsbourg que ce commissaire ne soit nommé.
L'intendant général de l'armée, le général Songis, le général Marescot, ne quitteront Vienne qu'avec l'éfat-m-ajor général.
Le général Dumas sera envoyé en Dalmatie ; il fera la reconnaissance de ce pays.
Le général Marescot sera envoyé à Venise, pour connaître la place et les moyens de défense.
Enfin le secrétaire d'Etat vous expédiera des pleins pouvoirs pour traiter de toutes les évacuations.
Le traité, les articles particuliers, vous seront remis. Vous communiquerez les dispositions du traité en ce qui concernera les diverses administrations de l'armée, mais vous tiendrez secrets les articles particuliers.