OBSERVATIONS COMGERMXT LA CONSClUPTlOiY
AU GÉXIÎRAL LACUÉE.
Camp de Boulogne, 17 thermidor an XllI (5 août 1805).
On se loue davantage à l'armée de la conscription de cette année, quoique l'on trouve encore qu'il y a des hommes à réformer. Je crois qu'il faut envoyer les majors et le premier chirurgien du corps, si absolument il faut des chirurgiens.
Les corps n'ont rien perçu des amendes ; quand je dis rien , c'est pas un sou. Le trésor n'a rien perçu non plus. Il paraît que c'est une des raisons qui autorisent la désertion. Il faudrait prendre quelques mesures pour organiser cette perception. La somme
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(le 1,500 francs est une somme déterminée; cela est peu pour les riches, et beaucoup pour les pauvres : en général, on pense que, si cette amende était perçue, elle écraserait la nation; d'où il suit qu'elle est arbitraire et qu'elle ne se perçoit pas du tout. Cherchez donc quelque moyen pour que les déserteurs condamnés au corps payent une amende raisonnable et proportionnée à leur fortune. Il faudrait aussi trouver moyen d'organiser cette perception de manière qu'elle ait constamment lieu. L'enregistrement n'y fait rien.
La plus funeste des désertions est celle qui se fait lorsque les individus sont reçus au corps. C'est celle-là qui fait le plus de mal à l'armée. Aussi les corps sont bien loin d'avoir le nombre d'hommes que supposeraient les états du ministre.
Je désire que vous preniez des notions sur la manière dont la conscription de Tan XIH, ainsi que l'appel des réserves, se sont exécutés, et que vous me fassiez connaître les départements qui ont été le plus en retard.
Faites aussi compulser la correspondance au ministère de la guerre, et faites la recherche des corps où il y a eu le plus de déserteurs depuis le 1"" vendémiaire an XIl. La faute en est aux préfets et à la gendarmerie.
Le 21* et le 33' de ligne, ce dernier se recrutant dans l'Eure, ont le plus de déserteurs; et ce qui
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prouve que les préfets, quancl ils le veulent, lèvent tous les obstacles, c'est que ceux du Pas-de-Calais et du Calvados, qui allaient mal, vont mieux depuis qu'ils ont compris que mon opinion de leur zèle et de leurs services dépendait du succès de la conscription. Je vous ai envoyé des états dans lesquels je suis parti des tableaux du ministre; mais je crois qu'il faudrait partir de la revue au 1" messidor. Xous sommes au milieu de thermidor, et les inspecteurs aux revues doivent l'avoir.
Il y a aussi des observationsà faire pour ce qui regarde les hommes d'élite. Je ne sais quelle estla taille déterminée. Plusieurs départements n'ont pas fourni parce qu'ils n'avaient pas d'hommes de cette taille. Prévoyez cela dans votre règlement, afin qu'en ce cas on y supplée en prenant les meilleurs. .Mettez un article pour que les dragons prennent des hommes de toute taille. Voyez a la guerre ce que devaient recevoir les cuirassiers, en l'an XIII, en hommes d'élite, et les départements qui n'ont pas fourni. Je ne voudrais pas, aussi, qu'il entrât au trésor publie de l'argent provenant de la conscription. Je croisqu'iln'y entre pas 1 ,200,000 ou 1 ,300, OOOfr. par an. Je voudrais plutôt que cet argent fût versé dans une caisse particulière pour dépenses de la conscription, telles que les frais de logement des officiers, les gratifications aux gendarmes, les frais de tournées des majors et des chirurgiens, etc.
Je pense aussi qu'il est impossible qu^un ministre de la guerre suive une machine aussi compliquée. C'est un point très-important de notre organisation, et je voudrais créer une grande place sous le titre d'Inspecteur de laconscription. Cet inspecteur, n'ayant à s'occuper que de l'esprit et de la conduite des officiers, des préfets, des conseils d'administration, dont plusieurs ont passé pour avoir vendu des congés, saisirait tous les vices du système, et serait enfin la loi vivante delà conscription. Les lois mortes sont bien peu de chose; je m'en aperçois tous les jours. Les objets sur lesquels je ne porte pas moimême mon attention ne marchent pas ou marchent mal. Cet inspecteur serait ou un général ou un conseiller d'Etat; il se trouverait dans les attributions du ministre de la guerre; mais il aurait un receveur qui recueillerait tout l'argent de la conscription. On établirait, pour cet objet, un ])U(lget, et, si l'on pouvait pourvoir à tous les frais de la conscription, même à solder, en tout ou en partie, les officiers qui y sont employés, je les mettrais en sus des corps, car un si grand nombre de sous-officiers m'affaiblit l'armée. Enfin, je voudrais donner à cet inspecteur, sur son rapport au ministre, le droit de contrainte contre les chirurgiens, officiers de recrutement et citoyens embaucbeurs ou autres dont les actions tendraient à gêner et entraver la loi de la conscription.
Faites-moi aussi un projet de décret qui établisse une compagnie de voltigeurs dans chaque Iiataillon d'infanterie de ligue. Elle serait composée de petits hommes, armés de fusils de dragons, comme les voltigeurs de l'infanterie légère. Cela n'augmenterait pas les bataillons, car on supprimerait une compagnie, comme on l'a fait pour l'infanterie légère.