‹ Correspondance militaire; extraite de la correspondance générale et publiée par ordre du Ministre de la GuerreChapitre 27 sur 199 · A M. T.^LLEYRAMD · texte numérisé non relu

A M. T.^LLEYRAMD

Camp do Boulogne , 5 fructidor an XIII (23 août 1805).

Monsieur Talleyrand, Ministre des relations extérieures, plus je réfléchis à la situation de l'Europe, plus je vois qu'il est urgent de prendre un parti décisif. Je n'ai, en réalité, rien à attendre de l'explication de l'Autriche. Elle répondra par de belles phrases et gagnera du temps, alin que je ne

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puisse rien faire cet hiver; son traité de subsides et son acte de coalition seront signes cet hiver, sous le prétexte d'une neutralité armée; et, en avril, je trouverai 100,000 Russes en Pologne, nourris par l'Angleterre, avec les équipages de chevaux, d'artillerie, etc., et 15 à 20,000 Anglais à Malte, et 15,000 Russes à Corfou. Je me trouverai alors daiis une situation critique. Mon parti est pris.

Mon escadre est sortie le 26 thermidor du Ferrol avec SA vaisseaux; elle n'avait pas d'ennemis en vue. Si elle suit ses instructions, se joint à l'escadre de Brest et entre dans la Manche , il est encore temps : je suis le maître de l'Angleterre. Si au contraire, mes amiraux hésitent, manœuvient mal et ne remplissent pas leur but, je n'ai d'autre ressource que d'attendre l'hiver pour passer avec la flottille. L'opération est hasardeuse; elle le serait davantage si, pressé par le temps, les événements politiques me mettaient dans l'obligation de passer d'ici au mois d'avril. Dans cet état de choses , je cours au plus pressé : je lève mes camps et je fais remplacer mes bataillons de guerre par mes 3" bataillons, ce qui m'ofTre toujours une armée assez redoutable à Boulogne ; et, au 1" vendémiaire, je me trouve avec 200,000 hommes en Allemagne et 25,000 hommes dans le royaume de Naples. Je marche sur Vienne, et ne pose les armes que je n'aie Naples et Venise, et augmenté tellement les

États de rélecteur de Bavière que je n'aie plus rien à craindre de l'Autriche. L'Autriche sera pacifiéecertainement, de cette manière, ])cndant l'hiver. Je ne reviens point à Paris que je n'aie touché barre.

Dans cette situation des choses, j'ai cru devoir vous en informer, pour que vous me prépariez mon manifeste, qui consiste dans les pièces officielles sur les mouvements de l'Autriche, qui feront connaître l'impérieuse nécessité où je me suis trouvé d'agir, sous peine de commettre la plus grande faute militaire qu'on puisse commettre. Mon intention est que votre langage avec les ambassadeurs roule toujours dans ce sens, et que vous fassiez à mes dilférents ministres une circulaire rédigée dans le même esprit, dans laquelle vous imputerez à l'Autriche le commencement des hostilités. Vous prendrez pour texte l'embarquement de mon armée et de mes chevaux ; vous direz que c'est pendant ce temps que l'Autriche ap|)elle des armées en Tyrol et en Italie.

Je vous mets au fait de mes projets, afin que vous puissiez donner à votre département cette direction, non que vous deviez dire que je réponds à la guerre parla guerre; mais que la guerre est de fait déclarée; qu'actuellement, c'est un raccommodement qu'il faut; que, si l'Autriche ne me répond pas, non par des paroles, mais, en renvoyant ses troupes dans leurs garnisons de Hongrie et de Bohème, il

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ne me reste plus qu'à repousser la force par la force. Cependant, comme mon intention est de gagner quinze jours, mettez M. Otto dans la confidence ; prévenez-le que j'enverrai, sous peu de jours, un de mes aides de camp voir Passau, avec une lettre pour FElecteur, où je lui dirai que, si l'Autriche n'évacue pas le Tyrol, je suis résolu à me mettre moi-même à la tête de mes forces, et que l'Allemagne verra plus de soldats qu'elle n'en a jamais vu; que, cependant, l'électeur de Bavière reste tranquille.

Napoléon.

Archives des affaires étrangères.

{En minute aaxArch. de l'Emp.)

5V0. — AU MARECHAL BERTHIER

Camp de Boulogne, 5 fructidor an XIII (23 août 1805).

Ecrivez au maréchal Bernadotte que, ne sachant point où en veut venir l'Autriche avec tous les mouvements qu'elle fait, j'ai trouvé convenable qu'il réunisse à Gœttingen le 27* d'infanterie légère, les 95% 8" et 94° de ligne, quatre régiments de chasseurs et de hussards, et vingt-quatre pièces attelées, avec double approvisionnement; qu'il fasse venir toutes les troupes qu'il a à Osnabruck, où il suffît qu'il y ait 25 hommes de cavalerie ; que cela formera

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un corps de 10,000 hommes, qu'il fera commander par un général de division et deux généraux de brigade, et qui, réuni à Gœttingen, se portera partout où il sera nécessaire; qu'il fasse confectionner à Gœttingen 100,000 rations de biscuit, mais qu'il ne démasque pas encore ce mouvement; qu'il gagne quatre jours, de manière qu'au premier courrier qu'il recevra il puisse, en trois jours, avoir tout son corps réuni à Gœttingen. Il recevra un courrier dans deux jours.

Napoléon.

Archives de l'Empire.

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