‹ Correspondance militaire; extraite de la correspondance générale et publiée par ordre du Ministre de la GuerreChapitre 59 sur 199 · AU PRIXCIO EUGENE · texte numérisé non relu

AU PRIXCIO EUGENE

Sainl-Cloud, 16 septembre 1805.

Won Cousin, je reçois votre lettre du il septembre. J'avais chargé M. Maret de vous envoyer copie d'un décret sur une réquisition de 3 ou 4,000 voitures, que j'ai ordonnée dans les départements de France, et sur la manière de les embrigader. Je pense que vous devez faire la même chose pour le service de mon armée d'Italie. Ainsi, si l'on avait besoin de 900 voitures, vous en feriez faire la répartition entre les départements, qui les fourniront et qui en seront payés exactement. Vous sentez qu'il est impossible de faire des achats de chevaux et de voitures; il faut six mois pour cela; les chevaux et les voitures des paysans ont toujours fait, dans tous les pays, ce service. Je ne puis approuver ce que vous me dites à cette occasion; il faut parler paix, mais agir guerre. Il ne faut rien épargner jiour réunir mon armée et lui faire fournir tout ce dont elle j)Ourrait avoir besoin. Donnez des ordres pour qu'on se concerte avec l'ordonna-

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leur et qu'on requière des voitures, qu'on payera et qu'on embrigadera pour le service de l'armée. Vous avez fait louer 200 chevaux au général Lacombe Saint -Michel ; qu'est-ce que c'est que 200 chevaux? Si les Autrichiens étaient dans le royaume, ils ne se comporteraient pas avec tant de ménagement : c'est ce qu'ils font à Venise, c'est ce qu'on a toujours fait. Je ne vois pas pourquoi vous y trouvez de la répugnance; je suis surpris que le ministre de la guerre ne vous ait pas éclairé làdessus. Dans toutes les circonstances semblables, on a fait des réquisitions de chevaux. Ce n'est pas 900 chariots que je prenais lorsque j'étais en Italie, mais 2,000, et ces réquisitions se faisaient eu désordre, ce qui était alors vexatoire pour le pays. Il ne faut pas vous épouvanter des cris des Italiens; ils ne sont jamais contents. Mais faites-leur faire cette seule réflexion : Comment faisaient les Autrichiens, comment feraient-ils? Montrez de la vigueur.

J'apprends avec grand plaisir que mes places sont approvisionnées. Le général Miollis, que j'ai nommé gouverneur de la place de Mantoue, doit y être arrivé à l'heure qu'il est. Envoyez sur Mantoue toutes les compagnies de pionniers, de pontonniers, d'artillerie, qui vous sont inutiles, pour vous former un fond de garnison. Je vous ai écrit que les troupes autrichiennes étaient entrées à Munich.

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L'Électeur s'est retiré sur Wiirzburg, où il a rassemblé son armée, forte de 25,000 hommes. Il est avec moi, ainsi que la plupart des petits princes d'Allemagne. Ceci est pour vous seul.

Duroc est à Berlin. Je suis bien avec la Prusse; mais la Russie lui fait une très-grande peur. Les Russes ne sont pas encore entrés en Gallicie, mais probablement ils y seront à la fin de septembre. Mon armée sera digne de sa réputation et battra ce ramas de recrues, je l'espère. Si vous y étiez contraint, vous vous ploieriez avec tous nos amis sur Alexandrie. Gardez, à cet effet, votre régiment de dragons, quelques pièces d'artillerie, la gendarmerie d'élite et tous les gendarmes que vous appelleriez avec vous. Je ne pense pas que cela doive arriver qu'après qu'on aurait évacué l'Adige , le Mincio, rOglio et l'Adda. Cependant mon intention est que vous restiez à Monza. Arrangez-vous de manière à pouvoir toujours être le maître de la couronne de fer et à l'enlever sans qu'on s'en aperçoive. Enfin, soyez très-certain que, quoique je compte sur l'Italie, son destin est tout entier où je suis. Je vous confie que, dans quinze jours, j'aurai passé le Rhin avec 180,000 hommes. Si jamais mon armée d'Italie était battue, je viendrai h son secours et je dégagerai Hlantoue et les autres places. Faites reconnaître si les voitures peuvent passer par le Simplon. Vous aurez bien soin que, si quelques

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départements étaient envahis, les préfets et les administrations aient à se replier en ordre. Avec les dragons et les Français que je vous ai laissés, et quelques pièces d'artillerie, vous pouvez vous porter, soit sur des points de l'Adda, soit sur tout autre point, pour repousser les troupes légères de l'ennemi et donner le temps à l'armée d'arriver. Vous devez toujours vous retirer avec la décence convenable. Mes grands officiers et les personnes attachées à ma Maison doivent vous suivre; sans quoi, à mon retour, je les ferai fusiller comme des traîtres.

Vous sentez bien que ce n'est que par une extrême prévoyance que je pense à des choses de cette nature; car je ne puis penser que l'armée autrichienne puisse lutter contre la mienne, si elle est un peu habilement dirigée.

Le jour où vous quitterez Milan, vous ferez une proclamation pour annoncer que je serai de retour avant un mois. Vous ne manquerez pas, du moment où je commencerai ici à donner de la publicité aux affaires, d'en faire de même en Italie.

Napoléon.

Ayez soin que l'argent ne reste pas dans la caisse des départements frontières, mais que le ministre du trésor public le fasse verser à Milan, rapidement et tous les cinq jours. Je crois vous avoir écrit

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d'aller reconnaître la chute de l'Adda du lac; une bonne reconnaissance là peut tous être utile; poussez-la jusqu'à Pizzighettone. Les dépôts des régiments italiens doivent être à Lodi, Pizzighettone. Faites-vous rendre compte de tous les hommes qui peuvent rejoindre. Etablissez une police sévère au pont de l'Adda, pour empêcher qu'on ne puisse revenir de l'armée qu'avec un ordre. Ecrivez à M. Aloieau de Saint-AIéry pour qu'il fasse la même chose à Plaisance. 11 faut veiller avec grand soin sur les [Tisonniers; dans mes campagnes d'Italie il s'en échappait un grand nombre par la Suisse. Le service que peuvent vous rendre les gardes nationales de Brescia, de Côme et de Bergame, c'est de garder les portes et d'empêcher qu'aucun prisonnier ne se sauve. Faites-y établir aussi des postes de gendarmerie et préparer des locaux pour les contenir. 11 serait convenable que les prisonniers n'entrassent jamais à Milan, mais qu'ils en passassent cependant assez à portée pour que le public put les voir. Faites choisir, à une demi-lieue de Milan, un grand couvent pour leur servir d'étape ; de là, on les dirigera sur Pavie , et de Pavie sur Alexandrie. La gendarmerie et la garde nationale les escorteront tant qu'ils seront sur le territoire du royaume.

Après cela, c'est l'affaire de la 27* division militaire. Ecrivez-en au général Alenou. Il faut aussi que toutes les fois que des prisonniers arriveront,

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VOUS ayez des hommes parlant leur langue, pour les interroger sur le nom de leur régiment, le corps d'armée auquel il appartient, sur le temps depuis lequel il est arrivé; enfin, sur les mouvements de l'ennemi. Vous sentez que j'ai besoin d'un contrôle aux exagérations des états-majors, afin de savoir positivement les faits. Ayez toujours un dépôt pour recruter les Polonais. Il pourrait être à iVovare. On y enverrait de préférence tous les Polonais, et on y attacherait cinq ou six officiers polonais. Tout ce qui voudrait prendre de l'engagement dans ce dépôt augmenterait sur-le-champ la légion.

Je vois, par votre lettre du 9 septembre, qu'on travaille faiblement à Pizzighetlone. Faites un des objets de vos soins particuliers de la mettre en bon état.

Dans les dispositions que j'ai faites pour la distribution des fonds du mois, j'ai affecté des sommes pour dépenses secrètes au général en chef, et à l'ordonnateur pour dépenses imprévues; j'ai mis 300,000 francs pour les transports. Ainsi , dans ma distribution de chaque mois, je ferai payer par mon trésor de France ce qui sera convenable.

Toutes les avances qu'a faites le trésor de mon royaume d'Italie doivent être remboursées. J'ai mis des fonds pour faire faire une paire de souliers à chaque régiment. Vous devez ainsi, sur les fonds d'Italie , avoir de grandes économies. Le corps

d'armée que vous avez en France vous coûte peu ; celui que vous avez à Xaples vous coûte peu. D'ailleurs, la nouvelle imposition de six millions vous donnera encore des moyens. Je pense donc que vous devez faire confectionner cinquante mille paires de souliers avec le moins d'éclat possible, de manière que, dans les cas urgents, vous puissiez en envoyer à l'armée. Cinquante mille paires de souliers sont un objet de 2 à 300,000 livres de Milan , et le bien qui en résultera pour l'armée est incalculable ; mais ce sont des souliers qu'il faut avoir, et non des cartons, comme c'est l'usage en Italie. Portez-y toute votre attention et toute votre sévérité. Faites en sorte d'avoir ce nombre de souliers pour vendémiaire, si toutefois vous pouvez vous flatter de les bien faire faire. J'imagine que la cavalerie a des bottes; si vous appreniez qu'elle en eût besoin, vous pourriez en faire faire un millier. Quelques bonnes marmites et quelques outils de campement pourront vous être utiles, en réserve; faites faire cela avec le moins de bruit possible, sans que les corps le sachent, pour ne point les empêcher de faire faire les leurs, et les autoriser à compter sur cette ressource. A la guerre, c'est de souliers qu'on manque toujours. Je pense aussi que les dépôts, à Milan, des quatre corps italiens qui sont à l'armée de Naples, pourraient leur faire faire des souliers. Faites-leur en faire une paire en gratification , et

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envoyez-les à Ancùne, où ces troupes seront fort heureuses de les trouver.

Comm. par S. A. I. M"" la duchesse de Leuchtenberj. (En minale aax Arch. de l'Emp.)

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