HUITIÈME LETTRE
Paris, 4 juillet 1843.
Pardonnez-moi, mon cher monsieur, toute peine que j'aurai pu vous faire ; je le redoutais dès le premier jour; je le craignais, lorsqu’à Curson, quelquefois, nous avons effleuré cette délicate enveloppe de l’âme, la for.
Ainsi que vous le dites, dans un temps comme le nôtre, il est difficile, impossible même de toucher assez délicatement (quelque désir qu’on en éprouve) la foi d’un homme qui a le bonheur d’avoir une foi; de la toucher, dis-je, sans la torturer comme une plaie saignante. Ce que je dis là pour vous, je vous prie de songer que cela est de toute vérité aussi pour moi.
Sans doute vous pouvez penser que ce genre de douleur est pour moi une punition méritée, et que si Je saigne lorsqu'on écorche ma croyance, c’est parce que j'ai voulu croire ce que je ne devais pas croire; mais au moins vous comprendrez que je sais sentir ce que doit inspirer de saint respect, de religieuse terreur; l’approche vers une croyance sincère et profonde.
J'accepte done de votre amitié cette suspension dont vous me parlez; je l’accepte comme un gage d’une mutuelle eslime et non comme une hostilité, une victoire ou une défaite; l’un et l’autre, je l’espère, nous n’en aurons que plus de plaisir cet automne à nous serrer la main.
Tout à vous de cœur.