‹ Correspondance (volume 2)Chapitre 11 sur 36 · A M. DESCHAMPS · texte numérisé non relu

A M. DESCHAMPS

28 avril 1867.

Cher monsieur et ami,

Je vous suis profondément reconnaissant de Tai-

mable insistance que vous mettez à renouveler une

invitation qu'il m'eût été ai agréable de pouvoir

accepter; mais il m'est pla.aloftpossible que jamais

de m'y rendre et je n'aurai malheureusement pas de

peine à vous en convaincre. A tous les ennuis que

m'a déjà procurés la publication de mon Histoire de

Napoléon^ vient de s'ajouter une contrariété qui

comble la mesure. La plus grande partie du manu^^

crit de mon second volume que j'étais en train d^iiBfe"\

primer vient d'être perdue ou soustraite chez Tédi-

teur ou l'imprimeur, je ne sais lequel, car tous deux

se renvoient la faute. Charpentier accuse Claye et

Glaye accuse Charpentier, toutes les recherches ont

été infructueuses, c'est un long et difficile travail

entièrement à refaire, car je n'ai pas une ligne de

copie ni de note. Comment je sortirai de là, je n'en

sais rien encore, mais vous comprenez facilement

que cela ne me dispose pas aux parties de plaisir,

quelque tentantes qu'elles soient. Cette aventure est

tout à fait sans exemple en librairie et donne lieu à

mille suppositions dont je vous fais grâce. Il n'y a

qu'une chose bien claire, c'est qu'elle est un désastre

pour moi.

Je VOUS remercie affectueusement d'avoir bien voulu vous occuper de faire connaître mes écrits qui en ont grand besoin, caria presse parisienne est peu bienveillante pour eux. Mais pour rien au monde je ne voudrais voir avant leur publication les articles dont vous me parlez. Je n'ai de ma vie remué le petit doigt pour obtenir même une mention de qui que. ce soit, et quand je n'aurais qu'un signe à faire pour m'assurer une glqûraû^koniortelle (en supposant qu'il fût au pou voir 'SPpçaelqu'un de la dispenser), rien au monde ne pourrait me décider à faire ce signe. Que votre ami dise ce qu'il pense, rien de plus, rien de moins, et je serai son obligé dans tous les cas, même dans celui où il serait à son insu injuste à mon égard. Voilà sur ce point la ligne de conduite dont je ne me départirai jamais. Merci encore, mon cherDescbaraps,et croyez, je vous prie, à mes sentiments d'estime et d'affection.

Paris, 10 mai IS67.

Gomme je vous reconnais bien là de croire qu'on peut ainsi du jour au lendemain recommencer sa vie! Vous ne savez donc pas combien d'existences je traîne après moi ? La mère Gigogne n'était rien en comparaison. Je frémis à la seule idée des contrecoups et des tragiques carambolages que ce simple changement de programme amènerait dans tout ce

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cher petit monde et vous n'êtes pas assez ennemie de mon repos pour exiger cela de moi. Cependant annoncez-moi toujours à madame T***, cela fait toujours bon effet. — Dites-lui qu'il faudrait qu'il m'arrivât des choses bien extraordinaires pour que je vous manquasse de parole. Dites-lui surtout que je publie en tous lieux qu'elle est délicieuse et charmante. Gela vaut cent visites.

A charge de revanche, m^dume la présidente.

FEROfciNO.

«Pï*-

A M. CHARPENTIER

Mon cher ami,

lSfl4e

qui concerne le pouvoir actuel, je veux bien que ses concessions soient prises à titre de restitution, mais je trouve tout naturel qu'on songe à retourner ces concessions contre lui, attendu que son caractère faux et perfide est suffisamment établi,je pense, par sa politique de tous les temps. Il est impossible maintenant d'avoir la moindre confiance en sa parole ; la plus simple prudence exige qu'on se précautionne contre lui et de toutes les précautions la seule efficace serait de le renverser. Tout cela est mille fois évident . On est simplement juste à son égard ; il porte la peine de ses trahisons et de ses mensonges. Au reste, ce dissentiment entre nous

164 CORRESPONDANCE DE P. LANFRET.

n'a aucune importance pratique puisqu'il ne peut me venir à l'esprit d'en laisser paraître la nature dans mes articles. Tout ce que je réclame, c'est le droit de laisser voir une défiance trop justifiée au sujet de promesses parfaitement mensongères et cette défiance est pour nous un devoir de dignité, car, en ceci, consentir à paraître dupe c'est être complice.

Votre bien afi'ectionné.

iL^-

>"-5<rfyw3i'.v--:-.v;- A MADAME G. JAUBERT.

Paris...

Eh bien, mettons que je n'ai rien dit. Vous comprenez qu'on n'est pas Perocino pour rien. Mais qufiind cela serait vrai, comme je l'ai supposé, où serait le mal ?

Il me semble que vous avez bien le droit de rire quelquefois ànnes dépens et je ne vous en voulais pas le moins du monde, ni à vous, ni à madame X... Mais l'histoire des douze invitations m'était revenue de deux ou trois côtés à la fois et je me suis senti en goût d'exhaler ma petite vexation, histoire de nerfs.

Vous avez toujours été si excellente et si parfaite pour moi que, si je pouvais seulement me soupçonner de nourrir l'ombre d'un sentiment de rancune à votre égard, je me conduirais sur-le-champ moimême au poste le plus prochain. Jugez un peu s'il m'est possible de vous en vouloir! Oubliez donc

celle figure du lerrible Ferocino. Il croyait murmurer une faible plainle. Il paraîl que c'était un rugissement. Pauvre animal formidable et digne de pitié. Plaignons-le. Faut-il que je me jette à vos pieds ? J'y suis, à vous.

.'*l-'dP«ri8. 8 mai 1867.

Monsieur,

Il me larde de vous remercier de l'appréciation si indulgente que vous avez bien voulu me consacrer dans le Journal d'Aiençon, Je l'ai reçue hier seulement et je ne vous dissimulerai pas que je l'ai lue avec un plaisir extrême, bien que je sente autant que pwN*';^ sonne tout ce qui me manque pour mériterions vos ' éloges. Ils m'ont offert du moins le portrait auquel je voudrais ressembler. — Me permettez-vous d'ajouter que j'ai été étonné d'être si bien compris h distance. — Étant faite, bien entendu; la part de l'exagération.

La façon dont votre travail est écrit et pensé a été pourmoi une véritable surprise et je crois, monsieur, que, si la presse de province compte seulement quelques écrivains comme vous, il y a beaucoup à rabattre sur les lamentations que nous inspire la situation morale de notre pays. Si l'Exposition vous attirait à Paris dans le cours de l'été, je serais heureux de cette occasion de faire votre connaissance et

(le VOUS renouveler mes bien sincères remerciements.

Agrée?, je vous prie, l'expression de ma sympathique estime.

22, rue Chaptal.

A MàlHME C. JAUBERT.

Je n'ai jamais pu voir souffrir les animaux. Il faut donc absolument contenter ce pauvre lièvre en lui donnant un sépulcre convenable dans un estomac reconnaissant. Ce doit être une grande consolation pour lui de vous avoir pour exécuteur testamentaire. Quant à moi, tout ce que je puis faire c'est de m'associer à votre pieuse pensée et je m'y engage de tout mon cœur. Mais au nom du ciel, où avez-vous pris ce petit maître? Est-ce à cause de ce méchant bout de cravate rouge? femmes! Abîme, abîme I

Tutto suo,

Ferocino.

A M. GOJON.

Paris, 27 mai 1867.

Voici plusieurs jours, mon cher ami, que je remets le plaisir de vous écrire à cause de cette

A M. GOJON. 167

diable de loterie. Je suis allé deux ou trois fois chez madame Marjolin pour me procurer la liste des numéros gagnants (vous savez que c'est elle qui fait celte loterie), elle était à la campagne, et ce matin seulement j'ai trouvé la chose chez Giroux et je vous l'envoie. Je suis heureux, mon cher Gojon, devoir les dispositions où vous vous trouvez maintenant et j'espère que vous vous y maintiendrez. Il faut absolument rompre avec cette vi0î&j(^8 quatre ou cinq dernières années. — Vous yctf njtqiie vous en serez amplement récompensé. Je suis iXtème convaincu que vous trouverez le changement infiniment plus agréable que vous ne vous l'imaginez. Vous ne me dites pas si vous vous êtes mis à l'anglais. — Ne le négligez pas. — Rien n'est plus essentiel à tous les points de vue. .

J'ai été très mal portant depuis votre départ, en sorte que vos bons conseils arrivent assez à point. Je me traite maintenant à l'eau froide tous les matins pour m'aguerrir aux impressions du froid et du chaud. Je prendrai ensuite les eaux sulfureuses aux Pyrénées ou ailleurs. Quant au reste dont vous vous informez avec tant d'amitié, stagnation complète. L'obstacle que nous avions prévu tous deux (je ne sais si vous vous en souviendrez), avait pris des proportions presque inquiétantes ; j^y ai mis bon ordre, mais il est résulté un peu d'embarras momentané'ment. L'été et un séjour à la campagne décideront s'il faut persister ou ne plus s'en occuper. Je ne sais au juste à quel moment j'irai à Chambéry, mais ce

168 CORRESPONDANCE DE P. LANPREY.

moment ne peut être bien éloigné et nous causerons ensemble de tout cela.

Adieu mon cher Gojon, donnez-moi souvent de vos nouvelles. Je vous serre bien affectueusement la main et vous remercie de tout mon cœur de votre bonne lettre.

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