‹ Correspondance (volume 2)Chapitre 13 sur 36 · JAUBERT · texte numérisé non relu

JAUBERT

11 septembre 1867.

Je vous réponds bien tard et avec toute autre personne que vous je serais bien confus; mais pourquoi avez-vous reçu en partage tant de bonté et d'aimable indulgence, si ce n'est pour qu'on en abuse un peu ? carj 'établis en principe que, sur ce point, l'usage équivaut à l'abus. Il va sans dire que j'ai les meilleures raisonsà faire valoirpourm'excuser, mais, en pareille matière, on a toujours tort et les bonnes excuses ne sont pas celles que vous avez à alléguer, quelque justes qu'elles puissent être, mais celles dont on veut bien vous faire crédit avant de vous avoir entendu et c'est sur ces dernières seules que je compte avec vous, l'amitié étant du domaine de la grâce et non du domaine de la justice, comme dirait un théologien. Donc vous avez deviné combien j'ai été ahuri et bousculé d'occupations pendant le dernier mois de mon séjour à Paris, et votre bon cœur

m'a pardonné. Je connais même un moyen de l'attendrir en confessant une lutte incessante avec ce vilain mal névralgique que vous connaissez si bien. J'espère du changement d'air, ce qui fait que je ne vous demande pas encore dem'ordonneruneordon-

Pour me remettre, j'ai trouvé ici mon petit marécage natal, si paisible d'ordinaire, dans un état des plus violents, par truite d'une visite du choléra. 11 s'est emparé d'un malheureui petit faubourg delà ville et l'a presque dépeuplé en quelques jours. Vous pensez si ce procédé a paru choquant à des gens habitués à mettre en toute chose une sage lenteur. Us en poussent les hauts cris et trouvent les raisons les plus extraordinaires pour expliquer l'apparition du fléau; il ne peut pas leur entrer dans l'esprit qu'il soit venu ici comme il serait allé ailleurs, poar changer de place et voir du pays.

Au reste, dans le moment où je vous écris, j'en- ' tends les derniers coups de tonnerre d'un orage magnifique qui vient d'éclater sur la ville et j'espère qu'en renouvelantl'atmosphère, qui était d'une stagnation étouffante, il soulagera les maux de ce pauvre pays.

Je suis installé ici avec ma chère vieille mère, dans un ermitage un peu moins réussi que celui de l'année dernière, mais, en somme, très passable, et où je puis reposer sur la verdure des yeux fatigués de cette sempiternelle fixité sur des caractères d'imprimerie. Il faut convenir que nous tous, auteurs et

lecteurs, nous leur faisons faire là un drôle d'exercice et que la nature n*avait guère pu prévoir.

J'ai eu le plaisir de voir, avant de quitter

Paris, notre excellent ami Chenavard, que j'ai trouvé en bien meilleur état que je ne l'espérais. Un mois ^e séjour dans la douce France le rendra plus robuste que jamais, et il pourra aller achever ce tableau que je silk^teçn impatient de voir pour beaucoup de r^jMHBS^féussit, ce sera un ra-

jeunissement poÉNJ^Hram.et peut-être le début d'œuvres nouvelles c[ài le mettront à sa véritable place... Il m'avait promis de passer par ici en allant en Italie,* mais notre triste état sanitaire ne me permet plus guère de l'espérer. En tout cas, je compte sur vous pour avoir de ses nouvelles, ainsi que des d'Alton... en attendant que je leur écrive. Remerciez, je vous prie, madame de L. G. de son bon et aimable souvenir. Avez-vous vu la photographie de d'Alton? Est-elle réussie? Quant à moi qui ai posé en même temps que lui, je viens d'en recevoir une, énormément flattée, un jeune premier un peu avarié, mais encore très potable. Il n'est pas permis de se moquer à ce point de la vérité.

Je ne vous ai pas encore remercié de votre lettre ; elle était délicieuse d'un bout à l'autre, et l'histoire du chapeau de soie admirable et d'une vérité éternelle. Je crois qu'en eff'et, dans V espèce dont nous nous occupons, le petit Dieu malin s'était déguisé en couturière. Il a laissé là ses flèches et a agi à grands renforts de toilettes, coiff'ures, cosmétiques

A M. oojoN. nn

et accessoires de tous genres, car tout lui est bon, pourvu qu*i] arrive à ses fins.

Adieu. Gardez un petit brin d'amitié à votre fidèle et afifectionné.

à PiochcFt (quel nom fatal), maison de Mégère, par Gbarabéry (Saroie).

...juillet 1867.

Remerciements très affectueux de Feroipno avec tous ses regrets de ne pouvoir accepter. Son cœur y sera toute la soirée» mais il ne pourra vous apporter ses oreilles que vers neuf heures.

Votre affectionné.

Ghambéry, 14 teptemlne 1861.

GeBamedl.

Je vous remercie du fond du cœur , mon cher Gojon, du bon souvenir que vous trouvez le temps de me donner au milieu de tous vos soucis qui, heureusement, ne sont pas tous d*une nature attristante. Je souhaite la bienvenue à votre cher enfant avec toute Tamitié que j*ai pour son père. L'arrivée

de cet être innocent préservera votre maison. C'est

le meilleur des talismans dans un moment comme celui-ci.

Présentez, je vous prie, mes compliments et mes souhaits les plus affectueux à madame Gojon que j'espère voir bientôt rétablie. Je n'attends que les délais de rigueur pour aller vous serrer la main.

Votre ami affectionné.

Les habitants disBÊÊÊBlfÊJ^y se montrent vraiment

très bien dans'èlMl^^lHwi^cs circonstances. J'ai passé aujourd'hùt^HW^é, et ce bureau de secours gratuits, installé en pleine rue et desservi volontai* rement par des particuliers, à tour de rôle, m'a paru une belle chose. Ce pays a du bon.

Piochet, ce samedi 12 octobre 1867.

Quant au grand Panetier, on peut dire que

ce pauvre être a cherché avec une sorte d'acharnement tous les moyens possibles d'abréger son inutile existence. A toutes les représentations qu'on pouvait lui faire sur ce sujet, il répondait d'un air de suprême commisération, comme s'il était tout à fait inaccessible à ce souci de petites gens. Puis, le jour où il s'est senti atteint sérieusement, il n'a plus su se défendre contre la maladie que par des larmes d'enfant qui coulaient nuit et jour. Alas poor Yorich! Quel parfait bouffon de cour il aurait fait !

Si j'avais eu le bonheur de vous avoir pour voisine, j'aurais bien mis à profit votre science médicale dans ces derniers temps. J'ai eu un mal de tête très aigu qui m'a tenu pendant quinze jours sans interruplion. J'appelle cela un choléra cérébral.

Je n'ai jamais rien éprouvé de ce genre, et j'ai vraiment cherchéquelqu'un qui consentît àme couper la tête. A la fm, difl'érentspoisonMpi'on m 'a fait absorber m'ont à peu près déUi^Ë||H^|M|s encore définitivement, et je comptf^^^HH||^ttr vous faire excuser le peu de lucidfît? ÏSrfeïês idées, s'il y a lieu.

IJ me semble que c'est du même mal que se plaignait. Tannée dernière, notre amiChenavard, et je suis effrayé que cela puisse devenir une chose normale et durable, car j'ai encore grand besoin de ma tête, et je ne prendrais pas volontiers mon parti de m'en passer. Il faut avouer que notre ami n'a pas eu de chance dans son inspiration d'aller chercher le calme et la tranquillité à Rome. Le choléra et Garibaldi se l'arrachent tour à tour. Qui sait si nous ne verrons pas quelque jour notre philosophe enrôlé de force parmi les zouaves pontificaux! Chenavard consacrant sa force herculéenne à défendre le pouvoir temporel — ce serait drôle I — Mais il propagerait le découragement parmi les soldats du Pape. « A quoi bon? On ne sait plus faire la grande guen^e, leur dirait-il ; il n'y a plus d'art militaire. Il y a eu sept grands capitaines qui ont accaparé toutes les façons originales de détruire les hommes. Tou-

tes les places sont prises. On ne peut plus être qu'un imitateur. » L'armée du Pape se débanderait immédiatement, et c'est. ce qui préservera notre ami de ce destin funeste et nous le rendra.

Je connais le nouvel époux dont vous m'annoncez le bonheur. Il n'est pas précisément récréatif, mais c'est un très savant homme, très fort sur le sanscrit et autres blagues Qri^tales, à ce qu'assure Renan, — et je le ci^o||âMJ|JH Gela pourra lui servir à

être heureuk':^WipR|H&VJ*ai remarqué souvent combien il est imprudent, de la part des maris, de parler à leurs femmes une langue qu'elles comprennent; j'oserais même affirmer que leurs malheurs viennent presque toujours de là. La femme étant un être qu'il faut prendre par l'imagination , on ne saurait être trop mystérieux avec elle : c'est ce que les prêtres ont merveilleusement compris. Aussi lui parlent-ils toujours en latin. Et les médecins! non pas seulement ceux de Molière. — Quel empire ils exercent sur elles. Avec une dose de sanscrit convenablement administrée, un mari peut durer indéfiniment. — Je veux dire l'espace d'un matin, — ce qui est énorme.

Mes douleurs me .reprennent. — Je crois que j'ai tout le congrès de la paix dans la tête. Gela seul peut expliquer ce que je ressens. Vous me pardonnerez donc si je prends congé, au lieu de vous ennuyer de mes doléances. Mais je suis sûr que je guérirais subitement si je recevais une petite lettre de vous, non toutefois à dose homéopatique : votre bon

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cœur VOUS fait donc un devoir de me l'écrire, quoi qu'il vous en coûte.

Avec cette espérance, je me dis et prétends rester, madame la Présidente, le plus tendrement dévoué de vos amis.

Piochet, par (Sl/ttÊÊÊÊÊ/BÊÈÊÈ^ViàiT^ 1867.

Ma névralgie était déjà ëv^HBvWmite au moment où vous avei eu la bonté de me proposer vos aimables petits poisons, sans quoi j'y aurais eu certainement recours. J'ai admiré surtout vos définitions des effets du mal ; . on voit que vous avez sur ce point une belle expérience très artistcmont analysée. *

Je suis très heureux d'avoir votre approbation et votre sympathie pour mon second tome, Faites-nK)i l'honneur de croire que je fais infiniment plus de cas de l'avis d'une femme intelligente et spirituelle que des jugements motivés de tous les pédants de la terre réunis en congrès.

Si vous m'avez lu jusqu'au bout sans sourciller, c'est un vrai triomphe pour moi, et je monte au Gapitole remercier les dieux, car j'ai traité dans ce volume une foule de questions des plus difficiles à digérer, et ma grande crainte était d'avoir été ennuyeux.

Pauvre mistress d'A Il faut l'avoir vue faible

comme elle l'était peu de temps avant son départ de Paris pour imaginer ce que cela doit être maintenant. N'est-ce pas à égorger tout le corps médical qu'on n'ait pas inventé un philtre quelconque pour rendre un peu de force à cette pauvre fleur languissante?

Adieu, chère madame et amie. Merci encore de vos bonnes et précieuses lettres qui ont un charme infini pour moû^' alBÉrtte vous trouver à Paris vers le 20 novembi

A M. EDMOND BONY, Professeur.

Paris, c<» vendredi 22 novembre 1867.

Monsieur,

Absent de Paris depuis près de trois mois, je n'ai pu lire qu'à mon retour le nouvel article si bienveillant que vous m'avez fait l'honneur de me consacrer dans le Joxirnal d'Alerte on.

J'espère que le retard que j'ai mis à vous remercier ne vous aura pas fait douter des sentiments auxquels vous avez le droit de vous attendre de ma part, après un témoignage qui tient si peu de la banalité des encouragements ordinaires de la presse. Votre appréciation, dans ce qu'elle a même de trop indulgent, est une approbation virile qui invite à mieux faire et qui soutient comme le conseil, au lieu d'endormir comme la louange. J'en méconnat-

A M. DE BENAZÉ. 1*79

Irais le prix, si j'y répondais seulement par des fôfmules de gratitude. J'espère vous prouver, par mes prochains volumes, que votre estime n'est pas mal placée. — Votre critique, au sujet du défaut de couleur y est parfaitement juste et j'en tiendrai compte. J'étais, sur ce point, en défiance contre moi-même. Par nature, je serais plutôt porté à abuser de la couleur, et c'est par crainte d'en irop mettre que je n'en ai pas mis assez. ^i^i^âiiÊ^Êk:

Adieu, cher monsieur. SM^^^HPfOUS développez dans votre article me mHpiPI -que nous servons identiquement la même cause, — ce qui est assez rare aujourd'hui, — même quand on croit être tout à fait d'accord. Ne vous laissez pas décourager par la lenteur apparente de nos progrès, -r- Nous verrons de meilleurs jours I

Croyez, je vous prie, à mes sentiments les plus sympathiques.

i2, rue Chaptal. |

A M. DE BENAZÉ.

i décembre 1867.

Mon cher Théodore , il faut bien purifier ces affreux anniversaires par des événements heureux, sans cela la place ne serait plus tenable pour nous. Si on les laissait faire, ils confisqueraient à* leur profit la nature entière. Mais faut-il renoncer au parfum des violettes et au miel des abeilles parce qu'il

leur a plu de les choisir pour emblèmes? De même, il n'est pas un jour dans Tannée qui ne soit un jour néfaste et qui n'ait eu besoin d'être réhabilité. Tune pouvais mieux choisir que le 2 Décembre pour faire un ennemi au Deux-Décembre.

Mille félicitations affectueuses pour la mère et mille souhaits de bienvenue pour l'enfant.

Ton ami «fiectionné.

A MADEMOISELLE LAUBÉ.

Ce 16 janvier 1868.

Ma chère Thésie,

J'ai été bien touché de tes bons soins pour ma mère et j'ai bien vivement regretté de n'avoir pas été auprès d'elle pour les partager avec toi. C'est un grand soulagement pour moi de savoir que tu es là, connaissant ton cœur bon et délicat. Sans toi, je ne pourrais pas être tranquille loin d'elle, surtout par une saison aussi rude que celle que nous traversons. Ici, nous avons eu un froid terrible. La Seine a été complètement prise pendant quinze jours. Maintenant, cela est tout à fait calmé et il fait une température du mois d'avril. J'aime à croire qu'il en est de même chez vous.

Paris devient plus que jamais inhabitable pour moi dans cette saison, parce qu'on m'y rend le travail impossible. Je reçois en moyenne trois ou quatre

A MADEMOISELLE LAUBÉ. 181

invitations par jour; j'en refuse les neuf dixièmbs, et cela me prend encore un temps énorme. Je ne sais pas où donner de la tête. Il est écrit que nous ne pouvons jamais arriver à une solution satisfaisante. En toute chose, on a trop ou pas assez. A force d'être ballotté entre les deux extrêmes, on arrive à souhaiter ce qui est le pire de tout: le rien. T'ai-je dit que j'ai retrouvé mon ami Vacquant, dont tu m'as entendu parler ? Il a mené une vie ]3|pÉyH|i^ la mienne. Il est heureax^^jH||^[>n coin, avec sa femme et sa fille qui est présC[àè aussi grande que lui. Je suis bien aise que mon petit mot ait fait plaisir à madame Sevez. J'ai été vraiment heureux de ce qui est arrivé à son fils. Ils méritaient bien l'un et l'autre d'avoir enfin un bon moment dans leur vie. Les occasions de succès viennent tôt ou tard ; le grand point est de s'en rendre digne. Si tu as occasion de voir mon ami Bebert, n'oublie pas de lui faire mes amitiés. Tu sais que je fais aussi grand cas de lui.

Il y a longtemps que je ne compte plus sur les faïences de Piochet; la propriétaire va s'en engouer, maintenant qu'on leur trouve du charme.

Quoi qu'il en soit, elle est bien agaçante avec ses incertitudes. Si je ne connaissais pas tes aptitudes pour 1^ diplomatie, j'enverrais tout cela aux trente mille diables.

Adieu, chère Thésie, je te suis mille fois reconnaissant de tes bontés. Embrasse bien ma chère mère pour moi; recommande-lui, de ma part, de se lever tard et de se coucher tôt, de suivre un bon II. 16

régime et de se tenir très chaudement. Donne-moi souvent de vos nouvelles à toutes deux.

Et crois-moi toujours,

Ton cousin affectionné.

Mes amitiés à nos cousins Hérauld.

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