‹ Correspondance (volume 2)Chapitre 14 sur 36 · ENTIER · texte numérisé non relu

ENTIER

Les huit premières lignes de votre note peuvent rester telles qu'elles sont. Voici ce que je mettrais ensuite :

«Nous n'avons aucune raison pour dissimuler le motif qui nous a décidé à prendre cette détermination.

« Ce recueil a été fondé, non pour être l'organe d'un parti, mais pour défendre un principe.

« Il a soutenu le principe de la liberté sous toutes les formes et dans toutes ses applications, sans aucun ménagement pour l'esprit de système, de secte et de coterie .

« Cette originalité honorable, mais périlleuse, nous exposait à l'isolement. Nous n'avions aucune sympathie à attendre des partis ; car ceux mêmes qui font profession d'aimer la liberté la subordonnent à leurs intérêts personnels. La Revue nationale s'adressait, dès son origine, à un public, non seulement très restreint, mais dont personne alors ne pouvait

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soupçonner Texisten ce. Aujourd'hui, il est démontré, grâce en partie à ses efforts, que ce public existe, non pas encore à l'état de groupe politique constitué, mais à l'état d'élite intellectuelle. Rallier de plus en plus les éléments épars de cette minorité , vulgariser ses doctrines dans leur intégrité, et en même temps les rendre accessibles à un plus grand nombre de lecteurs, tel estle^puble but que nous

voulons atteindre. ■'■'■^^i^-'-

a II nous a semblé que la riMB&à si considérable que nous annonçons sur lepnx de Tabonnement, combinée avec une impulsion plus forte et plus spéciale imprimée aux travaux politiques, serait plus propre à réaliser ce vœu qu'une publicité plus fréquente, mais aussi plus onéreuse. Nous avons la certitude de regagner amplement en force et en unité ce que nous aurons perdu en étendue. »

Voilà, ou à peu près, ce qu'il y aurait, je crois, de plus convenable. Gela explique tout, sans trop attirer les yeux, et d'une façon honorable pour nous.

Tout à vous.

A M. CHARPENTIER

Votre brochure me parait décisive quant au fond, mais beaucoup trop violente pour la forme. C'est surtout lorsqu'on a raison qu'il faut être modéré et maître de soi. Les gros mots ne font qu'affaiblir les

bons arguments. J'ai adouci les expressions qui m*ont paru par trop fortes. Je vous ferai une autre observation : vous mêlez à la question beaucoup trop de personnes et d'incidents accessoires (M. de la Laine, etc.). Si vous recevez un seul démenti ou une seule rectification au sujet des assertions qui les concernent, TefTet de votre brochure se trouve presque aussitôt détruit. Quant à ce que vous dites de la propriété littéraire, tî'oâfeiàliors-d'œuvre propre à indisposer beaucoup tfè^ras qui sont de votre avis sur le reste. Il est au moins inutile de mettre contre vous la majorité des gens de lettres et des journalistes.

L'argumentation est d'ailleurs excellente, et je ne doute pas de votre succès.

Seriez-vous d'humeur à m'acheter la propriété de mas Papes in œternum? Je vous la céderais en ce moment pour un plat de lentilles.

Votre bien affectionné.

A M. BEBERT.

Mon cher ami, j'étais sur le point de vous écrire ce matin, pour vous dire à quel point je vous soupçonnais d'être l'ami Tronko, lorsqu'on m'a apporté votre bonne lettre, qui m'a prouvé que mon cœur ne m'avait pas trompé en vous attribuant ces pages si généreusement sympathiques. Vous comprendrez sans peine que je me sente embarrassé pour faire

A M. BEBERT. 185

réloge de cet excellent travail ; je me bornerai donc à vous dire que c'est un grand bonheur pour moi d'être ainsi interprété et jugé ; c'est du fond du cœur que je vous en remercie. Je me demanderais comment je m'acquitterai jamais envers vous si depuis longtemps déjà je n'étais insolvable.

J'avais lu, il y a deux jours, dans le Patriote, la nouvelle que vous me confirmez de la mort de notre pauvre ami Burnier[;^4ÉfejDft*a bien péniblement surpris; car j'avais tii^HMle. affection pour ce garçon si plein de fantaisie et de gaieté. Il avait, quoique très léger, des qualités sérieuses et rares dans notre pays. Encore un camarade d'enfance, de parti! Et ce pauvre G..., qu'elle fin horrible. Je me rappelle avec quelle épouvante prophétique il me parlait du sort de sa cousine X... enfermée dans une maison de Lyon. La vie humaine est décidément une triste invention. Il vaut mieux n'en pas parler.

Je vous trouve sévère en Savoie pour le Patriote ; il a suivi, en général, une bonne et très bonne ligne dans des circonstances où ce n'est pas facile, et telle ou telle violence de détail ne doit pas nous faire oublier le réel mérite de son attitude politique. On doit, à mon avis, encourager et soutenir le ministère actuel, maison ne peut pas se rallier à lui. A part l'abandon des candidatures officielles, il n'a encore rien fait que des discours et des promesses. On a donc toujours le droit de se défier du résultat, surtout après l'us^age qu'il a

fait des lois sur la presse. Cette ligne idéale entre

Tapprobation et la défiance est difficile à suivre; il ne faut pas s'étonner de quelques déviations. Mais n'est-ce rien que d'avoir fondé un journal avec les seules forces locales, d'y discuter avec force et talent toutes les questions qui intéressent le- pays ! Pour moi, mon cher Bebert, jesuis très frappé du progrès du journal depuis sa fondation, de la bonne qualité croissante de sa rédaction. Les moyens que X... a employés ont pu fiDCj^ier de justes susceptibilités; mais enfin, les autm {>arlaient, il a agi. Il nous a créé un excellent organe; il a marqué sans tâtonnement, avec une parfaite justesse, le point précis où il fallait frapper. Jamais un comité n'aurait su faire cela, et, pour ma part, je lui en suis profondément reconnaissant. Je vous prie de le lui dire en mon nom en attendant que je puisse lui écrire. A son âge et dans sa position, ce n'est pas un petit mérite, croyez-le, d'avoir entrepris et fait ce qu'il a réalisé. Aujourd'hui que ce journal existe, je considère comme un véritable devoir de le soutenir, et je plaindrais ceux qui en seraient détournés par un sentiment de rancune personnelle contre X... Je sais que l'implacable P... persiste à lui tenir rigueur; mais j'espère bien, mon cher Bebert, que vous livrerez, un de ces jours, à ce féroce démagogue, un de ces assauts dans lesquels vous excellez. Je suis enchanté d'apprendre que notre ami R... a mordu à la politique, et il me tarde de lire un de ses articles. Faites-lui mes aff*ectueux compliments.

Je vous dirai, tout à fait entre nous, qu'Emile

A M. GOJON. 187

Ollivier m'a fait demander une entrevue il y a une quinzaine de jours. Je lui ai fait répondre que tant qu il ny aura que cela de fait^ toute entrevue entre nous était fort inutile.

Adieu, mon cher Bebert; je vous remercie encore, et vous prie dé croire à ma bien sincère amitié.

A M. GOi^l^- i

Pnj^^'iimrdi 23 mars 1869.

Je vous remercie, mon cher Gojon, de votre bonne et affectueuse lettre et des excellents avis qu'elle contient. Vous savez que mon opinion n'a jamais beaucoup différé de la vôtre en ce qui concerne l'état de notre pays, et je puis dire que les mécomptes auxquels vous faites allusion n'auraient pas été une " grande surprise pour moi. J'étais même décidé un instant à m'y exposer, dans l'espérance qu'ils pourraient amener pour d'autres quelques bons résull.its. Je ne redoutais pas un complet échec, s'il pouvait avoir pour effet de réveiller dans notre pays la vie et l'activité politiques. Une manifestation électorale, entreprise dans de bonnes conditions, même avec la certitude d'échouer, me semblait, à ce point de vue, une chose utile et désirable, et j'étais prêt à m'y dévouer; mais il fallait, selon moi, pourcela, quenous eussions quelque probabilité que cette manifestation ne dégénérerait pas en un complet /îasco. Je voulais au moins des chances pour une minorité respectable,

sans quoi notre tentative n'aurait d'autre effet que d'augmenter l'inertie et le découragement. Tous renseignements pris,- il se trouve que nous pouvons à peine espérer réunir quatre mille voix, en mettant les choses au mieux, et j'estime qu'il y aurait folie de notre part à courir au-devant d'un pareil avortement. Ce que nous avons à faire, ce sont des journaux et de la propagande; procéder autrement, c'est mettre la charrue avant les bœufs. Voilà, en peu de mots, mon cher ami, les motifs qui m'ont porté à décliner la candidature qu'on m*a offerte. Je ne demandais pas mieux que de m'imposer tous les ennuis d'une campagne malheureuse, mais encore voulaisrje pouvoir croire que cela servirait à quelque chose, et c'est en quoi je ne pense pas avoir poussé trop loin l'exigence.

Vous devriez bien venir voir l'Exposition de cette année. Je crois qu'elle sera intéressante. Mon ami Chenavard a rapporté de Rome un très bon tableau, qui est appelé à faire beaucoup de bruit.

Adieu, mon cher Gojon. Je vous suis bien reconnaissant de votre amicale sollicitude. Rappelez-moi, je vous prie, au souvenir de madame Gojon, et croyezmoi toujours.

Votre ami affectionné.

A M. GOJON. 189

A M. GOJON.

Paris, 27 avril 1869.

Mon cher Gojon.

Je voudrais bien pouvoir vous être bon à quelque chose dans la négociation dont vous avez pensé à me charger, mais je crains fjajç^ (Jue vous ne vous fassiez de grandes illusioDs^ïjp^idiès aptitudes commerciales. Toutes les fois que j'ai touché à des affaires de ce genre — ce qui ne m'est pas arrivé souvent — je n'ai guère réussi qu'à m'enfoncer moimême. Cela ne contribue pas à me donner beaucoup d'assurance. On est tellement volé toutes les fois qu'ofi cherche à se débarrasser d'objets de ce genre qu'à votre place je le garderais. Après tout il gardera toujours sa valeur et tôt ou tard vous trouverez une occasion, sinon de le vendre, du moins de l'échanger contre un objet qui vous sera plus utile. A la monnaie f on vous achète tous les objets d'argent, mais on vous chicane sur la qualité du métal, on y trouve invariablement beaucoup d'alliage et on vous vole avec moins de franchise, voilà tout. Le plus court selon moi est de se résigner et d'attendre une opportunité. — Si toutefois vous persistez dans votre projet, envoyez-moi la chose en question et je ferai ce que vous aurez décidé.

En ce qui concerne ma candidature, M. Lacoste a été induit en erreur par des cancans de journaux.

il n*ea a jamais été question pour Paris — et je dois dire qu'il s'y présente tant de candidats auxquels je ne daignerais pas donner mes bottes à décrotter que je ne me sens aucun goût d'entrer dans l'arène avec de pareils concurrents.

Adieu, cher ami, je vous serre bien affectueusement la main.

A ib^^ÀRPENTIER.

s; , ,. .V \r ♦ Mon cher ami,

jl; Je suis un peu pris au dépourvu mais je ferai tous

mes efforts pour arriver à temps et j'ai tout lieu d'espérer que j'y arriverai.

Merci pour la Revue. Je viens de lire Taine sur Byron. C'est très travaillé, mais cela reste toujours purement descriptif. Il ne voit de son modèle que les côtés extérieurs. Il ne donne nullement le pourquoi de ce caractère et de ce talent. Il n'y voit qu'un produit naturel du sang et de la race, ce qui est archifaux ou du moins très incomplet. Toute son étude consiste à donner une analyse des mémoires et des poèmes de Byron. Quiconque les a lus en sait aussi long que lui. Ce n'est pas là le but de la critique ; elle est tenue d'aller au delà. Enfin cela me paraît très laborieusement médiocre.

Mille amitiés.

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