Don Juan de Bourbon, le prétendant carliste, n
vingt personnes qui causaient autour de moi. — Peut-être me serai je mai expliqué dans ma leltre au sujet des difficultés. — Toujours est-il que je suis inquiet. Elle est si sévèy^e , madame votre sœur ! ! !
Présentez lui mes hommages respectueux et croyez-moi votre affectionné.
A MADEMOISELLE LAUBÉ.
Paris, ce jeudi 15 juin 1870.
Ma chère Thésie,
J'arrive ce matin et je suis bien impatient d'avoir des nouvelles de ma mère et de toi. J'ai mené en Angleterre une vie si vagabonde et si accidentée que j'ai préféré n'écrire à personne plutôt que de m'exposer à perdre les- lettres, ce qui est un des plus grands ennuis que je connaisse. J'ai vu là-bas tant de choses et tant de gens que j'en ai encore une espèce de chaos dans la tête. On m'a reçu comme un roi, et si j'avais voulu rester j'avais des invitations pour plus d'un an dans les plus magnifiques résidences de l'Angleterre. Mais j'aime mieux mon vieux Jacob avec sa cascade, ses châtaigniers sauvages et son libre sans façon. Il me tarde bien d'y être. Ce sera, je pense, dans les premiers jours de juillet. Donne-moi, je te prie, longuement de vos nouvelles.
Je t'embrasse bien affectueusement ainsi que ma chère mère.
Ton ami et cousin.
A M. Er)MOND BONY, Professeur.
Paris, c« jeudi 30 juin 1870.
Je suis bien en retard avec vous, mon cher monsieur, pour vous remercier des articles si bienveillants et si flatteurs pour moi que vous avez eu la bonté de m 'envoyer. Un voyage en Angleterre et une courte indisposition des yeux que j'en ai rapportée ont été seuls cause de cette apparente négligence que votre amitié excusera. Elle a déjà si bien fait les choses en vous dictant ces appréciations qu'il ne lui en coûtera sans doute pas beaucoup de pousser l indulgence jusqu'au bout.
J'espj'^re, mon cher monsieur, qne vous continuez à être satisfait de votre changement de résidence et que votre séjour au Mans n'a pas déçu vos espérances. Mais c'est à Paris que je désire et que je compte vous voir bientôt, c'est là seulement que vous trouverez votre place et il me tarde bien d'apprendre que vous vous êtes enfin débarrassé des entraves qu'une absurde routine oppose à votre avancement. J'aurai , cette année, selon toute probabilité , le regret de ne pas me trouver à Paris, à l'époque où vos épreuves vous y appelleront, car je dois incessamment partir pour la campagne, mais je fais les
îWH 0ORRE8PONDÂNCB DE P. LANFREY.
vœux les plus vifs pour votre succès, et je serais hion houreux do pouvoir y aider si j'en découvrais quohjuo moyen. Envoyez-moi à tout hasard les noms <lo vos examinateurs lorsque vous viendrez à Paris. — ' Il n'est pas impossible que je connaisse quelque aboutissant en position — non pas de les influencer, — mais do les rendre moins hargneux, ce qui serait un grand point de gagné.
Je ne vous parle pas de tout ce que nous avons vu depuis six mois — il y aurait trop à en dire. Si cotte crise a été après tout et en somme heureuse pour notre pays, il faut convenir que les individus n'y ont pas brillé I On a rarement vu plus de faiblesse et d'inconsistance. Ces mêmes hommes avaient montré de la dignité et de la persévérance pendant les quinze dernières années, mais ils étaient fatigués de leur propre vertu et ils ont saisi le premier prétexte venu pour s'en défaire. Ce n'a pas été long. Gela a achevé la décomposition politique de ce pays. Il n'y a plus rien que des conservateurs sans direction et sans principes ou des violents sans idées. Le milieu a péri.
Adieu, cher monsieur et ami, n'oubliez pas, je vous prie, de me donner de vos nouvelles. Je suis ici jusqu'au 8 juillet, et ensuite à Jacob par Ghambéry (Savoie). Groyez-moi toujours votre bien affectionné et très reconnaissant.
Chambéry, juillet 1870.
Que c'est aimable et méritoire à vous de vous souvenir de votre promesse, au milieu de vos bergeries assaisonnées de crème, de poésie et de musique ! Mais comme vous êtes bien parisienne dans Tâme, de regretter la rue de Penthièvre dans un pareil moment ! Que je voudrais pouvoir vous donner à lire les lettres que vous m'écriviez de là; si vous y étiez — quelles lamentations sur cette population de braillards ivres, dont les stupides aboiements retentissent jusqu'ici. Je connais une dame qui habite le boulevard des Italiens et qui, après quatre jours de résistance, a été forcée de partir à moitié folle d'exaspération. Croyez bien qu'il ne se passera rien d'intéressant à Paris d'ici à quelque temps, et peut-être même d'ici à longtemps. Même pour un homme, il n'y a rien à y faire quant à présent. Votre ami d'Al... essaye bien vainement de lutter contre le courant. Ce sont là des efforts très généreux, mais parfaitement inutiles pour le moment. C'est comme s'il voulait faire entendre raison à un homme pris de vin. Plus tard, les événements aidant, la réflexion viendra et on commencera à déchanter, les hommes de bon sens pourront intervenir. Au reste je crois que votre sollicitude fraternelle s'exagère le danger. Le gouver-
nement a pris toutes ses précautions pour être en état de sévir le cas échéant; mais il sait bien que les donneurs de conseils n'ont aucune chance d'être écoutés aujourd'hui, et il ne lui déplaît pas, sans doute, de les laisser prêcher dans le désert. Je ne vous parlerai pas de tout ce qui vient de se passer; il y a trop à en dire à tous les points de vue. Mais (sans être envieux) je voudrais bii'u savoir ce que votre ami Bamberger pense à Theure qu'il est de ses discours belliqueux au parlement douanier. Je m'efforçais alors de le calmer, de lui montrer l'horreur et l'absurdité d'une pareille guerre, après les énormes progrès qui s'étaient accomplis en Allemagne; rien n'y faisait, il voulait absolument manger un peu de Français. Eh bien, il peut maintenant satisfaire son appétit. Et puisqu'il ne nous entend pas, hâtonsnous d'avouer que son Bismark a été bien piteux dans cette circonstance. Malgré tous les" torts que s'est donnés notre gouvernement on ne doit pas oublier que Bismark est encore en tout ceci le principal coupable; et s'il tombe de son piédestal d'homme de génie à l'état de simple brouillon, cette guerre aura eu, parmi tant de calamités, un résultat heureux.
A propos de cette guerre, n'est-il pas piquant que le président Schneider ait commencé son discours à l'empereur par une phrase copiée textuellement dans un des mes volumes, à savoir : « Que l'auteur « d'une guerre n'est pas celui qui la déclare, mais « celui qui l'a rendue nécessaire » ? Et que l'empereur ait répété cette môme phrase en ajoutant:
Comme Va dit Montesquieu ? — Ils sont vraiment plaisants ces deux bouffes. — Et moi, qui m'aurait dit que je travaillais pour leur fournir des maximes?
Je mène ici la vie d'un pauvre ermite absolument sevré de toute distraction et presque de toute causerie. Vous pensez si je vous envie vos concerts à quatre mains et votre pseudo-Kraus I Quant à moi, j'ai pour toute musique les gémissements désolés de quelques vaches qui se lamentent de n'avoir pas d'herbe fraîche dans le pré voisin. Après une ou deux pluies que j'ai amenées de Paris, la sécheresse a recommencé de plus belle et ce malheureux pays est complètement grillé. La guerre et la famine ! Gela nous prépare un délicieux hiver !
Adieu, chère et excellente amie; mettez, je vous prie, mes respectueux hommages aux pieds de mademoiselle Juliette et rappelez-moi aux souvenirs des d'Al..., lorsque vous leur écrirez. Je suis bien heureux d'apprendre que l'air des montagnes réussit à votre malade. Soyez sûre que vous-même, vous vous en trouverez très bien. Mille et mille affectueux compliments.
Ferocino.
212 CORRESPONDANCE DE P. LANFRET.
A MADAME PLANAT DE LA FAYE
Jacob, par Chambèry, ce 21 juillet 1870.
Vous ne vous êtes pas trompée, chère madame Planât, en supposant que je partageais vos sentiments. Je suis vraiment navré de tout ce qui se passe ici, dans cette campagne solitaire, au milieu de ce pays paisible, lorsque je vois défiler ces pauvres jeunes gens de la réserve, la mine consternée et chantant à tue tète pour s'étourdir, je ne puis dire quelle haine et quel mépris m'envahissent contre ces misérables qui, pour une vengeance d'amourpropre blessé, envoient tous ces innocents à l'abattoir. Ce qu'il y a de plus accablant dans cette situation c'est qu'on ne sait ni pour qui faire des vœux, ni à quelles espérances se rattacher, ni même quelle issue prévoir, vous voyez que je serais bien embarrassé de vous offrir une consolation que je cherche en vain moi-même. Les sympathies ne sont pas moins hésitantes que les prévisions et ne savent où se fixer. Certes notre indigne gouvernement est bien peu fait pour se les attirer, et son insistance sur une question de forme, après qu'on lui avait tout cédé sur le fond, suffît pour faire retomber sur lui tout le sang qui va couler. Mais quel nom donner à ce Bismark? Quelle opinion se faire de son génie si vanté s'il n'a pas prévu que la guerre, une guerre effroyable, allait sortir de sa ridicule machination avec Prim ? Et s'il
A MADAME PLANAT DE LA FAYE. 213
Ta prévu comment qualifler ce crime contre la civilisation et qui pis est, ce crime inutile, car l'unité allemande était faite, elle était acceptée presque universellement chez nous, à la première crise, elle aurait passé presque inaperçue? Que dire de ce roi de Prusse qui a autorisé comme chef de famille mais non comme roil Et de ce malheureux Ollivier qui signe la déclaration de guerre le cœur léger? Et de ce Thiers qui vient gémir sur la catastrophe après y avoir poussé plus que personne? Et de cette opposition qui s'est annulée d'avance en se plaignant en toute occasion de nos humiliations, de notre abaissement devant la Prusse, même à propos de ce chemin de fer du Saint-Gothard, où elle avait tous les droits les plus évidents pour elle? De quelque côté qu'on se tourne on n'a que des sujets d'indignation, de regrets ou de crainte. On ne peut se résoudre à souhaiter la défaite de son pays, et cependant on hésite à lui souhaiter la victoire, car elle ne lui apporterait à l'intérieur qu'une aggravation du despotisme, à l'extérieur que des conquêtes impossibles à conserver et le germe de cent guerres futures. Pour vous, chère madame Planât, qui avez deux patries au lieu d'une et qui appartenez à la fois à la France et à TAllemagne par tant de liens chers et sacrés, ces angoisses que ressentent tous les hommes de cœur, doivent être mille fois plus douloureuses. Je connais mieux que personne les raisons qui font que vous devez vivre dans un état de continuel déchirement, et je m'associe particulièrement à vos
anxiétés pour votre cher neveu. Mais vous devez vous dire qu'après tout la situation de ce jeune homme est meilleure que la nôtre, car son devoir , est clair et nettement tracé et son cœur ne sera pas J partagé par des sentiments contraires. Ce n'est là, '> je le sais, qu'un triste soulagement à toutes vos ' inquiétudes ; mais tel qu'il est il a son prix et n'est pas indigne d'une âme comme la vôtre.
Je n'ai pas le courage de vous parler de moi comme vous avez la bonté de me le demander. Je vis très retiré avec ma mère, et vous croirez sans peine qu'au milieu de si tristes préoccupations je ne travaille qu'assez mollement. J'avais bien vivement regretté, en quittant Paris, de ne vous avoir pas rencontrée chez vous pour vous dire adieu et je vous suis bien reconnaissant d'avoir songé à m'en dédommager en me donnant de vos nouvelles. J'espère que vous recommencerez prochainement et que vous n'interromprez plus cette bonne habitude. Ce sera un bien grand plaisir pour moi dans ma solitude.
Adieu, chère madame Planai, croyez-moi toujours, je vous prie,
Votre affectionné et tout dévoué.
P,'S, — L'Italie sera le seul pays auquel ces calamités pourront profiter. Si elle sait/ower son jeu^ on peut la considérer dès à présent comme établie à Rome.
Chambi-ry, ce lundi 9 janvier 1871.
Chère madame et amie, c'est un grand bonheur pour moi de recevoir votre lettre. Je vous aurais écrit trente mille fois si je vous avais cru encore à Lausanne. Ma dernière missive était du commencement d'octobre, autant que je puis en juger à distance. Aucune de vos réponses ne m 'étant parvenue, j'ai supposé que vous étiez partie et que vous n'aviez pas reçu la mienne. Vous avez su comment mon attente au sujet des élections avait été trompée par les contre-ordres venus de Tours. Mon histoire depuis lors est des plus simples. Connaissant de longue date l'esprit bienveillant qui caractérise tout bon * -^^-^ démocrate, et désireux de sauvegarder avant tout ma liberté d'opinion et mon droit de franc-parler sur toute chose, j'ai voulu faire strictement l'équivalent de ce que j'aurais fait si j'étais resté à Paris, et je me suis engagé comme volontaire (hélas! sans illusion) dans la garde mobilisée alors en formation. Il y a de cela deux mois et demi ; depuis ce temps nous n'avons pas bougé d'ici faute d'armes, car on n'avait à nous donner que des fusils de l'année 1792. Les inepties de tout genre que j'ai vu commettre par ce gouvernement de charlatans, la crédulité aveugle qui sème partout les mensonges m'ont fait par deux fois reprendre la plume ; et j'ai parlé, je
210 CORRESPONDANCE DE P. LANFRET.
puis le dire, bien malgré moi, car j'avais la certitude de compromettre gravement le succès de ma candidature, qui était alors infaillible et certain. J'ai naturellement été puni de ce bon mouvement par up J torrent d'injures et d'accusations dont il serait difrr^ ficile de vous donner l'idée. Ceux qui m'avaient lé ? plus exalté ont crié à la trahison. — J'ai été appelé: à « souteneur de Bonaparte, clérical, vendu aux d'Or- ■'. léans, etc. » Mon uniforme même de volontaire ne m'a pas protégé contre l'accusation d'avoir fui de Paris à l'approche des Prussiens. Enfin mon succès a été aussi complet que je pouvais le supposer. Je vous envoie les deux articles qui ont donné lieu à ce concert d'aboiements qui n'a pas encore cessé. Je dois ajouter toutefois que les sympathies des hommes éclairés ont un peu compensé ces petits désagré- >>f ments. Un incident inattendu est venu en outre jeter quelque déconvenue au milieu de la meute qui me mordait les mollets. Des journaux de Bordeaux et des journaux anglais avaient reproduit mes articles. — Gambetta les a lus — et à la suite de cette lecture, le préfet de Chambéry est venu chez moi avec une lettre de ce Pulcinella m'offrant la préfecture du département du Nord, au milieu d'un bouquet de compliments exagérés. Je l'ai reçu de la bonne manière, c'est-à-dire en l'envoyant promener, lui et sa préfecture, déclarant vouloir m'en tenir à mon fusil de volontaire et ne voir de moyen de salut que dans un appel au pays. Vous pensez que je n'ai pas laissé ignorer cette circonstance qui prouvait assez
clairement que, si j'étais en effet un homme vendu, je n'étais pas du moins un homme à revendre. Maintenant, je pars demain pour le camp de Sathonay avec ma brigade. — Et voilà. — Je vous écrirai ^de là pour vous donner mon adresse exacte, car il est probable que nous serons cantonnés dans les environs. Vous allez voir le terrible Ferocino se révéler sous un jour nouveau. Ses talents pour la guerre ne s'étaient déployés jusqu'ici que contre le faible sexe ; d'ici à peu les Prussiens apprendront aussi à les apprécier.
Notre pauvre Paris est, je le crains bien, aux dernières extrémités. Une femme charmante de ma connaissance m'écrit à la date du 30 décembre que, pour la première fois de sa vie, elle a su ce que c'était que d'avoir faim et froid ! Si elle en a souffert, elle qui est à l'aise et protégée de toute manière, " que faut-il penser des pauvres gens? Tout cela est .navrant, et je ne crains pas d'affirmer que le gouvernement de Paris a commis une grande faute en n'acceptant pas l'armistice, même sans ravitaillement, puisqu'il pouvait tenir si longtemps. Je vous suis mille fois reconnaissant des nouvelles que vous
me donnez de nos amis d'Al... et Bam Présentez
bien mes amitiés à ces derniers. J'en ai reçu indirectement de notre ami Lindau, qui est à Goneso non comme belligérant, mais comme correspondant de journal et désolé de tout ce qui se passe. J'ai eu aussi deux lettres de Montbrun , qui est à la Rochelle comme inspecteur de chemin de fer, et qui H. 19
s'informe de vous et des vôtres avec la plus vive solUcilude.
Adieu, chère madame et aimable amie. Remerciez, je vous prie, madame de Lagrange de l'intérêt qu'elle veut bien prendre à ce qui m'arrive; présentez-lui mes affectueux compliments ainsi qu'à miss Juliette, que je m'attends à revoir prodigieusement bien portante à la suite de ses courses alpestres.
Croyez-moi toujours
Votre tout dévoué et affectionné.
A M. VALLET
Ljou, 1er février 1 871.
Mon cher Vallet, je vous suis mille fois reconnaissant de votre bonne lettre, et je voudrais bien pouvoir suivre votre conseil. Mais je crois pourtant que je fais mieux de rester. Vous savez à quels vils coquins j'ai affaire. Ils ne manqueraient pas de dire que je déserte mon poste, qu'il y a du danger à Lyon, que je me fais accorder une faveur, etc., etc. Je ne veux pas avoir à me débattre contre ces genslà. Je vous enverrai ma profession de foi demain jeudi. Molin a déjà dû vous expédier la sienne, — C'est Carquet (sauf meilleur avis) que nous voudrions voir porter sur votre liste pour Moutiers. Mille poignées de mains à tous nos amis.
Votre bien affectionné.
CONSEILLER DE PllÉFECTURE A CHAMBÉRY.
Bordeaux, 19 février 1871.
Un mot à la hâte, mon cher Molin, pour vous remercier de votre hon souvenir. Vous pouvez être tranquille au sujet de vos recommandations. Tenez jiour certain que je payerai toutes mes dettes, mais cela se fera en temps opportun. On ne pense en ce moment qu'à la paix. Ne devançons pas l'heure des virils châtiments et des inutiles palinodies. D'après tout ce que j'ai pu voir, la majorité de cette assemblée est honnête, mais tellement divisée, agitée, nerveuse, qu'elle en perd la tête à chaque instant. Le Gambetta est tellement coulé (sauf auprès d'une -^01 minorité d'imbéciles) que je me trouve aujourd'hui parmi les modérés de ses adversaires. Thiers a chargé un de mes amis de me dire que j'avais, en le démasquant, rendu un grand service, mais que j'avais dit tout au plus le dixième de la vérité. Faure, Picard et une foule d'autres m'ont remercié d'avoir ouvert les yeux au pays et surtout à Paris, qui ignorait tout. Vous pouvez être assuré que la paix sera faite d'ici à quinze jours. Ce qui entraînera l'Assemblée, c'est l'opinion des membres militaires qui sont unanimes à déclarer qu'il est impossible de continuer la lutte. Adieu, mon cher Molin. Pardonnezmoi de vous écrire une lettre si courte. J'en reçois
quarante par jour et il faut répondre. Croyez bien que je conserverai toujours le souvenir des moments que nous avons passés ensemble et des qualités de cœur et d'esprit que vous m'avez fait connaître et aimer. J'espère que nous nous retrouverons avant peu à l'assemblée de Paris. Veuillez, je vous prie, transmettre mes meilleures amitiés à nos collaborateurs et amis deChambéry, que je n'ai pas besoin de vous nommer, et croyez-moi toujours
Votre bien affectionné et dévoué.
A MADEMOISELLE LAUBÉ.
Bordeaux, ce 21 février 1871.
' 15, Cours de Toumon.
Ma cbère Thésie, j'ai été tellement ^bousculé depuis mon arrivée ici qu'au milieu de tout ce brouhaha je n'ai pu trouver un instant pour t'écrire. Fais-moi, je le prie, l'amitié de me dire au plus tôt comment va ma mère, et comment tu te portes toi-même. Il me tarde bien de recevoir de vos nouvelles. Je crois que d'ici à quinze jours la paix sera faite. Cette assemblée est une véritable tour de Babel, et plus vite on la renverra pour en élire une autre, mieux cela vaudra. Elle a été nommée dans un moment où tout le monde avait perdu la tête ; elle ne s'en ressent que trop. Mon élection est encore contestée comme toutes celles des Bouches-du-Rhône, sous prétexte que le préfet de Marseille a employé toutes sortes
de manœuvres pour nous faire échouer. Cela est logique ou je ne m'y connais pas. Adieu. Soignez-vous bien pour cet été et embrasse ma mère pour moi.
Ton cousin affectionné.
A M. LUCIEN MOLIN, Avocat.
Bordeaux, 2c février 1871.
Je suis bien en retard avec vous, mon cher Molin, mais j'ai reçu tant de lettres ces jours-ci et j'en ai été tellement ahuri que je n'ai pu trouver le temps de vous écrire. Lee menées séparatistes dont vous me signalez l'existence n'ont aucune valeur par elles-mêmes. C'est ici, ou plutôt à Versailles que Jjgi question sera décidée. Si la Prusse demande noire séparation, elle sera faite immédiatement et sans qu'on nous consulte, car la France nous sacrifierait sans hésitation pour obtenir des conditions meilleures sur sa frontière allemande. Si la Prusse ne la demande pas,- tout ce que vous pouvez dire ou faire dans ce pays (et je sais maintenant jusqu'où peut aller son courage civil) est parfaitement inutile et n'aura aucune influence. Il n'y a donc pas lipu de se tourmenter de ces petites agitations. Ce qui dépend beaucoup plus de nous, c'est le renouvellement de nos fonctionnaires administratifs. Sur ce point, je vous avoue que je suis très perplexe. Le gambettisme est battu, il faut que les gambettistes
s'en aillent, la chose est évidente et très facile à ob-
un CORRESPONDANCE DE P. LANFRKT.
Uîfiir. Mais un préfet delà Savoie, j'entends on bon prr'îlVît, un homme pouvant exercer une véritable autorité sur ce pays, n'est pas facile à troaver. Un homme de la localité offre beaucoup d'inconvénients; il serait très jalousé : on lui créerait mille obstacles. Un étranger serait, je crois, mieux accueilli ; mais le poste est très difficile, il n'est pas brillant ; Thonneur serait loin d'être en proportion de la peine. Faites-moi part de vos idées et, si vous connaissez un homme qui réunisse les conditions nécessaires (vous voyez que je ne parle pas uniquement du mérite qui ne suffirait pas à lui seul), désignez-le-moi. Au reste, il n'y a pas de temps perdu, car Picard, de qui la chose dépend, ne revient qu'aujourd'hui de son excursion à Paris.
Adieu, mon cher Molin, je vous serre bien affectueusement la main.