‹ Correspondance (volume 2)Chapitre 19 sur 36 · AU COMITÉ ELECTORAL DES BOUCHES-DU-RHONE · texte numérisé non relu

AU COMITÉ ELECTORAL DES BOUCHES-DU-RHONE

Recevez, en même temps, mes plus vifs remerciements pour le concours si efficace dont vous avez bien voulu m'honorer. Je suis fier d'être le représentant de cette grande et généreuse cité qui, dans tous les temps, a sem d'initiatrice et de patrie adoptive à tant de citoyens illustres. Elle se plaît à aller, pour ainsi dire, les prendre par la main au sein de l'obscurité, de lïnaction, de l'oubli où les laisse végéter l'indifférence de leurs concitoyens, pour les pousser dans la carrière où ils auront à soutenir les grands combats de la vie politique. Si je ne deviens pas semblable à eux, je vous devrai du moins la consolation d'avoir, de loin, suivi leur trace, et le privilège envié de pouvoir invoquer le même patronage.

Je suis d'autant plus heureux d'avoir obtenu vos suffrages, que je n'avais parmi vous aucun ami per^ sonnel et que je dois en rapporter tout l'honneur à la puissance des idées, à notre commun dévouement envers une juste cause, c'est-à-dire au lien le plus noble qui puisse unir les hommes.

Si j'interprète bien votre pensée, vous avez nommé en moi l'ennemi invariable de tous les genres de despotismes, l'homme qui n'a jamais voulu séparer la cause de la démocratie de celle de la liberté.

Je puiserai dans votre adhésion une nouvelle force pour défendre ce grand principe, sans lequel la république ne se fondera jamais parmi nous.

J'espère , monsieur , pouvoir avant peu visiter votre ville et vous renouveler à tous, de vive voix.

i>-24 CORRESPONDANCE DE P. LANFREY.

Texpression de ma sincère et profonde reconnais^ | sance.

Recevez, je vous prie, en attendant ce jour, l'assurance de ma très respectueuse considération.

18, Cours de Tournon.

Bordeaux, co lundi 17 février 1871.

Reçu les compliments avec un très vif plaisir et une sincère gratitude. Cependant mon élection n'est pas encore validée, et je r^e pourrai prendre part ni au vole ni à la discussion de demain à laquelle j'attache une énorme importance. On ajourne tous les élus des Bouches-du-Rhône (où je n'ai jamais mis les pieds et où je ne connais pas un seul chat) sous prétexte que le préfet Gent a manœuvré indignement contre une partie de ses élus, dont je suis. C'est là de la besogne française ou je ne m'y connais pas. D'ailleurs très peu fier de tout ce que je vois ici! Une majorité honnête, mais horriblement divisée ; une minorité de charlatans qui ne voient dans tous ces malheurs qu'une occasion de battre la grosse caisse au profit de leur popularité et un prétexte à effets oratoires. C'est répugnant. Nous avons dans l'assemblée beaucoup d'hommes qui ont bravement payé de leur personne et versé leur sang pour le pays, tous sont pour la paix. 11 y en a d'autres qui sont restés tranquillement chez eux, ou qui

A MADAMB MILAN. 335

iont pris des glaces, ou qui, comme le tribun Gam- [bella, ont pris des places et du ventre (un ventre foudroyant), ceux-là sont pour la guerre à outrance, ^ût-il jamais dérision plus accablante? Nous n'en lurons pas moins la paix. Mais c'est triste d'appartenir à un pays en pourriture !

Merci encore de toutes les bonnes nouvelles que [vous me donnez de vous et des vôtres ; mettez mes hommages aux pieds de miss Juliette, et présentez mes affectueux hommages à madame la marquise.

Votre ci-devant, >■':

Ne m'oubliez pas, je vous prie, auprès de nos ^ t .;, amis à Passy, à qui je compte écrire très prochftir 3^:'" ^ nement. i<^

Vous avez bien deviné au sujet de mon échec ien Savoie. Ces braves gens ont l'habitude de voter avec leurs fonctionnaires ; on leur en a donné de nouveaux, ils ont passé du blanc au rouge sans même s'en apercevoir.

Paris, ce 16 mars 1871.

Je suis bien en retard avec vous, chère madame, et je me le reproche comme une noire ingratitude, car on ne fait pas attendre une lettre aimable et spirituelle comme celle que vous m'avez écrite. Je

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une délégation des conseils généraux, soit par une magistrature d'un genre tout nouveau. Au milieu de cette sorte de rénovation administrative, il y aura bien des places à prendre pour les hommes de bonne volonté. Soyez sûre, chère madame, que votre frère y trouvera certainement celle que lui assignent sa droiture et son intelligence ; et pour ma part je serai bien heureux si je puis contribuer à la lui faire obtenir. Ne vous exagérez donc pas la portée de ce petit ajournement. Les occasions reviendront, et plus nombreuses que vous ne pensez. Nous serons là pour les mettre à profit. Pardonnez-moi, je vous prie, mon malheur de ne pouvoir vous servir encore et croyezmoi toujours

Votre très dévoué et affectionné.

Mes meilleures amitiés à votre mari, si vous vous décidez à lui faire des aveux* !

Paris, le 30 mars 187 L

Merci de votre aimable lettre, mon cher Rey. Je n'ose vous engager à venir à Versailles, car c'est la répétition exacte de Bordeaux, ni à Paris, car on y assassine encore un peu trop. Avec ces deux genres d'inconfortabilité en perspective, le mieux est d'atten-

1. Madame Milan avait fait cette demande à l'insu de son marii

'JJH CORRESPONDANCE DE P. LANFRET.

drc quelque temps. J'ai l'espoir que, d'ici à peu, Paris, où rien ne dure, pas même la démence, se lassera d'insanités. J'y suis venu presque tous les jours et je suis frapiié de la lassitude qui commence à s y manifester. H a and vous songerez à y revenir, consultezmoi, je vous renseignerai.

Votre bien affectionné.

lo avril 18":!.

Mon cher ami, j'accepte votre moyen avec d'autant plus de plaisir que celui que je songeais à utiliser est devenu très dangereux par suite des batailles livrées près de Billancourt (c'est de ce côté que je devais passer sous un déguisement). Je crois laprocuration-meilleure que le passeport venant du préfet, parce que le passeport st?rait, je crois, soumis à un visa. La présence de l'inspecteur sera d'ailleurs une garantie. Veuillez donc prier ce monsieur de vouloir bien se présenter chez moi, et d'insister auprès du concierge en disant qu'il est attendu, parce qu'il a la consigne de ne laisser monter personne. Vous me rendez un grand service, et je vous en suis profon- ; dément reconnaissant, car mon inaction ici commençait à me peser énormément. Je laisse pousser ma barbe pour avoir Tair moins jeune, car c'est là une des grandes difficultés de ceux qui veulent 'quitter

Paris. A bientôt donc, cher ami, merci encore et croyez-moi toujours

Votre bien affectionné.

Paris, ce 27 avril I87I.

Mon cher Rey,

Je suis à Paris, en effet, mais libre jusqu'à présent, grâce à un système de prudence très suivi. Tous mes efforts pour re'gagner Versailles ont été infructueux jusqu'ici. D'ici à peu de jours, je ferai une tentative d'évasion qui, je Tespère, sera plus heureuse, et je vous écrirai aussitôt que je seï*ai arrivé à un résultat. Je vous suis infiniment recôb- V'-lVi^^-. naissant, mon cher ami, de la peine que vous avez prise pour vous assurer de ma situation. Elle est moins inquiétante de près que de loin. J'ai dû changer de logis pendant quelques jours ; mais j'ai été chassé de mon refuge par les bombes du mont Valérien, qui y tombaient comme la grêle, et je suis maintenant chez moi jusqu'à nouvel événement. Mes concierges me sont très dévoués. Adieu mon cher Rey, merci encore, je vous serre affectueusement la main.

Mon plan d'escapade se réalisera dans quatre ou

cinq jours. Dans tous les cas, ne soyez pas inquiet

de moi, je suis très prudent.

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