‹ Correspondance (volume 2)Chapitre 20 sur 36 · II · texte numérisé non relu

II

Chère madame et amie. Il me tarde bien d'avoir de vos nouvelles par vous-même, car j'en ai déjà reçu par une personne dont vous avez fait la con-. quête, mais cela est loin de me suffire. Je ne vous raconte pas mes vicissitudes, c'est trop ennuyeux et trop stupide. Mais vous, consolatrice des affligés, vous devez avoir beaucoup, de choses à me conter. Ecrivez -moi donc à Bordeaux. Je suis tombé là dans une maison de fous, qui s'appelle la Chambre. Il s'y fait une immense consommation d'absurdités. Le bton Martin est là assidu à ses devoirs ; moi je les admire et me tais.

Adieu, mille choses aff*ectueuses à M. M. . . et croyez * moi.

Ever yours.

A iMADAME M. S.

Je tiens ma promesse, tiendrez-vous la vôtre? Je suis arrivé ici sans encombre mais avec un désir plus vif quejamais de rentrer dans Paris. Je crie comme un sourd pour vous faire délivrer plus vite. Donnezmoi des nouvelles de votre petite garnison. Je vous recommande de nouveau mon ami L. R... pour le cas où il aurait besoin de votre toute -puissante intervention. On espère beaucoup ici que les choses

vont désormais aller promptement. Thiers a dit:

dans quelques jours Il me semble que c'est

s'avancer beaucoup. C'est comme : pas une pierre de nos forteresses. Mais je souhaite ardemment qu'il dise vrai. Adieu, présentez mes amitiés au docteur. Martin vous envoie ses bénédictions en agitant ses grands bras. Moi je vous prie de me croire toujours

Votre plus affectionné.

AvriliSTl.

Ma chère Thésie. Voici plus d'un mois que je ^uîs^ dans Paris sans pouvoir m'échapper. Aujoard^Oî'je trouve une occasion de te faire parvenir un motvejv* ■Vîji^ je m'empresse d'en profiter. J'espère que ma mère va toujours mieux, ainsi que tes dernières lettres me le faisaient espérer. L'impossibilité où je me suis trouvé de communiquer avec l'extérieur t'expliquera mon long silence. Je n'ai pas été arrêté jusqu'à présent, quoique je fasse partie de ce qu'on appelle ici: « les bandits de Versailles. » Cela tient à ce que j'ai été très prudait, car on a arrêté tout le monde. C'est une véritable terreur. Il y a ici 200 000 hommes armés jusqu'aux dents ; il n'est pas facile d'en venir à bout. Je crains bien que pour les soumettre on ne soit forcé de détruire un tiers de Paris. Il y a déjà tout un quartier démoli — celui justement où je m'étais réfugié il y a une vingtaine de jours. — Les

232 CORRESPONDANCE DE P. LANFRET.

bombes m'en ont chassé comme presque tous les habitants. Dieu sait quand cet affreux carnaval finira. En attendant, je vais essayer de sortir à Taide d'un déguisement : c'est le seul moyen pour un suspect comme moi. Si je réussis, je t'écrirai de suite.

Adieu, chère Thésie. Tout ceci entre nous. Rassure bien ma mère et crois-moi toujours

Ton cousin affectionné.

A MADAME PLANAT DE LA FAYE

Paris, ce 27 avril 18T1.

Chère madame Planât,

Je regrette bien vivement de ne vous avoir pas vue pendant votre courte apparition à Paris. Je suis allé le soir même chez vous, mais vous étiez déjà partie. Quand vous reviendrez, ayez la bonté de me le faire dire dès le matin. Si je suis encore ici (et je doute fort maintenant de réussir à sortir de Paris) je serai bien heureux de pouvoir causer quelques instants avec vous. Si je parviens à m'échapper, je vous écrirai un mot pour vous en prévenir. De tout ce qui se passe dans ce pays de fous furieux, je ne dirai rien. J'en deviens comme imbécile et je me sens aussi étranger à ces choses et à ces gens que si j'assistais à une révolution chinoise.

Croyez-moi toujours, chère madame Planât,

Votre ami bien affectionné.

Paris, ce vendredi 5 mai 1871.

Mon cher ami,

Depuis l'autre jour, je n'ai plus revu votre homme ni entendu parler d'aucun inspecteur d'assurance. Il était d'ailleurs tout simple qu'un contretemps quelconque vînt mettre obstacle à votre projet. Je tiens toutefois à vous en prévenir, de peur qu'il ne soit arrivé quelque chos.e à ce brave homme qui m'apportait vos lettres. Rien de nouveau à Paris. On, y entend Je canon du matin au soir, sans discernîîr aucun progrès sensible ni d'un côté ni de l'autre, ce qui, à la longue, est très fastidieux. Cependant les obus se rapprochent un peu plus depuis quelques jours, et à l'heure où je vous écris j'aperçois la fumée d'un incendie allumé, je crois, par une bombe tout près d'ici. Il n'en est pas moins vrai que « les bandits de Versailles » mettent dans leurs attaques une mollesse et un décousu inexplicables chez un aussi grand général que Thiers. C'est cette indécision qui, au début, a assuré le triomphe des cent mille coquins qui nods tiennent le couteau sous la gorge, et c'est elle aujourd'hui qui fait toute leur assurance.

Ce mot sera mis à la poste hors de Paris par une main qui m'est chère et qui, sous peu de jours, voguera pour l'Amérique. Je vous serai très reconnaissant si vous pouvez me retrouver quelque

l>3l CORRESPONDANCE DE P. LANFREY.

échappatoire. Ne vous en tourmentez pas trop toutefois, car il n'est pas impossible que d'ici à deux ou trois jours je franchisse les lignes fédérées avec un do me? amis.

Adieu mon cher ami, il me tarde bien de vous serrer la main.

A M. VALLET

Versailles, ce 9 mai 1871.

Mon cher Vallét,

Je vous remercie de votre bonne lettre. — J'arrive à Versailles après un séjour forcé de près d'un mois dans Paris. Je trouve ici une montagne de lettres; vous excuserez donc la brièveté de celle-ci. — Rappelez-moi, je vous prie, au souvenir de nos amis communs, — Molin, Henry, Bebert, Forest, etc. Il m'a fallu pour sortir deux laissez-passer dont un m'a été procuré par notre ami Rey.

Votre bien affectionné.

Si vous connaissez M. Henri de Costa, rappelezlui, je vous prie, son camarade de Sathonay.

Versailles, ce mardi 9 mai ISTI.

Mon cher ami,

Je vous télégraphie aujourd'hui mon arrivée à Versailles, et jo suis heureux de vous remercier encore, par écrit, de toute la peine que vous vous êtes donnée pour moi avec tant de délicatesse, de persévérance et d'amitié. Votre ami m'a apporté samedi soir un passeport. Ce passeport était un peu jeune pour moi (il marquait 27 ans). Mais j'ai trouvé au même moment mon ami Edmond Adam qui avait un laissez-passer beaucoup plus vieux, dont il voulait se servir pour un de ses parents. — Nous avons changé et l'opération s'est accomplie sans encombre à ma parfaite satisfaction — car j'avais assez de Paris. J'ai trouvé ici un déluge de lettres et vous me pardonnerez de ne pas vous écrire plus longuement. Je voudrais bien avoir le plaisir de vous serrer la main, mais je ne puis guère bouger d'ici avant quelque temps.

Merci encore.

Votre ami affectionné.

A MADAME PLANAT DE LA FAYE

Versailles, ce 10 mai 1871.

Ghùre madame Planât,

Je suis de retour à Versailles depuis hier et il me tarde d'avoir un mot de vous. Avez-vous reçu celui que je vous ai écrit de Paris il y a une quinzaine? Je vous disais combien j'avais regretté de ne vous avoir pas vue lors de votre court passage à Paris. Co regret s'est changé en impatience d'avoir de vos nouvelles. J'ai vu avant mon départ de Paris madame Marjolin, qui m'a chargé de toutes ses amitiés pour le cas où je vous verrais. Le bon Martin est ici ; il agiterait violemment ses grands bras pour se joindre à moi s'il se doutait que je vous écris.

Votre bien affectionné.

103, boulevard de la Reine.

A M. BEBEUT, FiUNÇOlS.

Ce 25 mai 1871.

Mon cherBebert,

Je juge absolument comme vous celui dont vous me parlez. — Je l'ai assez pratiqué pour le connaître à fond. Il a d'excellentes qualités de caractère, — beaucoup de bonhomie, de serviabilité, —

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