‹ CorrespondanceChapitre 15 sur 26 · Lettre à un ami · texte numérisé non relu

Lettre à un ami

Après quelques hésitations sur le choix du sujet, Lanfrey se détermina à composer un second volume d'histoire. L'histoire, telle était bien sa vocation. Porter un jugement sur le plus grand événement de nos temps modernes , n'était^jps^as d'ailleurs arriver par un détour à entretenir 1 public français de ces mêmes questions qui ne pouvaient plus être traitées dans les journaux ? À les bien comprendre, Y Essai sur la Révolution française, comme Y Étude sur V Église et les Philosophes du dix-huitième siècle, ont été les protestations véhémentes d'un jeune et vigoureux esprit. Gêné par la législation du temps, qui ne lui permettait pas d'épancher ses colères dans les productions de la presse quotidienne, l'auteur a voulu se donner carrière dans une œuvre de plus longue haleine, afin de parler selon son cœur en toute franchise et en toute liberté. M. Càro, dans la Revue contemporaine, M. Rigault, dans les Débats^ ne s'é* taient pas beaucoup trompés lorsqu'ils avaient surtout considéré la première de ces publications Comme une œuvre de polémique. La seconde devait avoir à peu près le même caractère.

Lanfrey savait d'avance qu'il soulèverait des tempêtes avec son nouvel ouvrage, car il écrivait à sa mère : « Il mettra beaucoup de gens en fureur, et je m'attends à un charivari des plus distingués. Il est impossible de dire son mot en ce monde sans

se faire vouer aux dieux infernaux. Il faut en pren- ■" dre son parti. » Ce qu'il n'avait pas soupçonné, c'était l'irritation qu'il allait exciter chez quelquesuns de ses amis ; sa surprise fut plus grande encofç»je devrais plutôt dire, son indignation et son ■%~S*r dégoût, quand il entendit dénoncer la tiédeur de

sa foi républicaine par des écrivains qui ne se servaient alors de leur plume que pour louer la politique de Napoléon III à l'étranger.

Quels étaient donc les torts de Lanfrey?Il s'était permis de critiquer les doctrines du Contrat social et de trouver « que la [démocratie absolue, telle que la conçoit Rousseau, se confond avec le despotisme le plus illimité. Il n'avait pas craint d'exprimer sa répugnance pour l'oppression, quelle vint d'un seul ou de cent mille. Il avait été jusqu'à soutenir que la tyrannie des multitudes était encore plus écrasante et plus insupportable que celle des individus parce qu'on rencontre partout ses yeux et son bras 1 . Enfin, ce qui était une vraie trahison envers le peuple, n'avait-il pas osé flétrij Robespierre et dire de Mirabeau (un noble î) qu'il était un de ces hommes qui suffisent à la gloire d'une nation et d'une époque? Comment parlait-il de La Fayette, cet autre noble ? Ne lisait-on pas dans son nouveau livre « que le jeune et brillant héros

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