Turin
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f>4 INTRODUCTION.
Je suis toujours enchanté de mes hôtes... La madré m'apporte tous les matins un breuvage chaud dans mon lit. // signor medico vient ensuite passer son inspection, et je passe assez souvent la soirée en famille. Ces gens. sont la bonté même. La jeune fille, qui s'appelle Yirgi- ".'-.-* nie (comme mon vis-à-vis de Tannée dernière), a un type de beauté très rare et que tu aimes beaucoup. Il n'a rien du type italien qui a quelque chose de trop viril pour une femme. C'est une figure de lady, frêle, délicate et très pure, mais d'un blanc mat. Elle n'a pas ce teint rosé qui fait ressembler les Anglaises aux poupées, et les cheveux sont bruns ainsi que les yeux, au lieu d'être de ce blond britannique que tu connais. Le tout forme un assemblage dont je suis assez partisan. Ajoute à cela qu'elle parle italien comme une Romaine et le français comme une Parisienne. Note encore qu'elle est malinconica, mot qui veut dire mélancolique, mais sans impliquer les prétentions et les ridicules qu'on attache au mot français. Beaucoup de tristesse et de rêverie la complète et l'idéalise singulièrement. Elle ne quitte ses pensieri malinconisi que pour passer, sans transition, à une gaieté folle qui fait briller dans ses yeux un esprit et une malice très respectables. J'ai le privilège de la faire sortir de son nuage. Cet aveu serait d'un fat, si je ne t'avais pas fait entendre ce que ce privilège a de pé- . rilleux. Qui sait si, en effet, cette gaieté ne s'exerce pas à mes dépens? Mais que m'importe, pourvu que le padre continue à soutenir qu'il me guérira ! Sous ce prétexte, il me fait avaler les plus affreux poisons. La La philanthropie est bien amère !... (Dix heures du soir.) Te dirai-je, mon cher, que je viens de passer deux heures en famille et que Virginia m'a, non pas laissé prendre, mais offert et donné un petit bouquet de vio-
lettes cueillies de sa blanche main sur une charmante colline qui domine Turin ? Il y a des brutes qui nomment cela les bagatelles de la porte. Moi qui ne veux entrer nulle part, j'appelle cela charme, parfum, poésie, idéal, ou, si l'on veut, illusion, songe; mais accepterait-on la vie sans ces quarts d'heure de bonheur réel ou chimérique? Adieu, je m'aperçois que le parfum de ces chères petites violettes me monte à la tête et me fait battre la campagne l .
... Vous me demandez des nouvelles de mon maître d'italien, écrit-il plus tard à un autre ami, hélas! le dénoùment fatal et prévu s'est réalisé. Cela était inévitable comme le cinquième acte d'une tragédie. J'ai été son ami pendant deux mois, son frère pendant quinze jours, et à présent je suis parqué dans le troupeau des amoureux stupides. Vous m'entendez? Je n'existe plus. Je suis entré dans ce qu'on appelle, en médecine le troisième degré et en droit romain le capitis diminutio. Je la vois partout, dans mes rêves, quand je dors, sur la page effacée de mes livres quand j'étudie, dans les nuages quand je regarde le ciel, et au fond de mon verre quand je suis à table. Je vous dirais les épisodes simples et charmants qui ont formé les anneaux de cette chaîne, si je ne savais combien les gens qui aiment sont ennuyeux. Le dernier coup m'a été porté par une maladie nerveuse qu'elle a faite. Elle a été agonisante pendant neuf jours. Tous les médecins de Turin en désespéraient. Moi, j'ai passé ce temps à la pleurer, après quoi je suis devenu parfaitement fou, tellement fou, oh ! mon ami, que ma