DEUXIÈME PARTIE
POLITIQUE GÉNÉRALE
POLITIQUE lif'MÏRALE
Le Caire, octobre 1835. i
MOW CHER AMI,
Quel que soit lo. résultat de cette victoire, d'une hardiesse aussi» impudente qu'imprudente , que vient de remporter le ministère, il est certain que nous sommes en contre-révolution, et par conséquent arrivés à une nouvelle oscillation de la balance politique, au moyen de laquelle la France marche de l'ancien régime au régime nouveau. Quel sera lo nombre de ces oscillations? Je n'en sais rien; mais elles sont nécessaires, inévitables, par conséquent elles légitiment très bien les vues des doctrinaires, dont le seul tort est de voir dans ce fini, éminemment transitoire, un fait éternel.
Etre en contre-révolution, cola signifie être gouverné par un pouvoir qui veut l'ordre, sans savoir quel ordre, mais enfin qui veut l'ordre, parce que son instinct, et une vue assez profonde, quoique incomplète, de l'histoire, lui montrent et lui font sentir que ïamais pouvoir n'a duré et ne durera sans ordre.
D'un autre côté, être en contre-révolution, cela signifie qu'il y a une masse d'individus ne voulant pas l'ordre voulu par le pouvoir, parce que leur instinct aussi et l'étude de l'histoire, leur montrent que c'est l'ordre du passé auquel ou prétend les soumettre.
Or, il est toujours résulté de toutes les oscillations de ce genre* dont quelques-unes onteu mémo plusieurs phases successives, que, pur chacune d'elles, l'ordre du passé a été de plus en, plus modifié et rapproché de l'avenir ; si bien que les Bourbons, quoi qu'on en ait pu dire, étaient plus presque Napoléon de l'ordre de l'avenir. Un fait suffit pour lo prouver : ils ont toujours été en paix, Napoléon toujours en guerre. Aujou*rhtû, soit par Louis-Philippe, soit pat* Henri V, soit par tout autre fait contre-révolutionnaire, nous marcherions encore vers l'avenir, de même que, par les faits rémlutionnaireê successifs, nous nous sommes de plusuen plus dépouillés <te ce qui doit mourir dans l'ordre du passé.
Je le sais, cet optimisme a un caractère absolu qui le rend niais, si on le pousse dans toutes ses conséquences; aussi ne le faisje pas, je ne prends les choses qu'en masse; mais il est un autre rë^ proche à faire a cet optimisme, c'est son apparent fatalisme, qui empêcherait d'attacher grande importance à la prévision do l'avenir, puisque, quel que fui l'événement, nmmanité en profiterait. Aussi ne me bornerai-je pas à ce fetalisme, et en vous disant ce que je d&« sire* je vais exprimer ce que je crois devoir arriver; ce sera contribuer par moMiiême à l'enfantement de l'avenir.
Les idées philosophiques et les faits économiques ont accompli des progrès énormes depuis vingt ans ; il s'agit aujourd'hui de faire faire les mêmes pas dans le domaine de la politique.
Nous touchons au moment où les grandes questions, les vraies questions politiques vont, sinon recevoir une solution, au moins se présenter clairement à tous lès yeux. Sons Louis-Philipiie, sous Henri V, sous tout autre gouvernement ûontre-révolutionnairt , il en serait ainsi. Je me réjouis donc de oe que le roi et ses ministres ont profité d'une circonstance qui lotir a permis oV manifosteriiette* ment la volonté de gouverner. , . »■ • *
Mais pourront-ils réaliser leur prétention? D'autres viendront-ils ■ à leur place pour continuer cette tentative? ou enfin cet effort aeaat-ille signalet la cause d'un effet contraire qui nous replongera encore une fois dans la voie révolutionnaire? En d'antres termes, <5s*ce Louis-Philippe, est-ce Henri V, est-ce la République qtie nous allons voir, sur la scène? ....
J'ai dit que la conduite, actuelle du gouvernement me paraissait d'une hardiesse. aussi impudente qu'imprudente ; je ne crois pas avoir* besoin de justifier la première qualification ; mais la seconde semblerait devoir résoudre a l'avance la dernière question que je viens de poser, ou du moins exclure le nom de Louis-Philippe de la triple hypothèse que je viens de foire. Telle n'est pas mon intention. L'imprudence me paraît immense, prodigieuse, mais je ne la crois pas irréparable. .
D abord, pour rendre plus claire la question qui renferme trois inconnues, je vais commencer par en éliminer une, la République- ; en voici la raison.
Si près de 1830, je regarde comme difficile de croire prochainement à un acte puissant e4 même victorieux du sentiment révolutionnaire. Les républicains eux-mêmes n'espèrent pas que les classes dites supérieures puissent se convertir peu à peo-et renverser le pouvoir actuel, comme cela put se faire par les états-généraux et les assemblées/lors de la première révolution. Lesplus raisonnables ot les pUis adroits parient de -s'en rapporter au progrès de la raison, et de^ne compter que sur des moyens pacifiques, pour la propagation deleurs principes? a la vérité, ils ne prétendent pas GanV&faiY aristocratie* mais seulement les masses, (ce qui n'est pas poute = affaire}, affirmant avec raison, d'ailleurs» que, si les masses avaient une volonté commune bien unitaire, l'aristocratie serait obligée, sans violences populaires, mais par contrainte morale/ de marcher dans les voies voulues par le peuple. Dans ces termes, le problème exige -du* temps, si meme il n'est* pas insoluble. Eliminons donc, pour le moment, la République? toutefois,' rappelons-nous quelle pourrait' avoir un succès complet, ^l'égard -d'un pouvoir qui la laisserait fatre, mais aussi à i*égard d'un pouvoir qui ne % saurait eniprayer envers elle qu'un système d'intimidation et surtout de terreur. Lintirhi** dation y conduit, eHe est elle-«iéirie un développement Obligé do la ré&iêt&ïicc ** ' ' ** " * ** * * " *"* * '***
Ceci m'amène tout natnrellemdnt' à 'examiner comment le gouvernement actuel' peut continuer l'œuvre qu'il a eu ' la ha rd iesso dVn -
i reprendre, et j'aurat;farla, résolu la' question entre rai er Henri V> Si le gouvernement n'a pas la sagesse de donner des mission*
éloignées, ou de mettre à une retraite bien rétribuée, niais enfin à la rotraite, des serviteurs compromettant tels que MM. Bugeaud, Vicnnet, Jaubert, J. Lefèvre et compagnie, et surtout M. Persil, il est perdu. Si, au lieu de vouloir seulement intimider la République, il ne cherche pas ù faire quelqu'entreprise glorieuse, aventureuse, utile, productive d'argent et de gloire, qui remplace l'animation que donnait la guerre; s'il ne joint pas à l'intimidation l'attraction; si , dans la famille royale ou dans le ministère, il n'y a pas un coeur a*** large, un esprit assez habile pouf sympathiser avec ce qu'il y a de grand ei de généraux dans Jes ennemis du pouvoir, et pour le dire hautement; si lVm continue sur le ton méprisant» irritant, qu'on emploie lorsqu'il s'agit d'adversaires politiques; enfin, si Von veut être Napoléon sans guerre, sans républicains au sénat,. sans ultras daus ses antichambres, sans rien qui remplace ces trois conditions de pouvoir du plus vigoureux gouvernant des temps modernes, on tombera.
Mais ce n'est pas tout : je viens d'avoir principalement en vue la République; il y a un autre adversaire, et celui-là est beaucoup phi* redoutable, quoique ce spit un entant * la République ellemême serait un aide pour lui. Quoique les partisans de la légitimité tassent beaucoup moins de bruit que ceux de MM. Garrel, Cavai-~ nac, Bastide, etc. \ cependant, comme tout ce qui est partisan du pouvoir actuel ne tient à lui que parée qu'il est pouvoir, il est probable que tous sa rattacheraient à Henri V, ai quoique événement mettait en discussion |e trône, et que son nom serait prononcé par le plus de bouche», même dans ta cas où > tan Républicains renverseraient le gouvernement actuel.
Ici, je le confesse, je suis plus embarrassé pour concevoir les mesures à prendre» afin d'empêcher cette nouvelle oscillation enU"c le fait et le droit ; la wison en est simple ; c'est qu'il y a tout le passé ni tout l'avenir en préseoco; j'entends par là qu'on ne pourra instituer un droit social nouveau, que le jour où le droit ancien aura été définitivement jugé : or, comme je l'écrrrais dernièrement à Heyne, Dieu n'a pas dit son dernier moi sur le mode à employer pour substituer pacifiquement un droit nouveau au droit ancien. Les habiles dfrla r^litâque rétrograde «ni répété si souvent que la
légitimité royale embrassait toutes les légitimités, qu'en effet k propriété tremble quand le trône chancelé ; les propriétaires sont les dé* tenseur* de tous les troues, quels qu'Us soieut, maisilapréfèreut avaut tout les trônes légitimes , ils sont éminemment dynastiques. En «M»nséquence r jo ne conçois l'impossibilité du retour des vieux frour* bons ou'àxjteux conditions : Ja pn&mjère c'est qu'ils mourraient tous» 1* seconde, fui *st (a principale, c'est que leur remplaçant marchen«4 tellement da*s les mes de l'avenir, qu'une révolution serait impossible, malgré leur existence, parce que ce pouvoir apporterait l'ardre, la paix et le travail, et rassurerait ainsi las intérêts vraiment tegùinjes» Dans tous les cas, je on vois pas, jusqu'à ce que Henri v ait Age d'homme, qu'il y aM teaucoap à craindre son intarvwtwu dans Je mouvement aocial; mais cet âge approche, et ce serait dès aujourd'hui qu'il feudrait commencer à élever les barrières que, plus tard, il ne pourrait franchir.
# l'on ne se hâte pas de réformer les masses par une éducation qui leur serait donnée sous toutes les formes, au théâtre eomme à l'école, sur la place publique comme dans les journaux et \m livres, et qm détruise les préjugés anti-religieux que leur a transmis le xvih* siècle; si on ne substitue pas, au tade sentiment de la tolérance, vrai sentiment de castrai, un sentiment de juste admiration et de noble enthousiaeme pour toutes les institutions religieuses qui régnent sur le monde, et pour les hommes qui les ont créé» de leurs travaux, de leur sang, de leur. vie; m. on ne livre pas une guerre puissante et à mort 4ux prétentions athées des malheureux sa vans mécaniciens, aoetomisles. brutitten et abrutissans. dont l'opinion exerce eneore tant d'empire sur le peuple; si l'on ne tait pas enfin, sous ce rapport, la critique de la critique (comme disait M. do Kérauaat dans l'ancien G job*) avec une verve sembla Mo à celle qu'on » mise à la simple critique, (jouis-Philippe devra craindre les prétresdo Henri V, car le meilleur moyen de faire fuir les Jésuites» <■'<** do rendre une justice (Mairie et glorieuse à jésus, c'est de lu» v ouer un culto sincère d'admiration et de reconnaissante» c'est d'être vraiment religieux.
Hfi4* peur pieu! qu'on ne se liasse pas jéftuile; o» y mourrait Um vite, l'ajineraj* pnesque mieux qu ou sa fU Mahoméun; pour
l'Occident, ce serait presque un progrès.
Je crains que ceci ne soit pas clair ; mais réfléchissez a ce que je dis du sentiment de la tolérance, et je crois que vous comprendrez bien cette transformation réelle et pourtant vague qu'il faut lui faire subir , transformation déjà prechée par des hommes tels que Michelet, Qumel, Ampère. En d'autres termes, conservons précieusement le dogme critique : pas de religion de l'état, mais faisons plus que de tolérer ceux qui croient en Dieu, et forçons les* savans à dire t»olbqioi ils n'y croient pas, puisqu'ils prétendent baser leur incrédulité sur leur science.
• Le but à accomplir envers les masses n'est pas autre chose, sous Ce rapport, que celui-ci : leur prouver qu'il n'y a pas de science qui puisse prouver que Dieu n'existe pas, et pour cela pousser les savans jusqu'à leurs derniers retranchemens, les mettre à quia ; le reste viendra tout seul, car Dieu est dans le peuple, et je dirais presque (qu'iL me le pardonne) qu'iL n'ose pas s'y montrer.
Sous le rapport politique, une mission semblable doit être accomplie^ faut faire rougir le peuple de ce qu'on lui a fait perdre toute reconnaissance, tout enthousiasme, toute obéissance pour l'homme fort et puissant. Il faut réhabiliter tant do réputations et d'institutions salies par la bave de Voltaire et par les ordures de ses sales successeurs; mais, bien entendu, pour enterrer noblement ces réputations et ces institutions, non pour les ressusciter au dix-neuvième siècle. Ne nous faisons ni évêques, ni barons, ne reconstruisons ni les couvens ni les châteaux, n'appelons pas à grands cris un Mahomet, un Louis XIV pour faire le bonheur du monde, mais ne les nommons pas imposteur ou tyran; inclinons-nous, lorsqu'on prononce leur nom, plus bas que lorsqu'on prononce celui de Newton, ou lorsque nous saluons M. Arago.
Il faudrait être aveugle pour ne pas voir que ces réhabilitations religieuses et politiques sont déjà bien avancées, mais il faudrait être plus aveugle encore pour ne pas en faciliter la propagation avec zèle, et avec toute la puissance que donne un pouvoir qui veut gouverner et non plus se faire traîner à la remorque par les avocats et batailleurs de paroles.
Oui, c'est en rendant hautement justice à ce qu'il y a de beau et de grand dans les hommes qui représentent le passé, qu'on pourra
parvenir à les attirer à soi ; mais il faut le dire hautement, et ne pas les flatter en cachette et crier contre eux en public.
Jusqu'ici j'ai considéré la situation de la France, indépendamment de rinfluence réciproque qui s'exerce entre elle et les autres nations; ce serait un mauvais moyen d'arriver à la solution des immenses difficultés de sa position actuelle. ; çar le véritable remède, selon moi, pour toute société qui se ronge, c'est de chercher la vie dans sa communion avec les autres sociétés. Sans les guerres européennes de Napoléon, sans cette mission universelle qu'il donna à la France, on aurait joué à l'échafaud jusqu'au dernier homme, il ne serait plus resté que le bourreau ; mais l'exécuteur des hautesœuvres de Dieu s'est fait empereur, et avec ses valets il a couru le monde, et par eux, nous avons tous vécu, pendant vingt ans, de gloire; et ils ont mêlé le sang de vingt peuples plus près que jamais, aujourd'hui, de se reconnaître comme membres d'une même famille, comme frères.
Dans ma prochaine lettre j'aborderai la question de politique extérieure, a laquelle est également attachée l'existence du gouverne^ ment actuel.
POLITIQUE GÉNÉRALE
Mon cheb ami,
La solution de l'état maladif qui ronge la France est à Constantinople; là s'agitent en ce moment les destinées du monde; c'est là qu'elles seront décidées dans le cours de ce siècle.
Jusqu'ici, les gouvernemens d'Angleterre et de France ont dû temponser et maintenir le statu quo ; ils l'ont fait ; mais aujourd'hui il y va de leur vie, il faut se hâter; des nations comme l'Angleterre et la France, si petites relativement à leur immense influence, ne peuvent pas vivre des vingt années sans exercer activement cette religieuse et civilisatrice influence que Dieu leur a donnée. Il en est d'elles comme de tant d'âmes élevées, généreuses qui, ne sachant où jeter leur activité, et ne pouvant se condamner à la laisser sommeiller sur un travail vulgaire, se livrent aux désordres les plus ruineux, et dépensent leur vie de la manière la plus coupable. Mon Dieu! comment ne pas gémir, quand on voit sur le globe
tant de peuples misérables et ignares, et, d'un autre coté, des nations riches et savantes qui consacrent des années à se consumer sur elles-mêmes I Où donc est l'enthousiasme, où donc est la gloire, où donc est l'honneur pour !a grande nation, reino des mers, pour le grand peuple, roi de la terre, si la grande nation se renferme dans Londres et le grand peuple dans Paris I
Finissons-en avec la politique de Napoléon, son temps est passé; laissons à M. Bignon et à ses amis le plaisir de croire que les barbares du Nord vont nous envahir, et que Nicolas est un croquemitaine qui n'aime à manger que des Français; nous ne craignons plus Pitt et Cobourg, pourquoi donc craindrioris-nous Nicolas ?
Le statu quo de l'Orient? mais c'est laisser mûrir le fruit que vous voudriez empêcher de naître ; c'est vous condamner à ne recueillir vous-même que la honte d'avoir méconnu la volonté de la Providence et d'avoir voulu vous opposer à ses lois ! Déjà, depuis plusieurs années, il a été dit à ceux qui craignaient la venue des hordes de cosaques sur l'Occident : tournez-leur la face vers l'Orient Pbieu soit béni! il a entendu notre prière! N'est-ce donc rien de voir déjà la Grèce, Alger, l'Egypte, la Syrie échapper aux mains du sultan, et celui-ci forcé do se réfugier dans Famine d'un peuple voisin, qui, dépuis qu'il a âge d'homme, rêve Constantinople , et qui a été bercé par sa mère de ce grand espoir? Constantinople depuis qu'elle est fondée, a toujours été la capitale de César, la capitale du sabre le plus fort ; celui de Mahomet de tous côtés est ébréché, et Fépéc la plus forte, aujourd'hui, c'est le czar qui la porte; lui seul est vraL ment autocrate, digne successeur de Constantin et de Mahomet. Vous ne voulez pas qu'il règne à Constantinople? Mais iî y règne de fait, et Mahmoud est bien plus son vassal , je pense, que Méhémct-Ali n'est celui de Mahmoud. Qu'est-ce donc que cette lutte niaise qui croit dissimuler un fait, en jetant dessus quelques papiers diplomatiques?
Qu'on aborde directement la question avec la Russie. Vous voulez exercer, lui dirait-on , votre influence sur l'Orient , sur FAsie- Mineure, sur la Perse, sut la Chine même, et pour cela vous voulez Constantinople et la mer Noire; prenez! Mais maintenant, à* nous la Méditerranée, depuis Gibraltar jusqu'aux Dardanelles, à nous te
route du golfe Persiquo, à nous colle de la mer Rouge! A vous l'Asie orientale h civiliser, à nous l'Inde et l'Afrique. Et alors Loojdies i't Paris s'agitent et fermentent ; les frais immenses t que i léces^iterai. une guerre avec la Russie (guerre inévitable tôt ou tard (jans l'hypothèse contraire ) sont employés à des expéditions civilLsalricos, à des occupations militaires protectrice* de travaux pacirïques; les' egprits aventureux, les tôles ardentes vont vers un soleil plus chaud, » l>ercher la richesse, la gloire et aussi' le plaisir, ^ a
Mnis ne nous méprenons point sur la forme à employer dans une paroille politique ; ne rêvons pas des copies de l'affaire ger; ce né sont pas def cotomet qu'il s'agit de former, ni ^es^gquj verneurs chrétiens à imposer à des peuples musulmans. Si la Russio faisait la sottise de détrôner le sultan (1) et de mettre un de^s généraux, comme gouverneur do province, sur le trône où s'est assis Constantin, sur le divan des sultans, le général intrus, malgré toute sa force; serait bientôt étranglé, et tous les beaux soldats de Nico T las ietéjw. la mer, empoisonnés.
De môme, si la France et l'Angleterre, par suite de ce que je viens de dire, voulaient s'emparer de quelques provinces méditerranéennes, et y couronner des d'Erlon et des Clauzol, elles y mangeraient de l'argent et dos hommes inutilement. Et pourtant, un jour, la Russie aura ses troupes à Constantinople et dans l'Asie-fànéure ; et la France et l'Angleterre auront aussi les leurs partout où' eîïes devront porter leurs mains civilisatrices; mais qu'elles se. gardent de vouloir administrer, gouverner ; qu elles désarment le peuple, comme Ibrahim l'a fail en Svrie; qu'elles maintiennent l'ordre et protègent les étabhssemens des Européens attirés par leur haute in-
(i) Peut-être me direz-vous : mais si la Russie veut détrôner le sultan, qui l'en empêchera? Je réponds, personne;' et j'ajouterai me, malgré ce que je dis plus loindu gouverneur etdessolaWruesj*. qu'il me paraît plus facile, pour un Russe que pourvu EweaJu} et même un Anglais, de gouverner dés Musulmans, voisins de l'Europe. Cependant, je regarde comme très important pour la Russie, qui à des sujets musulmans, de ne pas détrôner le chef de l'Islamisme. Peut être plus tard l'enverra-t-elle * Jvônl*h,.et plus. tard «RÇOCÂ Bagdad, mais pas iV présent. > . . •
fluenee. Voilà leur rôle, aujourd'hui et dans l'avenir; l'autre forme est du passé.
La politique qui règle les relations des peuple* a toujours eu, jus 3 qu'ici, une base tliéorique. La vieille base, dite traité de Westphalie, a «té renversée par l'entrée do la Russie dans la politique européenne ; d'une autre part, la nouvelle vie qu'a prise l'Amérique est encore venue changer cette base ; enfin, aujourd'hui l'Orient jôue un rôle qui doit modifier les combinaisons précédentes. Eh bien ! depuis tous ces changemens, tous ces agrandissemens de la carte politique, aucun principe nouveau n'a été posé, comme base de la diplomatie européenne, si ce n'est celui-ci : Tourner les yeux 4e la Russie vers V Orient.
Qu'on lui tourne donc les yeux vers l'Orient, en feignant de vouloirlVmpeeher d'aller dans ces belles contrées; qu'on l'y pousse, en faisant semblant de la retenir ; qu'on ait l'air d'en être fâché, lorsqu'on en est content; peut-être ces petites feintes sout^elles obligées dans la diplomatie ; aussi serais-je loin de discuter le moyeu , c'est le but qu'il me paraît important d'atteindre, et, je le eonfrsse, ceux qui sont attelés au pouvoir sont mieux placés que moi pour le choix des moyens; par la mômp raison, je suis mieux placé qu'eux pour voir le but, n'étaut pas préoccupé, comme eux, par toutes los tracasseries quotidiennes qui les forcent h revenir toujours aux minutieux détails de la pratique immédiate.
Jo serais bien étonné si, d'ici à quoique temps, il ne se passait pas dans ces pays d'Orient des événemens très probables, qu'il est inutile d'indiquer ici, et qui justifieraient pleinement h nos yeux les idée*; que je viens d'émettre.
Que la France et l'Angleterre soient donc proies à saisir les occasions do donner à la partie remuante de leur population un écoulement glorieux et fructueux, c'est tout ce que je désire, pareequ'nlors te'pwgrfcs intérieur pourra s'effectuer plus rapidement et sans se- C0tts&e*$ mettez de côïé le moyen que je propose, si vous en avez un ï ne|^ur, et si vous n'eu avez pas, euerebez-cn vite , car le temps P«*se, non seulement pour la France et l'Angleterre, mais pour tous les peuplas, et principalement pour les Turcs et les Arabes. Dans ma préeédcwo lettre et dans celle-ci, j'ai voulu établir que le
gouvernement actuel devait faire ce que sefratent obligé* de faire etftmémes, s'ils arrivaient au pouvoir, les républicains ou les légitimiste. Je trouve une nouvelle prouve de la nécessité de cette rfcgle de conduite politique dans un ordre de faits dont il est fort important de tenir compte, et que nos hommes d'état du jour rte consultent pas lissez.
Vous savez qu'il ne faut pas toujours prendre à la lettre les formes que les grands" poètes donnent à leurs prophéties, mais il faut écouler avec soin le Dieu qui s'agite dansleur sein. Sans croire aveuglément aux errances républicaines de Chfttcaubriand, Lamennais et Ballancbe, j'« Voûte avec re< ;ueillement la voix de ces échos de la pensée humaine. Nous savons ce qu'il y a au fond de l'Ame de ces trois grands oracles; ce sont les dieux de notre jeunesse, nous les cou naissons par conir. Or, tous trois ont exprimé, depuis quelques années, une puissante sympathie pour les immenses douleurs du peuple , eux qui avaient réservé jusque In toute la poésie de leur âme pour les grandes infortunes royales et papales, et qui n'avaient chanté que pour le trône et l'autel! Kt maintenant, vrais poètes, c'est leur dernière passion, leur dernier amour qui colore toutes leurs pensées. Ils chantent le peuple, il* évoquent la République.
Si j'avance vers les rangs plus jeunes des lévites de l'humanité, si j'écoute Pierre Leroux, Jean Reynaud et môme Sainte-Beuve , ce petit résumé des trois grands oracles que j'ai nommés tout à l'heure; sans croire aux formes sociales qu'ils prophétisent, je sens le Dieu qui vit on eux, et je suis certain que l'humanité marche vers une ère de liberté, de vérité, de probité.
Eh bien! le gouvernement qui a contre lui les voix de Lamartine, de Berryer, de Chateaubriand, de Lamennais, de ttallanche, de Béranger, de Leroux, Reynaud, Sainte-Beuve, Hu£o, d^it mourir d'uno maladie très grave, l'atrophie du cœur.
Or, ce ne sont ni des pensions, ni des places qui vous attachent de tels homnipset qui les font chanter; il leur faut de grandes œuvres à célébrer et une gloire à acquérir ; et comme aujourd'hui l'immense majorité des poètes, et sortent les plus puissans, sont principalement préoccupés de voir améliorer le sort moral, intellectuel et physique du peuple, c'est dans cette direction que chercherait à mar-
cher un pouvoir qui voudrait se concilier leur amour et leur puissance; et il forait ainsi foeflemont disparaître ce qu'il y a de rêve .dans leur poésie, car il leur donnerait Ja réalité qu'ils désirent.
Gettç roule me paraît très facile-a sjuivre pour le gouvernement actuel, >et, je l'affirme, ce sciait certainement relie que suivrait Henri V*
Henri V se proposerait surtout l'amélioration morale du peuple ; k gouvernement actuel doit surtout s'occuper de lui donner le hien-
Les légitimâtes seraient forcés d'entrer dans le mouvement d erftfration pbpulafre qirils ont tant redouté autrefois. Le juste-milieu, \i> gouvernement' des bourgeois, peut entrer largement dans la voio de ; Porganteatton industrielle, qu'il a déjà préparée par de grands travaux. T '
Oui, une nouvelle restauration serait forcée aujourd'hui d'exercer le pouvoir en faveur des masses, en faveur du peuple, par deux raisons : la première c'est que les Bourbons ont été chassés par le peuplé, je ne sais combien de fois, et que cela finit par (Mre, de la part du peuple, une preuve de force assez positive et respectable ; la seconde, c'est que la foi politique des hommes puissans est tournée aujourd'hui de ce côté. ' ' '
Par Louis-Philippe donc Y indus trie, la politique pratique; par FMnri V tes doctrines, la politique théorique; n'est-ce pas déjà sous Louis XVIÏ1 et Charries X que toutes les doctrines ont fait tant de progrès? Et ne dites pas que ce progrès s'est accompli malgré les Bourbons, car il consiste surtout dans une réaction contre les doctrines du XVIIF siècle, réaction qui a délivré tous les bons esprits de Voltaire et de Rousseau, malgré Touquet et le Constitutionnel. 1 " ' 1 ' ' '
Louis-Philippe a-t-il déjà assez avancé sa tâche industrielle en France, pour qu'il soit temps de revenir aux doctrines? je ne le crois pas encore, mais cela approche.
Quand les Bourbons, méconnaissant leur mission, ont voulu tuer ririteltigcnce dons la presse, on les a mis à îa porte. L'élaboration spirituelle faîte sôns leur règne était suffisante; leur temps était fini. Que Louis-Philippe prenne garde de vouloir museler Y industrie, de
porter atteinte aux intérêts matériels, de jouer avec le budget comme il vient de jouer avec la presse et le théâtre, de hausser le cen s électoral comme il a modifié le jury, de faire de trop prompts changemens au tarif des douanes, tout en travaillant peu à peu a cette grande œuvre, de se brouiller avec l'Angleterre ou de faire, de concert avec elle, la guerre à la Russie; qu'il presse les examens et les adjudications des grands travaux publics; qu'il économise sur le budget, réellement et non pour escobarder ; qu'il diminue les impôts indirects, comme M. de Villèle dégrevait l'impôt foncier ; qu'il protège autant les institutions agricoles et pousse autant à leur création , que les Bourbons protégeaient les couvens et poussaient aux congrégations; mais surtout qu'il rêve au salaire du peuple, comme *a restauration , rêvait à son instruction religieuse; enfin puisqu'il prétend gouverner, qu'il ne se contente pas, pour cette grande question de vie, le salaire , de laisser faire et laisser passer, qu'il provoque, par toute l'influence persuasive dont jouit le pouvoir, les tentatives pacifiques que doivent faire eux-mêmes les maîtres pour améliorer le sort des ouvriers.
Ce n'est pas parce que la restauration a voulu gouverner les intelligences et leur enseigner ses doctrines qu'elle est tombée, c'est parce qu'elle a voulu en faire un monopole et être seule à enseigner le peuple. Comme ses doctrines étaient très incomplètes pour l'avenir, les esprits supérieurs se sont emparés seulement de ce qu'elles contenaient de bon ; puis, après cette conquête, on l'a chassée. De même si le gouvernement voulait gouverner l'industrie en imposant les procédés qu'il jugerait les meilleurs, il y périrait. Mais il ne faut pas en conclure qu'il doive rester passif et laisser-faire ; il faut que M. Say soit anathématisé parles rninistresde Louis-Philippe, comme l'étaient les apôtres de la liberté de conscience, d'enseignement et de doctrines, par les ministres de la restauration, avec cette différence, je le répète, qu'il ne faut pas vouloir le monopole industriel, si l'on ne veut pas périr comme ceux qui ont voulu le monopole intellectuel.
En d'autres termes, pour passer du régime ancien à celui de l'avenir, pour reconstituer la société, il a fallu sans doute consacrer un certain temps a 1' anarchie, mais il faut aujourd'hui mettre de
1 ordre dans cette anarchie, et c'est la mission de qui prétend g*mrerner.
J'ai prononcé tout à l'heure un bien grand mot, le salaire, et j« voudrais pouvoir vous on parler aujourd'hui; mais cette lettre est déjà bien longue, et d'ailleurs j'ai besoin, avant d'aborder ce siu>l délicat, de traiter quelques autres questions avec vous; ce sen» donr pour ma prochaine lettre.
n\mm «ÉNÉRALE
Jll.
l.o Caire, novembre ÎBUâ.
Mo.% CHER AMI,
Louis-Philippe et ses ministres, par leur loi sur la presse, ont voulu mettre un terme a l'anarchie publique des doctrines; mais cet acte est purement négatif, car ils n'ont aucune croyance religieuse, politique et morale a enseigner. En outre, comme chacun sait qu'ils n'ont aucune foi sous ce triple rapport, l'acte qu'ils viennent de fairo ne les fera pas périr comme Charles X.
Dans l'ordre industriel, on n'a su employer jusqu'ici que la baïonnette pour remédier aux désordres les plus flagrans, produits par l'anarclue affreuse qui y règne. Or, ce moyen n'est pas même négatit, il est destructif, tandis que c'est un moyen positif et productif que doit employer celui qui veut gouverner en s'appuyant sur les intérêts. De plus, ce moyen est le même que celui qui était employé par Charles X ; à la longue, il pourrait donc attirer sur le gouvernement de Louis-Philippe, la foudre qui a frappé celui de Charles X.
Toutefois, il est juste de reconnaître que la loi des tGO millions de M. Thiers, et l'emploi des troupes aux travaux publies, sont des faits positifs, dans la direction que je désire ; je n'en dirai pas autant de l'enquête sur les douanes ; on a porté là un esprit d'examen éminemment théorique, une timidité qui est une confession publique d'ignorance ou de peur; eutin, on s'est conduit en économiste, et non en ministre, on homme de livres, non en homme d'Etat, en théoricien, non en praticien. Et néanmoins je n'en fais pas un crime à M. Duchâtel, précisément parce que les douanes sont un monoyole institué par le gouvernement, et que le monopole, matière éminemment inflammable, brûle môme quand op veut s'en dépêtrer.
Pour parer à l'anarchie effrayante qui règne dans la France, considérée comme un vaste atelier industriel, le gouvernement a donc déjà senti, j'en suis convaincu, que la force n'était pas suffisante, et qu'il ne fallait pas non plus attendre l'ordre seulement de l'intérêt individuel bien entendu, comme le prétendent les économistes avec leur laister-faire et toutes leurs combinaisons mécaniques ; ij l'a senti, et quelques-uns do ses actes prouvent, je le répète, qu'il comprend comment son influence doit s'exercer. J'espère donc; mais je crains cependant qu'il n'ait pas toute la hardiesse, toute la persévérance, et même l'habileté qu'il a mise h combattre l'anarchie intellectuelle.
Pour fixer ma pensée par des noms propres, j'appliquerais volontiers les trois mots que je viens de prononcer, hardiesse, persévérance et habileté, à MM. Thiers et Guizot, l'un très hardi, l'autre très persévérant , tous deux très habiles. Kh bien, je crois que si , à ce duo , ne vient pas se joindre un troisième personnage, prenant dans le ministère une importance analogue à celle que ces deux messieurs ont eue jusqu'ici, enfin, si M, Humann, qui me parait être cet homme, ne sort pas de la semi-obscurité dont il a été eouvert, en même temps que M. Persil serait remplacé par un homme aussi énergique que lui et pourtant plus calme, moins excentrique, plus prudent et plus versé que lui dans la connaissance de l'état industriel de notre France, je crois, dis-je, que si le ministre des finances ne reçoit .point du roi et des autres ministres des excitations et des eneouragemens même, qui lui donnent plus de confiance dans sa force, et si, d'un autre cdlé, il n'a pas
prfes de lui un légiste qui réve au code do commerce, comme M. Persil rôve au code pénal, les affaires iront lentement et mal. Que ce soit M. Humann ou M. Duchatel ou tout autre, je n'en sais rien , mais vous comprenez maintenant ma pensée.
Au reste, pour parler plus généralement , je ne conçois pas qu'après une oeuvre aussi capitale, aussi radicale que celle qui vient d f etre faite par le ministère, il n'y ait pas un remaniement , sinou un renouvellement de ce ministèro; une pareille tâche suffit à une vie; Périer est mort après avoir lancé la machine, mais il n'a pu que la lancer; ceux-ci viennent de lui faire franchir lestement un grand fossé qui barrait la route; maintenant ce n'est plus un fossé, mais il y a beaucoup de pierres qui encombrent te chemin | c'est un bras vigoureux et de larges épaules, beaucoup plutôt qu'un pied leste et une main agile qu'il faut avoir.
Je crois cependant M. Thiers indispensable , mais non pas suffisant, pour l'avenir dont je {Mirk ; d'un autre côté, M. Guizot serait indispensable et très suffisant, si Louis-Philippe devait bientôt tomber de faute en faute, pour amener rapidement une troisième restauration, parce* que M. Guizot est et a été de tout temps' •corrtrerevolutiounaire par principe, théoriquement, tandis que M. Thiers l'est devenu par le fait, pratiquement, et qu'il fout des praticiens aujourd'hui. M. Guizot a parfaitement calculé et combiné tous les pas qu'il a fallu faire, depuis juillet 1830, pour unir par museler le monstre qui s'était déchaîné contre les Bourbons; comme professeur, comme écrivain, il a été sans contredit un très utile propagateur et provocateur 6'idées; comme homme d'étal* il s'est acquitté fort habilement de la répression et de la suppression des» idées; mais c'est toujours en qualité d'homme de la pennée, et il stogit en ce moment d'hommes d'action, connaissant l'industrie, capable» de comprendre et 'd'admirer beaucoup phisce que l'humauité ga^ne à la machine à vapeur, que ce qu'elle «agne par tous les livres écrits et traduits par M. GUizot.
Maintenant donc, je suppose Ixutts-Philippe el son ministère ayanJ la volonté de donner une impulsion large à V industrie, et je me demande quelles œuvres sont à faire, quelle conduite il' faut tenir.
D'abord, et avant tout, substituer le plus possible, dans les roua-
gos<goûvei*emeiHaux, et surtout à la chambre des députés, qui, Bieu merci! doit être moins bavarde après ces lois sur la presse, substituer aux avocats des ingénieur $; je dis des ingénieurs, et non des industriels quelconques, non-seulement parce qu'il y a dans les premiers uu fond de science qu'il ne faut pas dédaigner, mais aussi parée que ce sont les hommes qui peuvent le mieux se placer au point de vue gouvernemental, en (ait d'industrie, leur fonction individuelle attirant- toujours leur attention de ce côté. Appeler le plus possible aux» préfectures des hommes forts en connaissances industrielles, comme on a mis on-1830 de très agréables philosophes et littérateurs fc4a tête de 1 nos département; prendre ces hommes plutôt parmi les méttëtpMi qm parmi les écrivains économistes ; ajouter à l'éducation publique la connaissance des grands faits industriels et de* grands hommes d'industrie, sans pour cela enseigner l'économie politique, parce^ue cette sdence n'est- oncore fondée que sur les bases pourries, posées par la philosophie du XVIII e siècle ; mettre à nos ambassades et dan» nos ambassades des hommes au courant des relations commerciales des peuples, et préoccupés du désir d'améliorer et d'étendre -ces relations; en d'autres termes, faire sentir, non seulement a tous le&tgcns <k* pouvoir, mais à la société entière, que l'industrie est le grand fait pratique de la politique, et qu'elle est, pour les peuplée, ce que l'existence matérielle est pour les individus.
« Voilà ce qui concemo l'éducation et la fonction du personnel. Maintenant, quels sont les actes à faire f Je ne reviens pas sur le grand' feit de politique extérieure, par lequel il s'agirait de trouver en Orient un débouché pour nos brouillon*, comme on les nomme, et aussfcundëboucbé pour nos produits ; mais il est bien entendu que jo -regarde ce tait comme ce qui importe le plus à la tranquillité ■publique* à l'ordre et au progrès; parce que, si nous- ne prenons pas les devans* bientôt la question d'Orient compromettra l'ordre, 1^ progrès, la tranquillité, en Europe et surtout en Franc*'.
J'ai parlé également de la loi des 100 millions du travail de* troupes, de l'activité qu'il fallait mettre aux examens et aux adjudications des grands travaux d'utilité publique; j'ai dit surtout comment j'entendais la colonisation au XIX e siècle; je ne reviens donc pas sur tousces» pointe, qui ouvrent toutefois une large carrière dans
la voie ou je voudrais voir marcher la- Franco; mais j'ai aussi parlé du salaire, et c'est ici la qucsliou importante et délicate. Qxïo les Iristes souvenirs de Lyon nous soient en aide î
Ce n'est pas par la force seule qu'on fait cesser l'anarchie ; ce n'est pas non plus <îu formant dis réunions d'ouvriers, comma les M Htuelliste* et surtout comme les Amis du peupU, qu'on parvient à améliorer le sort des ouvriers.
Despotisme et révolte sont deux vilains mots, et W*s baïonnette* mènent à l'un comme les clubs à l'autre. Mais lorsqu'on a dans se* mains des fils qui enlacent un peuple comme un réseau, qui lo [prennent sur tous les points du territoire, et sont liés entre eux avec un art infini ; lorsqu'on a, eu un mot, une admimilraiion fvuissara-» le ; lorsque* par cette administration, on peut exercer mie si grando influence sur une multitude d'individus, répandus dag| tous les lieux, et qui sont rattachés au pouvoir par leur propre intérêt et aussi par le sentiment de l'ordre ; lorsqu'on dispose do l'éducation publique par les écoles, et maintenant presque par les journaux et par les théâtres» il ne manque pas de moyens d'obtenir, par la persuasion et sans violence, les sacrifices que doivent s'imposer tous le» bons citoyens dans l'intérêt de l'ordre. On obtient bien du garde national son sang pour éteindre la flamme de l'anarchie.
Mais, afin d'avoir le droit de demander, de conseiller, d'exiger, il faut être bien fixé sur ce qu'on doit faire soi-même, pour servir d'exemple; on sait bien exiger d'un bourgeois, d'un propriétaire, d'un chef d'industrie, le complet sacrifice, celui de la vie, parce xme la force est encore la dernière raison des rois ; mais on n'a pas su encore demander à tous les bourgeois, à tous les propriétaires* à tous les chefe d'industrie, un autro sacrifice» pour prévenir les désordres qu'ils savent si vigoureusement réprimer ; on leur donnera bien l'exemple du courage qui punit les révoltes, mais où ost l'exemple du dévouement qui les empêche?
Quelques académies, je lo sais, ont proposé des prix pour Fauteur du meilleur procédé à employer, afin d'améliorer les relations des miitvêê et des ouvriers; je crois même que l'académie de MM. Guizot, Thiers, Cousin, celle des sciences morales et politiques, a offert un pareil encouragement à cette pensé? qui a mt s* grand avenir. Je
ne sais ce que produiront ces concours» mais certainement si l'uu des concurrou* résout cetlo question d'une manière satisfaisante, j'entends d'une manière immodia lement pratiqua MM. Tniers el Guizol feront bien de lui donner au moins une sous-préfecture.
Sans plaisanterie» ci: concours me paraît bon, surtout parce qu'il prouve que la question préoccupe les hommes du pouvoir, et je le.
• rois sans peine; aussi, j'en parle avec vçous qui counaissez quelques un* de ces messieurs, parce que je sons que vous devez avoir souventj vous industriel, à causer avec eux sur celle matière.
Aujourd'hui le gouvernement n'a plus peur de voir entonuer par les journaux et au théâtre, dan. des intentions perturbatrices, la trompette de l'émeute, le chant de guerre du prolétaire. Kh bien, il y a iw pour lui une voile habile à foire; le libéral M. Tluersest bien, aujourd'hui, le ministre d'un roi qui enchaîne la presse; je ue vois pas pourquoi, demain, il ne serait pas l'avocat insinuant et adroit des hommes qu'il a fait mitrailler naguère, et leur avocat auprès de
• •eux dont il s'est servi pour les mitrailler; il a acquis, ce me semble, un assez bon droit de parler pour eux, sans passer pour leur eomplice. Oserait là, selon moi, une bonne et habile préparation à la solution de la question d'amnistie.
Oui, c'est au gouvernement à être, aujourd'hui, auprès des classes riches, éclairées, auprès des hommes de loisir, des bourgeois, l'avocat insinuant des classes ouvrières, malheureuses, ignares, des journaliers, des prolétaires; lui seul peut amener sans secousse une amélioration dans leur existence: morale, intellectuelle et physique, amélioration que réclame impérieusement le progrès général de l'humanité, et que désirent toutes les âmes généreuses, que désirent même tous les hommes qui sévissent si vigoureusement contre le prolétaire révolté, car ils savent bien qu'avec plus d'aisance et d'instruction, et une éducation morale meilleure, le prolétaire, vraiment anobli, ne se révolterait plus. Aujourd'hui le nombre des hommes qui pensent que le peuple doit être abruti et misérable, comme le lèllah arabe, pour (pie la société soit tranquille, <e nombre est trop petit pour en tenir compte.
Après tout ce que je \ leiis de dire, vous ne me demanderez pas , je pense, de pré< |s<t davantage les actes à faire; je n'ai rien .1 ajou-
ter, car ces actes sont poutre ceux que j'ai indiqués précédemment) de tous les instans; c'est la vie entière de chacun des hommes du pouvoir ; c'est sa vie chez lui, dans l'intérieur de ses propriétés, comme sur son trône royal , daus son cabinet de ministre, dans son salon de préfecture; en un mot, c'est le sentiment qui l'anime. Sous Napoléon, tous ses bons serviteurs avaient le sentiment militaire, mflme ceux qui n'avaient jamais touché un fusil ou une épée. Si Louis-Philippe, qui ri^ne, veut gouverner, qu'il se hâte donc d'inspirer à son gouvernement le sentiment industriel; qu'il lui inculque son système, sa volonté do roi industriel, et non de roi constitutionnel simplement : c'est le seul moyen de conquérir, a son tour, le cieur de ce bravo peuple qui bénit toujours Henri IV pour lui avoir promis, seulement promis, la poule au pot ; que Louis-Philippe la lui donne, cela vaudra mieux que les promesses de l'Hôtel- <le-Vi11e.
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I fCairr. jtiiiiIRV..
Mon cher ami,
Le moment no nio paraît pas favorable pour chercher à formuler l'expression d'une opinion publique sur quoi que ce soit. Le ministère, de son côté, n'a pas dans les chambres une majorité assez compacte, fixe, régulière, pour agir nettement. Je crois donc qu'avant de pouvoir sortir de la situation difficile où nous sommes, nous verrons augmenter la lassitude et le déicoiH des vieux partis politiques , h tel point que, tout en conservant leurs noms, ils se laisseront aller là où leurs intérêts les attireront; ceci existe déjà. Kn même temps, le pouvoir, pour se maintenir, suspendra habilement, sur chacun de ces partis, non lepée de Damoclès, mais l'appAt qui ilatlera leur amour propre, leur vanité, leur égoïsme, sons prétexte de faire tourner au profit de l'ordre tous ces honteux élémens d'anarchie. Voilà pourquoi M. Thiers doit paraître l'homme de la situation.
Heureusement une pareille situation ne
elle serait éminemment transitoire, car elle manque absolument de dignité et de loyauté; d'ailleurs, du moment où la société française ou européenne aurait une grande œuvre à faire, il faudrait bien que messieurs du parlement et du ministère changeassent de conduite.
Toujours est-il que si j'avais un conseil à donner en ce moment, je serais disposé h dire : laissez sommeiller, s'engourdir, s'endormir les chambres et la presse; il n'y a pas grand niai; mais réveillez, se. couez, excitez l'administration.
Par ces derniers mots, j'entends que la chose importante, aujourd'hui, serait de s'occuper activement du personnel des sous-préfectures, préfectures, conseil d'Etat, divisions des ministères, ambassades, consulats, de telle sorte qu'au moment de l'action, d'une? part on ne serait pas gêné par la discussion, de l'autre on serait puissamment aidé pour l'exécution. La tendance devrait être de négliger les deux faces théoriques de la politique; savoir : la presse et les assemblées" délibérantes; mais de donner aux faces pratiques, c'est-à-dire au pouvoir exécutif et a l'administration, l'importance dont elles ont besoin pour accomplir de grandes œuvres. Finesse pour la première partie de la tâche, activité, volonté, pour la seconde, voilà les qualités qu'il faut au ministère. Or, M. Thicrs me paraît bien posséder ces qualités ; mais je confesse que je n'aurais pas pleine confiance dans l'usage qu'il en ferait , si je n'avais pas grand espoir dans l'influence croissante d'un personnage politique qui n'a pas encore pris part aux affaires.
Vous vous rappelez que, dans une de mes lettres, je vous parlais de mon désir de vpir auprès du trône un hommo pouvant embrasser avec ardeur et pourtant avec caime la noble cause du prolétaire. Alors, je songeais au jeune prince dont la vie se déroule doucernent en dehors de la politique, et qui n'a pas pu, qui n'a pas du prendre encore place d'homme dans les affaires , mais pour qui le moment approche, où, après avoir gagné ses éperons sur le champ de bataille, il voudra faire ses preuves sur une scène plus noble et plus grande, aujourd'hui, que la guerre. Il a respiré (Je la poudre, tout ce qu'il en faut pour témoigner de sa bravoure, et il l'a respirée heureusement dans deux circonstances qui n'ont pas dû lui donner un goût démesuré pour le métier des armes. Anvers était certes une
grande leçon 4e fortification, d'artiUofe, d'attaque «A de drffcnse île place, de wnrioe<te tranchée; mais, en définitive, c'était, comme aux etitans, un trou-madame ou Ton tire la bombe sur dos soldats de
bois, posés sur un fort de carton; a Alger, quelques escarmouches, des têtes coupées, dit-on, par dis zouaves de l'estrapade, puis des sables pour fruits de la victoire, une ville brûlée; il n'y a pas là de quoi inspirer grandement le goût des combats. Celui qui aurait vu seulement le coin du tableau que cachait l'éperon de Napoléon, à Austerlit* ou à Wagram, aurait reçu au neur un coup plus vif de Jaigtiillnn de la gloire, que le duc d'Orléans n'a pu en être touché dans ses deux campagnes. Savoir supporter de rudes fatigues, connaître le soldat, éprouver le sentiment des dévastations que produit la guerre, acquérir l'élévation que donne à l'homme le spectacle du danger, et l'assurance qu'il prend dans le commandement, exercer son coup-d'œil à deviner des hommes, des braves, et aussi à mesurer rapidement la terre, voici ce qu'il aura gagné de plus positif.
Le voyage qu'il fait en ce moment avec son frère, me paraît devoir lui Être beaucoup plus profitable ; c'est d'ailleurs le dernier terme que je conçois à son -éducti 'lion, proprement dite; après, sa vie politique devra réellement commencer, et le spectacle des deux; grandes monarchies allemandes lui sera 1res utile, pour roctilier plusieur idées que la connaissance do la France et de l'Angleterre ont du faire naître en lui, et qui ont besoin du correctif do la raison allemande. Je regrette que son voyage ne s'étende pas jusqu'à Pétersbourg et Moscou, afin de le terminer par Constantinople; alors le prince connaîtrait non seulement l'Europe, mais il aurait touché- la grande capitale qui unit l'Europe à l'Orient, et où s'agitent dans ce moment les destinées du monde chrétien et du monde musulman, qui, à eux deux, ne formeront un jour qu'un seul monde.
.le viens de dire que j'avais d'abord songé à ce prince pour embrasser noblement la cause du peuple, et pour enlever ainsi aux brouillons cette admirable cliontcllo ; mais cette taelie est bien grande, pour un tout jeune homme ; il lui faudrait avoir de bien robustes épaules pour l'entreprendre à son Age, et pour réussir, quand bien même il serait assuré de l'adhésion de son père. Cependant, ce rôle franc, courageux, simple, n'exige, pour ainsi dire, qu'une seule qualité,
parce que celle-là inspire toutes les autres, c'est la sympathie pour les nobles vertus et pour les profondes douleurs du travailleur. Il faut sentir qu'on aime le travailleur comme Turenne aimait le sol* dat, ou ne pas s'en mêler. Jusqu'ici on a (ait ce qu'on a pu pour faire aimer au prinre le soldat, et pour le faire aimer du soldai; qu'a-t-on fait pour lui faire aimer le soldat pacifique, l'ouvrier? Qu'a-t-il fait pour s'en faire aimer? C'est pourtant la meilleure et même la seule manière d'en finir avec Henri V. .
L"inlérêt politique immédiat doit être, je le répète, d'enlever aux révolutionnaires ou contre-révolutionnaires, cette clientèle évolutionnoire qu'ils exploitent, et il n'est pas besoin pour cela de se faire sansculotte, tribun ou soudoyeur de populace ; il ne faut pas même que le prince se fasse chef de fabriques, comme il est chef de troupes; mais il doit étudier les grandes manœuvres de l'industrie, la stratégie de la production, et témoigner son estime pour le travail à l'égal de son estime pour la bravoure, aimer l'atelier comme la caserne, le chantier comme le champ de bataille. Jusqu'ici il a été entouré de militaires instruits et braves ; il lui faut de nouveaux hommes dan? son entourage. Un jour il n'aura pas auprès de lui seulement un ministre de la guerre, il aura aussi un ministre des finances, un ministre du commerce et des travaux publics, un ministre de la marine; il doit donc déjà en avoir les représentais près de lui. Son éducation et ses preuves comme soldat sont faites ; peut-on en dire autant comme administrateur, financier, industriel? il sait détruire; sait-il produire?
Je crains que dans son voyage d'Angleterre il ait beaucoup plus visité les vaisseaux de guerre et les arsenaux de la marine, que les docks et les grandes usines; je crains aussi qu'en Prusse et en Autriche on ne le farcisse encore de parades, de revues, de petites guerres, et qu'il revienne sans avoir vu les mineurs du Hartz, les grandes fabriques de Silésie, les nouveaux travaux de communication qui doivent lier le Rhin, le Danube, la mer Noire et la Méditerranée à la Baltique, je crains qu'il revienne instruit du nombre de soldats que peuvent mettre sur pied toutes les puissances allemandes, de l'état des différentes annes, de la force ou de la faiblesse des principales villes de guerre , mais qu'il soit un peu moins fort sur la situation économique, industrielle, productive de tous ces pays.Com-
mont en serait-il autrement? S'il avait été accompagné dans se, voyais par M. Dupin aîné, il aurait très bien vu les tribunaux • première instance, appel, cassation, conseil-d'état même et chambres Knslat.ves n,n n'aurai, manqué; or, il je .rois ave, |,„, ,„„. dos aides de camp, ,| „, verra bien que des campa.
H-Hvu.,n,,u. aujourd'hui, tonte ;un, jeune, bien plantée, ,, spiro
,i,,,V ; ,n ,,p,,f ' "« i! P«* "^«vais quelle soit rassasiée de
l-nne heure des vieilles nourritures qui alimentaient autrefois les grandes âmes, ne fut-ce que pour acquérir la conviction qu il n'y , l-lns rien ,1e «rand à tain, en ce moment avec elles, „ ,,„, ^ «g l<-urs qu'il faut chercher la vie et la gloire.
Dans son voyage, le prince verra heureusement, en Prusse M \ n - "i»nn , en Aulriehe M. de Motternich, qui tous deuv ne sont pas de fameux guerriers, el qui cependant gouvernent de grand» monar-
çWBfc Kn Km,,,, M. Thiers n'es! pas un Cé>ar, je ne sache pas
I°W Pàltaofston soit un Alexandre ; la moindre réflexion sur ees quatre hoiun , M I I, mettre sur la voie de son propre avenir, ew iU sont à la tète (les affaires européennes.
S I, dur d'Orléans comprend ainsi son devoir de prince et de citoyen, je ne serai plu, ,i plein de délianee, en voyant .M. Thiers aux Maires; je crains l'humeur batailleuse de e, petit homme d'Klal ; peut-être, ..vaut peu de temps, des occasions se présenteront de metn.onlMT-e au veut et de M-niier la trompette; M. Thiers n'y réitérai! pas, e! peut-être forcera^ la n.am au roi qui veut pour- !a,M 01 M" 1 ; »'»«' bïon la pa.v, si , d'.n là, on ne donnait pas à | fl p, ix i-r un pMd développement d'amélioration, populaires, des racine. »"* lo peuple lui-même ; car se. r,,rii,„ ne plon^nt encore qu, l«ns les intérêts de la boufcfcowe, et ne pénètrent pas jusqu'au,
tondeurs des besoins populaires
i'OMTIQl É (iÉMRUE
Cttisoii, uwns 1837.
Mon cher ami,
M conçois tort bien maintenant qne Fonfrfae ail désiré vous voir, nu moment où il allait se lancer hMe baissée dans la voie où il s'engàfte. Pour lui, personnellement, je suis fAché qu'il nVil pa^ pu vous entendre, parce que le voilà attaché à une bombe qui «-rêvera peutêtre plutôt qu'il no le prévoit, et qui pourrait bien le mettre en pièces. Pour les affaires en général, je suis bien aise «pie sou murage l'ait porté à arracher le masque de certains hommes, et a les forcer de se donner enfin pour ce qu'ils sont. La petite correspondance que ce chaud bordelais a eutamée avec la Gazette de France est une bonne guerre pour renseignement du public, et le Journal des Débats profitera, comme un gros malin qu'il est, de ce qu'il y aura de bon à prendre dans cette polémique entre les deux organes qui défendent le plus chaudement le principe d'autorité; car il est bien facile de voir où pèchent les deux adversaires.
Pour qu'une autorité puisse aujourd'hui s'établir, il faut, avant
tout qu'elle soit compétente, et non qu'elle soit de droit divin. Le problème politique est donc aujourd'hui, comme toujours, celui-ci : Qu'est-ce que veut la société actuelle , qu'est-elle? Or, qu'on s'en félicite ou qu'on s'en lamente, la société est actuellement industrielle, comme elle était militaire sous l'empire. L'autorité ne sera donc vraiment assise que lorsqu'elle manifestera sa compétence industrielle et non sa compétence y us/e-mi7t>t* ; car i «' mot est aussi vague que l'autre est précis, et le pouvoir ne doit j ainai* être vague ni représenter une opinion vague.
Ces épithètes de républicain, légitin liste, juste-milieu, sont de malheureuses expressions de la politique théorique* ancienne* qui voient tout, trompent les plus fins, et n'engendrent que de véritables logomachie. Que veut un républicain? que demande-t-il aux hommes qui gouvernent ta République? Souvent ce que veulent et demandent les sujets d'un roi légitime, ou les citoyens* d'une monarchie parlementaire ; tantôt il faut que l< s chefs légitimes, quasi-légitimes ou populaires soient militaires, tantôt ils doivent être pacifiques, tantôt dévots , tantôt philosophes ; aujourd'hui il faut à la société française une direction industrielle ; il la faudrait également avec Henri V, également avec la République.
Sans doute la question de forme est très importante, mais elle n'a de valeur que si l'on examine en même temps la question de fond, [iarce qu'alors on peut chercher à mettre d'accord l'une avec l'autre, et qu'il n'y a de gouvernement \raiment légitime, vraiment pondéré, vraiment populaire, que celui dont la forme est en harmonie avec le fond, c'est-à-dire celui qui vent ce que veulent les gouvernés.
Or, notre siècle est pacifique et industriel ; que doivent donc savoir et faire ses gouvernails ? De quelles idées et de quels actes doiventiU surtout s'occuper? De quels hommes doivent-ils s'entourer? Il me semble que la réponse est facile.
Par exemple, si Louis-Philippe veut régner, il faut, comme je vous l'écrivais du Caire, qu'il enlève aux partis la clientelle qu'ils exploitent, l'ouvrier ; pour cela, il n'a qu'à agir en roi des ouvriers, comme Napoléon agissait en roi des soldats.
Vous savez tout ce que nous avons déjà dit et écrit ensemble sur ce thème, je crois que votre entrevue, désirée par Fonfrede, lui au-
rail évité de se laisser pousser, comme il l'est déjà, comme il le sera encore davantage, à mesure qu'il avancera, par cette apostrophe si terrible pour les avocats : cm fuit!
Sur le terrain où il ses! placé, qui esi celui de la politique, comme on dit, mais qui n'est pas relui de \& société, il n'a rien de bon à résoudre à cette provocation : au fait ! car il n'y a, pour ainsi dire, rien à faire légisîativoment, niais beaucoup adininistrativement , c'est-a-dire gouvernementaloment, dans toute l'acception pratique <)e ce mot. ; m . *
Une foule de journaux bien intentionnés expliquent les attentais contre la vie du roi, par l'absence de principes religieux, et par le discrédit où les doctrines révolutionnaires ont fait tomber l'autorité. Mais nn a'impjrovisc pas plus un Dieu qu'une autorité; et cette difficulté d'instituer une foi et un pouvoir, au milieu d'une société sans foi et anarchique, explique la puérilité et même l'imprudence de cette simple observation, toile par les plus forts politique-, -ur l'abscm e actuelle «lu sentiment religieux et de celui de l'ordre. Fonfrède, au moin-., prétend qu'il y a des moyens d'instituer le pouvoir (je lui crois peu de disposition à s'occuper de l'autre veuvage social , Dieu ) ; mais , je le répète , pour établir et consolider un pouvoir, il faut, avant tout, savoir dans quel esprit il doit gouverner, et Fonfrède ne me paraît pas, sous ce rapport, plus avancé que tous les autres; seulement il est forcé, sous peine de se laisser acculer par les Débats, d'une part, et la (iazette. de l'autre, d'arriver plus vite que le> autres à quelque moyen neuf de gouvernement; r'esl déjà beaucoup.
POLITIQUE «ÉNKRAIE.
Alger, lévrier 1840.
MOft CUls* AMI, .
i«i iksciissions sur la question d'Orient m'intéressent vivement, à piusd'un litre; parlons en. Le gouvernement s'est d'abord tiré assez habilement des premières difficultés, vis-à-vis de la Chambre ; je voudrait» fcien qu'il eut autant d'habileté vis-à-vis des puissances étrangères,. et j'en doute. .M. Thicrs, en caressant l'Angleterre, a porté cependant à notre alliance avec elle un coup aussi violent que celui dont elle était frappée par les événement eux-mêmes. S'il n'a pas fevorisé, par réaction, line alliance de lâ France avec la Russie, alliance peut-être imposable aujourd'hui, il a dorme sans contredit à r Autriche les motifc d'un rapprochement sincère avec la France, «lin qiie ces deux puissances, qni , dans la question d'Orient, n'obéissent pas à un sentiment égoïste, puissent résister aux prétentions monopolisantes de 1* Angleterre et de la Russie.
Or,- l'Angleterre n'est véritablement noire alliée que d;ms les cir-
constances où elle a besoin de nous ; elle peut nous laisser croire à son alliance, quand nous n'avons pas besoin d'elle ; elle se déclarrrait notre ennemie, si nous étions dans l'obligation de lui demander un service. Je me réjouirais donc qu'une aussi grave circonstance donnât un intérêt commun a la France et à l'Autriche, intérêt noble et tout à fait digne de l'une et de l'antre puissances, intérêt de pacification, de conservation, et en même temps de progrès pour tais, pour l'Orient comme pour l'Occident, dépendant, quoiqu'il soit impossible de se dissimuler les conditions toutes physiques et géngnipbiques qui assurent une influence commerciale prédominante à l'Angleterre sur l'Egypte, et une influence militaire et politique, également prédominante, à la Russie sur Constantinople , il sera bien difficile à || France et à l'Autricbe, tout en s' opposant très légitimement aux efforts monopolisans de l'Angleterre et de la Russie, de reconnaître, au moins en fait, cette prédominance inévitable du commerce anglais et de la politique russe, sur l'Egypte et sur la Turquie. Dans la crainte que Londres et Pétcrsbourg ne deviennent tout, peut-être tentera-t-on de les empêcher d'être quelque chose, ou du moins essaiera-t-on de faire qu'ils ne soient pas plus que nous; et pourtant l'un sera toujours plus que nous, commercialement, en Egypte ; l'autre sera plus que nous, militairement, en Turquie.
Il faut avouer que le gouvernement parlementaire, surtout le nôtre, n'est pas favorable à des négociations qui doivent se résoudre par des transactions conformes aux véritables données de la nature ; les nations, pas plus que les individus, n'aiment à voir signaler hautement, en regard de leurs qualités, leurs défauts, ni même, eu face de leurs droits, leurs devon s. Quoique ce soit une incontestable vérité, il nous est pénible de confesser ou d'entendre dire que notre influence commerciale et militaire, en Orient, est et doit être nécessairement, naturellement, inférieure a celle de l'Angleterre et de la Russie. 11 est également certain, mais tout aussi pénible à reconnaître hautement par la Russie et l'Angleterre, que nous avons sur les peuples orientaux une influence bien autrement puissante et durable que celle du commerce et du canon, l'influence morale et intellectuelle. Ccst notre langue que l'Orient apprend, et non l'anglais ou le rus^ : re sont nos sciences qu'il étudie dans nos livres ; c'est notre caractère
qu'on aime le mieux à Péra, à Soiyrne, à Alexandrie; en un mot, dous nous sommes emparés des esprits et des cœurs f notre lot n'est donc pas le plus mauvais. ... «
Malheureusement, cette conquête ne s'apprécie pas facilement en énis et no socorapte pas comme des pièces de canons; nos avocats crieront donc que nous nous humilions devant l'étranger, que nous uous sommes vendus à lui, si, en nous ménagoant la part qui nous est réellement due, l'influence sur les esprits, nous abandonnons, à - eux auxquels elle revient, leur large part d'influence sur la» choses; ils prétendront que la France est abaissée, amoindrie, avilie, quand bien même uous nous réseo'erions^avec l'Autriche, une sorte de contrôle sur la part des deux autres puissances, et une part aussi dans les affaires commerciales et politiques de l'Orient.
La Franco a dépensé cette année dix millions pour cette question, la Russie au moins autant, l'Autriche un peu moins peut-être, et la Turquie et l'Egypte davantage. Voilà donc ">0 à 60 millions consacrés en un au, à discuter si tousles navires seront libres d'entrer dans la mer Noiit, si tous les peuples pourront aller aux Indes par Suez, et >i /e pachahcli d'Kgypte sera héréditaire ! Or, je crois qu'avec cette M»mmeon ferait le canal de Suez, et l'on achèterait à Ibrahim-Pacha son droit d'héritage.
C'eut été un bon marché à proposer à toutes les puissances, l'année dernière; il est encore temps, car 1840 s'annonce comme de- • inr flQfttrx bien cher. Combien de millions, irrand Dieu ! seront engloutis inutilement, si les puissances, ne parvenant pas à s'entendre,
nnpromettent la p ix et font les préparatifs, seulement les préparants d'une guerre européenne.
J'ai peur qu'il n'en soit ainsi. M. (iuizot va partir pour Londres; v OtfcS«avez que M. (iuizot n'est pas liant, puisqu'il est éclectique; M. Thiers a fait sa cour h l'Angleterre, mais c'est M. (iuizot qui y va. Je crois donc que, pour le moment, l'alliance auglo-franfttBe est ntesacée de n'être plus qu'un replâtrage mal joint, un rapprochei»ar |. s nord s une mauvaise couture en hl blanc.
M. Thiers a dit (pie les lorys feraient ce que les vvig>\eulenl mai m peinent pas l'aire, à cause de leur parente avec les radi< au\ d O U>nnel; d'un autre colé, Pocl et Wellington viennent de faire éprou*
ver un doubla échec à lord Palmerston qui sommeille. Il s'agit donc d'un mouvement do bascule en Angleterre, et, sous ce rapport , jo comprends que M. Guizot y aille, c'est un maître à eo jeu.
L'ambassade de .M. (iuizot, en ce moment, est encore l'indu c certain d'une considéra tien politique importante, à savoir, qu'à Londres la politique européenne sera théorique et pratique ailleurs.
C'est Vienne, j'en suis plus convaincu que jamais, et non pa- Londres ou Pélersbourg , ou même Paris, qui doit être Ib point de mire des diplomates à vue longue et à main pratique, et je regrette bien que Lamartine ait cru devoir s'enfermer, comme il l'a t'ait, dans la tribune. A une époque où l'illustration littéraire est presqae un accompagnement obligé" de l'illustration politique, il aurait été plus que le pendant de M. Guizot, si, depuis quelques années, il avait dirigé ses yeux sur l'ambassade de Vienne, où depuis Longtemps je vous ait dit que se dénouerait la grande question d'Orient.
Aujourd'hui l^amartine s'est tant lait l'orateur d'une idée, d'un système sur l'Orient, qtt'il s'est presque fermé cette voie peur entrer dans la politique agissante; c'est grand dommage, et j'espère qu'il sentira bientôt la nécessité de sortir de ce grugeoir à épiées parlementaires qui s'appelle la tribune, pour prendre rang dans la vraie armée politique. La pressa et la tribune, c'est l'artillerie et le génie, ce sont des armes spéciales, dans lesquelles les généraux les pins illustres ne commandent pourtant jamais des armées , saut le maréchal Vallée ; aussi voit-on toujours sous son chapeau de maréchal le bout d'oreille de l'artilleur, comme a la main de M. liuizol la férule du maître d'école, et sur l'oreille de M. Thiersla plume du journaliste. Ce n'isi pas là que se forment de véritables hommes d'état, «lui doivent être, avant tout, des hommes d'affaires, ayant pratiqué les affaires, comme Taleyraud et Metternich , ou comme Villèle ci Périer.
•le ne sahi qui est à Vienne en ce moment, mais c'est un beau poste. L'Autriche est, de tontes les nations européennes, la mieux assise, celle qui à le moins d'embarras intérieurs, quoiqu'elle en ait beaucoup, celle qui a le rôle le plus médiateur dans la question d'Orient; elle et nous, nous occupons ou dominons toutes les cotes de la Méditerranée qui regardent l'Afrique, la Syrie et l'Asie mi-
ueure; malgré Gibraltar, Malle et Corlbu, malgré la Hotte russe de la n\rr Noire, nous serons toujours, en définitive, elle et noue; -les arbitres des affaires d'Egypte cl de Turo^c ; elle encore phoque nous, parce que sa position est plus centrale, et que cependant elle paraît moins directement intéressée.
Je vous disais donc que M. Guizot allait être un poids de plus dans la balance des basculours poutiques, et si, comme quelques-uns eu parlent, M. de Broche faisait rentrer le maréchal Soult à la guerre, i • serait bien pis; nous irions presque jusqu'à la guerre avec l'Anirleterre, et Wellington et Soult dégaineraient leurs vieilles rapières, mais sans frapper. Les Anglais auront en effet peine à se lirer «le leurs difficultés intérieures, si le gouvernement ne leur fait pas jeter leur bile au dehors; c'est une prise de calomel qu'il leur faut en ce moment, ce qui se traduira en langage administratif par uu accroissement «le leur armée de terre, poor tûto meilleure police. Wellinglon ne pense pas, comme M. Maccaulay, que Y agitai ion soit une fort benne chose, et sur cela il est d'accord avec M. Guizot. Lu uu mot, la soupape de sûreté a besoin de s'ouvrir, en ce moment, dans la machine anglaise, sous peine d'éclat très violent qui ferait sauter en l'air, et par dessus le détroit, O'Connel lui-même et M. Maccaulay, dont le dernier discours me parait un coup de grâce porté à lord Palraerston pendant son sommeil.
' Miant à nous, nous traînerons ass<-z tranquillement notre année, grâce à Alger qui nous occupera agréablement à nous faire tuer quelques milliers d'hommes et à manger nos millions, et grâce aussi aux nulle petites phases que présentera encore L'affaire d'Orient; mm> gan- à l'année prochaine, où la patience publique sera lassée. M où elle voudra avoir une solution déiinitive sur Alger et sur l'Orient.
<;V>I toujours ainsi, vous le savez, que les choses se [tassent chez - : assez longue patience, [tins explosion. Quand la France a dit .1 N'djMiléon : expliquez-vous, que voulez-vous? et qu'il a répondu : dernier enfant et Ion dernier écu, Napoléon a été vaincu ; quand comte d'Artois, en 1815, faisait dur de lui, par son frère Loirâ X\ III : « D'Artois veut aller trop vite, » on les a mis tous à la p tk : quand Charles X « culiu dit son mol sur la presse, le gar-
lima imprimeurs l'ont envoyé promener. Knfin, quand on demandera positivement, l'année prochaine : que voulez-vous faire d'Alpor? quand finissez-vous l'affarredeConstantinople? il faudra répondre uet. J'espère qu'on sera on mesure, car il n'est pas possible d'engourdir plus longtemps la France sous la nullité des discours de la luuroiuje; le temps des alermoiemens est fini. A
Ksi-ce le commencement du règne du duc d'Orléans que je présage ici? c'est possible. Mieux vaudrait, l'année prochaine, une pen T sée médiocre, un système de second ordre, et je crois que le duc d'Orléans peut mieux que cela, quo l'éclectisme politique qui est toujours entre deux selles. 11 a été fort utile et fort habile, mais il h fait son temps, et M. Guizot l'emporte avec lui hors de France; bon voyage l .
folitiouk mïum.