Francis, lord Talbot, huitième comte de Shrewsbury
5. Henry Manners, lord Roos, second comte de Rutland. 0. Robert Maxwell, sixième lord Maxwell.
154 NÉGOCIATIONS DE [JCIX 1847]
taige fort long temps a et ne peiist estre mictz à rançon quelque requeste qu'il en face, luy discouroyt la manière qu'il vouUoyt tenir de faire la guerre en Escosse pour y conquérir, quy estoyt de deflendre le feu à ses gentz dont ilz avoint accoustumé d*uzer dès qu'ilz entroint dans le pays, d'aventaige faire crier et publier non seuUement impunité et immunité à tout ceulx qu'il appelle évangélicques, mais en oultre bonne récompense s'ilz veullent suyvre le parly du roy d'Angleterre et lamesme publication et promesse faire faire à tous ceulx qui vouldront entretenir et soubstenir les contractz et traictés par lesquelz ilz disent la petite royne avoyr esté proumise en mariage au roy d'Angleterre par les estatz du pays. Et disoyt ledict protecteur qu'il lireroyt'par cez moyens beaucoup de gentz du pays au service du roy d'Angleterre et qu'il ne s'arauseroyt poinct à aller chercher les places fortes pour les assiéger, mais que là où il trouveroyt le pays à propoz il en feroyt de fortes pour prendre et tenir tousjours pied dans ledict pays. » Il semble cependant à Selve que ces préparatifs pourraient n'avoir pour objet que d'effrayer les écossais. Néanmoins on tient ici cette guerre pour résolue. Car si le roi de France entre en lutte avec l'empereur, les anglais auront le champ libre, et s'il devient au contraire son allié, comme il leur fera inévitablement la guerre, il est préférable pour eux de prévenir cet événement par un soudain effort. « Quant à ce qui se voyt, Sire », termine-t-il, « je vous puis bien asseurer que cejourd'huy de grand matin ung de mes genlz a veu tyrer de la Tour de ceste ville grande quantité de picques et hallebardes et aultres harnoys que Ton envoyé delà la mer comme il est vray semblable, et hyer à mesme heure l'on chargea de paisles et picques deux grandes barques toutes plaines du port envyron de XXV tonneaulx chascune. Au surplus, Sire, l'on dict que tous les principaulx navires de guerre sont tous prestz et en esquippage et que l'on va faire la monstre des gentilshommes de la maison du roy d'Angleterre, quy sont d'ancienneté, comme j'entendz, cinquante hommes d'armes et aultant de crue que le feu roy d'Angleterre avoytfaicte à cez dernières guerres, et oultre des gentilshommes estrangers pensionnayres quy ne peuvent pas monter comme l'on m'a dict à plus d'aultre cinquante hommes d'armes, quy est à ce que j'entendz tout ce qu'il y a en ce pays de gensdarmes ordinayres et d'ordonnances. Et disent plusieurs que incontinent après ladicte monstre l'on les envoyera secrettement sur la frontière d'Escosse où l'on a desjà donné ordre de longue main d'avoyr prestz IX ou X mil hommes de pied et quelques aultres gentz de cheval que l'on fera encores, et qu'avec cela se fera ugne invasion et entreprinse soubdaine par terre dans ledict pays d'Escosse dont se dict que le conte de Warvich sera chef, et que par mer d'ung aultre costé ira l'admirai d'Angleterre avec ungne aultre armée. Je ne fauldray, Sire, de vous advertyr au jour et à la journée des apparences que j'en voyrray. L'on tient icy pour certain que ledict admirai a espouzé la royne d'Angleterre douairyère depuis
[juin 1547] M. DE SELVE 188
dix ou. douze jours en çà, et me l'asseurer Tambassadeur de l'empereur pour chose vraye le jour que nous nous trouvasmes au service du feu roy. Toutesfoys sy ainsy est c'est chose quy a esté faicte assés secrettement. Aulcuns m'ont dict qu'il n'a paz tenu à luy qu'il n'aist espouzé madame Marie ou la seur du duc de Clèvez.qui est icy, mais ny Tugne ny Taultre n'y ont voulu entendre. C'est, Sire, tout ce que je sçay de nouveau pour cest heure*. »
« De Londres y ce xx///"- juing i* xlvi/. »
Vol. 6, fo 188, copie du xvi« siècle, 5 p. in-f».
177. — Londres^ ^3 juin. — Selve rappelle au connétable qu'il lui a écrit le 16 et lui résume l'affaire de l'Italien Jean Bernardino. Ce personnage a encore été vu à Londres il y a deux jours, ce qui confirme la présomption que sa visite avait un but d'espionnage.
« Au surplus, Monseigneur, milord Grey gouverneur de Boulloigne Préparatifs esloyt encores hyer icy et n'ay poinct sceu quand il s'en retourne. Il est ^® ^•'^eicy grand bruict par la ville et entre les marchantz que le roy a assemblé grandez forces et de Suisses et de genlz de pied de son royaulme. Et viennent la plus part de telles nouvelles d'Anvers en ceste ville ou puys après elles sont interprétées diversement, car aulcuns disent que cez préparatifz se font contre l'empereur et aultres que c'est contre les angloys. L'ambassadeur dudict seigneur empereur, avec lequel je me trouvay cez jours passés au service que l'on feist icy pour le feu roy, me demanda à quelle fin cez grandes forces avoint esté mises suz. A quoy je luy respondeiz que je n'avoys aulcunes nouvelles que le roy eust faict levée de gentz ne qu'il eust aulcune occasion d'en faire avant la paix par tout.. . Après m'a dict que les angloys craignoint que cest appareil se dressast contre eulx pource que le roy estoyt mal content des fortiffîcations qu'ilz font en Boullenoys. Je luy replicquay que je n'avoys ouy parler d'aulCun appareil de guerre... Ce propoz fîny me demanda quand nous viendrions icy quérir la fiancée ou accordée pour la mener en France. Je luy demanday quelle. Et il me respondit madame Marie, me disant que toute ceste court et ceste ville ne parlo}! d'aultre chose. Je luy dictz que sy ainsy estoyt c'estoyt signe que l'on y avoyt plus pensé en Angleterre qu'en France dont je n'en avoys entendu aulcune nouvelles... »
« De Londres, le xxn/'*» juing vxlvii. »
Vol. 6, f° 191, copie du xvi« siècle, 2 p. in-f«.
1. Mariage de Thomas, lord Seymour, frère du protecteur, amiral d'Angleterre depuis l'avènement d'Edward III, avec Catherine Parr, veuve de Henry VIII, morte l'aunée suivante. Il parait par celle dépêche . qu'il avait inutilement demandé la main d'Anne de Clèves ou de Marie Tudor.
456 NÉGOCIATIONS DE [jUlN 1547]
SELYE AU ROI.
NoQTeiiM 178. — Londres^ 24 juin. — Depuis sa dépèche au roi datée de la Aii«ina«iie. y^jHg^ Sclve a su que le protecteur avait fait mander à l'empereur, par Fambassadeur de celui-ci, que les discours tenus en France à Tambassadeur d'Angleterre prouvaient le dessein arrêté du roi de commencer la guerre : cet avertissement a été donné à Selve par quelqu'un à qui l'ambassadeur de l'empereur l'avait répété. Selve croit que cette démarche n'a été faite que pour sonder l'empereur. « Car de ce que j'ay peu congnoistre, Sire, depuis le règne de ce jeune roy tant les ministres de ce royaulme que l'ambassadeur de l'empereur faisoint ouverlemenl semblant d'estre peu conlentz les ungs des aultres. Je ne sçay sy à présent ceulx cy vouldroint essayer de rabiller les choses et rentre sur le propoz des mariages que le filz de Grantvelle mict en avant quand il vint icy au nouvel advènement de ce roy. Pour certain, Sire, Paget disna hyer chez l'ambassadeur dudict empereur et y feust longuement, quy est ung lieu où ledict Paget a moins accoustumé de fréquenter que nul aultre de ces seigneurs. Et sy ay sceu que ledict ambassadeur avoyt dict il y a quelques jours à ung personnaige d'estoffe estranger quy fréquente quelques foys chez luy qu'il ne s'estonnast poinct s'il le voyoit les jours ensuivantz fréquenter et négotier avec Paget et que c'estoyt seullement pour affayres particuliers de marchantz, et se faisoyt par ledict ambassadeur cesle préoccupation d'excuse et purgation sans qu'elle vînt à aulcun propoz ne qu'il feust mention dudict Paget. Au surplus. Sire, j'ay aussy entendu que ung Italien ingénieur que ceulx cyavoint envoyé dans le chasteau de Sainct- André est icy de retour et n'ay peu encores sçavoyr quelles nouvelles il en a portées, sinon que l'on m'a dict luy avoyr ouy dire que ceulx de dedans y vivent non seullement en luthériens, mais en sacramentaircs...
« De Londres^ ce xxiii'"* juing v* XLV/f. » Vol. 0, fo 192, copie du xvi° siècle, 2 p. in-P.
SELVE AU CONNÉTABLE
179. — LondreSy 24 juin, — Depuis sa dépèche de la veille au connétable, Selve a été conduit à croire que le retard de l'Italien Bernardine a eu pour cause la dépèche que l'ambassadeur de l'empereur a dû écrire à son souverain, comme l'explique la présente dépèche au roi.
« De Londres^ \ce xxiii^» juing v xivii. »] Vol. 6, fo 193, copie du xvp siècle, 1/4 p. in-fo.
SELVE AU ROI
180. — LondreSy 28 juin, — Selve a reçu par M. de Combas la dépèche du roi en date du 24 et entendu ses instructions orales. Il envoie
avec la présente deux dépêches adressées au roi par Tambassadeur de Jrance en Ecosse. Le protecteur Ta fait prier ces jours-ci d'avertir le roi que des pirates anglais, dont les principaux sont les nommés William Percy, Thomas Freeman et Michel James, trouvent asile et protection dans plusieurs ports de France, et surtout à Cherbourg, en se faisant passer pour écossais. Le protecteur demande qu'on leur interdise cet asile, d*où ils sortent pour piller français, anglais et écossais.
De Londres^ le xxviif^juing V'Xlvii. »
Il envoie au roi la copie du mémoire qu'il a remis à M. de Gombas, lequel ne peut avoir avant le lendemain son passeport pour FËcosse.
Vol. 6, f» 193, copie du xvi« siècle, 1 p. 1/4 in-f«.
SELVE AU CONNÉTABLE
181, — Londres, 28 juin, — Selve a reçu par M. de Gombas la Nouvelle» dépêche du connétable et entendu ses instructions orales. d'Ecosse.
(( Monseigneur, vous verres à mon ad vis par les dépesches de Tambas- Langhoim. sadeur du roy résident en Escosse qu'à présent j'envoye audict seigneur Tentreprinse du gouverneur dudict pays sur la Tour de Langoume qu'il cuyde estre fort secrette de laquelle toutesfoys le bruict est longtemps ha par deçà, de sorte que monsieur le protecteur mict dernièrement ladicte entreprinse au numbre des aultres plainctes qu'il feict des escossoys à monsieur de Vieilleville et à moy. Ladicte Tour estoyt comme j'entendz entre les mains des angloys avant que la paix et la compréhension des escossoys se feissent, au moyen de quoy sy lesdictz escossoys s'efTorcent de la recouvrer par armes, oultre ce que les angloys auront occasion de dire que c'est innovation et ouverture de guerre. J'ay belle peur qu'ilz trouveront ceulx-cy bien advertys de toutes leurs délibérations et sy bien pourveus que je ne sçay s'ilz auront du meilleur. Et au mieulx aller, quand la chose réuscyroit comme ilz désirent, ce sera tousjours perdre ung beuf pour gaigner ung euf, car le gaing de ceste tour quy ne vault pas ung coullombyer comme j'entendz leur fera perdre le bénéfice de la paix et se tyrer ugne guerre à doz que je ne sçay s'ilz ont bien pensé et sont bien préparés de soustenir *. »
Selve a donné charge à M. de Gombas de dissuader le plus possible les écossais de cette entreprise.
« De Londres, le xxviW'juing v* XLVii. »
Vol. 6, P 194, copie du xvi« siècle, 1 p. 1/2 in-n>.
1. La tour de Langhoim, située dans la vallée de TEsk, sur la frontière des deux royaumes, avait été conquise par les Anglais en 1543 {State Papers, t. V, pp. 554-356). Elle était revendiquée, comme on voit, par les écossais : le litige sera le prétexte de la nouvelle guerre déjà prête à éclater.
158 NÉGOCIATIONS DE [JUILLET lo47;
SELVE AU ROI
182. — Londres^ 7 juillet. — Selve a reçu la veille la dépêche du roi en date du 3. Ce même jour est arrivée une dépêche de Tambassadeur d'Angleterre en France adressée au protecteur. Ce jourd'hui, Selve s'est rendu auprès du prolecteur, selon l'ordre du connétable, pour le détourner de ses soupçons sur les préparatifs de guerre du roi. Le prolecteur ayant fait allusion à la nécessité de ces préparatifs au cas où l'empereur renouvellerait sa récente invasion en France, Selve s'est contenié de répliquer que ce dernier n'en avait pas retiré grand fruit, et que d'ailleurs le roi était à l'heure qu'il est certain de son amitié.
Selve a également parlé au protecteur, selon l'ordre du roi, pour lui recommander la pétition des marchands français pillés en mer depuis la "paix.
Après ces propos préliminaires, et sur la demande de Selve, le prolecteur lui a dit qu'il lui communiquerait la réponse du conseil, dont le roi de France devrait raisonnablement se contenter, et que le conseil délibérerait sur cette question dès que le roi d'Angleterre serait à Hamptoncourt, où il se rend dans un jour ou deux. Passage « Sire, j'ay baillé le pacquct que vous escripvés à vostre ambassadeur ^Fra^ en Escosse à ung homme qui s'y en va dépesché par Tévesque de Rosse, en Eeoase. lequel comme j'entendz a porté quelques lettres de son maistre à monsieur le protecteur, mais à ce que je puis entendre ce n'estoyt que pour aller et revenir audict Escosse. Ledict homme dict avoyr veu lundy dernier IIP de ce moys au soyr voz gallayres au destroict de ceste mer entre Bouloigne et Calays qui tiroint du costé du North, dont toutesfoys il ne se parle poinct encores icy et n'en est aultre bruict sinon qu'elles s'en vont en Bretaigne pour se charger de gentz de guerre et de munitions pour porter en Escosse *... »
« De Londres, le vw^» juillet v^xlvii. »
Vol. 6, fo 191 v®, copie du xvi« siècle, 4 p. in-f».
1. Première menliou faite par Selve de rexpédition maritime dont les Guise veaaient de faire décider Tenvoi au secours des troupes écossaises qui faisaient le siège du château de Saint-André, et dont il avait été certainement averti par le roi dans une des dépêches qui manquent à cette correspondance. La flotte française comprenait 10 galères sous le commandement du nouveau lieutenant général qui venait de succéder au baron de la Garde, compromis dans l'affaire des Vaudois et destitué de sa charge le mois précédent. C'était Léon Strozzi, frère du maréchal, désigné sous le nom de Prieur de Capoue, bénélice dont il était titulaire, dont Brantôme a écrit la vie, « le plus grand capitaine de mer de son temps » {Vie des grands capitaines françois). On verra les détails que Selve donne au fur et à mesure sur î^on passage en Ecosse. Le château de Saint-André fut pris le 30 juillet : John Knox et ses compagnons, faits prisonniers, furent gardés sur les galères de Strozzi.
[juillet 1547] M. DE SELVE 159
SELVE AU CONNÉTABLE
183. — Londres, 7 juillet, — Selve a reçu la veille la dépèche du con- préparaUfo nétable en date du 3. « L'on feist hyer à Grenvys la monstre des gentis- ^® guerre, hommes de la maison du roy d'Angleterre où il n'y avoyt paz grande compaignie ainsy que j'ay entendu d'aulcuns quy disent y avoyr esté préscntz et qu'il n'y avoyt pas plus de cent cinq ou six chevaulx. L'on dict que par les villaiges et paroisses de ce pays se feront aussy monstres des gentz de pied qui se pourront trouver pour faire service, dont Ton faict icy publier le nombre jusques à trente mil que l'on faict bruict de voulloyr envoyer en Escosse, mais aulcuns quy doibvent sçavoyr quelque chose des forces d'îcy et qui en parlent avec quelques argumentz apparentz asseurent que ce seroyt beaucoup faict sy l'on pouvoy t à présent lever en ce pays la tierce partie de ce nombre de genlz de guerre et de service, quy faict croyre que quelque menace qu'ilz facent ilz ne feront paz sy tost entreprinse ny du costé d'Escosse ny ailleurs, sy ce n'est pour deffendre et par contraincte.
« L'ambassadeur d'Escosse m'a cez jours mandé que le gouverneur Toar de avoyt rompu l'entreprinse de la tour de Langoume à cause du maulvais '-*°fif^®'°"temps qu'il faict audict pays. Toutesfoys, Monseigneur, m'en voulant plus avant enquérir de luy j'ay trouvé qu'il n'en a eu ne veu aulcunes lettres et n'en sçayt rien que par ouy dire, quy faict que je ne vous en puis aultre chose asseurer. L'on m'a dict au surplus, Monseigneur, pour chose vraye que ung couronnel des italyens du feu roy d'Angleterre nommé Agnolo Mariano et certains aultres cappitaines quy estoint icy sont licentiés et renvoyés en leurs pays, mais j'entendz que c'est après leur avoyr payé et avancé ugne année de leurs pensions et les avoyr instruits des levées et aultres services que l'on entend qu'ilz facent pour ce roy en Italye s'il en est besoing. »
Le protecteur a encore prié Selve d'écrire au roi pour la délivrance des prisonniers anglais, qu'il dit avoir été accordée par M. de la Garde en échange de la galère du baron de Saint-Blancard et de son équipage : Selve ajoute qu'il y a un mois il a pu faire délivrer cinq ou six français gardés comme prisonniers de guerre.
« De Londres, ce vif* juillet vxLVii. »
Vol. 6, r> 196 v% copie du xvi» siècle, 1 p. 1/2 in-fo.
SELVE AU ROI
184. — Londres, i i juillet. — Selve a été mandé cette après-dînée NégociaiioM. auprès du protecteur, qui lui a fait énoncer de nouveau les questions dont il avait déjà été parlé entre eux, à savoir le passage de commis-
saires anglais en France pour régler les différends relatifs aux limites et fortifications du Boulonnais; la nomination de personnages neutres pour régler la question du reliquat des 500 000 écus ; enfln la nomination de députés spéciaux pour fixer les réparations mutuelles entre anglais et écossais et assurer le maintien de la compréhensioa des écossais dans le traité de paix.
Sur le premier point, le protecteur a objecté la jeunesse du nouveau roi d'Angleterre, qui, une fois parvenu à Fâge de gouverner, pourrait trouver mauvais que Ton eût conduit les affaires de son royaume avec aussi peu de considération, inconvénient qui n'existerait pas du côté da roi de France, s'il voulait nommer le premier ses députés et les envoyer en Angleterre; mais, s'il convenait au roi d'envoyer simplement ses députés sur les confins, le roi d'Angleterre enverrait immédiatement les siens. — Quant au reliquat des 500 000 écus, il a proposé que ces mêmes députés nommés de part et d'autre eussent pouvoir de trancher la question, ou que, s'ils ne tombaient pas d'accord, on eût recours à des personnages neutres. Touchant la question des écossais, il s'est déclaré prêt à nommer des délégués spéciaux chargés de régler les réparations, dès que le consentement de l'empereur à cette mesure Jui serait arrivé, désignant d'avance l'évèque de Durham, que le roi a pu connaître en France quand il y vint avec l'amiral d'Angleterre * : Tempereur pourra avoir donné réponse dans six ou sept jours.
Selve a répliqué que pour sa part il ne voyait pas que l'honneur du jeune roi d'Angleterre pût être lésé parce que les commissaires anglais qu'on trouvait bien d'envoyer sur les confins pousseraient leur voyage jusqu'à la cour de France, et qu'il craignait fort que ces difficultés ne fissent croire au roi que l'on voulait seulement retarder la fin du différend. Il a insisté aussi sur les fortifications de Boulogne, que les anglais continuent si activement et qui ne prouvent pas le dessein de restituer la ville et son territoire à l'époque fixée par les traités. Finalement le protecteur a déclaré que le conseil se refuserait formellement à envoyer des commissaires ailleurs que sur les confins, mais que ceux qu'il députerait seraient les personnages les plus conciliants possibles.
Voyant qu'il n'en pouvait tirer autre chose, Selve l'a prié de faire
avertir le roi par l'ambassadeur d'Angleterre en France, ce qu'il a pro-
p,,^^ mis de faire. « Et après. Sire, m'a dict qu'il estoyt certainement adverty
des galères que le gouvemeur d'Escosse se debvoyt dès le X ou XI® de ce moys trou-
OD Eoosse. ver avec ugne fort grosse armée preste pour venir faire ugne entreprinse
dans ce pays où il avoyt donné ordre qu'il seroyt bien recueilly et vous
prioyt de n'en estre poinct marry comme la raison ne voulloyt que vous
feussiez... Et là dessus m'a dict qu'il trouvoyt toutesfoys bien estrange
1. Cuthbert Tunstall, évèque de Durham, Tun des trois ambassadeurs extraordinaires envoyés avec Dudley en France pour échanger les ratiûcations du traité d'Ardres, Tannée précédente.
[juillet 1547] M. DE SELVE 161
que voz gaJIayres estoint passées par delà et ne sçavoyt sy c'estoyt pour favoriser ou faire faire ladicte entreprinse aulx escossoys et qu'il estoyt bien certain qu'elles estoint allées audict Escosse, car de là mesmes le luy avoit l'on escript et mandé sy tost que Combatz y avoyt esté arrivé, me disant qu'il me vouUoyt confesser vérité et qu'il estoyt plus certainement adverty de jour en jour des nouvelles dudict pays d'Escosse que je ne cuydoys. Je l'ay asseuré, Sire, que vos gallayres ne feroint auicun dommaige aulx angloys... Ce propoz finy, Sire, m'a dict que dans XVIII ou XX jours y avoyt ugne foyre à Fyennez où il craignoit à cause du différend des lymittes du Boullenoys et de Guisnes qu'il n'y eust quelque scandalle et débat de voz gentz et de ceulx du roy d'Angleterre et que vostre cappitaine d'Ardres y pourroyt envoyer quelque numbre de genlz et que le semblable pourroyt estre faict par lez cappitaines du roy d'Angleterre, et que pour éviter cest inconvénient le meilleur seroyt sy vous le trou vies bon, Sire, de deffendre pour ceste foys que personne de voz subjeclz ne se trouve à ceste foyre et que le roy d'Angleterre fera de mesmes. En oultre, Sire, ledict protecteur s'est plainct d'aulcuns françoys qu'il dict estre venuz et arrivés en ung port de ce royaulme où ilz ont employé et faict courir parmy les subjectz de ce pays plusieurs escus faulx n'estantz que d'argent ou letton doré dont il m'en a monstre ung quy porte le coing et impression telz que les derniers escus battus en vostre royaulme durant la vie du feu roy, me demandant, Sire, ledict protecteur qu'il avoyt à faire là dessus. A quoy. Sire, je luy ay respondu qu'il feist faire ugne bonne information de ce qu'il disoy t, et sy par icelle il trouvoyt auicun de voz subjetz chargé qui feust en ce pays, qu'il le feist prendre prisonnier et vous l'envoyast avec ses charges et informations et que vous le fériés pugnir comme il mériteroyt et en fériés faire bonne et rigoreuse justice ainsy que de tout temps l'on faict de tous crimes en vostre royaulme et principalement du crime de faulce monnoye... »
« De Londres y ce xi^* juillet v^xlyii. »
Vol. 6, V* 197 vo, copie du xvi« siècle, 7 p. 1/2 in-f*.
SELVE AU CONNÉTABLE
185. — LondreSj 1 i juillet. — « Monseigneur,... l'on est en très grande pa„age souspesson du voyage des gallayres lesquelles Ton pense estre allés en <îe« iraières Escosse pour lever la petite royne et la porter en France. Et à ce que je en éco8s«. puys entendre l'on a prins délibération de faire secrettement et diligemment armer et esquipper tous les navires de ce roy pour les mectre en mer affin de guetter au retour lesdictes gallayres et leur courir sus sy caz estoyt qu'elles eussent enlevé ladicte royne, auquel caz il s'estime qu'iiz sont résolus se bazarder au combat, et s'ilz voyent que lesdictes gallayres s'en retournent comme elles sont venues l'on pense qu'il ne leur sera rien Anglbterrb. — 45i6-1540. 11
.gj NÉGOCIATIONS DE [JUILLET 1547]
à ^mAn<i<'» J^ ^^^"^y loulesfoys il ne se feroyt pas trop bon fier sy ceulx cy ^ in^uv^nli en mer voyoint quelque grand et certain adventaige. Je ne f ldr«v. Monseigneur, par tous les moyens que je pourray de tenir hvrtv lambassadeur du roy estant en Escosse de tout ce que je desni%Tir«v servant à la seureté des dictes gallayres tant durant le temps yjj^ 5oront par delà que pour leur retour. Ugne chose y a, Monsei- •iw*ur, que je ne me puis garder de souspessonner et craindi'e, pensant 4111 nulurel de cez gentz icy et aux intelligences qu'ilz ont eu Escosse, owH« son>int bien gentz de chercher s'il esloyt possible par practicques Jo f«ire faire quelque dommaige ausdictes gallayres par les escossoys ni^'^nies en leur y mectant quelque sinistre oppinion en fantaisie. El sy no »v^y ^y '^ gouverneur seroyt poinct susceptible de quelque maulvayse impression, attendu le désir qu'il a du mariage de la royne avec son Clz ol lo peu d*envye qu'il a à mon jugement que Ton vienne à bout du oha»teau de Sainct-Ândré où luy mesmes n*a sceu ou voullu rien faire. Tour le moins croys-je qu'il seroyt très marry qu'il vînt en puissance et on main de la royne, et aultant, ce semble, doibt craindre la royne qu'il sovt entre les mains du gouverneur quy tient desjà presque toutes les principales [places] fortes du pays dans lesquelles il tient ses parents ou alliés, en sorte que ayant encores ceste cy sa puissance seroyt bien à oraindre à ladicte dame, Quy sont argumentz, Monseigneur, pour craindre qu'il se perde pour telles occasions à faire quelque chose de bon nudict chasteau de Sainct-André, ce que je crains encores d'aultant plus que il semble que le gouverneur divertissant sez forces d'ung aultre costé . ^ n'y veuille pas entendre à bon escient. Et ne puys croyre que ceulx quy ^tii«MM. le persuadent et conseillent de précipiter tellement et sy hors de temps et de propoz ceste entreprinse de la Tour de Langoume ne soint genlz quy vouldroint par adventure bien avoyr mictz entre mains aulx angloys ugne belle occasion de bien faire leurs besoignes en ce pays-là. De faict, Monseigneur, j'entendz que les angloys y envoyent et y ont desjà bon nombre de gentz, et y doibvent aller, ce dict l'on, le conte de Vuarvych *, le conte d'Arby ' et milord Talebot ^ et aultres sieurs dont ceulx-là sont les principaulx. Et estiment aulcuns que les angloys ne se hasteront pas fort d'obvier à ceste entreprinse et qu'ilz la laisseront faire, sçaichant que la façon des escossoys est de se rumpre et séparer incontinent qu'ilz ont esté troys sepmaines en campaigne, au moyen de quoy, sy tost qu'ilz se seront retyrés, lesdictz angloys s'essayeront de faire quelque soubdain et grand effort et d'entrer dans le pays le plus avant qu'ilz pourront et prendre leur revenche.
« Monseigneur, avant hyer après disner l'ambassadeur de l'empereur fust seul et estroictement plus de troys heures avec monsieur le protec-
1. Sir John Dudiey, comte de Warwick, grand chambellan d'Angleterre.