Francis, lord Talbot, huitième comte de Shrewsbury
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leur, dont il est mal aysé de sçavoir la cause. Ce matin, lediet sieur protecteur a mandé quérir Tambassadeur d'Escosse, et croy que c'est pour Fadvertyr de la response qu'il me fict hyer touchant le faict des escossoys^ laquelle il me déclaira vouUoyr faire entendre audict ambassadeur. Sy je puis aultre chose entendre de ceste audience, je ne fauldray, Monseigneur, à vous le mander incontinent. »
(c Monseigneur, etc. »
« De Londres^ ce x/i'^* Juillet vxLvn. »
Vol. 6, fo 20i, copie du xvi« siècle, 2 p. 4/2 in-P.
SELVE AU ROI
186. — Londres^ i 4 juillet. — Le roi d'Angleterre est depuis une semaine à Hamptoncourt, et le protecteur, depuis hier, dans une de ses résidences entre Londres et Hamptoncourt. Selve lui a envoyé demander, la veille dans la soirée, dé diminuer la rançon d'un français nommé Saint-Ouen, de Blois, capitaine d'arquebuziers sous M. de Lorges ^ et fait prisonnier pendant la dernière guerre d'Ecosse. Le protecteur s'est vive- pamge ment plaint à l'envoyé de l'ambassadeur d'un fait qui venait de se passer ^®" gaièm dans le Nord. « Mardy dernier le seigneur prieur de Gapua • avoyt faict en Ecosse, mectre en terre quelques ungs de sez gentz pour prendre de l'eaue, desquelz par fortune avoyt esté retenu deux par les angloys, à raison de quoy lediet seigneur prieur avoyt requis que l'on envoyast deux gentishommes pour parlementer avec luy dans les gallayres et qu'il en envoyeroyt deux aultres en terre, à quoy les angloys s'estoint accordés et avoint envoyé vers lay deux gentilshommes d'estoffe et de qualité ayant bien de quoy, et luy en eschange avoyt envoyé des gentz de basse et ville condition qu'il avoyt faictz bien vestir comme il est vray semblable, car soubdain qu'il avoit tenuz les angloys il avoyt levé l'ancre et faict voyle et s'en estoyt allé ayant mandé aux françoys qu'ils s'assurassent que tel traictement qu'il leur seroyt fait seroit fait aulx autres. » Le protecteur s'est plaint très vivement de cet attentat. Selve a préféré laisser la plainte aller jusqu'au roi avant de réfîiter Targument du protecteur que la première injure fût venue des gens du roi.
L'entretien que le protecteur a eu il y a deux jours avec l'ambassadeur Négoeiations d'Ecosse a été conforme à ceux que Selve a déjà eus avec lui. Le protecteur a seulement parlé de l'archevêque d'York au lieu de l'évêque de Durham, comme député à nommer', et a terminé l'audience par un long
1. Jacques de Montgommery, seigneur de Lorges, capitaine de la garde écossaise de François I«% mort en 1562, commandant des trcvupes françaises envoyées en Ecosse pendant la dernière guerre.
2. Léon Strozzi, général des galères de France, successeur du baron de la Garde, désigné sous le nom de prieur de Capoue, bénéfice dont il était titulaire.
3. Robert Holgate, archevêque d'York, et Cuthbert Tunstall, avaient été tous les deux présidents du Conseil du Nord en 1538 et 1537.
discours sur la présence en Ecosse des galères du roi, disant à l'ambassadeur d'Ecosse d'avertir le gouverneur des projets d'enlèvement de la reine. Cette conversation a été rapportée à Selve, non par Tambassadeur, mais par un écossais auquel celui-ci en avait fait le récit.
« Au surplus, Sire, vous plaira entendre qu'ilz fonticy armer et esquipper à grande diligence tous les grandz navyres de guerre de ce roy, quy sont la plus part et les principaulx comme j'entendz le long et en la bouche de ceste rivière et prennent mariniers partout, dont j*entendz qu'ilz ont grande faulte. Et est Toppinion de plusieurs qu'ilz tiendront ugne armée de mer preste pour le retour desdictes gallayres à Arrvich près de Gerraut quy est le lieu où ilz atlendoint dernièrement les navires d'Escosse lors qu'ilz prindrent le Grand Lyon et deux aullres navyres escossoys, ou bien à l'entrée de ceste rivière affin de les trouver au Paz de Calays. Et en summe feront tant s'ilz peuvent qu'ilz seront en lieu où ilz seront bien advertys de la routte que tiendront lesdictes gallayres pour avoyr adventaige s'il leur est possible de gaigner le vent les premiers affin d'avoyr le prendre ou le laisser. De moy, Sire, je me doubte que s'ilz pouvoint gagner ce poinct il ne se fauldroit pas trop asseurer de leur foy, car leur façon est de ne laisser jamais prendre ung adventaige quand ilz le trouvent, soyt à droict soyt à tort, et quand ilz ont esté les plus fortz leur semble qu'ilz feront tousjours leur cause bonne en se plaignant les premiers et disant qu'ilz ont esté assaillys et qu'ilz ne se sont que deffenduz. Encores y a icy ung bruict de quelques ungs quy disent que ceulx cy attiltreront du costé de Flandres et de leurs navires et de ceulx des flamentz, affin que lesdictes gallayres à leur retour cuydant éviter les ungs tombent entre mains aulx aultres et se trouvent circonvenuz des deux coslés. Par terre, Sire, ilz se tiennent résoluz d'avoyr guerre avec les escossoys, ainsi que l'on peut évidemment juger par les gentz de guerre qu'ilz lèvent par tout et aultres préparatifz qu'ilz font à grande diligence, et m'ont dit aulcuns qu'ilz envoyent milord Grey audict Escosse et quelque aullre en son lieu pour estre gouverneur de Boulloigne en son absence... »
« De Londres^ cejeudy xim^* juillet v^xlvji, »
Vol. 6, fo 202 v% copie du xvi« siècle, 3 p. 3/4 in-fo.
SELVE AU CONNÉTABLE
187. — Londres, 14 juillet. — Les anglais ont signifié aux capitaines italiens qui sont dans le royaume de prendre du service contre les écossais, ce que les uns ont accordé et les autres refusé. Le soir précédent, l'un d'eux est venu trouver Selve. Il se nomme Hieronymo Onardo, de Bergame,et a été longtemps au service de Venise d'où il vient de passer à celui de l'Angleterre. Ce personnage a dit que les anglais avaient fait
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remettre à chacun de ces capitaines un an de gages et que lui pour sa part avait reçu 400 écus qu'il n* avait voulu accepter que comme remboursement de solde antérieure. Il a fait en outre entendre qu'il était instruit des menées des anglais en Italie et que, quand il plairait au roi de l'employer, il se tenait à son service, ce dont Selve a promis d'avertir le roi. Il se trouve également ici un marquis Pallavicini, un autre Italien nommé Morgat, un Français nommé Jean Ribauld, « le plus entendu qui soit pour ceste heure en ce pays au faict de la marine », et plusieurs capitaines italiens, qui ne demanderaient qu'à changer de maître.
(( Monseigneur, je vous puis certifier que ces jours icy a esté mictz en préparatif» la Tour de ceste ville la valleur de plus de IlIPtonneaulxde finsalpestre **® e^^rte. venant d'Envers par le moyen d'ung marchant florentin de ceste ville nommé Gavalcanti quy dict l'avoyr tiré avec bonne licence, et que je ne puys croyre attendre la jalouzie que tous princes ont commumément de la traicte de telle marchandize hors de leurs pays, et sy ainsy estoyt il sembleroyt y avoyr apparence de prendre cette gratiffîcation pour signe de grande amylié. Quelcun m'a dict ne sçavoyr paz la quantité de tonneaulx, mais avoyr ouy dire d'ung officier de ce roy qu*ilz appellent clerc des ordonnances que l'on avoyt faict Tachapt de mil miliers à raison de XX livres esterlin pour milier, quy vallent quatre vingtz escus, et partant reviendront les mille millyers à IIII" escus quy ne payent paz contentz comme j'entendz, mais pour l'attente et interest Ton donne quelque chose davantaige au marchant. Voylà, Monseigneur, tout ce que j'en ay peu dfiscouvrir. Quoy que ce soyt, je vous puis asseurer qu'il en est arryvé ugne bien grande quantité, et sy dict l'on qu'il en doibt encores venyr sans celluy quy se faict icy dont j'ay ouy dire qu'ilz ont trouvé, la mode depuis peu de faire grande quantité.
« Au surplus, Monseigneur, pour ne vous rien celer de chose que j'aye ouye, ung de mes gentzm'a dict que estant allé n'a paz longtemps porter le pacquet du roy jusques à Neufchastel il se trouva présent que le maistre de la poste de Boulioigne [quy] devisoyt avec ung courryer françoys quy se tient en ceste ville luy jecta ceste parolle entre aultres que les angloys n'avoint pas grande peur de la guerre du costé de delà et qu'elle ne dureroyt jamays quinze jours qu'ilz ne tinssent le fort à leur commandement, usant de ces propres termes qu'ilz s'en tenoint asscurés et qu'ilz en avoint desjà la clef, qui ne sont à mon advis que menasses de taverne dictes après avoyr bien beu par ung homme de nulle foy et estime, lesquelles toutesfoys. Monseigneur, et aultres semblables, quand je les entendray vous ne trouvrez s'il vous plaist poinct maulvays que je vous mande par ma descharge... »
« De Londres^ ce xiii^* juillet v xlvii, »
Vol. 6, fo 204, copie du xvi« siècle, 3 p. 1/2 in-P.
166 NÉGOCIATIONS DE TiUlLLET lb47l
SELVË AU ROI.
188. — Londres, i 6 juillet, — Selve a été averti cette nuit que le sieur de Courtery, envoyé au roi par Tambassadeur de France en Ecosse, avait été arrêté à Douvres, malgré le passeport que Selve lui avait fait obtenir. Selve en a fait plainte dès ce matin au protecteur^ qui lui a envoyé une lettre adressée au maire de Douvres et portant ordre de laisser le courrier continuer sa route. En somme, il faut que tous les courriers d'Ecosse attendent à Londres penda^nt deux ou trois jours le passeport du conseil privé, tandis que les anglais vont et viennent librement en France. Journellement, en outre, les marchands français sont pillés, et le protecteur, à toutes les réclamations, oppose défaites sur défaites, renvoyant les plaignants plaider devant la cour de l'Amirauté d*Angleterre, où on leur refuse justice. Les anglais, par contre, retirent sans cesse tous leurs biens du royaume de France, par le conseil de l'ambassadeur d'Angleterre, dit-on.
pj^^^^^^ « Sire, ledict protecteur me vient aussy de mander que le seigneur des galères prieur de Capoue avec la réaile et ung brigantin avoyt entré et tournoyé ^^taone. ^^"^ ^® P^^^ ^^ Tyncmut * lequel Ton leur avoyt veu sonder, et qu'il ne sçavoyt à quelle fin cela se faisoyt, mais qu'il luy sembloyt pubque vous n'envoyés lesdictes gallayres pour aulcune chose entreprendre contre les angloys que vous debviés advertir le roy d'Angleterre de leur venue et passage. Quoi qu'il y aist, Sire, ilz font icy grande diligence de faire armée sur mer, et par terre du costé d'Escosse se préparent et eavoyent grand nombre de gentz. Et m'a esté dit pour chose vraye qu'en cesle seulle rivyère s'arment XVIII grandz navires de guerre et prent Ion mariniers par tout, et oultre voyt l'on icy rabiller vieulr pavillons et tentes et en faire d'aultres à grande haste. Quy est, Sire, tout ce que j'ay à vous dire sinon que j'entendz pour certain qu'il y a icy nouvelles de l'arrivée de voz gallayres en Escosse ce qui est assés croyable au beau temps qu'elles ont eu.
« De Londres, ce xvi«» juillet v^xlvii. »
Vol. 6, r» 206, copie du xvp siècle, 2 p. in-P.
SELVE AU CONNÉTABLE
189. — LondreSy i 6 juillet. — Selve envoie un porteur à Douvres pour remettre au maire la lettre du protecteur destinée à faire partir le sieur de Courtery.
« De Londres, le xyi^* juillet v^xlvii. » i. Tynemouth.
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« Je viens d'entendre, Monseigneur, qu'il est cejourd'huy party d'icy ung messager envoyé par ung marchant angloys de ceste ville nommé Kaphil vers ung marchant de Rouen facteur dudict Raphil nommé Berthelemy Lesselin pour trouver moyen de retirer diligemment de delà plusieurs marchandizes appartenantes audict Raphil, ensemble donner advertissementz à tous aultres marchantz angloys de faire le semblable, et sy m'a esté dict que ledict Lesselin faict bien ce plaisir audict Angloys de luy prester son nom pour luy saulver son bien. »
Vol. 6, P 207, copie du xvi« siècle, i/2 p. in-f».
SELVB A H. DE LA BOCHEPOT.
190. — Londres^ i 6 juillet. — Selve demande à M. de la Rochepot ses instructions sur la manière de correspondre avec lui, n'ayant pas de chiffre à cet effet.
« De Londres j ce xvi'^* juillet vxlvii. »
Vol. (), r> 207, copie du xvi« siècle, 1/2 p. in-f».
SELVE AU ROI
191. — Londres^ 22 juillet, — Selve rappelle au roi qu'il lui a écrit les li, 14 et 16, et l'avise qu'il a reçu ce jour même la dépêche du roi en date du 17.
Le protecteur, revenu la veille de Shyness à Londres, a fait très froid accueil h l'envoyé de Selve, qui l'entretenait des affaires des marchands français, et ne lui a répondu que par des plaintes sur l'aide accordée aux écossais. Ce matin il a fait encore réponse plus disgracieuse au dépôt d'un mémoire relatif aux doléances des marchands, que Selve lui faisait remettre et dont il envoie copie au roi. L'ambassadeur de l'empereur venait d'avoir de lui une longue audience.
« Sire, les préparatifz se font merveilleusement grandz par deçà et à préparatifs extrême diligence contre les escossoys et par mer et par terre, mais plus ^^ «raerre. aysément se découvrent icy les apparencez de Tappareil de mer, car celuy de terre se faict loing vers la frontière d'Escosse et sy se faict fort socrettement. Sy tient l'on pour certain qu'il est grand et que ceulx cy NouTeiiea ont résolu de ne rien obméctre de leur pouvoyr pour faire quelque grand d'Ecosse, et soubdain exploict dans ledict pays d'Escosse, ayantz eu nouvelles «îomme il m'a esté dict que les escossoys sont en armes en nombre de plus de XXX mil hommes et qu'ilzont desjà prins et razé la tour de Langome et couru dedans ce pays bien avant, au moyen de quoy, Sire, s*estima que pour le plus tard au commencement du prochain moys les angloys se trouveront en aussy grand numbre pour le moins sur la frontière dudict Escosse où le conte de Vuarvich s'en va comme l'on dict dans
deux jours. Et se lient qu'aussy lost ou plus sera preste leur armée de mer, combien que quelcun quy en debvroyt sçavoyr des nouvelles a dict qu'il iroyt bien encores XV jours avant qu'elle feust en poinct. Plusieurs disent qu'elle sera aussy grande que le feu roy d'Angleterre en aye poinct miclz sur mer durant cez dernières guerres, et aultres tiennent qu'il est impossible et que en tout ce pays Ton ne sçauroyt finer des mariniers quy y seroint nécessayres. En summe, Sire, la plus commune et apparente oppinion est qu'il y aura XXVIIl ou XXX grandz navyres de guerre les mieulx armez et ecquippez qu'ilz pourront et envyron XVIII ou XX de ces petitz vaisseaulx en fasson de brigantins dont ilz usent en ce pays qu'ilz appellent espinasses, et d'aultres navires le plus qu'ilz pourront pour servir de numbre et de parade et aussy pour porter vivres et munitions dont l'armée de terre puisse estre secoureue quand elle sera dans le pays d'Escosse. Et m'ont dict aulcuns, Sire, que le dessaing desdicts angloys est de faire marcher droict au Petit Leich * leur armée de terre, faisant quand et quand tyrer l'armée de mer audict lieu, de laquelle les navires de vivres et munitions s'esloigneront de la coste le moins qu'ili pourront pour le secours de l'armée de terre, mais les vaisseaulx de guerre se jecteront plus avant en mer vers Sainct-André pour y rencontrer voz gallayres s'ils peuvent à leur adventaige, et s'ilz voyent n'y faire pas bon pour eulx se retireront droict audict lieu du Petit Leich lequel ilz feront leur effort et par mer et par terre de prendre et l'ayant prins de le fortiffîer le plus diligemment qu'ilz pourront pour y avoyr ung pied ferme pour l'advenir. Aultres sont d'oppinion. Sire, que la principalle fin d'avoyr mictz suz ceste armée de mer est pour rencontrer et ruyner voz gallayres sy faire se peust et que pour parvenir à ceste fin lesdictz navyres angloys guecteront leur retour auprès de Barvich envyron Holyland *, ou auprès de Germut à Arrvich ou Hul ', ou bien en la bouche de ceste rivyère au Paz-de-Calais. Et pour ce. Sire, que vos dictes gallayres pourroint bien à leur retour faire aultre chemin qu'elles n'ont faict à l'aller et s'en retourner par le costé du Ouest, seroyt assés croyable sy ceulx cy ont sy grande envye de les trouver qu'ilz iront jusques là où elles sont maintenant ou bien qu'ellez tiendront quelque partie de leur armée de mer dudict costé du Ouest. Quoy qu'il y aist, le bruict et voix du commun est que l'on va droict contre les gallayres, et ceulx quy peuvent sentir je ne sçay quoy de ce qui s'en dict entre les grandz concordent assés à cela. De moy. Sire, pour quelque fin que ceulx cy facent ladicle armée je croy fermement que s'ilz leur peuvent nuyre qu'ilz le feront, car leur voyage leur desplaist infiniment et les craignent en sorte qu'il leur semble que par là doibt advenir la ruyne de ce pays et que
1. Leitb, le port d'Edimbourg, continuellement désigné par ce terme dans la suite de cette correspondance, comme Edimbourg par celui de Lislcbourg.