Edmond Boner, évéque de Londres
[octobre 1547] M. DE SELYE 211
avec ugne graDdedesrision, de quoy je croy quelque chose comme Ton dye qu*ilz avoint très bonne et générale commission et que leur exécution eust passé oultre sy Ton n'y eust trouvé quelque contradiction, pour à laquelle obvier je me doubte que Ton s'estoyt réservé le refuge de ceste belle et subtile distinction et différence entre les sainctz ausquelz Ton offre chandelles et ceulx ausquelz ne s'en offre poinct. Mais je suys seur que sy le protecteur a voix en chappitre tout sera bien tost d'ugne livrée. Il ne s'allègue aultre cause que Ton sçaiche de T emprisonnement dudict évesque de Winchestre, sinon qu'il a reffuzé d'escripre ou soubscripre en approbation de ceste abolition d'images et de telles aultres belles et nouvelles ré formations que ceulx cy ont faictes naguères ^ »
« De Londres^ ce 21^^ septembre i 547. »
Vol. 7, P 51 v<», copie du xvi« siècle, 1 p. 3/4 in-P.
234. — Londres, /" octobre. — Selve a reçu à la fois, il y a trois jours, les deux dépêches du roi en date du 20 et du 21. Audience lui a été £issignée pour le lendemain à Hamptoncourt.
« Sire, je vous faictz ceste depesche pour continuer à vous tenir Guerre d'heure à aultre adverty de tout ce que je puis icy apprendre tant des ^'Ecosse. affayres d'Escosse que de tous aultres, combien que desdictes choses d'Ëscosse est quasy impossible de rien entendre icy que par les mains de ceulx de deçà quy me sont fort suspectz en ceste matière en laquelle je me doubte tousjours qu'ilz donnent du vert pour du sec. Car ilz ne faillent poinct de mectre encores à présent l'adventaige de leur costé comme ilz ont faict dès le commencement, et disent que le protecteur a bruslé le Petit Leich et qu'il fortiffle là autour et en quelques aultres lieux à grande diligence, qu'il a prins plusieurs chasteaulx et places fortes dans le pays et entre autres le chasteau de Humes ' avec le seigneur et la dame dudict lieu ^, que le vice admirai d'Escosse s'est venu rendre audict protecteur avec quinze ou seize navires escossoys bien esquippés et que ugne bonne partie d'escossoys de la part du Ouest se sont aussy venuz présenter et offrir à luy, et que luy et son armée ont esté aydés et secouruz des habitans de la ville de Lislebourg tant de vivres que de toutes aultres choses à raison desquelles gratieusetés il s'est abstenu de leur user aulcune hostilité et de leur faire dommaige. Et disent aulcuns qu'il s'en revient dans peu de jours laissant par delà le conte de War-
1. Allasion aax discussions religieuses de Gardyner avec Thomas Cranmer, arche- Tèqiie de Canterbury, qui devaient se terminer par sa déposition.
2. Home Castle, dans le Berwickshire, sur la frontière anglaise. (Ci-dessous^ 20 oct.)
3. George, quatrième lord Home et sa femme, ou bien sir John Hamilton, fils natarel du comte d'Arran, et Alison Home sa femme, fille et héritière d'Alexandre, troisième lord Home et frère de George.
vich avec bon nombre de genlz pour faire continuer les fortifïicatioD» encommencées et conserver les places et pays conquis pour recommencer de plus belle à la primevère, et que son retour par deçà est affin dassembler les Estatz de ce royaulme qu'ilz appellent icy Parlement pour adviser aulx affaires d'icelluy et mesmement au faict de la guerre contre vous, car se dict icy publicqueraent et résolument que vous, Sire, estes délibéré de la mouvoyr et déclairer ouvertement aulx angloys. Voylà, Sire, les nouvelles qui sont en la bouche de la plus part de ceulx de ce pays. De quelques aultres endroictz, Sire, desquels j'ay souvent tiré advertissementz véritables, j'entends que le vice admirai d'Escosse, estant venu devers le protecteur soubz umbre de luy rendre ung certain port et plusieurs des principaulx navires escossoys quy estoienl en icelluy, a sy bien sceu jouer son personnaige qu'il a persuadé ledict protecteur d'envoyer par mer bon nombre de navires audîct port, et luy s'en est allé par terre faignant de s'aller mectre dans ung chasteau et place forte quy domine sur ledict port affin de la mectre en main des angloys à leur arrivée, lesquelz pour conclusion. Sire, estantz en ce havre, ont esté tellement recueillis et dudict chasteau et des navires escossoys quy expressément les attendoint à leur advantaige qu'ilz ne cuydèrent jamais assés à temps trouver moyen de s'oster de là où il est demeuré six desdictz navires angloys prins ou enfondrés en mer par les escossoys, et que de ceste venue le protecteur infiniment indigné pour se venger a faict ce qu'il a peu et n'a sceu piz faire que de mectre le feu audict Petit Leich auquel ou au tour duquel disent que le vice admirai d'Escosse ou quelques ungs de sez parenlz avoint maisons et qu'encores ledict feu n'a brusié que certaines maisons dudict Petit Leich et non paz toutes. Et de ce mesme endroict m'est confirmé pour vray, Sire, ce que je vous ay par cy devant mandé d'ugne tierce rencontre quy avoyt esté en Escosse où les angloys avoint receu grande perte de gentz, et qu'aulx précédentes s'en fault beaucoup que les escossoys n'ayent receu ledommaige dont ceulx cy ont faict la feste, de quoy. Sire, je ne me puys garder quant à moy de croyre quelque chose, voyant que l'on a icy levé des gentz pour y envoyer à sy grande diligence et que de ces deux M prisonniers escossoys que l'on a icy preschés n'en a esté mené paz ung par deçà pour servir au moins de quelque enseigne au peuple de ceste grande desconfiture, chose qui se debvoyt faire ce me semble, attendu mesmement que ces deux mil prisonniers ne peuvent servir en l'armée angloise que de consumer vivres et occupper beaulcoup de gentz à les garder comme il en est besoing les tenant dans leur pays où ilz pourpoint plus tost estre rescoux ou faire quelque machination pour évader qu'estantz par deçà. Et puis, Sire, voyant que le gentilhomme que j'ay envoyé par delà pour porter vostre pacquet est arresté comme il doibt estre puisqu'il n'est revenu, je ne puys croyre que ce soyt signe que les nouvelles qu'il vous rapporteroyt s'il venoyt soint bonnes pour ceulx-cy.
[octobre 1847] M. DE SELVK 213
Quant au retour dudict protecteur, Sire, je ne le croys pçinct dans sy bref temps sy ainsy est que sez aiïayres ne soint poinct bien allez en Escosse, car d'estre allé là en sy grande diligence et avec tel appareil et despence pour retourner tout soubdain en arrière et ne rapporter que honte à sa maison, et avec ce beau chef d*œuvrc aller faire son entrée aux estatz et parlement de ce royaulme que Ton dict qu'il veult assembler, ce ne seroyt paz pour y estre le mieulx venu du monde. Bien est vray que s'il avoyt faict quelque exécution notable et d'importance, voyant le maulvays temps quy vient et la crainte où Ton esf que vous, Sire, veuilles entreprendre quelque chose, il pourroyt bien laisser par delà le conte de Warvich et s'en revenir. Quelque délibération qu'il ayst, je vous advise. Sire, que Ton luy envoya d'icy il n'y a paz encores troys jours diz M livres sterling qui sont XL mil escuz, et que Ton luy envoyé quelque renfort de gentz comme je vous ay par cy devant mandé, qui n*est poinct signe que Ton en aye tant seullement besoing pour fournir quelques places et pour s'en revenir, car pour cest effect ledict protecteur en auroyt assés s'il est vray qu'il aye sy peu perdu que l'on dict de ceulx qu'il y a menés.
« Sire, depuis ma dernière depesche Ton a veu fort souvent et quasy NouTeiies continuellement aulcuns des seigneurs de ce conseil aller et venir chez «™*Kn« l'ambassadeur de l'empereur qui est icy, et me suys mictz en poyne d'en voulloyr entendre la cause, mais il' est quasy impossible d'y pénétrer avec certitude. Ce que j'en a^' peu descouvrir est que j'ay sceu par homme qui l'a tiré d'ung quy a quelque accès chez ledict ambassadeur que ces seigneurs le recherchent d'avoyr permission de l'empereur de faire ugne levée et d'avoyr passaige pour XX^ lansquenetz; vray est (jue celluy qui me l'a dict ne sçayt sy c'est présentement qu'on les demande ou pour le temps nouveau. Je treuve le numbre fort grand et ne puis penser que ces gentz ayent besoing ny envye d'entrer en ugne telle despence sans grandz propoz et à ugne grande nécessité de guerre en laquelle ilz ne sont paz pour cesle heure. Bien pourroyt estre que pour la crainte où ilz sont de vous, Sire, ilz veullent s'asseurer de bonne heure des gentz qu'ilz pourroint bien avoyr et faire s'ilz en avoint besoing. L'on m'a aussy dict que pour vray au pays d'Yrlande ilz ont Nouvelles mandé de faire tenir prcstz le plus de gentz de guerre que l'on pourra irouver pour les faire passer ou icy ou en Escosse selon le besoing et les -affayres quy leur surviendronL Au demeurant, Sire, ce bruict quy s'estoyt faict que voz gallaires avoient passé le Paz-de-Calaiz et tiroint vers Escosse est refroydy et ne s'en parle plus. Quy est. Sire, tout ce -que pour cest heure je sçay digne de vous estre mandé. »
« De Londres^ ce pt^emier d'octobre v xivif. »
« Sire, Villeneufve m'a envoyé ces jours icy le mémoyre encluz en la présente, par lequel je voy qu'*!! est mal informé à tout le moins de la
d'Irltnde.
214 NÉGOCIATIONS DE [OCTOBRE 1547j
mort de Lartigue, car je 8çay certainement et long temps a que lediet Lartigue s'en allant en Ëscosse n'a poinct passé Yorch où il est mort de maladie, pauvreté et vieillesse, abbandonné de tout le monde et faisant la fm digne d'ung traytre. Sire, en fermant ceste lettre le conseil me vient d'envoyer remectre Taudience que je debvoys avoyr demain à lundy prochain qui est au lendemain. »
Vol. 7, f* 1)2 V*», copie du xvi» siècle, 4 p. in-f«.
SELVE AU CONNÉTABLE
235. — Londres j /•' octobre, — Selve informera le connétable du résultat de l'audience prochaine qu'il doit avoir au conseil, selon Tordre contenu dans la dépêche du connétable datée du 20. ce Tout présentement l'on me vient d'advertir qu'il se dict icy entre quelques marchaatz italyens que les angloys ont prins Dondy * en Escosse, qui seroyt ce me semble s'il estoyt vray, pour aller à Sainct-André. Et oultre dict l'on que le protecteur faict ugne grande forteresse sur l'entrée et la bouche du havre du Petit Leich dont je verray d'estre plus amplement informé. »
« De Londres j /-«•' octobre v xlvii. »
« Monseigneur, mon homme s'en revenant rencontra ung secrétaire de l'ambassadeur d'Angleterre vers l'empereur qui venoyt vers cez seigneui^ et menoyt ung aultre en compaignie qu'il disoyt estre marchant. Toulesfoys l'ambassadeur de Venise vient de dire à mondict homme que j'avoys envoyé vers luy qu'il estoyt venu ung homme de l'empereur quand et lediet secrétaire. Je verray d'entendre que c'est. »
Vol. 7, fo 54 v®, copie du xvp siècle, i/2 p. in-f».
SELVE AU noi.
236. — Londres, 4 octobre. — L'audience promise a eu lieu la veille après dîner, devant le conseil, à Hamptoncourt. « Je trouvé à mon arrivée », dit Selve, « l'ambassadeur du roy de Portugal quy avo}l là conduit ung gentilhomme venant de la part dudict roy son maislre vers le roi d'Angleterre auquel ilz furent menez par les seigneurs dudict conseil, m'ayant laissé pour compaignie ce pendent le chancellyer des augmentalions l'ung d'entre eux, et bien peu après s'en revindrent à moy et me menèrent avec eulx en la chambre dudict conseil. » Selve leur a fait entendre la teneur de la dépêche du roi concernant le départ des commissaires, la restitution des navires français, et la foire de Fiennes.
Il lui a été répondu que précisément l'ambassadeur d'Angleterre en
i. Dundee.
[octobre 1547] M. DE SELVE âl5
France mandait les mêmes propos, sauf une diflerence relative à la foire Frontières de Tiennes, Tambassadeur d'Angleterre disant tenir du connétable que Bonio^nai». le roi de France consentait à interdire pour celte année la foire de Fiennes parce qu'il reconnaissait que Fiennes était dans les limites contestées, et Selve assurant que l'ambassadeur d'Angleterre aurait avoué au roi de France que ladite foire était mixte entre Français et Anglais. Quant au départ des commissaires, ils ont reproché à Selve de passer sous silence la réquisition qui avait été faite aux commissaires français d'attendre l'arrivée de la réponse envoyée d'Angleterre, réponse qu'ils s'étaient refusés à attendre. A l'égard de la restitution des navires, ils ont déclaré ne pouvoir donner de réponse en l'absence du protecteur, qui d'ailleurs devait être de retour dans la semaine.
Selve leur a répliqué qu'il avait relaté l'entretien du roi de France et de l'ambassadeur d'Angleterre tel qu'il s'était passé et tel que le roi le lui avait mandé par sa dépêche du 21 ; que le récit du départ des commissaires qu'il venait de faire était exactement conforme à celui que M. de Saveuse, maître des requêtes de l'hôtel du roi, et un des commissaires anglais, avaient prononcé au conseil du roi de France, devant l'ambassadeur d'Angleterre lui-même; et qu'enûn le roi n'avait que des intentions amicales.
Aussitôt que le protecteur sera de retour, ce qui doit avoir lieu le lendemain ou le surlendemain, ainsi que Ta assuré Paget, Selve avertira le roi par le chevaucheur qu'il a retenu à cet effet. Le présent porteur l'avisera de tous les bruits semés parles anglais sur les affaires d'Ecosse. Il est à croire que les levées faites depuis la bataille seront envoyées à l'Ouest et non pas en Ecosse, comme le bruit en courait.
« De Londres, ce mardy iiif d'octobre v XLvn. »
Vol. 7, fo 55, copie du xvi« siècle, 3 p. i/4 in-f».
237. — Londres, 4 octobre. — Un secrétaire du conseil vient de lui être envoyé, très tard dans la soirée, pour l'avertir que le protecteur venait de mander qu'il approuvait le projet de libération réciproque à jour fixe des navires et marchands anglais et français arrêtés. Selve a répondu qu'il fallait que le roi d'Angleterre écrivît à son ambassadeur de traiter avec le roi de France, n'ayant pour sa part qu'à faire connaître l'intention du roi sans pouvoir pour ratifier cet accord.
u De Londres^ ce mardy wi^* octobre v xlvii. »
Vol. 7, r» 56 V®, copie du ivi» siècle, 1/2 p. in-fo.
216 ^NÉGOCIATIONS DE [OCTOBHB 1547]
SELVB AU CONNÉTABLE.
lUtUtation 238. — Londres, 4 octobre. — « Monseigneur, je parlay hyer à pari Booionnaif. ^ Pag^l de Ce que vous sçavez et luy faisant entendre de par vous ce qu'il vous a pieu me commander par voz lettres du XX"^ du passé il monstra fort de dresser Toreille et ce me sembla sur la fin aiasy que je luy disoys que ce seroyt par adventure le plus grand service qu'il sçauroyt faire à son maistre et dont il rapporleroyt le plus grand bien quil sçauroyt espérer. Après lesquelz propoz il m'asseura que le protecteur seroyt icy demain ou jeudy auquel il diroyt tous les propoz qui esloint là dessus passés entre luy et moy en son absence me priant de luy en voulloyr dire aultant et que je verroys que j'en raporteroys bonne responce. Je luy ay fainct, pour tirer plus avant de luy, d'estre en très grande craincte de vous enfoncer ce propoz plus avant ne de vous en parler sy souvent sans aullre et plus apparent fundement que des parolles quy m'en avoint esté dictes jusques icy luy disant que j'entendoys bien qu'il ne chailloyt guères à monsieur le protecteur ne à luy d'inconvénient qui m'en peust advenir pourveu qu'iiz peussent servir à leur intention, laquelle quant à moy je pensoys bonne, mais que quy vouldroict vous en faire avoyr ceste mesme oppinion il y falloyt aultres choses que parolles généralles. Sur quoy, Monseigneur, m'a dict en l'oreille qu'il seroyt aussy marry que de son propre frère qu'il m'en advint inconvénient, mais que je ne me repentiroys jamais d'avoyr faict ce que j'avoys faict et feroys en cest endroict et que je laissasse faire et dire tout ce que l'on vouldroict, mais que feust paix feust guerre il seroyt en la fin nécessayre que le roy et le roy d'Angleterre s'accordassent et feussent bons amys pour le bien et conservation de tous deux, et que tout le monde ne luy osteroyt paz ce discours de la teste. Et après tout soubdain et pour conclusion m'a faict grand serment que uncques anglois ne fust si bon françoys que luy et qu'il ne me voulloyt plus dire de parolles là-dessus, mais que je verroys les effetz et jugeroys s'ilz estoint difTérentz de sesdictes parolles ou non. Ce sont, Monseigneur, tous les propoz que j'ay eu avec ledict Paget sur cest affaire.
« Monseigneur, je me suys cnquis de plusieurs endroictz s'il y avoyt icy eu quelque ambassadeur de Polloigne comme je vous ay par cy devant mandé, et ay trouvé enfin par quelques marchantz allemantz des auslrelins qui soint icy demeurantz qu'il y en a eu ung ces jours passés quy s'en est retourné en son pays n'ayant demeuré que deux ou trop jours icy où il a esté bien losl depesché, et, combien qu'il ne se donnait tiltre d'ambassadeur et feust peu accompaigné, ce néanlmoins qu'il estoyt venu par deçà de la part du roy dudict Polloigne, Ton ne sçayt NoaveUes pourquoy. De l'homme que je vous ay dernièrement mandé estre venu d'AUemagne. ainsy que disoyt l'ambassadeur de Venise de la part de l'empereur, j'ay
[octobre 1547] M. DE SELVE 217
trouvé qu*il n'en est rien et qu'il n'est arrivé aultre que le secrétaire de 1 ambassadeur d'Angleterre vers Tempereur depesché par deçà, comme Ton estime, pour porter nouvelles de ce qui s'est peu entendre de la négotiation de monsieur de Brisac ^ Toutes aultres nouvelles, Monseigneur, je les remectray sur la sufBsance de ce porteur qui s'est bien voulentiers bazardé à faire le voyage qu'yl vient de faire pour le service du roy, du quel voyage je croy, Monseigneur, que vous trouvères qu'il s'est très bien acquitté de son debvoyr ne voullant pas oublier à vous dire, Monseigneur, qu'il en a faict l'avance à sez despens dont il vous plaira le faire rembourser.
« Monseigneur, etc.. »
« De Londres^ ce nii'^ octobre v« xlvii. »
Vol. 7, f*> î>6 V®, copie du xvi« siècle, 2 p. in-f°.
SELVE AU ROI
239. — Londres^ i 3 octobre, — M. de Gordes *, présent porteur, rendra compte au roi de la charge qui lui a été confiée et dont il s'est très prudemment acquitté.
« De Londres y ce xiip^ octobre v xlvii. »
Vol. 7, r» in v<>, copie du xvi« siècle, i/4 p. in-f».
240. — Londres, 13 octobre. — Selve n'a pas encore obtenu de réponse du protecteur sur ce que le connétable sait, et craint de mettre trop d'insistance à cette négociation, pour les raisons que M. de Gordes, présent porteur, exposera au connétable.
« De Londres, ce xiii** octobre v> xlvii. »
Vol. 7, fo 57 vo, copie du xvi« siècle, 1/2 p. in-P.
SBLVE AU CONNÉTABLE.
' 241. — Londres, i4 octobre, — Le retour de M. de Gordes ne laisse -à Selve aucune nouvelle à faire donner par le présent porteur [qu'il vient -de recevoir et qu'il renvoie immédiatement en France].
« De Londres y ce xiii'^ octobre \^ xlvii. »
Vol. 7, f» 58, copie du xvi« siècle, 1/4 p. in-f<>.
1. Ciiorles de Cessé, seigneur de Brissac, maréchal de France, alors colonel général de la cavalerie légère de France, ambassadeur de France en Allemagne.
2. N... do Simiane, baron de Gordes, sur lequel la correspondance de Selve ne /Garnit pas d'autre mention.
SELVE AU ROI
capUTité da 242. — Londres, i 8 octobre. — « Sire, depuis le parlement de mon- HunUey! ^^^^^ ^® Gordes est arrivé en ceste ville le conte de Hontelay d'Escosse *, pris par les angloys en ceste dernière bataille, lequel n*a esté mictz ne logé en la Tour ne en aulcune autre prison, mais au contraire est tralcté et caressé gratieusement et humainement aultant qu'il est possible ayant liberté d'aller et venir par tout où bon luy semble en la compaignie toutesfoys d'ung chevallyer angloys de quy il est prisonnier. J*ai faict parler à iuy pour sçavoir de sez nouvelles ung escossoys nommé maistre Jehan Hay ', quy aultresfoys a esté ambassadeur vers le feu roy vostre père et fust prins dans le navyre du Lyon (TEscosse estant depesché vers ledict feu seigneur et depuis n'a bougé d'icy ayant toutesfoys obtenu à ma requeste liberté d'aller par ceste ville après s'estre mictz à V« escus de rançon que j'ay asseuré pour luy qu'il payeroyt avant partir d'icy, au moyen de quoy il va et vient sans aulcune garde. Et pour ce, Sire, que j'avoys entendu que dimanche dernier ledict conte de Hontelay avoyt esté mandé aller à la court de ce roy, j'ay bien vouUu essayer d'entendre ce qu'il y avoyt faict par le moyen dudict Hay quy m'en est cejourd'huy venu faire le rapport ^, m'advertissant. Sire, qu'il avoyt esté visitter ledict conte de Hontelay à ung soupper auquel s'estoyt trouvé milord Guillaume, frère du duc de Norfolch, et milord Thomas, fils dadict duc, et aultres seigneurs de ce royaulme, faisant fort bonne chaire Récit de la ensemble, et qu'après le conte de Hontelay avoyt longuement devisé avec WdS^mt '"y ^ P*^^^' '"y comptant de ceste dernière bataille et de sa prinse et la comte de mcctant la faultc de cest inconvénient sur le gouverneur quy avoyt esté HanUey. j'oppinion que l'on assaillist lez angloys, et que luy n'avoyt uncques esté de cest advis, mais plus tost de se tenir dans le fort et temporiser ung peu, et que sy l'on eust faict ainsy et qu'il eust esté creu les escossoys avoint la victoyre en la main sans danger, mais que ledict gouverneur ne l'avoyt voullu croyre et luy avoyt dict loi'squ'il sembloyt qu'il eust paour, de quoy il avoyt bien voullu monstrer le contraire et y avojl esté prins avec plusieurs autres et bien quatre mil gentilshommes tués et environ deux mil d'aultres soldatz et gentz de guerre faisant en tout le numbre d'environ VP^ hommes mortz des meilleures gentz de guerre qui feussent en l'armée des escossoys laquelle n'estoyt paz comme il
1. George Gordon, quatrième comte de Iluntley, chancelier d'Ecosse depuis 1546, fait prisonnier par les anglais à la bataille de Pini<ie.
2. John Hay, dont Selve a raconté la capture, au mois de mars précédent, à bord du Lion d'Ecosse, en compagnie de Tabbé de Dryburgh.
3. Les rapports de Selve avec le comte de Huntley et John Hay deviennent désormais presque quotidiens et forment le fonds de presque toutes ses dépêches relatives aux affaires d'Ecosse. On en trouvera ce détail dans la suite de la correspondance de l'ambassadeur.
[octobre 1547] M. DE SELVE 219
dict de plus d'environ XXII ou XXIII^ hommes. Après, Sire, luy a compté plusieurs propoz que le protecteur luy tinst ledict jour de dimanche dernier, luy estant à la court de ce roy, qui sont en substance, Sire, à ce que j'en ay peu comprendre infinies belles remonstrances pour l'induyre à proumectre son service et sa fidélité à ce roy et de faire ce qu'il pourroyt pour le mariage dudict seigneur avec la royne d'Escosse, luy alléguant que combien qu'il eust prins tel pied et adventaige en peu d'heure dans le pays d'Escosse qu'il se pouvoyt asseurer.de venir à bout facillement l'esté qui vient du demeurant, au moyen de quoy il n'avoyt aulcun besoing de rechercher ne la royne ne le gouverneur ne les seigneurs du pays d'aulcun appoinctement, toutesfoys que pour préférer la paix à la guerre et afOn d'évitter la destruction de ladicte dame et du gouverneur et de ce royaulme il vouldroict bien que ilz feissent par voye gratieuse et traicte d 'appoinctement ce qu'ilz voyent bien qu'ilz seroint contraintz de faire par force de laquelle s'il failioyt user ilz ne recouvriront paz après comme ilz vouldroint les moyens ne les conditions telles qu'ilz les pouvoint avoyr à présent, et que de luy s'il voulloyt proumectre de loyaulement servir en cest effect le roy d'Angleterre de tout son pouvoyr l'on luy quicteroyt sa rançon et luy donneroyt l'on aultant et plus de bien par deçà qu'il n'en avoyt en Escosse, et que venant le roy d'Angleterre à la jouissance du royaulme d'Escosse comme il esperoyt oultre tout cela sez biens luy seroint rendus et sy seroyt faict gouverneur et lieutenant pour le roy d'Angleterre aulx pays où sesdicts biens sont assis, et sy cez traictementz ne lui sufûsoint en auroyt encores d'aultres telz qu'il vouldroit, et quant au gouverneur que s'il voulloyt tenir la main à ce mariage qu'il demeureroyt tousjours durant la minorité de la royne gouverneur du royaulme d'Escosse comme il est et oultre que l'on luy donneroyt avec le bien qu'il ha aultant de bien par deçà qu'il en ha par delà et que on le luy erigeroyt en duché en sorte qu'il demeureroyt tousjours grand luy et les siens, et que ce qu'il en disoyt n'estoit poinct pour manière de prière dont le roy d'Angleterre n'avoyt que faire d'user pour avoyr ugne chose qu'il tenoyt en la main comme ceste là, mais seullement pour la conservation et le repoz de ce pauvre royaulme dont la ruyne estoyt évidente sy ceulx mesmes du pays n'y voulloint remédier par le moyen que dessus, par ainsy que luy et les aultres seigneurs debvoint de bonne heure adviser à leurs affaires et prendre ugne bonne résolution en leur faict qui alloyt et iroyt très mal s'ilz n'y prenoint garde, et que de vous, Sire, il ne s y failioyt poinct attendre et qu'ilz voyent bien quel compte vous aviés faict et faisiés d'eulx et quel secours vous y aviés envoyé et que vous ne pensiés qu'à voz affaires quy estoint telz que l'esté qui vient vous penseriés à aultre chose qu'à envoyer secours en Escosse, et pour conclusion que sy luy et les aultres seigneurs ne voulloint entendre à quelque bon appoinctement qu'ilz s'en trouveroint tous très mal. A quoy. Sire, ainsy
220 NÉGOCIATIONS DE [OCTOBRE lo47]
que m'a récité ledict Ilay, le comte de Honlelay a respondu qu'il estoyl gentilhomme qui avoit esté prins à la guerre en homme de bien et que quand le protecteur le traicteroy t en gentilhomme et prisonnier de guerre il feroyt son honneur et celluy du roy d'Angleterre tout ainsy que ce seroyt le déshonneur de Tung et de l'aultre quand il en useroyt aultrement, et qu'en le tenant l'on n'avoyt qu'ung homme, mais que sy ledict protecteur avoyt oppinion qu'il eust quelque puissance dans son pays qu'il le laissast aller en mectant icy ung de sez enfants en oustaige et qu'estant là retourné il feroyt son plain pouvoyr envers la roync et le gouverneur pour leur persuader le mariage que l'on ^sire et que s'il n'en pouvoyt venir à bout qu'il s'en viendroict icy remectre et rendre prisonnier comme il est dans le temps qui luy seroyt pour ce préfîx, de quoy il dict que le protecteur ne s'est voullu contenter, luy usant de parolles braves et plaines de menasses et luy disant en fin qu'il n'avoyt que faire du consentement de luy ne de personne pour faire ce qu il vouUoyt faire et que luy et le conseil du roy d'Angleterre viendroint bien à bout de leurs entreprinses sans luy ne le gouverneur d'Escossc» et là dessus le renvoya en cesle ville l'asseurant neanlmoins qu'il y seroyt honnestement traicté et en gentilhomme. Et estime ledict coDte de Hontelay comme il dict que ceulx qui sont en Escosse favorisantz le party de deçà ont icy adverty que c'est luy quy a tousjours esté par delà le plus contraire à la part des angloys et que de là proceddent les rudes parolles que le protecteur luy a usez, lequel nonobstant tost après comme il a dict luy a envoyé ung homme jusque en ceste ville luy dire qu'il le prioyt de se trouver cejourd'huy matin en sa maison de Schines où il est allé ayant proumictz audict Hay de luy faire entendre à son retour ce qui sera là passé entre eulx, le priant de me porter sez recommandations et me requérir de vous faire tenir ugne lettre, qu'il vous voulloyt escripre et luy en faire avoyr responce bien tost, et nouvelles d'ung sien frère quy estoyt allé vers vous, Sire, par la part du Ouest deux ou troys jours devant la bataille. Ce que je luy proumictz, Sire, l'asseurant que vous luy scauriés merveilleusement grand gré des advertissementz qu'il vous donneroyt..., m'oiTrant à parler à luy s'il voyoyt que bon feust et qu'il ne lui portast dommaige. Sur quoy. Sire, ledict Hay m'a respondu qu'il luy avoyt dict qu'il parleroyt voulentiers à moy sy c'estoyt pour quelque chose d'importance, car aultrement cela ne serviroyt que de le mectre en suspition, joinct qu'il ne parioyt ne françoys ne latin ne aultre langue que la sienne et fauldroit user de truchement, au moyen de quoy. Sire, les advertissementz qu'il entend de vous mander par delà ne sont comme j'entendz que par lettres qu'il doibt escripre à son frère lesquelles. Sire, je vous envoyeray sy tost qu'il les aura mises entre mes mains. Sire, j'ay longuement arraisonné ledict Hay des affayres d'Escosse, et de propoz en propoz s'est laissé eschapper de la bouche qu'il doubtoyt que le conte de Hontelay avoyt receu ugne
[octobre 1547] M. DE SELVB 221
commissioD delà royne et du gouverneur d'Escosse pour Iraicter avec les angloys combien qu'il n'en sçavoyl rien à la vérité. Je l'ay tant interrogué sur les arguments et les conjectures qu'il en avoyt qu'en fin il m'a confessé que ledict conte le luy avoyt dict, mais qu'il luy avoyt faict proumectre de n'en parler à homme du monde et qu'il n'en avoyt rien descouvert ne descouvriroyt ausdictz angloys qu'il n'eust nouvelles de vous, Sire. Qui sont deux choses qui s'accordent assés mal, ce me semble, avoyr ugne commission pour traicter dont il ne se veult ayder sans vostre sceu et consentement, et neanlmoins ne voulloyr que vous et voz ministres en soint advertys. Ce que toutesfoys je n'ay paz faict semblant d'entendre, mais suivant tousjours nostre propoz je luy ai dict que je me garderoys très bien d'en parler à personne, mais que je le prioys de me dire en amy touchant quoy il pensoyt que ladicte commission feust... A quo}', Sire, il m'a respondu qu'il estimoyt que c'estoyt pour traicter paix et appoinctement par le moyen du mariage de la royne sy l'on ne pouvoyt aultrement, au caz toutesfoys que vous ne vous déclairissiez contre lez angloys et que vous ne donnissiés secours suffisant aulx escossoys. Je luy ay replicqué que ce caz et ceste condition n'adviendroit poincl, mais que quand ainsy seroyt que ledict conte de Hontelay et les aultres seigneur? d'Escosse qui avoint quelque chose à perdre en leur pays dcbvoint plus tost faire toute auUre chose que de presler le col au joug des angloys,... le priant de temporiser constamment, ce qu'il m'a proumiclz et m'advertyr de ce qu'il aura faict avec le protecteur cejourd'hui à Shiness. Dont ung de mes gentz, Sire, ne faict tout présentement que revenir lequel j'avoys envoyé vers ledict prolecteur pour le requérir d'octroyer commission aulx marchantz voz subjectz arrestés à Douvres pour chercher et arrester entre les mains de ceulx qu'ilz trouveront saizis quelques marchandises qu'ilz se plaignent leur avoyr esté desrobbéez et enlevées dans leurs navires, ce qu'il m'a refîuzé tout à plat me mandant qu'il observeroyt ce qu'il avoyt naguères proumiclz au jour pour ce ordonné et non aultre chose, sinon que comme vous fériés par delà aulx angloys il feroyt par deçà aulx voslres. Kl m'a dict. Sire, mondict homme qu'il avoyt là yeu le conte de Hontelay fort caressé qui avoyt disné avec le protecteur. Je suys attendent ce qu'il en rapportera que je ne fauldray, Sire, de vous mander comme je le pourray entendre.
« Sire, sy tost que Jehan Ribauld a eslé de retour de ceste guerre d'Es- iiécit de la cosse il n'a failly de chercher et trouver secret moyen de me venir parler pf^Je^^^^^ pour se venir excuser à moy de ce qu'il n'avoyt peu s'aller rendre à Jean vous, Sire, comme il desiroyt infiniment, et que Berteville avoyt par deçà imprimé telle souspesson de luy que l'on n'avoyt jamays perdu l'œil de dessus,... de laquelle il m'a asseuré que ledict Berteville seul estoyt cause auquel il avoyt descouvert ugne partie de son désir estimant qu'il luy seroyt fidèle et mesmes qu'il luy ayderoyt à se saulver comme il luy proumecltoyt d'aultant mesmement qu'il monstroyt d'avoyr semblable
voulenté de se retirer à vostre service s'il pouvoyt et le prioyt de s'employer pour luy en cela quand il seroyt en vostre royaulme, soubz umbre de quoy il l'avoyt cuydc ruyner s'estant par le rapport de ceste nouvelle voulu remeclre en grâce avec le conte de Warvich avec lequel il estoit pour lors assés mal. Après, Sire, m'a compté tout le discours de ceste bataille différemment d'assés d'aultres, m'asseurant que les angloys n'estoint poinct plus de XII^ hommes de pied et quatre M hommes à cheval avec deux ou troys grosses pièces d'artillerie et XV ou XVI aultres pièces de leigère artillerie de camp, et que leur force par mer n'estoyl que de LX voylles dont il y avoyt tant seuUement douze navires de guerre et le reste vaisseaulx chargez de vivres et munitioDS pour l'armée, et que les escossoys pouvoint estre à soh advis ung XXIII ou XXV** hommes dont il y avoyt bien eu de VI à sept mile tuez et prins et pas plus d'environ deux centz des angloys mortz, et que ladicte deffaicte avoyt esté par ung malheur incroyable et qu'il croyoit qu'il- n'y avoyt homme vivant qui sceust rendre bonne raison comme cela estoyt advenu, car de luy il ne veist uncques plus beaulx hommes mieulx armés ne mieulx faisantz leur debvoyr ne plus hardiment que lesdictz escossoys feyrenl pour le commencement. Car encoresqu'ilz eussent prins le desadventaige de venir au grand trot contremont la montaigne que les angloys avoint guignée, toutesfoys toute l'avantgarde ne s'esloyt jamays desbendée et estoyt si joincte et serrée qu'il feust impossible à toute la cavalierie des angloys qui donna dedans d'y mal faire et feust repoulsée et encores ung peu suyvie sans que lesdictz escossoys se missent hors d'ordre, de sorte qu'il veit à ce qu'il m'a juré bien l'espace d'ugne heure la victoyre entre les mains desdicts escossoys qu'il n'y avoyt homme de cheval angloys qu'il ne leur tornast le doz depuis qu'ils eurent esté repoulsés. En fasson qu'ilz s'en alloint eulx mesmes rumpre leurs gentz de pied conti*e lesquelz ils fuyoint, n'eust esté qu'à ung soubdain cry qui se leva, il ne sçauroyt dire de quel costé, par lequel on cria : ils s'en fuyent, ils s'en fuyent, tous les escossoys laissèrent aller leurs picques et se mirent en fuicte. Et lors la cavalierie angloise reprint cueur et retourna sur eulx, mais que de cela, il ne fault poinct que les angloys se donnent louenge, car il ne veit uncques gentz plus mal faire leur debvoyr, et mesmement la cavalierie parmy laquelle il estoyt et en laquelle l'on avoyt plus d'espérance qui s'en fuyoit le plus couhardement que Ton sçauroyt penser jusques à ce qu'ilz veirent lesdictz escossoys effrayez et prendre la fuitlc d'eulx mesmes. Et allègue plusieurs faultes desdictz escossoys. La première, qu'ilz n'avoint rien gasté des fourraiges ne des avoynes et vivres pour les chevaulx par tout le chemin que l'armée angloyse debvoyt faire dont Hz avoint laissé telle quantité et sur la terre et par toutes les granches, que l'on en trouvoyt avec plus de facillité et commodité que l'on n'eust faict en Angleterre, là où s'ilz eussent pourveu comme ilz debvoint lesditz chevaulx angloys n'eussent sceu passer jusques là où ilz sont allés
[OCTQPRE 1547] M. DE SELVE 223
sans mourir de fain, car par mer ilz ne portoint vivres que pour les hommes. La secunde, qu'ilz ne s'essayèrent jamays de donner, allarme ne de travailler aulcunement ou surprendre ladicte armée angloyse par le chemin, laquelle marchoyt sans se donner garde ne plus ne moins que dans ce pays. La tierce, qu'ilz n'avoint ung peu temporisé estantz seurement et sur le leur ce que s'ilz eussent faict ladicte armée angloyse estoil contraincte de se retirer par faulte de vivres qui luy commençoint dès lors à faillyr. La quatriesme, qu'ilz estoint courrus de furie au combat contremont la montagne à leurdesadventaige. Et la dernière et la plus grande, qu'ayant gaigné la victoyre comme il se pouvoyt dire certainement et voyant leurs ennémys fuyr devant eulx, ilz s'estoint effrayés d'eux mesmes et s'en estoint fuys *. Au demeurant, Sire, il m'a dict qu'il se doubtoyt merveilleusement que le conte de Hontelay ne feist icy quelque chose quy ne vauldroit guères et que je y prinse garde, et qu'il m'asseuroyt que deux ou troys jours après sa prinse le conte de Warvieh et quelques auUres de cez seigneurs qui le festoyoint, lui avoint dict pourquoy il avoit tousjours esté sy contraire aulx angloys et au mariage de ce roy avec la ro^Tie d'Escosse, luy remonstrant le grand bien que c'estoyt pour tous les deux royaulmes, à quoy il avoyt respondu... que tous ceulx à quy les angloys s'en estoint addressés n'en sçauroint venir à bout et n'y avoint auichune puissance, mais que de luy ce qu'il proumectroyt quand on s'en addresseroyt à luy, il monstreroyt qu'il avoyt moyen de le tenir. Et oultre. Sire, m'a adverty que pour certain ledict conte pourchasse luy mesme d'estre renvoyé en Escosse pour manier cela, offrant en oustaige sa femme, quelques ungs de ses enfantz, ung baron et dix chevallyers. J'ay belle peur, Sire, qu'il y ait en cela je ne sçay quoi qui ne vaille guères, ce qu'il m'a proumictz de mectre toutes les poynes qu'il pourra de descouvrir. Et oultre je luy ay dict qu'il regardast de me sçavoyr dire à la vérité quelle force de mer les angloys- tiendront prestez tout cest hyver tant du costé du Ouest que du costé du North, affin. Sire, que sy voullés envoyer en Escosse quelque chose vous sçaichez lequel costé sera le plus seur. De luy il estime que le plus seur seroyt, à ceste heure que les nuictz sont longues, de passer de nuict par ung bon vent le Paz-de-Galaiz, et puis se jecter ung peu avant en la haulte mer à veue de terre et ainsy gaigner le pays d'Escosse, car le costé du Ouest est dangereux comme il dict, et mesmement sy vous y voulliés envoyer gallayres. Voyla, Sire, ce que pour ceste heure je vous puis dire, sinon que monsieur le protecteur a dict à mon homme que l'admirai d'Angleterre son frère l'avoyt adverty qu'on luy avoyt mandé de Hantonne qui est ung
i. Ce curieux récit, ainsi que la relation plus sommaire du comte de lluntley, citée plus haut dans cette dépêche, et celle donnée par Selve même dans sa dépêche du 17 septembre, sont à rapprocher de la chronique latine de Starker, publiée avec un plan contemporain du champ de bataille, dans les Relations politiques de la France et de V Espagne avec VEcossc au XVl^ siècle, de M. Teulet (t. I, p. 124-158).
port de ce royaulme qu'il esloyt là arrivé quelque vaisseau flament qui venoyt [chargé] du sel de Brouaige *, lequel, Sire, avoyl porlé nouvelles qu'en vosire ville de la Rochelle la guerre avoyt esté publiée el criée contre les angloys, dont j*ay asscuré et asseureray le contraire. « Sire, etc.. »
« De LondreSy ce mardy xvin** octobre \* xlvil »
Vol. 7, f° 58, copie du xvp siècle, 11p. in-P.
SELVE AU ROI
NégociaUons 243. — Londres, i 9 octobre. — Jean Hay est venu ce matin raéme i« comte rendre compte à Selve de l'entretien que le comte de Huntley avait eu la deHontiey veille au soir vers huit heures avec le protecteur à Shyness. Requis de Maxwell, promettre service et fidélité au roi d'Angleterre, il s'est refusé à le faire. Mais il a consenti à donner des otages, à savoir sa femme, ses quatre fils et quatre gentilshommes « de son seurnom * », afin de s'en retourner en Ecosse pour y négocier le mariage de la reine d'Ecosse avec le roi d'Angleterre % moyennant lequel un de ses fils épouserait une fille du protecteur et le fils du gouverneur d'Ecosse une sœur du roi d'Angleterre*. Il prétend qu'il n'en fera rien si le roi de France témoigne le désir du contraire et dit qu'il attendra ses instructions en restant à Londres sous prétexte de réunir ses otages. « J'ay belle peur », dit Selve, « qu'il en a plus accordé qu'on ne luy a demandé et qu'il vous demande conseil de chose dont il a desjà donné la résolution sans vous. £t quy plus me confirme ceste oppinion, c'est que maistre Jehan Hay qui m'a faict tout ce discours de par ledict conte m'a dict par mesgarde, à ung aultre propoz, que ledict conte avoyt demandé au protecteur sa délivrance quand et la sienne et que par tant je seroys deschargé de la responce que j'ay faicte pour luy jusques V^ escus, et que ledict protecteur luy avoyt responda qu'il ne tiendroit poinct audict Hay ne aulx meilleurs prisonniers qui soint en ce royaulme qu'il ne s'en allast content, qui monstre bien qu'il se sent fort prest à partir. » Le protecteur a fait mander le seigneur de Maxwell, prisonnier à la Tour *, pour lui faire les mêmes offres. « Et dudict conte il a cejourd'huy esté festoyé en festin solempnel chez le mayre
1. Broiiage, porl de mer au sud de rembouchure de la Charente, entre Rocbefort et Ma rennes.