Les Uighlands
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dit, notamment : qu*il avait charge de déclarer à Selve que le conseil trouvait très aigre et étrange Taccusation qu'il venait de porter contre les anglais, de la part du roi, en leur imputant d'avoir rompu la paix par des saisies de navires et des arrestations de sujets français, tandis qu'il semblait au contraire que c'était le roi de France même qui désirait plutôt la guerre que la paix, déclarant en^ propres termes « que quy a envyc de batre le chien l'occasion et le baston se treuve bien tost et que jamais occasion ne failloint aulx princes de faire guerre quand ilz en avoint voulenté » ; — que le traité de paix portait que le roi payerait de terme en terme la pension, dont, en fait, il ne paye pas un écu; — que Ton voyait bien^ par la rupture des négociations commencées sur les confîns du Boulonnais, l'intention du roi de ne rien entretenir du traité, tout en en parlant toujours; — que le rapport de l'envoyé de l'ambassadeur d'Angleterre auquel Selve avait fait allusion, et selon lequel il ne se trouverait pas dans les ports de France un écu de marchandises anglaises saisies, était notoirement tout différent, et que, si Ton eût su l'objet de l'audience, on eût fait comparaître devant Selve les anglais dont les biens sont encore détenus en Normandie et en Bretagne. Paget a terminé par ces propres paroles : « Par ainsy, sy vous y pensez acquest, rumpez quand il vous plaira; nous sommes prestz. »
Selve a répondu qu'il n'avait charge de parler ni de rupture ni de guerre, mais seulement de l'entretien de la paix, leur remontrant, dit-il au roi, « qu'à Douvres comme j'entendz y a XXVII navires de vos subjectz retenuz dont les mariniers qui sont en numbre de deux ou troys centz meurent de fain, qu'à Neufchastel y en a sept ou huict arrestéez par commandement de monsieur le protecteur dont les marchantz et mariniers en nombre de plus de six vingtz avoint eu passeport dudict protecteur pour s'en aller en France [et] cstoint venus chez moy mourantz de faim, en sorte qu'il avoyt faillû que je leur feisse donner à vivre et de l'argent pour s'en aller comme il est vray, et que quand ilz avoint esté à la Rie et à Douvres pour passer Ton avoyt retenu la plus part d'entre eulx avec leurdict passeport priant lesdictz seigneurs du conseil de les vouUoyr laisser aller attendu que ce sont pauvres personnes quy n'ont que leurs corps. » A quoi ils ont répliqué qu'ils n'avaient d'autre réponse à donner sinon de mettre de nouveau en avant l'offre qu'ils avaient précédemment faite.
« Sire, il n'y a pour ceste heure aultres nouvelles sinon que mardy dernier se fcict icy la procession générale selon la nouvelle mode de ce pays * et les feuz de joye par toute ceste ville de la victoyre que ceulx cy Baunie de disent avoyr eue en Escosse, laquelle leur prescheur au sermon public ^'"^^^^ quy feust faict en la grande esglise de ceslcdicte ville exalta fort, disant
Guerre d'Ecosse.
1. Allusion à la révolution religieuse accomplie à ravènemenl d'Edouard VI et sur laquelle la correspondance de Selve donne si peu de renseignements.
206 N&GOCIATIONS DE [SBPTBMBU 1S47J
qu'il y avoyt eu XV^^ escossoys tués et deux mil prins avec perte d'environ cent angloys, usant pour se faire croyre de cesle protestation qu'il estoyt en la chayre de Moyse quy estoyt chayre de vérité où il aymeroyt mieulx mourir que d'avoyr dîct mensonge. Toutesfoys, Sire, il y a prou de gentz qui pensent que toute ceste belle farce n'a esté jouée par les grandz que pour paistre le pauvre peuple d'ung peu de bonne chère à leurs despens, voyunt que desjà Ton commençoyt de bruyre et publier des nouvelles contraires aux dessusdictes et dire que sy la chose estoyt vraye ainsy que Ton la comptoyt l'on n'oublieroyt paz d'en faire les feuz et de divulguer, ce que pour ceste raison ilz ont bien voulu faire. Et de moy, Sire, je seray de ceste oppinion jusques à ce que j'aye bonne preuve du contraire, car pour dire la vérité je ne puis appercevoyr aulx visaiges des grapdz où j'ay prins guarde qu'ilz ayent en sy grande victoyre ne à sy bon marché qu'ilz disent, joinct que les gentz qu'ilz font lever, jusques au nombre de V ou VW comme Ton disoyt cez jours passez et maintenant se parle de dix mil, sont maulvays argumentz d'aulcunes bonnes nouvelles pour eulx. Et sy ay ouy dire qu'il ne vient aiigloys du camp par deçà que le protecteur ne parle à luy et loy donne sa leçon qu'il doibt dire icy sur sa vie qui est ugne aultre conjecture qu'il n'y a rien de bien pour lesdictz angloys, dont vous, Sire, scrés bien tost esclaircy par le gentilhomme par lequel j'ay envoyé vostre pacquet en Escosse que j'attendz d'heure en heure, et s'il tarde plus guères il me semble qu'il fault croyre qu'il soy t retenu par le protecteur, qui sera ung aultre grand signe que l'on ne veult poinct que la vérité soyt sceue. Il se dict icy que l'armée angloyse estoyt divisée en troys et celle d'Ëscosse de mesmes, et par ainsy à leur compte n'ayant combatu que l'ugne des trouppes les aultres deux demeureroint encores entières, et toutesfoys ilz se vantent d'avoyr tout gaigné et qu'ilz peuvent passer par toute Escosse. Oultre m'a esté dict que les harquebouziers anglo}*s sont la plus part demeurés à ceste rencontre et des meilleurs hommes d'armes de leur cavallerye grand numbre, et que les angloys et escossop estoint sy meslés ensemble que l'artillerie ne servit de rien, et que sans monsieur le protecteur que aulcuns disent avoyr esté blessé les auglo}'» tournoint le doz, qui sont choses qui se disent de par ceulx mesmes quy magnifOent et louent ceste victoyre, lesquelles, Sire, sy elles sont vraycs, me semble impossible parlant comme clerc d'armes qu'il n'y aist eu très grande perte du costé de deçà. Au demeurant, Sire, aulcuns disent pour vray que la petite royne a esté retiré bien avant dans le pays des saulvaiges, qui est chose si elle est véritable qui seroyt bien pour ravaller le cueur à ceulx cy et leur monstrer que les escossoys seroint résolus de se bien deffendre. »
« De Londres^ ce xxif^^ septembre V' XLVii, » Vol. 7, fo 45 V», copie du xvi« siècle, 6 p. i/4 In-f».
[septembre 1547]
SELVE AU CONNETABLE
230. — Londres, .22 septembre, — « Monseigneur, je viens d'estre adverly qu'il y a iey quelque ambassadeur de roy de Polloigne *, et m'a l'on dict que des allemanlz que je veietz hyer à la court sont de ses gentz et que les angloys luy font menée avec son maistre de leur fournir de dix M hommes s'ilz en ont besoing, ce que toutesfoys je ne tiens pas de fort bon lieu et croy plus tost que lesdictz allemantz sont gentz venus iey chercher parly et qu'il n'i a aucun ambassadeur entre eulx. Je verray d'entendre plus seurement s'yl y en a et la cause de sa venue et ce qu'il faict iey et vous en advertiray incontinent. L'on me vient aussy de dire pour chose certaine que auprès de Hul du costé du North les gallaires ont jeclc en fonds ung des grands navyres du roy d'Angleterre, et selon cela fauldroict que lesdictes gallaires eussent passé le Paz-de- Calaiz. Sy elles trouvoint à leur retour la flotte des laines quy se chargent pour aller bien tost audict Calaiz, elles trouveroient bien la revanche des navyres quy sont arresfcez par deçà, car il n'y va pour moins de deux ou troys centz ^' escus de ceste marchandize ordinairement ainsy que j'entends : vray est qu'elle va tousjours assés bien accompaignée. L'on faict iey du jourd'huy quelque bruict entre les marchantz d'une nouvelle deffaicte qu'ilz disent que le conte de Lenox a faicte de dix ^^ escossoys, dont je ne croyray rien non plus que de la premières y je n'en ay de meilleurs tesmoings que les angloys. Je viens aussy d'estre adverty qu'il est cejourd'huy arrivé homme de Porcemut quy dict que quelques navires françoys qui s'estoient monstrez aulcuns jours le long de ceste coste du Ouest se sont soubdain disparus et évanouys et que l'on pense qu'ilz soint allés en Ëscosse. Qui est, Monseigneur, tout ce dont je vous puis adviser pour le présent, sinon que j'entendz pour certain que desjà quelques marchantz angloys ont convenu avec quelques espaignolz et flamentz de leur charger en leurs noms et en leurs navires au pays de Bourdeloys et aultres lieux de France ugne bonne quantité de vins dont il y a desjà grande faulte en ce pays et que lesdictz navires estantz chargés comme pour Flandres tourneront tout court deçà quand ilz seront au Paz-de-Galaiz.
« Monseigneur, en vous achevant la présente, maistre Paget me vient demander que depuis hyer sont venues nouvelles de France de l'ambassadeur du roy d'Angleterre quy escript que le roy a trouvé bon qu'à certain jour qui sera advisé tous navires arrestez tant françoys que angloys soint délivrés de chascun costé, et qu'à ceste cause j'advisasse quel terme seroyt bon pour ce faire. A quoy je ne me suys advencé ne
Guerre d'Ecosse.
Saisie de navirea.
1* Sigismond !«% roi de Pologne (1506-1548)<
advcnceray de faire au lire responce sinon que je verray ce que le roy m*en mandera...
« Monseigneur, etc. »
« De Londres y ce 22^ septembre v* XLvn. »
Vol. 7, {" 48 V», copie du xvi« siècle, 2 p. In-f».
SELVE A M. DE LA ROCUEPOT
231. — Londres^ 23 septembre, — Selve rend compte à M. de la Hochepot, comme il en a reçu Tordre par les lettres du connétable datées du 10, de la réponse qu'il a obtenue du protecteur sur le fait des marchands français arrêtés; il lui envoie aussi la copie du passage de sa dépêche au roi datée de la veille relatif à cet objet. 11 Tavise de la victoire des anglais en Ecosse et lui réitère sa demande d*un chiffre pour correspondre avec lui.
« De Londres y ce xxir^ de septembre v« XLvri. »
11 avise M. de la Rochepot de ce que Paget vient de lui mander.
Vol. 7, fo 49 vo, copie du xvi« siècle, 1 p. \/i in-P.
SELVE AU ROI
Guerre 232. — Londres, 27 septembre, — « Sire, voyant qu'il ne revient d'Ecosee. personne de ceux que j'ay envoyez en Escosse pour vostre service, Je ne puys croire qu'ilz ne soint arrestés en quelque lieu par les angloys, et sy ainsy est il est à croyre que leurs affaires ne vont paz sy bien comme ilz publient. De faict, Sire, quelques ungs m'ont secrettement adverty que pour vray partie de l'armée angloise quy est devant Lislebourg est entièrement encloze par les escossoys du costé de terre de sorte que dudict costé ne passe ne vivres ne aulcunes nouvelles pour lesdicU angloys. Bien est vray que l'aultre partie de ladicte armée est au Petit Leich quy peust aulcunement ayder et fournyr ausdictz vivres par eaue tant seullement, et m'a l'on asseuré quelque chose que lesdictz angloys dyent icy qu'ilz n'ont et ne peuvent avoyr aulcunes nouvelles d'Escosse sy ce n'est par mer et par la voye dudict Petit Leich. Et à ce que j'eutendz il y a desjà eu troys grandes rencontres entre lesdictz escossoys et angloyz en toutes lesquelles les angloys se vantent d'avoyr tousjourseu du meilleur. Vray est que de la tierce ne font paz fort grande feste quy a esté à leur très grand desadventaige et perte, comme aulcuns m'ont asseuré quy disent que les deux premières mesmes n'ont paz esté sans grand meurtre des angloys; c'est, Sire, ce que quelques ungs desquelz je me sertz par deçà à entendre nouvelles pour le bien de voz affaires m'ont affermé en avoyr ouy secrettement parler et raisonner
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entre dez domestiques mesmes de ce roy. Et de moy, Sire, je me persuade plus voulentiers et plus facillement cez nouvelles que les contraires et aussy me semble qu'il y en a de meilleurs argumentz, car les genlz que Ton liève et envoyé tous les jours de nouveau en Escosse en grande haste à mesure qu*ilz sont levés monstrent que Ton en a fauUe par delà, toutesfoys, Sire, que les advertissementz que Villeneufve * m'a donnés semblent cstre répugnantz à ce que dessus, desquelz je ne vous diray rien pource qu'il les vous mande bien au long comme il m'a dict et semblablement à monsieur le mareschal de la Marche *. 11 m'a dict, Sire, qu'il avoyl grand besoing d'argent et qu'il n'y avoyt poinct de -voye plus seure et prompte de luy faire tenir ce qu'il vous plaira qu'il aye de vous que de me commander que je le luy baille de quartier en quartier, dont il m'a prié. Sire, vous voulloyr escripre affîn qu'il vous plaise luy en faire entendre vostre volunté.
« Sire, j'entendz que vendredy dernier arriva icy ce secrétaire de l'ambassadeur d'Angleterre résident prez Vostre Magesté, et depuis son i arrivée cez seigneurs n'ont cessé d'estre restrainclz ensemble en conseilz [ fort longs vacquantz nuict et jour aulx expéditions et monstrantz d'estre l merveilleusement empeschez comme il me semble, Sire, qu'il se leict en leurs visaiges qu'ilz sont, et sy ne sçay pourquoy sinon que je me doubte qu'ilz sentent de la pauvreté en leur faict bien grande quelque brave mine qu'ilz ayent faict jusques icy. Pour tout vray. Sire, ceste guerre d'Escosse leur couste beaucoup..., et s'ilz sont ugne foys réduictz à imposer quelque chose sur le peuple et à s'ayder d'emprunctz et de leurs subjectz il y a bien grande apparence d'ugne sullevation contre ceulx quy gouvernent maintenant, et mesmement s'ilz ne font rien en Escosse et que ce peuple quy est mutin se trouve enfin mocqué et deceu avec cez beaux feuz de joye qu'on luy aura faict faire à crédit, auquel caz je pense qu'il seroyt bien aise de veoir bien tost ugne grande ruyne et ung grand trouble en ce pays. L'on faict icy bruict. Sire, que pour vray vous avés envoyé la plus part de voz gallaires en Escosse avec ung bon nombre de navires et qu'il y a jà huict ou neuf jours qu'elles ont passé le Paz-de-Calaiz, et que le demeurant de vosdictes gallaires avec quelques navyres est de l'aultre costé de la mer de la part du Ouest où ilz ont prins ces jours icy ung gallion de ce roy venant desisles de Jersay et Grenesay chargé de vins pour le protecteur et de quelques toilles. Des navires de voz subjectz. Sire, ce qui s'en peust trouver en quelque port que ce soyt se prent et arreste tous les jours, et n'est quasy jour qu'il ne m'en vienne quelque nouvelle plaincte, de Bretons mesmement quy sont icy à grandez trouppes de mariniers qui meurent de faim et n'ont de quoy vivre la plus part. Quy est, Sire, tout ce que pour ceste
1. Ce personnage qu'on trouvera désormais mentionné coutinuellement par de Selve paraît être un espion au service de la France.
2. Robert de la Marck, duc de Bouillon, maréchal de France depuis 1547.
. AKOLETERliB. — 1946-1549. 1 i
heure j*ay à vous mander, sinon que je suys pour certain adverly qu'il y a en ceste rivière cinq ou seix navires de guerre prestz à sortir que l*on a esquippez cez jours icy, et n'y fault que dez hommes à mectre dedans dont Ton ne recouvre paz à ceste heure comme l'on vooldroicl en ce pays.
« Sire, etc.. »
« De Londresy ce ^7"' septembre v xlvit. » Vol. 7, fo ÎK), copie du xvi° siècle, 3 p. in-P.
SELVE AU CONNÉTABLE
233. — Londres, 21 septembre. — Selve a écrit au connétable le 22 et attend toujours la réponse définitive de Paget sur le fait des navires français arrêtés.
« Au surplus, Monseigneur, j'ay mictz poyne d'entendre la vérité de ce qui m'avoyt esté dict de cest ambassadeur de Polloigne, et trouvé par aulcuns qu'il n'y a poinct d'ambassadeur et que cez allemantz qui sont icy depuis peu sont de Bohème et ne peust l'on sçavoyr encores bonnement la cause de leur venue sy ce n'est pour chercher party ; sy avec le temps je puis descouvrir quelque aultre chose je le vous manderay. Quelcun me dict hver au soyr que ugne des gallaires du baron de Saincl- Blancquard avoyt rencontré en mer la gallaire d'Angleterre de laqueUe elle avoyt recouvré tous les fors«iyres et aultres esquippages quy feurent retenuz icy audict baron quand sa gallaire luy feust rendue et néanlmoins avoyt laissé aller le corps de ladicte gallaire angloise, dont je ne sçay aultrement la vérité et estime, Monseigneur, que vous la sçaurés trop mieulx par delà. Aulcuns m'ont aussy dict que de cez gentz qui se lièvent tous les jours secrettement en ce royaulme ugne partie est pour envoyer aux isles de Jarsay et Grenesay, à cause qu'aucuns venantz desdictes isles disent l'invasion d'icclles avoyr esté promise et abbandonnée Affkires par le roy h sez gallayres et navires. J'entends aussy, Monseigneur, que reiigimMs. l'évesque de Winchestre * est mictz prisonnier en ceste ville depuis deux jours et que celluy de Londres * quy y avoyt esté mictz naguères en est délivré. En quelque sorte que les choses voysent sy voyt l'on ceste furie d'abbatre images dont l'on usoyt cez jours passés refroydîe, et mesmes ont esté emprisonnés aulcuns des commissayres qui avoint eu ceste charge, leur mectant sus qu'ilz ont excédé leur commission et qailx n'ont eu commandement de lever aultres images que ceulx ausquelz le peuple portoyt chandelles et dont il abbusoyt comme disent cez nouveaulx théologiens, et néanimoins ilz les ostoint tous indifféremment et
1. Etienne Gardyner, évéque de Winchester depuis 1531, déposé en 1550, rétabli en 1553.