Nouvelles annoncées dans la dépêche du 19 mai
[juin 1548] M. DE SELYE 363
Qui sont. Monseigneur, toutes les nouvelles que cestuy là m'a rapportées ausquellesje n*adjouste guères de foy car il peust avoyr ouy mentira Barrvich aussy bien que je faiclz tous les jours en ceste ville à des gentz que Ton prendroyt pour les plus seurs du monde et sy me doubte qu'il n'a esté ny assez curieux ny assez hardy pour s'informer des choses plus avant que ce qu'il en a ouy sans guères interroguer ne enquérir. Je ne 8çay sy l'aultre quy m'a proumictz de passer jusques là où sera milord Grey apportera rien de plus seur et certain dont vous serez incontinent adverty. »
« De Londres y ce xxvii"' may i 548. »
Vol. 7, f° 2i9 v», copie du xvi« siècle, 2 p. in-P.
SELVE AU ROI
385. — Londres, i"juin. — La visite de l'ambassadeur de l'empereur Moureiie» au protecteur dont Selve a parlé avait pour cause non pas le motif sup- d'Allemagne, posé par Berteville, mais en réalité l'arrivée d'un courrier de l'empereur, qui venait d'apporter l'explication du refus opposé à l'ambassadeur d'Angleterre au passage des allemands levés par le roi d'Angleterre comme contraire aux stipulations de la dernière diète.
« Sire, l'homme du conte de Hontelay me vint avant hyer dire que les pri»e de angloys disoint que milord Grey avoyt prins en Escosse ung chasteau Yester. nommé Ostyr ^ a IIII ou Y mille d'Adingthon mais que son piaistre n'en croyoit rien. Et ce jourd'huy l'ambassadeur de Venise me vient de mander que le protecteur luy avoyt hyer envoyé communiquer la nouvelle de la prinse dudict chasteau et semblablement à l'ambassadeur de l'empereur les advisant par le menu de la façon que ceste chose est advenue, quy est que milord Grey estant adverty que dans ledict chasteau quy avayt par cy devant esté laissé et abbandonné dez escossoys sans en tenyr compte s'estoint allez mcctre ung gentilhomme françoys que ceulx cy nomment le sieur de Carcez ' accompaigné de XL soldatz françoys et des XXX espaignolz quy estoint comme vous avez esté adverty cy devant passez d'Angleterre en Escosse et oultre quelque numbre d'escossoys fai- . sants avec tout ce que dessuz le numbre de cent soldatz en délibération de tenyr et garder ladicte place les envoya sommer de se retirer et la luy rendre ce qu'ilz ne voulurent faire d'entrée, à raison de quoy ledict milord Grey quy avoyt marché avec quelque bon numbre de gentz en assez bonne diligence jusques audict chasteau commença de le vouloyr
1. Reprise par les Anglais du château de Yester, occupé temporairement par lord Grey, deux mois auparavant, lors de sa marche au nord, et abandonné peu après.
2. N... de Simiane, seigneur de Carcès, capitaine français passé en Ecosse avec M. de la Chapelle. Une dépèche de Grey au protecteur, de Berwick, 14 juin, signale 8on envoi à Londres comme prisonnier. {Calendat* ofSt, P., Scotland, 1. 1, p. 87.)
364 NÉGOCIATIONS DE [jUiN 1548]
faire battre de quelques pièces d'artillerye qu'il avoyt quant et soy. Quoy voyant ceulx de dedans offrirent de quicter la place pourveu qu'on les laissast retirer ce que milord Grey ne voulut accepter s'ilz ne se rendoint à discrétion et pour ce qu'ilz ne s'y voulurent accorder feist tirer quelques coups d'artillerie qui commencèrent de faire bresebe après laquelle soubdain ilz se rendirent à sa discrétion de sorte qu'il les tient tous prisonnyers avec le cappitaine françois dessus nommé excepté lesdicts XXX espaignolz qu'il a faict mourir et razer ladicte place. »
« De Londres^ ce i^^Juing i 548. »
Vol. 7, P 250 vo, copie du xvi« siècle, 2 p. in-f».
SELVE AU CONNÉTABLE
386. — Londres, i*^* Juin. — « Monseigneur, je vous ay depesché ce porteur pour vous ad viser de ce que vous verrez par mon aultre lettre craignant que le retardement de ceste nouvelle d'Escosse sy elle est vraye ne peust estre de quelque préjudice, car oultre la prinse du ebasteau d'Estyr dont les angloys se vantent il est quelque bruict qu^ilz vont essayer d'en faire aultant à Dombarre quy seroyt ung très grand inconvénient audict pays d'Escosse où il se dict que milord Talebot entrera au premier jour avec IIII ou V^ angloys pour se joindre à milord Grey lesquelz estant ensemble ne laisseront paz passer comme il est croyable l'occasion de faire le plus de dommaige qu'ilz pourront avant que le secours du roy arrive par delà que ceulx cy ne se peuvent persuader debvoyr advenyr disantz pour ce qu'ilz voyent qu'il a plus tardé qu'ilz ne cuydoint que l'intention dudict seigneur n'est point de l'envoyer en Escosse mais plus tost de faire descente en l'isle d'Ouich ou en quelque aultre cndroict de ce royaulme prenantz encores fundement de ceste oppinion sur ung advertissement qu'ilz disent avoyr de l'embarquement de quelques pionnyers avec le reste de l'armée et que telles gentz ne seroint poinct nécessayres pour secours en Escosse. A ceste cause ilz se munissent et pourvoyent le plus diligemment qu'ilz peuvent et se dict que c'est pour ceste fin qu'ilz ont mictz sus le grand numbre de gentz de cheval qu'ilz ont imposé sur les aysez de cedict royaulme. Quant aulx choses de la mer il n'en est aultre nouvelle sinon que ce quy est à Porcemuth se prépare tousjours et en ceste rivière la Gallaire est preste et se fonct de nouveau deux espinasses ou rubergues et dict Ton que le Grand Henry sera mictz en Teaue la sepmaine prochaine. Tous les jours se tire de la Tour et charge en navyre grande quantité d*armes, de picz et de pesles et de munitions de guerre, et disent aulcuns que c'est pour Escosse et aultres que l'une partye s'envoye aulx places de delà la mer où Ton m'a dict qu'ilz ont aussy envoyé quelques pionnyers cez jours passez.
« Monseigneur, etc.. »
« De Londres, ce i^^ juing 1 548. »
[juin 1548] M. DE SflLVE 365
« Monseigneur, j'ay entendu qu'il s'en est retourné cez jours passez d'icy en Bretaigne ung vieil homme de Nantes maryé audict lieu avec une angloise lequel sert d'espyon par deçà, je ne sçay sy ce seroyt poinct le menuysier boyteux dont je vous ai mandé des nouvelles et m'a l'on dict qu'il a esté icy conduict par ung nommé Thomas James qui est des isles de Grenezay et se mesle du mesme mestyer de l'aultre ^ »
Vol. 7, f° 251 V», copie du xvi* siècle, 1 p. 3/4 in-P.
SELVE AU ROI
387. — Londres^ 8 juin. — Selon la teneur de la dépèche du roi en date du 28 mai, Selve a réclamé du protecteur la condamnation du pirate « Franche Jehan, de la Rye », lequel avait été élargi, venait-il d'apprendre, et la levée de la saisie du navire appartenant au mayeur de Saint-Yalery que Brydges continue à détenir à Boulogne. Le protecteur a longuement répondu qu'il avait remis à l'amiral d'Angleterre l' affaire de Franche Jehan, de la libération duquel il n'avait pas entendu parler; — que le navire saisi n'était que le gage d'un créancier anglais; — que le roi de France venait encore d'accorder des lettres de marque à divers marins français, au sujet desquels il écrivait à l'ambassadeur d'Angleterre en France.
Selve a parlé, comme de lui-même, et dans les termes prescrits par le roi, des tentatives d'embauchage pratiquées par les anglais sur des marins français et signalées par le roi dans sa dépêche. Le protecteur a nié le fait avec tous les serments possibles, disant qu'il savait la présence à Londres de plusieurs espions français plus trompeurs les uns que les autres et que ceux qui le renseignaient lui-même en France ne valaient guère mieux, « luy ayant esté escript par l'ambassadeur du roy son maistre qu'il estoyt adverty que vous avyés faict mectre gentz aprez pour mectre le feu aulx navires dudict roy son maistre, mais qu'il n'en avoyt tenu compte ne faict aulcun cas pour ce qu'il avoyt certainement pensé que ung tel prince que vous. Sire, ne vouldroict jamais consentir à telz actes '.
« De là, Sire, je suys venu à luy dire qu'il se parloyt par ceste ville priae de d'une victoyre nouvelle qu'il avoyt eu en Escosse et qu'il s'en disoyt de tant de sortes que je ne sçavoys que vous escripre pour vous en mander la vérité. Il m'a dit que c'esloyt peu de chose et que ce n'estoyt que la prinse d'ung chasteau nommé Yestir dans lequel y avoyt XXIIII ou XXV françoys et envyron aultant d'espaignolz fuytifz du service de ce roy et quarente ou cinquante escossoys et que celluy quy estoyt chef estoyt ung gentilhomme françoys qu'il ne me pouvoyt nommer pour ne se