Voir ci-dessus
[octobre 1546] M. DE SELVE 47
'dans le paquet de Tainiral. Le présent porteur le renseignera sur le changement survenu dans les affaires du baron de Saint-Blancard , dont Il lui fait part dans les mêmes termes que dans sa dépêche à Tamiral.
« De Londres, ce atx- octobre v^ xlvj, »
Vol. C, fo Î50, copie du xvr siècle, 2 p. 1/4 in-f°.
SKLVE AU HOI.
47. — Londres, J28 octobre. — « Syre, suivant vostre commandement contenu en celles qu'il vous a pieu m'escripre des x et xin*'* de ce moys, Fortiûcaj'ay esté vers le roy d'Angleterre auquel je n'ay peu parler pour quelque J^^^^ indisposition quUl avoyt à cause de laquelle il a commictz raaistre Paget pour entendre de moy ce que j'avoys à lui dire. **da*'*^
« Sire, par la responce que depuis m'a faict ledict Paget ledict seigneur Boaionnaiîi. monstre d'estre fort content des honnestez propoz qu'il vous a pieu me commander luy tenir et a depputé de sa part messieurs de Seimel *, frère du conte d'Arfolch, le Debitis de Calaiz * et le seigneur deWotton ', frère de l'ambassadeur résident près Vostre Majesté, pour les mesmes lins qu'il vous a pieu de voslre part en depputer d'aullres S Quant aulx navires armés, Sire, ilz sont encores en l'emboucheure de ceste ryvière comme Ton m'a dict, et m'a asseuré ledict Paget que ilz n'estoint là que pour envoyer vers Escosse et que le maulvais temps et vent conlrayre qu'il a faict ces jours cy les ont gardez de partir encores. TouteflToys il semble que leur partement soyt refroydy à présent en cesle ville où l'on n'en parie plus guère.
« Sire, ce que je sçay de nouveau est que l'on m'a dict que ce roy faict délivrer secreltement cent mil escus contenlz entre mains des marchantz d'ycy pour faire rendre à Anvers dans la Chandelleur et contrainct lesdicts marchanlz de les prendre en ses escus qu'il ha nouvellement faiclz battre en ce pays qui n'ont pas cours par delà au poiz qu'ilz vallent icy afûn que les marchantz portent les fraictz du port et du change et que la chose se face couvertement soubz nom des marchantz; aulchuns estiment que c'est pour ayder aulx allemantz et leur donner ceur
i. Sir Thomas Seymour, gentilhomme de la Chambre privée du roi d'Angleterre, frère du comte de Hertford.
2. Georixe Brooke, lord Cobham, lord député de Calais depuis i.'Hi.
3. Sir Edward Wotton, trésorier de Calais depuis 1540, frère de Nicliolas Wotton, alors ambassadeur résident d'Angleterre en France.
4. Les commissaires français étaient le maréchal du Biez, Jean de Taix, maître <le rarlillerie, et M. de Saint-Germain. (State Papers, t. XI, pp. 327 et 355.) La nomination de cette coMimibSiori avait été docuiée à la suite d^; la mission du baron de la Garde. Elle avait pour objet le règlement des frontières du Bourbonnais, des forts de Boulogne, et de l'affaire du baron de Saint-Blancard. La première réunion des commissaires eut lieu le 15 novembre. (Dépécho des commissaires anglais, 4^;uines, 18 novembre, State Papers, t. XI, p. 346.) Sir John Wallop, capitaine de <suînes, parait avoir également figuré parmi eux. (Id.^ p. 319.)
48 NÉGOCIATIONS DE [OCTOBRE lo46]
de n'accepter ny offrir appoinclement avec Tempereur après les grandes despences qu'ilz ont portées en ceste guerre. Reingrave, frère de celuy (|ui estoyt en vostre service, à ce que j'entendz, Sire, a prins party avec ce roy auquel l'on m'a dict qu'il a faict serment et en pension de luy de deux mil escus par an. J'ay aussy entendu, Sire, du secrettaire de la Seigneurie de Venise quy est icy résident, que les Allemantz pour tyrer ce roy à leur ayde, ont icy envoyé la cappitulation que l'empereur a dernièrement faicte avec le pape qu'ilz se vantent d'avoyr originaillement recouverte, par laquelle le conseil de ce roy a comprins et jugé que l'empereur se soyt généralement obligé à la réduction des désobéissantz au Sainct-Siège, dont ceulx cy se tiennent fort offensés. Quelque chose qu'il y ayt, Sire, je voy icy faire plus grande démonstration de bonne chaire à l'ambassadeur de l'empereur que l'on ne luy soulloyt ce me semble fayre au commencement que je vins par de^à : je ne sçay si cela vient d'affection ou dissimulation.
« Sire, n'ayant chose qui mérite de tenir Vostre Majesté occuppée de plus longue lettre, je feray fin de la présente en priant Dieu, Sire, vous donner en parfaicte santé el prospérité très longue et très heureuse vie. »
« Do Londres, co a.v ;///•"• octobre \ • xlm, » Vol. 6, f*» Ui, copie du xvi" siècle, 2 p. in-f".
Affaire 48. — Lomfres, 28 octobre. — Selve a écrit à l'amiral le 12 et le 18. de" saint"- "^^y^"*- ^"^ '® barou de Saint-Blancard, qui est très malade, était lou- Biancard. jours retenu prisonnier, et qu'on voulait lui extorquer 4000 écus comptants avec une obligation pour les 3000 autres, Selve a fait à ce sujet à Paget une ouverture par écrit, dont il envoie la copie à l'amiral. Pagel vient de lui faire répondre par un de ses clercs que le roi d'Angleterre ordonne au capitaine Paston de n'exiger que 2000 écus comptants et permet au baron de donner caution pour les 5000 autres, lesquels ne seront payés terme par terme que s'il est reconnu de bonne prise par les commissaires spéciaux. Ayant fait remarquer les contradictions de cette décision, qui faisait payer au baron 2000 écus, même s'il n'était pas reconnu prisonnier, l'envoyé de Paget a répliqué qu'en cette somme étaient compris 800 écus de dépenses et de prêts au nom de M. de Saint-BIancard et a promis de faire observer à Paget l'énormilé de la somme demandée. « De moy. Monseigneur, » écrit Selve, « j'estime par les termes que m'a tousjours tenuz ce roy et ledict Paget qu'ilz n'ont aulchune envye de laisser aller ledict baron qu'ilz n'ayent seureté de toute ladicte summe de sept mil escus et bonne partie dycelle en argent comptant, et tiens pour certain que sy les choses se passent entre les commissayres dez deux Magestez au gré de ceulx de deçà, ils seront gentz pour traieter ledict
[novembre 1546] M. DE SELVE 49
baron plus mal que jamais s'il est encores entre leurs mains dont il est en très grande crainte. » '^
« De Londres, ce aaw//-» doctobre y* xlyi, » Vol. 6, P 52, copie du xvi« siècle, 2 p. in-f°.
SELYE AU ROI.
49. — Londres^ 4 novembre. — Le 1®' novembre, Selve a eu audience Nouvelle du roi d'Angleterre, qui était encore à Windsor, et lui a fait entendre les d'Allemagne nouvelles contenues dans les dépèches du roi en date du 20 octobre. Le roi d'Angleterre en a paru peu content ou plutôt étonné, surtout de ce que le roi ait ordonné à Strozzi de quitter le camp des Allemands. Selve ayant répondu en prolestant de la sincérité du roi, le roi d'Angleterre lui dit qu'il se pourrait bien que le roi n'en mandât pas ce qu'il en pensait, ou que l'empereur, tout au moins, continuait à croire qu'il se mêlait des affaires des Allemands, à quoi l'ambassadeur a répliqué que si le roi tenait l'empereur pour son ennemi, il avait « de plus beaulx moyens de luy nuyre que d'envoyer deux centz mil escusauxallemantz». II demanda encore pourquoi le roi prenait tant d'argent aux foires de Lyon et faisait tant fortifier ses frontières. Pour que cet argent restât dans le royaume que le roi voulait défendre contre tous les assaillants, a répondu l'ambassadeur. « Il me dict que c'estoyt sagement faict, » continue Selve, « mais qu'il croyoyt plus tost que c'estoyt pour faire entreprinse du costé de Milen à ce prochain temps nouveau, et que l'on sçavoyt bien que vous teniez secrettement ung ministre en Allemaigne
pour solliciter les Allemantz d'y faire descente en cedict temps que
vous prétendiez droiet audict Milen et que vous ne seriez jamais content que vous ne l'eussiez. »
Après avoir rappelé au roi d'Angleterre les égards que le roi lui témoignait par le choix des commissaires chargés de vider les différends entre les deux pays, Selve s'est vu questionner s'il n'avait pas entendu parler de mariage. « Je luy dictz », dit-il, « que pourroyt estre que j'en auroys ouy parler et qu'il luy pleust me déclairer quel. Lors me dict que c'estoyt de madame dç Lorraine * veufve du feu duc. Je luy demanday avec quy, «^e qu'il ne me voullut dyre, me disant qu'il n'en sçavoyt rien. »
« Sire * je me suis suyvant vostre commandement informt* avec Recherche
de m«nu0-
1. Renée de Monlpensier, veuve d*Antoine, duc de Lorraine (i50S-13i4). G"t> Sf^cs.
2. Cette mention de recherches de manuscrits grecs opérées en Angleterre par les soins de François I«' est intéressante à constater. Le personnage nommé Olivarino dans celte dépêche, et Olivarius dans celle du 10 novembre, ci-dessous, était peutêtre un de ces copistes en titre comme ceux que Tévéque de Lavaur, frère d'Odet de Scivc, entretenait à Venise pendant son amt>assade de 1534 à 1547. (Léopold Delisle, te Cabinet des manuscril* de la Bibliothèque Nationaley t. 1, p. 153.) Comme on le voit par cette dépèche et par celle du 10 novembre, il avait parlé au baron de la (iarde des manuscrits de Plotin et de Damascius conservés à Oxford, et Fran-
Angliterre. — 4516-1549. \
Olivarino des deux livres dont il vouz a pieu m'escripre et ay trouvé ^qu*il ne sçayt poinct que Damascenus soyt en ce pays. Du Plautinus il ui'a dict qu'il est en la ville d*Auxfort en ce royaulme où il dict qu*il y ha plusieurs aultres livres singuliers, desquelz, Sire, j'essayeray de vous recouvrer une liste. Et quant au Plautinus je verrai sy je le pourray avoyr sans en faire requesle au roy d'Angleterre en vostre nom, laquelle touteffoys je luy feré comme vous me commandez sy besoingest. Bien est vray, Sire, qu'à peinne pourra l'on obtenir à mon advis de rien transporter d*ycy ; au moyen de quoy fauldra envoyer ung escripvain pour le faire transcripre, car il ne s'en treuve poinct icy. >* ,
u De Londres^ ce un** novefuhre v° xlvi. »
Le roi d'Angleterre Ta prié d écrire au roi qu'on avait arrêté à Turin « ung sien serviteur nommé le cavalier Boa, Albanoys * », pris alors qu'il passait son chemin, et depuis la signature de la paix.
Vol. 6, f* liîi, copie du xvi« siècle, 3 p. 1/2 in-f".
SELVE A L AMIRAL
NttMvfil»» M. — Londres, 4 novembre. — Selon les ordres contenus dans la dera-K««M». Qi^re dépèche du roi, il s'est enquis du but des armements maritimes du roi d'Angleterre, et les avis qui lui viennent confirment qu'ils ont pour objet rÉcosse, où chaque jour les Anglais subissent quelque dommage. « El de fraiche mémoyre », dit-il, « dict Ton pour vray qu'ilz ont pris ces jours oy cinq beaulx navyres angloys. Aulchuns m'ont dict qu'ilz sont en peinne par deçà d'une flotte qui estoyt allée en Irlande pour les pescheries et que pour ceste raison le roy d'Angleterre a faict armer et mectre lis navires en mer, ce que je ne croy pas et estime plus tost que ce soyt pour aller faire quelque entreprise sur le chasteau de Saint-André ou ailleurs en Escosse, à quoy d'ung aultre costé semble que le temps et saizon de l'armée répugnent fort, qui faict dyre à plusieurs que tous ces préparatifz qui se font maintenant fort grandz ne se mectront en œuvre qu'à ce temps nouveau auquel le bruict est que l'on fera grande entre-
cois I*'f ^"^ ""^ confusioa commise par celui-ci, avait parlé, dans sa lettre à fielve, de Plotin et de Damascêne. L'erreur ne fut éclaircie que par la suite. — Les manuscrits visés par Olivarino sont ceux des Ennéades de Plolin et des Principes de Damascius, que la bibliothèque de Corpus Cbristi Collège à Oxford avait acquis AU 1501 des héritiers de William Grocin, collectionneur célèbre du xv« siècle, el conservés aujourd'hui eucore dans celte bibliothèque. (N"» HT et 158. Coxe, Calaloous codicum ynss. qui in collei/iis aulisque oxoniensibus hodie adservantur, part IL) Le fonds grec de la Bibliothèque nationale ne contient aucun manuscrit susceptible d'être identifié avec les copies qui çiuraicnt été exécutées en cette circonstance. (Voir ci-dessous, 10 novembre.)
1. Le capitaine Bua, capitaine albanais passé du service du roi d'Angleterre au seryleê du roi de France, arrêté & Turin pour malversations. (Dépêche de Wotton à Paget, 28 novembre 1546, State Papen, t. XI, p. 358.)
[novbmbiik 1546] M. DE SELVE bl
prise et par mer et par terre sur ledict pays d'Escosse. Tant y ha, Monseigneur, que j'entendz pour chose certaine que lesdicts navires armés sont encores le long de ceste coste et que dès ceste heure se lièvent gentz publicquement et h son de tambourin tant icy que sur la frontière d*Ëscosse pour aller audict pays comme la criée porte; je ne sçay sy c*est pour dcffendre ou pour assaillyr. Et se donne comme l'on m'a dict grande provision pour les biscuitz et aullres victuailles et munitions. Le hérauld d'Escosse qui estoyt icy venu avec monsieur de Mandosse s'en retourna peu après vostre partement avec le sauf conduict qu'il demandoyt pour les depputez que les escossoys debvoint icy envoyer, lesquelz depuis, comme j'entendz, les escossoys n'ont vouUu envoyer, de quoy ce roy ainsi que Ton m'a dit se tient très mal content, estimant que par telle façon on lay voullu ou mespriser ou decepvoyr. Je viens tout présentement d'estre adverty que l'admirai d'Angleterre s'estoyt laissé entendre à quelques capitaines estrangers sez arays qu'ilz se tinssent prestz pour aller luy faire compaignye à servir ce roy en ladicte entreprise d'Escosse dedans cez prochaynes fesles de Noël. Et de mesme lieu ay en ceste mesme heure entendu que deux navires angloys ont depuis peu de jours trouvé moyen de s'approcher tellement du chasteau de Sainct-André qu'ils ont mictz des vivres et des gentz dedans. Je suys fort après à essayer de trouver moyen d'advertir l'ambassadeur du roy estant en Escosse, mais vous ne sçauriez croyre, Monseigneur, comme il est malaysé d exéculler icy telles entreprises, toulelToys je verray de satisfaire en cest endroyt à mon debvoyr et au commandement qu'il a pieu au roy de m'en faire et vous advertiray incontinent de l'ordre que je y auray donné. Ce qui me faict croyre, Monseigneur, que l'on se veult servir de cest admirai est que depuis peu de jours il^sl à la court où il n'avoy t esté il y ha plus d'ung moys à l'occasion d'ung soufflet qu'il avoyt comme Ton m'a dict donné en plain conseil à Tévesque de Wincheslre, je ne sçay pas bien pourquoy, à cause de quoy il ha esté fort empesché et en danger et à présent semble qu'on luy face bonne chère.
« Monseigneur, j'ay miclz gentz après pour descouvrir la vérité du Espion» voyage quy a eslé faict en Constantin *, mais il est malaysé d'en des- cotentïn? couvrir plus avant par le personnage qui en avoyt parlé au lieutenant du baron de Sainct-Blancquard, car il c'est mainclenant mictz au service de celuy que je vous mandoys avoyr faict ledict voyage, lequel l'a incontinent fort bien et honorablement vestu et mictz en ordre, mais d'allieurs ay je entendu que pour vray ledict maistre Myotys dont je vous mandoys a faict ledict voyage et esté presque tout le long de la coste de Normandye, visitant les portz et lieux de descente. Syj'en puis apprendre plus avant je ne fauldray d'en adverlyr le roi dilligemment. »
Les remontrances qu'il avait adressées au sujet du refus de libération