‹ Correspondance politique de Odet de SelveChapitre 69 sur 201 · NordlÎBgeD · texte numérisé non relu

NordlÎBgeD

[novembre 1546] M. DE SELYE 5$

advertissementz que l'on m*escript d*aillieurs portent le contrayre et qu'il hyvernera en Allemaigne. D'ugne chose vous veuil je bien advertir, que ce roy icy baille secrettement comme j'entendz environ cent mil escus aulx marchanlz de ceste ville pour les rendre et faire délivrer à Anvers dans la Chandelleur. Je ne §çay en quelles mains ne à quelle fin ladicte somme doibt estre distribuée^ et pourroyt estre que de là en pourries vous mieulx sçavoyr la vérité. Je ne veulx pas celer aussy qu'il n'importeroyt pas peu en la conduicte de ma charge de sçavoyr comme vous estimés que ceulx de deçà soint avec ceulx de delà, car de moy je ne sçay qu'en juger par paroUes ny démonstrations extérieures que oye et voye icy, car elles me semblent conclure quelquefoys à ugne fin et quelquefoys à ugne aultre, qui est tout ce que je vous puis dyre pour cest heure, sinon que les préparatifz se font icy grandz par mer et par terre pour mener, comme ceulx d'icy disent, la guerre contre Escosse. Et à tant, Monsieur, je feray fin, me recommandant humblement à voslre bonne grâce, priant Dieu vous donner bonne et longue vie. »

« De Londres^ ce un** novembre v xivi. »

Vol. 6, f» VA} vo, copie du xvi« siècle, 2 p. in-P.

SELVE AU ROI

52. — LondreSy i 0 novembre, — Selve a reçu le 7 la dépèche du roi en date du 29 octobre. Le lendemain 8 au soir, le roi d'Angleterre arriva à Westminster. « Et le lendemain ix™». Sire, qui feust le jour d'hyer, ledict seigneur print quelques préparatifz d'une médecine qu'il doibt ce jourd'hui prendre pour après se mectre en quelques baings dont Ton dict qu'il ha accousteumé d'user tous les ans environ ceste saizon. »

Le rôi d'Angleterre envoya Paget l'excuser de cet empêchement. Selve j^^ ^ m fit à cette occasion connaître à celui-ci les nouvelles qu'il venait de d*A]iemagn«. recevoir du roi au sujet des protestants d'Allemagne, ce dont Paget a remercié le roi au nom du prince son maître. « Après, Sire, » dit Selve, « me dict qu'il avoyt nouvelles de bon lieu que le roy des Roumains avoyt faict quelque assemblée de gentz et avoyt entrepris d'invader le pays de Saxe, et que le duc Maurice * qui a espousé la fille de TAnde^rave ' s'estoyt avec sa trouppe révolté contre les protestantz et mictz du costé dudict roy des Roumains contre ledict pays où il avoyt desjà faict quelque dommaige. Puis, Sire, me compta que le bruict cstoyt en Flandres que vous prépariez une grosse entreprise du costé de Luxembourg... »

« Sire, avant hyer arriva icy ung gentilhomme qui est à vostre ambas- j^oav«iiea sadeur résident en Escosse, lequel est venu par deçà en compnignie de d'Ecotte.

'4. Maurice, duc de Meissen, duc et électenr de Saxe (1548-1333), successeur de son cousin Jean-Frédéric, dépouillé de ses États en sa faveur. 2. Agnès, fiUe de Philippe le Magnanime, landgrave de Hesse.

Tpi IfÉGOCUTlONS DE [SOTEXMIE 1546]

dtmx ambai^sadeurs que la royne d'Escosse et le gouvemear envoyant Yen ee roy pour le faict de la eompréhensioQ qull vous ha plea faire dVaIx en vostre dernier traicté et anltres commissions qu*ilz ont charge de me communiquer, ainsy que ladicte dame et vostre dict ambassadeur m'ont mandé par ce gentilhomme, lequel. Sire, a charge de passer devers vous pour vous advertir des affa>Tes d*£seosse après que j'auray eommnnicqué avec lesdictz ambassadeurs et ven quel train leur négo* tiation prendra. Lesdictz ambassadeurs, Sire, sont maistre David Panier, premyer secrétaire d'Escosse et évesque de Rosse *, et maistre Adam Hotboume ', lesquelz sont demeurés à \III on XIllI milles d*icy en attendent que leurs logeis feussent faictz icy où je pense qullz seront anjourd*hny. Sire, à ce que j*ay entendu tant par ugne instruction lecrette que porte le snsdict gentilhomme que par ses propoz, il semble que la royne et vostre ambassadeur ont defliance dudict évesque de Rosse qui est facture du gouverneur et qu'ilz craignent qn il ayt quelque charge dudict gouverneur particulière et secrette, oultre celle qu'il ha du conseil et du pays coromugne avec son compaignon, et m'a dict cedict gentilhomme que le gouverneur seul, au grand regret de ladicte dame et de tout le conseil, a mictz ledict personnage en ceste commission "

« Sire, à ce que j ay entendu par cedict gentilhomme, il y ha envyron XVIII jours qu'ilz sont partis d'Escosse et lors le chasteau de Saînct- André estoyt tellement assyégé qu*il est impossible qu'il puisse estre secouru par mer quelque chose que l'on ayt dict par de<^a. Et avoyt dès ledict temps le gouverneur faict miner jusques au pied d'ugne tour par où il esperoyt le prendre, combien que ceulx de dedans essayoint de contreminer et ne faisoint pas semblant d'avoyr grand peur. »

" De Londres, ce a— novembre .v v- x/A'i. »

in^f^t^gréhê " S*"*^ '» j^ vous escripvis dernièrement que OHvarius ne sçavoyt dt m^poft- poinct que Damascenus feust en ce pays et ainsy me l'avoyt dict, mais depuis en devisant ensemble il s'est advîsé qu'il avoyt nommé à monsieur de la Garde dernièrement qu'il estoyt icy Damascius et que l'on avoyt pris Tung pour l'aullre en la lettre qu'il vous a pieu m'escrire. J'ay parlé à monsieur de Winchestre qui est fundateur à cause de son évesché du collège où sont les livres que vous demandés, qui m'a promictz,

1. David Paniter, évoque de Ross (1345-1558), naguère ambassadeur d'Ecosse en Allemagne.

2. 8ir Adam Otlcrburn, seigneur d'Auldham et de Reidhalte, prévôt d*Édlroboarg. .1. La bibliothèque de Corpus Christi Collège avait eu pour fondateur Richard Fox,

évéque de Winchester (1500-1528), évéché dont les titulaires se trouvaient protecteurs de ce collège. Le catalogue dont Sj^Ive parlait dans sa drpôcho du 4 novembre, parait avoir été remis à l'ambassadeur pour être corrigé en France : aucune trace n'en est conservée dans la correspondance des ambassadeurs de France en Angleterre.

[NOVEMBas 1546] M. DE SELYE 55

Syre, pour l'honneur de vous, de les envoyer quérir ensemble la liste de tous ceulx qui peuvent estre audict collège dont il me baillera ugne coppie. Bien est vray, Sire, qu'à ce que je voy Ton ne les laissera transporter d'ycy où il fauldra que Vostre Majesté envoyé quelchun pour les transcripre. S'il vous plaisoyt par vos premières lettres me commander de dire quelque mot audict évesque par où il peust congnoistre que vous luy sçavés gré de ce que je vous escriptz, cela, Syre, luy donneroyt ung grand coup d'esperon pour vous faire service en cest endroict. >»

Vol. 6, f» 57 v», copie du xvi« siècle, 3 p. 1/2 in-P.

SELVF. A l'amiral.

53. — LondreSy i 0 novembre. — En écrivant la dépèche au roi, Selve a été averti de l'arrivée des ambassadeurs d'Ecosse à Londres et a envoyé vers eux leur faire ses offres de bon service. Ils essayeront de parler le lendemain au roi d'Angleterre et feront savoir à l'ambassadeur le résultat de l'entrevue. Olterburn lui a mandé que « s'il se pouvoyt desrober de son compaignon », il viendrait parler à Selve qui en avertira le roi.

« Au surplus, Monseigneur, il court icy ung grand bruict de quelques dissention et mutations d'estatz entre les principaulx de ce royaume. Et m'a l'on asseuré qu'il feust avant hyer commandé tant au mayre de ceste ville * qu'à certains aultres magistratz nommés Justice à Payx qui ont leurs jurisdictions divises par les provinces de ce royaulme de s'enquérir secrettement de tous ceulx qui tenoint propos de trahison contre ce roy ou qui sçavoynt que Ton eust parlé ou conspiré quelque chose contre luy, ce quef je vous dictz pour ne vous rien celer et non pour vous en asseurer comme de chose certaine. »

Il n'a pu encore envoyer personne en Ecosse et va s'occuper de chercher à prix d'argent quelque moyen de faire passer et repasser la frontière aux paquets du roi, précaution de grande importance au cas où la guerre viendrait à éclater entre anglais et écossais.

« De Londres ^ ce x-' novembre y* xlvi, »

Vol. «>, r î)0, copie du xvi* siècle, 4 p. 1/2 in-f.

selve: au marëcual du biez.

64. — Londresy 1 0 novembre. — Selve avise le maréchal du Biez de l'arrivée à Londres du roi d'Angleterre, qui en était absent depuis trois mois et va repartir, dit-on, pour Oatlands; il lui fait part de la venue

1. Sir Richard Gresham. lord maire de Londres, de 1537 à !W8,

56 NÉGOCIATIONS DE [kOVBMBRE 1546]

des ambassadeurs écossais et de la continuation des préparatifs de guerre contre TEcosse.

« De Londres y ce x^* novembre v« xlvi, »

Vol. t>, f 60, copie du xvr siècle, !/2 p. in-f».

SELYE AU ROI.

Affaire 55. — Londre$, 15 novembre. — Selve a écrit au roi le 10 et n'a rien d« s*[n°- ^ ^"i tnxTQ savoir sinon ce qu*il plaira au roi d'entendre par le baron de Biancnrd. Saint-Blaucard, qui dit avoir des choses de grande importance à confier *.

« De Londres y ce xi"* novembre v^ xlvi. » Vol. 6, fo CO, copie du xvi" siècle, 1/2 p. in-f^.

SELVE A l'amiral.

56. — Londrc&y lô novembre, — Le baron de Saint-Blancard renseignera Tamiral de vive voix. « Au surplus, Monseigneur, je vous envoyé par ledict seigneur de Sainct-Blancquard ugne douzaine et demye de chaussettes dont la demve douzaine me semblent bien courtes encores qu'elles soint des plus longues que les femmes usent en ce pays ainsy que l'on m'a dict, et les autres qui sont plus longues me semblent si large» qu'à peine les femmes s'en pourroint servir qui est la cause qui m*a gardé de vous en envoyer davantaige, ce que touteffoys je feray sy vous trouvés celles-là telles que vous les demandés. »

« De Londres^ ce xv novembre paavy. >»

Vol. G, f*» 60 v*», copie du xvi« siècle, 1/3 p. in-P.

SELVE AU ROI

57. — Londres, I 7 novembre. — Selve a reçu le 14 la dépêche du roi en date du 4, et depuis, selon les ordres du roi, s'est rais en peine de savoir le montant exact, la destination et l'emploi de l'argent envoyé d'Angleterre à Anvers; l'ambassadeur du [roi en Flandres, auquel il a écrit, en fait autant de son côté. Cette somme est de 40 000 livres sterling qui valent 100 000 écus : elle doit être rendue à Anvera à la fin de janvier ou au commencement de février. Elle a été remise, en partie entre les mains d'un grand nombre de marchands anglais, et, pour cinquante mille écus^ entre les mains de marchands italiens de Londres que le roi

1. II faut admettre que le baron de Saint-Blancard se rendit en France sur paroJe et revint se constituer prisonnier, puisqu'on le retrouve présent à Londres plus lard, et quMl parait n'avoir définitivement quitté l'Angleterre qu'au milieu de janvier. (Selve au roi, n janvier.)

[novembre 1546J M. DE SELVE 57

d'Angleterre a été contraint d'employer malgré lui : les deux marchands qui reçoivent Targent à Anvers sont « maistre Thomas Chamberlan * raaistre des marchantz angloys qui trafOqucnt en Flandres » et « maistre Domrysel ' ». Quant au troisième point, l'emploi de cet argent, Selve ne peut faire que des conjectures.

Gomme le roi l'estime, ce ne peut être pour secourir les protestants, vu la saison et les démonstrations qui se font journellement à l'ambassadeur de l'empereur. Il est faux, d'après les ayis recueillis par de Selve, que ce soit pour payer les dettes du roi d'Angleterre : celui-ci a emprunté à Anvers pendant les dernières guerres, mais le remboursement a été effectué depuis la paix. L'hypothèse d'un secours destiné à l'empereur n'est pas plus admissible. Reste la supposition d'achat de munitions, qui est la plus vraisemblable.

« Sire, s'il vient à propoz de parler de la capitulation, je ne fauldray d'en dire ce qu'il vous ha pieu me commander. Au demeurant, Sire, le roy d'Angleterre partist avant hyer de ceste ville pour aller à Ottelan et ne se sçayt le temps de son retour. Et hyer me vindrent veoyr les ambassadeurs d'Escosse qui n'ont encores sceu avoyr audience dudict seigneur ne d'homme de son conseil et sy ont esté et sont assés mal recueillis et traictéa en ce pays ainsy qu'ilz m'ont dict et que je me suys apperceu depuis qu'ilz sont icy. Vray est, Sire, qu'ilz n'attendent pas mieulx que ce roy n'aist heu nouvelles de l'exécution qu'auront faict douze navires portantz environ cinq mil hommes de guerre qu'il a envoyés au secours du chasteau de Sainct-André et partirent d'ung port d'Angleterre nommé Germut ' sabmedy dernier XIII® de ce moys. » Il n'a pas voulu retenir plus longtemps ce porteur^qui renseignera le roi sur le reste.

<( De lA>ndres, ce x vif novembre v XLVi. » Vol. 6, fo 60 v*», copie du xvi* siècle, i p. in-P.

SELVE A l'amiral.

58. — Lonfirr»Sy 17 novembre, — Selve a reru le 14 la dépêche de Nouvelle» l'amiral en date du 3. Il adresse à l'amiral le double d'un mémoire qu'il d'BcMw. envoie par exprès à l'ambassadeur du roi en Flandre, et dans lequel il satisfait aux questions du roi.

Les ambassadeurs d'Ecosse, « qui sont deux personnes de bon esprit », sont venus le voir hier. Selve les a assurés de la protection que le roi entendait exercer sur l'Ecosse et les a remerciés de leur fidélité au roi.

1. Thomus Cbaoïbcrlain, lilulaire de la charge de prévùl des marchands anglais d'Anvers, en fonctions dès 1545. {State Papers, Index of Persons.)

2. WiUiam Daaaesell, charo^é de missions particulières en Flandre, dès 15 i5. {State Papers, t. X, p. 214)

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