Yarmouth
Ceux-ci se sont excusés du retard de leur visite : ils avaient craint qae le roi d'Angleterre ne leur reprochât d'avoir vu Tambassadeur du roi avant lui, et pourtant ils n*ont pu obtenir audience. « Et leur avoyt Ton faict excuse sur quelque indisposition dudict seigneur, lequel toutefToys s'en estoyt allé aulx champs les laissant icy, et que de là ilz prenoiot argument qu'il ne les voulloyt ouyr qu'il n'eust quelque nouvelle du •chasteau de Sainct- André. » Selve leur a communiqué les réponses faites dernièrement par le conseil du roi d'Angleterre aux articles portés par M. de Mandosse, réponses dont il envoie copie à l'amiral. Ils ont déclaré pouvoir y satisfaire. Ils ont avec eux « la procuration que ceulx cy demandent pour leur présenter les lettres de l'acceptation f aie te par la royne et pays d'Escosse de la compréhension en la paix », et, en outre, <c semblables lettres patentes de ladicte acceptation que celles que porta monsieur de Mandosse ». Quant aux accusations de pillage de la part des Écossais, ils ont charge d'offrir reslilulion de toutes les déprédations faites depuis la compréhension, si les Anglais consentent à la réciprocité. Enfin les ambassadeurs ont prié Selve de remontrer au conseil du roi d'Angleterre qu'il n'était pas raisonnable de déclarer la guerre poar des déprédations faites par des particuliers, ce que Selve n'a pu leur refuser et ce dont il parlera demain au chancelier et au conseil.
« Ainsy que lesdictz ambassadeurs se départoint de moy, raaistre Adam Hotbournc, l'unz d'iceulx, me dict en latin en l'oreille qu'il voulloyt parler à moy sans tesmoings et je luy dictz que je le voulloys bien; je ne fauldray d'adverlir le roy que ce sera, mais que je l'aye sceu.
« Monseigneur, c'est chose certaine que les préparations des choses nécessayres pour la guerre se font icy si grandez que je ne puis penser <iue pour la guerre des escossoys il feust besoing les faire telles s'il n'y avoyt aullre chose, mais je croy que ils ont envye de faire quelque aultre entreprise ou bien ont peur que l'on la face sur eulx; je ne sçauroys bonnement dyre lequel c'est. L'on faict par ceste ville bruict que le secours de ce roy est entré dans le chasteau de Sainct- André et que le filz du roy d'Annemarch * espouse la royne d'Escosse *, mais j'estime faulx et l'ung et l'aultre comme font plusieurs aultres. »
« Londres^ ce avy/- luwmhre v xlxi, »
Vol. (), r> 6i, copie du XVI'' siècle, \\ p. I/â ln-f«.
SELVE AU ROI
59. — Londres^ J S novembre, — Selve a écrit au roi le 17 par un gentil' homme de l'ambassadeur du roi en Ecosse et l'avise qu'il écrit présente-
1. Frédéric, flls de Christian III (1534-1359 , roi lui-même sous le nom de Frédéric Il (1559-1588).
2. Marie de Lorraine, fille de Claude, premier duc de Guise, veuve en premières noces de Louis, duc de I^ngueville, et en secondes noces de Jacques V, roi d'ÊcMse.
[novembre 1546] M. DE SELYE 59
ment à l'amiral au sujet d'une importante affaire . « Les ambassadeurs d'Escosse m'ont cejourd'huy adverty que le roy d'Angleterre leur ha assigné Taudience à dimanche prochain * à Ottelan où il est de présent. Auquel lieu, Sire, j'envoye demain ung de mes gentz porter ugne lettre que j'ay escripte à Paget à la roqueste desdiclz ambassadeurs, de laquelle, Sire, je vous envoyé la coppie *, vous advisant que j'ay tenu cejourd'huy les mesmes propoz contenuzen ladicte lettre au chancellyer d'Angleterre, lequel enfin m'a dict, Syre, qu'il ne pensoit ni sçavoyt que les gentz qui estoint sur les navyres du roy son raaistre eussent charge de faire descente en la terre d'Escosse combien qu'il ayt voullu soustenir avec d'assés foybles raysons qu'il se peult licitement faire. »
<( De Londres f ce av///- novembre m p a'av/. » Vol. 6, f° 66, copie du xvi« siècle, !/2 p. In-f».
SBLVli: A L AMIRAL.
60. — Londres^ î 8 novembre, — « Monseigneur, depuis la despeche Espioi» que je feiz hyer au roy il m'a semblé que je debvoys faire encore la pré- ^^tentin" sente en dilligence pour Fadvertir que le baron de Saint-BIancquard me vient tout maintenant dédire qu'il trouva hyer un jeune gentilhomme de Normandie, qui ne faisoyt qu'arriver et disoyt àN... ^ en présence dudict baron qu'il congnoissoyt qu'il venoyt de Dieppe où le vicomte l'avoyt faict mectre prisonnier pour ce qu'il estoy allé visitter le chasteau et forteressez de Dieppe avec quelques Angloys en sa compaignye et depuis l'avoyt faict eslargir par la ville, au moyen de quoy il s'en estoyt venu icy trouvant ung navire angloys à propoz qui s'en venoyt, requérent ledict N... de le faire parler à ce roy et qu'il y avoyt plus d'.ugne vingtaine de gentilshommes en Normandye qui avoint bonne voulunté de luy faire service dont il luy portoyt les noms et que le voyage que maistre Myolis y avoyt faict ne luy avoyt pas servy de peu. Lequel propoz il continua jusques là parce que ledict N... l'entretenoyt sans faire semblant de se deflier dudict baron auquel il voulloyt bien laisser entendre ce propoz luy en ayant tenu beaucoup d'aultres, à ce que ledict baron m'a récité, en termes ung peu généraulx qui sont que ledict N... désire fort que le roy entende qu'il luy ha esté tousjours et est encores bon serviteur, et qu'il
i. Dimanche 21 novembre.
2. Celte lettre de Selvc à Paget, datée du 18 novembre, est publié dans les State Papers, t. XI, p. 348.
3. Berteville, dont il a déjà été parlé. (Selve à Tamiral, 14 septembre.) Dans toute ^ette dépêche, son nom, originairement, écrit en toutes lettres, est effacé et remplacé partout par la lettre ou le chiffre N... La rature, très épaisse, a évidemment pour but, non pas la correction d*une erreur, mais Tintention de cacher un nom imprudemment écrit. Dans celle du 25 novembre, on ne rencontre plus que le chiffre N..., sans correction préalable.
60 NÉGOCIATIONS DE [novembrb 1546]
ha des choses à iuy faire eolendre de la plus grande importance qu il est possible, et qu'il y ha ung grand personnaige de delà qui adverlisi deçà et duquel le serviteur va et vient ordinayrement delà icy secrettement et passe et râpasse par la Normandye el s'embarque et désembarque là, et que sy Ton veult il mettra le doigt dessus de sorte que Ton ne sçauroyt faillyr à le trouver, oultre, que sy Ton veult qu'il gaingnera ung clerc du premier secrétaire * par lequel Ton sçaura toutes les affayres de deçà, qui sont propoz que ledict baron m'a récités Iuy avoyr esté dietz
ainsy en Tayr sans Iuy rien spéciffier Il y ha assés longtemps qu'il
m'a semblé que ledict N... avoyt envie de m'aborder et que j'ay pour vous dire vérité tousjours évité le plus que j'ay peu ne sçachant comme le roy le prendroyt... Je n'ay pas eu loisyr de sçavoyr le nom de ce jeune gentilhomme qui vient de Dieppe, mais à ce que j'entendz il n'a pas plus de XX ans ou XX et ung an et est assés grand et fort beau et se dict parent de N... et dict Ton que son père qui se tient en Normandie est riche de deux ou trovs M livres de rente. 11 est venu asses mal vestu de save el cappe comme j'entendz, mais les accoustrementz^de dessoubz et le bonnet monstrent qu'il a accousteumé d'aller bien en poinct, et a six valletz, icy après Iuy, et doibt ainsy que Ton m'a dict retourner bien tost en Normandie, je ne sçay en quel port il yra descendre. Voylà tout ce quej'en sçay, et vous pouvés asseurer, Monseigneur, que sy j'en puis apprendre davantaige que je ne garderay pas ugne heure au roy telles nouvelles, car je seray en perpétuelle inquiétude jusques à ce que je voye ceste nuée esclarcye. En quoy, Monseigneur, il est grand besoing d*user d'extrême dilligence deçà et delà et de silence encores plus que de nulle aultre chose, lequel, Monseigneur, il fault bien commander à ceulx par les mains desquelz cest affaire passera, mesmement sy l'on veult servir dudictz personnaige qui est deçà *... »
« De Londres, ce xviii^* novembre v"»^ xivi. »
« Monseigneur, je oublioys à vous dire que celuy qui s'offre tant à faire service a compté que le secrétaire de l'ambassadeur de l'empereur qui est icy résident ne faisoyt que de revenir du camp dudict seigneur empereur et avoyt passé par celluy des protestantz soubz tiltre de serviteur de ce roy. >►
Vol. 6, f° 02 v*>, copie du xvi« siècle, 2 p. !n-P.
SELVB AU ROI.
61. — Londres^ 25 novembre, — L'évè(juc de Ross, un des ambassa-
NouTeUes dcurs d'Écossc, est venu le jour précédent trouver Selve et lui a raconté
son entrevue du dimanche dernier ' avec le roi d'Angleterre. Le roi s'est
i. Sir William Paget, premier secrétaire d*État.
2. Cette afTaire assez obscure remplira plusieurs dépêches sans être éclaircie.