Andrew Dudley, mentionné plus haut
2. Tout ce courrier de Selve, en date du 27 mars (dépêche au maréchal du Biez» dépêches au roi et à l'amiral enfermées dans le même paquet à l'adresse de ramiral), fut saisi et intercepté. Il avait été confié par l'ambassadeur à Jean Le Roy, sujet français se rendant de Londres à Calais, qui fut arrêté à son débarquement par sir Richard Cavendish, capitaine anglais du fort de Blackness. La dépêche de Selve à du Biez, qui était chilTrée, fut néanmoins lue en partie par sir Richard Cavendish, qui reconnut qu'il y était question de la mort de quelqu'un qu'on espérait n'être pas vraie. Le Roy fut successivement envoyé de Blackness à Calais et à Ambleteuse, où il fut remis en liberté et recouvra ses dépêches. (Dépêche de lord Stourton. gouverneur d'Ambleteuse, au conseil privé, du 2 avril, Calendar ofSi.P., Edward Vly Calais Papers, p. 323.)
[mars 1547 M. DE SELYE 123
SELVE AU ROI
141. — Londres^ 31 mars. — Depuis le départ de M. de la Garde, Selve a écrit les 16, 18, 21 et 27 mars. L'avant-veille, Tambassadeur d'Ecosse est venu lui annoncer l'arrivée d'un courrier. « Et hyer au soyr fort tard. Sire, iedict ambassadeur m'envoya un petit escript en latin qui est encloz en la présente par lequel. Sire, Yostre Majesté pourra veoyr que selon cela ceulx du chasteau de Sainct-André ont aussy bien gardé la foy qu* ils ont donnée pour la restitution dudict chasteau comme ilz feirent celle qu'ils donnèrent au feu cardinal qu'ils tuèrent. Toutesfois sy ainsy est qu'ilz ayent tout à plat refPuzé ladicte restitution et qu'il n'y eust aulcune espérance, je croirois, Sire, que vostre ambassadeur ou le sieur de Combatz vous en avoint adverty à toute dilligence par la voye de deçà ou par celle de la mer ^ »
« Sire, Iedict ambassadeur d'Escosse, avant hyer qui me vint veoyr, NourcUes ne me compta aultres nouvelles sinon qu'il avoyt tant faict avec le pro- d^oosM. tecteur que l'abbé escossoys qui a esté prins dans le Lyon d'Escosse avoyt en congé d'aller de jour par cesle ville où bon luy sembleroyt avec gardes, à la charge de se rendre le soyr à coucher à la Tour. Après m'a dict qu'il entendoyt que la royne d'Escosse et le gouverneur ne se pouvoint bien accorder et que le gouverneur foisoit toutes les menées qu'il pouvoyt pour faire condescendre les seigneurs du pays au mariage de la petite royne avec son fils et que sy ugne foys il avo^i. peu gaigner ce poinct de la faire trouver bon ausdicts seigneurs qu'il vouldroict avoyr la garde de la personne de ladicte dame et feroyt tant qu'il l'auroyt et que c'estoyt chose à quoy la royne ne consentiroyt jamays qu'audict mariage. Je luy dicts que encores que ladicte dame l'eust à contrecœur, toutesfois qu'il me sembloyt que pour le bien des affayres du royaulme de sa Glle et pour le repoz d'elle et de sadite fille et maintenir les seigneurs en union ce qui estoyt fort requis en ce temps il n'estoyt pas bon qu'elle fust semblant d'avoyr ce mariage sy peu à gré et que de là par adventure venoyt que Iedict gouverneur faisoyt et feroyt des menées qu'il ne feroyt paz sy elle luy laissoyt tant seullement espérer pour l'advenir quelque chose d'elle en ce faict là, ce qui se pouvoyt ce me sembloyt prudemment et dextrement faire sans s'obbliger en rien de la moindre paroUe ou proumesse du monde. A quoy, Sire, il m'a réplicqué qu'elle ne le feroyt jamays et qu'il luy sembloyt qu'elle avoyt raison et qu'il n'estoyt pas bon de laisser continuer de sy vagues espérances audict gouverneur et que c'estoyt ugne folle fantaisie que luy par le conseil d'aulcuns s*es(oyt mise en la teste et que le plus tost que l'on luy pourroyt oster estoyt le meilleur, a De Landres, ce dernier mars vxLvr, »
Vol. 6, f» 146 v% copie du xvi« siècle, 2 p. in-f°.
t 1. Voir ci-dessus, dépêche du ii janvier.
SELVE A L'AMIBAL.
Bniit 142. — Londres^ 31 mars. — C'est la cinquième fois que Selve écrit
de Umort ^^ j.qJ g^ ^ l'amiral, depuis le départ de M. de la Garde, sans recevoir
Françoit I". de réponsc. « L'on faict icy courir ung bruict que l'empereur envoyé
• par deçà monseigneur de Grandvelie * ou quelque aultre grand person-
naige vers ces seigneurs. Et croy que ledict bruyt vient des impériaulx
qui ne faillent pas de semer icy tous les jours d'aullres plus fascheuses
nouvelles et qui me mectent en très grande poyne encores que je ne
les croye paz et que je les tienne pour mensonges dont ilz ne cessent
d'abrever ces seigneurs de deçà. »
« De Londres^ ce dernier mars v xlvi, » Vol. 6, fo 117 v®, copie du xvi« siècle, 3/i p. in-P.
SELVB AU ROI.
NouTeiies ^43. — Londres, /" avril. — Le protecteur a envoyé ce jour même d'écosM. 4 Selve un secrétaire du conseil pour se plaindre que des navires écossais chargent à Dieppe et au Havre des vivres, des munitions et des gens de guerre français pour venir attaquer les anglais. « Encores depuis peu ilz ont eu advertissement de leur gardien des marches et frontyères du costé d'Ëscosse aulx parties Oest * que les escossoys ont faict ugne course et invasion sur ladicle frontyère où ils ont bruslé et pillé quatre ou cinq villaiges, et estoint comme ilz ont oy dire à aulcuns en numbre de bien VllI ou IX*" hommes dont toutesfois ilz n'ont paz eu encores bien certain advertissement quant audicl numbre, et que ce sont choses trop insu portables '. »
Selve a répondu qu'il en avertirait immédiatement le roi, mais qu'il pourrait répliquer de par lui-même que le roi ne contrevenait en rien à l'amitié jurée en laissant les écossais se procurer à prix d*argent des munitions dans ses ports, et d'ailleurs que si les écossais commettaient <les pillages, il fallait « gaVder la forme du traicté de Tan Vc XV ». Le secrétaire ayant observé que dans le dernier combat naval les écossais avaient été les agresseurs, et que Selve, s'il était anglais, saurait bien qu'en dire, « je luy ay dicl, » écrit l'ambassadeur, « que je ii'estoys
1. Nicolas Perrenol, seigneur de Granvelle, garde des sceaux de Tempcreur, mort en J5o0, père du cardinal.
2. Sir Thomas WartUon, lord Warthon, gardien des marches occidentales dTcosse, de 1537 à 1548.
3. Détails sur cette alTaire dans la dépêche de Selve du 14 avril et dans la dépêche du conseil privé à WoUon du 12 avril. {Calendar of St. P., EdwaM VI, p. 15.) Ce premier fait de guerre fut relevé soigneusement par le gouvernement anglais et il y sera fait dans la suite de cette correspondance de nombreuses allusions.
ny angloys ni escossoys et que j'estoys françoys et partant moins partial et passionné en cest afTaire que iuy qui penseroyt tousjours avoyr raison encores qu*il soubstint ugne maulvaise cause pour sa nation...
c( Sire, il est grand bruict en ceste cour de deçà que voz gallayres et navyres se préparent en grande dilligence, et semble que ces seigneurs pensent que de vray il soit ainsy, car de leur costé ilz font grande dilligence de préparer tous leurs navyres de guerre. Et se dict en plusieurs cndroicts par le commun peuple qu'à l'occasion de ceste dernière prinse qui a esté faicte sur les escossoys il y aura guerre. Depuis laquelle prinse j*ay entendu que lesdicts escossoys ont bien prins XY ou XYI navyres anglois chargés de marchandise...
« Sire, je viens d'entendre que ces seigneurs de deçà disent avoyr adverlissement certain que le baron de Sainct-Blancquard et son lieutenant le capitaine Pierre s'en vont avec quelques gallayres et aultres vaisseaulx en Escosse et qu'ils donnent ordre de les faire guetter aulx passaiges. »
« De Londres^ ce premier cTapvril y^XLVi avant Pasques, »
Vol. 6, P i48, copie du xvi* siècle, 3 p. i/4 In-f*.
SELVE A l'amiral.
144. — Londres, i" avril. — C'est la sixième dépêche que Selve envoie tant au roi qu'à l'amiral sans avoir encore de réponse. « Seullement vous diray que ce prisonnier espaignol dont je vous ay par deux foys escript est revenu cejourd'huy à moy sçavoir si j'avoys poinct de responce dé vous. Et m'a dict qu'il venoyt d'arryver ung courrier de rempereur qui faisoyt ledict seigneur bien puissant en Allemaigne et SCS affaires en fort bon état. Après m'a demandé sy je sçavoys où estoyt allé Paget qui est party d'icy depuys quatre ou cinq jours. Je Iuy ay dict que j'entendoys qu'il estoyt allé en une sienne maison. Et Iuy m'a réplicqué qu'ainsy le disoyt l'un par tout, mais que quelques Espaignols Iuy avoint asseuré qu'il estoyt passé delà la mer pour aller en France ou en Flandres. Oultre m'a dict ledict Espaignol qu'il y avoyt icy ung cappitaine biscayn qui avoyt esté aultres fois au service de l'empereur et avoyt charge d'ugne des^ gallayres d'Espaigne soubz dom Bernardin de Mandosse *, quy estoyt ung fort vaillant homme et entendu en la marine où il avoyt esté nourry toute sa vie, et avoyt esté prins par le feu roy d'Angleterre pour Iuy faire faire quatre gallayres dont il Iuy proumectoyt Iuy donner la charge, et à présent qu'il se veoyt sy mal traicté par deçà qu'il avoyt envye de faire à ceulx de deçà quelque bon tour en récompense et de trouver moyen de leur emmener leur
1. Bernardine de Mendoza, frère de Diego Hurlado de Mendoza, ambassadeur de rempereur à Venise et à Rome.
126 NÉGOCIATIONS DE [avhil 1547]
gallayre et s'en aller au service du roy ou des escossoys, et qu'il estoyt homme qui pourroyt beaulcoup faire de service au roy et à ung besoing luy fineroyt de cinquante ou cent bons navyres biscayns en despit de Tempereur quand il vouldroiet pour le crédit qu'il a en Biscaye. » Selve ne lui a répondu que par des conseils de prudence.
Un marchand français a entendu dire au courrier de l'empereur qui vient d'arriver « que l'on avoyt faict l'empereur bien petit, mais que il monstreroyt bien tost qu'il n'estoyt sy baz que l'on disoyt ». L'ambassadeur d'Ecosse lui a assuré que le bruit d'incursion écossaise dont on a parlé à Selve était faux.
« De Londres^ ce /*' apvril v xlvi avant Pasques. »
Vol. 0, f° 1 i9 V®, copie du xvi« siècle, 2 p. in-f®.