SELVE AU ROI UENRI II
Mort de 145. — LondveSy 3 avril, — « Sire, j'ay cejourd'huy reçeu la lettre
itaWiMmeni ^"'*^ ^ P'^^ ^ Vostrc Majesté m'escripre du premier de ce moys et par
de icelle entendu la piteuse nouvelle du trespaz du feu roy à qui Dieu
"® "■ pardoint, auquel, Sire, j'ay infiny regret et desplaisir d'avoyr esté sy inutilie serviteur que je confesse luy avoyr esté depuis le temps qu'il luy avoyt pieu me faire cest honneur de m 'employer en son service duquel ne me pouvant estre acquitté comme ung sy grand et sy digne roy et raaistre méritoyt, et n'ayant en cest heur de réparer et amender les faultes en son endroict, il ne me reste, Sire, que ung seul moyen de pouvoyr en cela aulcunement satisfaire à mon debvoyr qui est d'en demander pardon à Dieu et à vous, Sire, le suppliant de me faire la grâce de vous pouvoir faire service qui vous soyt agréable aulx endroict» où il vous plaira vous servir de moy, auxquelz, Sire, j'espoyre pour le moins vous rendre l'humble et fidelle subjection et obéissance que je vous <loy, de quoy, Sire, vostre bon plaisir sera croyre mon frère porteur et des aultres choses concernantes Testât de voz affayres du costé de deçà dont il vous rendra compte. Sire, etc. »
[« De LondreSy ce m^ apvril v^XLVfi, »] Vol. 0, f» loO v°, copie du xvi« siècle, 3/i p. in-f*».
SELVB A L^AMIRAL.
146. — Londres, 3 avril. — « Monseigneur, puis qu'il a pieu à Dieu que je soys outre inûnitz aultres qui vallent mieulx que moy sy malheureux d'avoyr perdu ung sy grand maistre qu'estoyt le feu roy, à qui Dieu pardoint, avant quasy qu'il me congneust ne que je luy eusse faict
i. Mort de François I", 31 mars 1547.
[aykil 1547] M. DE SELVE 127
service que de voalenlé, je ne sçay à quoy me consoller sinon à prier Dieu tant que je vivray pour Tàme dudict feu seigneur, auquel ne pouvant demander pardon d'infinies faultes que je luy puis avoyr faictes en son service auquel il vous avoyt pieu de me mectre, il fauit que je le demande à Dieu et après Dieu au roy qui est à présent et à vous, Monseigneur, qui les aviés congneues et supportées par vostre bénignité plus et mieulx que je ne mérite, vous suppliant très humblement. Monseigneur, qu'il vous plaise de m'estre pour Tadvenir tel seigneur qu'il vous a tousjours pieu de me eslre que de moy je vous suis et seray tant que je vivray aussy humble et fldelle serviteur comme je y suys et m y sentz très obligé. Monseigneur, etc '. »
« De Londres y le iw^* apvril vxzv//. »
Vol. 6, f® 11)1, copie du xvi® siècle, 3/i p. in-f<».
SELVE AU ROI
147. — Londresy 5 avril. — Selve a eu ce jour même audience du roi d'Angleterre et du protecteur et s'est chargé pour eux de ce que le roi lui prescrit par sa dépêche du i". Le roi d'Angleterre lui a fait répondre, «( parce qu'il ne parle encores guères bien françoys, qu'il avoyt beaulcoup perdu, car il avoyt perdu deux pères l'ung après Taulire, toutesfoys qu'il estoyt grandement consolé d'entendre la bonne disposition de Sa Majesté envers luy et qu'il esperoyt de son costé donner occasion de la continuer et augmenter ». Quant au protecteur, Selve a jugé bon de lui parler à part. Celui-ci lui a dit ensuite « que il avoyt nouvelles d'Aile- Nouvelle» maigne *, lesquelles portoint que l'empereur faisoyt venir gentz de guerre ^'Allemagne. de tous costés et se renforçoyt tant qu'il pouvoyt, qu'il avoyt révocqué de Francfort monsieur de Bures parce qu'il l'avoyt trouvé ung peu affectionné à ceulx de la ville pour le bon traictement qu'ilz luy ont faict sur lesquels il luy avoyt commandé lever la somme de cent cinquante mil florins, ce que ledict sieur de Bures avoyt différé de faire alléguant des difficultés à la levée de ladicte summe, au moyen de quoy l'on en avoyt donné la charge à ung aultre et de luy l'empereur l'avoyt envoyé à rencontre du Langrave duquel il ne voulloyt recepvoyr aulcunes conditions ne cappituiations de paix. Quant au duc de Saxe... que par lesdictes nouvelles il estoyt bien fort en la campaigne et que ses affaires prosperoint, et que du costé de Bohême mesmement ilz alloint fort bien d'aultant que
1. Celle dépêche du 3 aTrii est la dernière que Tambassadeur ait eu à adresser à Claade d'Annebaut, amiral de France, avec lequel il correspondait régulièrement «lepuis le commencement de sa mission. Cest avec le connétable Anne de .Montmorency, disgracié depuis 1541, et rentré en faveur à Tavènement de Henri II, que Selve «lura désormais à échanger ses dépêches.
2. Dépêches de Thirlby, mentionnées dans celles de Carne à Paget des 20 et 22 mars. {Calendar of SL P., Edward VI, p. 8.)
lesdicts bohémiens n'estoint pas trop afleclionnés au roy des Rommains. »
Les préparatifs de guerre maritime continuent, et les impériaux cherchent plus que jamais à ébranler Talliance du roi d*Angleterre. Il a semblé bon à de Selve et à de la Garde d*attendre pour parler au protecteur et au grand chambellan et pour leur présenter les lettres du roi apportées par M. de la Garde, jusqu'à réception de nouveaux ordres du roi.
« De Londres^ ce v^* apvril \^ xlvii, »
Vol. 6, fo i5i V», copie du xvi« siècle, 2 p. 3/4 In-P.