‹ Correspondance politique et administrative de Miromésnil; premier président du Parlement de Normandie (volume 2)Chapitre 19 sur 121 · XIII. — 29 avril · texte numérisé non relu

XIII. — 29 avril

B. de M. Lormier. — Original, signé (i).

MIRÜMESNIL A LAMOIGNON.

A Rouen, le 29 avril 1756.

Monseigneur,

L’on m’a assuré que le Ro}^ avoit bien voulu adoucir, en faveur des fils de maîtres, la règle que S. M. s’étoit prescrite de ne plus accorder de dispenses, afin d’être reçu dans les cours souveraines avant l’âge de vingt-cinq ans. Ce seroit assurément le plus grand bienfait que les Compagnies pouroient attendre de sa bonté, et le Parlement de Rouen est plus qu’aucun autre corps dans le cas de désirer cette grâce. Nous avons actuellement dix-sept charges vacantes, sans compter plusieurs magistrats que leur âge et leurs infirmités obligent de souhaiter du repos, et qui n’attendent pour cela que le moment oü ils pouront transmettre leurs offices à leurs enfants. Il leur est souvent impossible de venir au Palais, et leur état ne

(i) En marge, de la main de Lamoignon, « RépYondu] le 3o avril 1758. » V. en effet XIII.

contribue pas moins à rendre le service difficile que le grand nombre des charges vacantes.

La Compagnie est disposée à suplier le Roy de ne nous donner à l’avenir pour confrère que des gens qui soient fils de maîtres, gentilshommes, ou d'une naissance assez considérable dans la bourgeoisie, et d’un mérite assez connu pour qu’il ne leur manque que l’avantage de la noblesse. Je ne néglige rien pour l’entretenir dans cette disposition, parce que je suis persuadé que mieux les corps de magistrature sont composés, et mieux le Roy et le public sont servis, et je connois nombre de gentilshommes qui s’empresseront à faire entrer leurs enfants dans le Parlement, sitôt qu’ils verront établi de n’y recevoir que des hommes de distinction.

Mais, pour faciliter l’exécution d’une résolution aussi avantageuse au service du Roy, au bien public, et à l’honneur de la magistrature, il est nécessaire que le Roy veuille bien secourir la Compagnie. Il arrive tous les jours que des gens de condition, qui auroient désiré de mettre leurs enfants dans le Parlement, préfèrent de les faire servir dans les armées, plustôt que de les garder dans l’oisiveté depuis dix-huit ans ou vingt ans jusqu’à vingtcinq, parce que ce tems d’oisiveté peut quelquefois servir à leur faire prendre du dégoût pour quelque état que ce soit, ou à les faire donner dans bien des égaremens.

M. Duval de Lécaude, mon parent, n’a que vingtquatre ans, mais il seroit dans le cas d’attirer sur luy la grâce* du Roy ; il est d’une maison distinguée dans l’Echiquier et dans le Parlement, de très ancienne noblesse et dont l’origine remonte au-delà de la création même de l’Echiquier (i) ; il est cousin de Madame, ger-

(i) Jean-Thomas-Charles du Val de Lécaude, reçu en 1758. Le bisaïeul du P. P., Michel Mue, conseiller au Parlement en i63r,

main de M. Duval de Bonneval, actuellement président à mortier (i). Ainsi, quoique son père ne soit pas conseiller au Parlement, il peut bien être considéré comme fils de maître.

M. Doissey (2), homme de condition, de Basse-Normandie, allié de plusieurs magistrats du Parlement également distingués par leur naissance et par leur mérite, se présente aussi ; mais, comme il a près de trente ans, cela ne souffrira pas de difficulté.

M. Dicquelon, maîtredes comptes (3), se propose aussi de mettre monsieur son fils dans le Parlement; il n’a que dix-neuf ans, mais, outre qu’il est fils de magistrat, il a encore l’avantage d’être d’une famille très-ancienne et très-distinguée dans la magistrature.

M. de Tontuit se présente aussi ; il a le même âge à la vérité, mais il est fils d’un maître des comptes (4) et neveu de M. l’Evêque de Séez (5), conseiller d’honneur au Parlement.

Enfin, j’ai engagé le fils de M. de Saint-Victor (6), con-

avait épousé Marie du Val, fille de Thomas du Val de Bonneval, comme lui conseiller. — L’origine et le nom de V Echiquier se perdent un peu dans la nuit des temps ; Miromesnil n’a en vue ici que l’Echiquier rendu perpétuel en 1499.

(1) André-Guy du Val, marquis de Bonneval, le troisième des présidents de ce nom.

(2) Guillaume-François Douessay, reçu en ij58.

(3) Louis-Augustin Baillard d’Iclon, lieutenant général au bailliage de Longueville en 1718, et conseiller à la Cour des Comptes depuis 1735.

(4) Pierre Néel du Tontuit.

(5) Louis-François Néel de Ghristot ; il avait été conseiller au Parlement de Rouen.

(6) Louis-Robert de Saint-Victor, celui-là même qui devint président à la Cour des Comptes, dont la riche collection de tableaux et d’objets d’art est demeurée célèbre.

seillerde Grand’chambre, à prendrela charge de Monsieur son père, qui est âgé et infirme. Ce jeune homme étoit indécis sur le parti qu’il prendroit, mais les égards que j’ai eu pour luy lui ont inspiré de l’attachement pour moy, et ce sentiment l’a déterminé. Il n’a que vingt ans, mais il est fils de maître, et je crains qu’un trop grand retardement ne me le fasse échapper.

Enfin, on m’a proposé ces jours-cy M. d’Embrun (i), homme de condition, et qui a vingt-cinq ans ; ainsi, il n’y a point de difficulté à son égard.

Je vous avoue, Monseigneur, que je suis flatté de voir que, depuis le peu de tems que je suis en place, je suis cause du parti que la pluspart des jeunes gens ont pris de se présenter pour entrer dans le Parlement, et que je serois pénétré de reconnoissance, si vous vouliés bien engager le Roy à me faciliter par ses bontés les moyens de composer dignement ma Compagnie.

Je suis, avec respect. . .

Miromenil.

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