‹ Correspondance politique et administrative de Miromésnil; premier président du Parlement de Normandie (volume 2)Chapitre 80 sur 121 · CII. — 14 décembre · texte numérisé non relu

CII. — 14 décembre

B. M. R., ms. Y. 241 (9). — Minute ; « A M. le Controlleur général, le 14 décembre 1760. »

MIROMESNIL A BERTIN

Monsieur,

Si j’osois, jeprendrois la liberté de vous faire un petit reproche sur le silence que vous avés gardé depuis longtems avec moy, quoique je vous aie écrit sur des matières importantes. Je vous avoue même que j’aurois appréhendé quelque diminution dans votre confiance, si un de mes amis, pour lequel vous avés des bontés, ne m’avoit pas rassuré.

deviens d’écrire à M. le Chancelier sur la scituation présente de ma Compagnie et sur les vues que j’ay pour l’engager à reprendre d’elle-même le service, ce qui sera, je crois, le meilleur. Le tems et ma santé ne me permettent pas de vous écrire avec autant de détail, mais je ne doute pas que vous ne confériez avec luy.

Je luy demande aussi permission d’aller passer la vacance de Noël à Paris.

Je suis, etc...

cm. — i6 décembre 1760.

B. M. R., ms. Y. 241 (g). — Autographe.

LAMOIGNON A MIROMESNIL

M. le Chancelier me conseille de ne point aller à Noël à Paris, afin d’éviter que ma Compagnie n''entre en difficultés contre moi.

A Versailles, le 16 décembre 1760.

Je viens, Monsieur, de recevoir vostre lettre du 14 de ce mois. J'entre fort dans les raisons qui vous arrcstent pour ne point faire usage de la lettre ostensive que je vous ay envoyé; mon intention a esté de laisser à vostre prudence de la faire voir si et quand vous le jugeriés convenable.

Je ne vous dis rien de la conduitte que tient votre Compagnie; je ne doutte pas des murmures du public si la cessation du service continue. Si elle ne passe pas la feste des Rois, la justice n’en aura pas beaucoup souffert; mais si elle est portée plus loin, le peuple criera. Nous verrons alors ce qu’il y aura à faire.

Quand à vostre voyage de Noël, je ne suis pas d’avis que vous l’exécutiés, par deux raisons : l’une, que vous ne devéspas interrompre les négociations que je vois que vous faittes pour adoucir les esprits, et je craindrois que vostre absence n’augmentast le party de la vivacité; la seconde, qui est une suitte de la première, est qu’on croira à Roüen que vous venés concerter en ce pays les partis qu’il y auroit à prendre contre la Compagnie, et, si dans la suitte on en prenoit qui fussent un peu vifs, on vous les imputeroitdans la Compagnie. Si, malgré mes raisons.

vous persistés à venir, je seray fort aise de vous voir assurément.

Voyla, Monsieur, tout ce que j’ayà vous mander quant à présent, il est dix heures du soir; je vais à Paris demain matin jusques à samedy. Je finis en vous exhortant de ménager vostre santé.

De Lamoignon.

Page 1