‹ Correspondance politique et administrative de Miromésnil; premier président du Parlement de Normandie (volume 2)Chapitre 90 sur 121 · CXIII. — 27 janvier · texte numérisé non relu

CXIII. — 27 janvier

B. M. R., ms. Y. 241 (12). — Original, signé.

Lettre de cachet h MI ROMESNIL ( i ).

Mons. de Miromenil, Je mande à ma Cour de

Parlement de Rouen que mon intention est que vous vous

(i) Au Registre secret est annexée la lettre de cachet envoyée en même temps au Parlement. Furent délégués pour se rendre à V^ersailles : le président de Rouville et les conseillers Guenet de Saint- Just, de Germont, Carrey de Saint-Gervais, Thomas du Fossé, Le Couteulx et Masson de Pelletot. (28 janvier.)

Au retour, le 3 février, Miromesnil fit à la Compagnie le récit du voyage de la députation, qui avait été du reste assez mal accueillie. Ce récit est transcrit au registre du Parlement; les détails qu’il contient paraissent intéressants à retenir. Floquet a donné déjà le discours du roi (VI, p. 5ii.)

« M. le P. P. a dit qu’en exécution des ordres de S. M. et de « l’arrêté de la Compagnie du 28 janvier dernier Mrs les coramis- « saires partirent de Roûen le jeudy matin 29 dud. mois de jan- « vier, qu’ils allèrent coucher le même jour à Mantes et arrivèrent « à Versailles le lendemain vendredy 3o à une heure après midy...; « tous Mrs les commissaires ont été logés ensemble le plus commo- « dément et le plus honorablement qu’il a été possible (en un hôtel « appelé l'hôtel des Ambassadeurs près la Chancellerie.)

« Dès le même jour vendredy, Mrs les commissaires rendirent « ensemble, en robes, deux visites de devoir chés M. le Chancelier

rendiés auprès de ma personne samedy prochain trente un du présent mois, à dix heures du matin, avec l’ancien des Présidens, et les deux plus anciens conseillers de chacune des trois chambres de mad. cour pour recevoir ma réponse à ses remontrances du huit dud. présent mois, et je vous fais cette lettre pour vous dire que vous ayés à faire, sur ce que je vous fais savoir de ma volonté, ce qui est du devoir et de l’autorité de votre charge. Sur ce

« et chés M. de Saint-Florentin. M. le Chancelier leur dit qu’ils ne «c pourroient avoir audience du Roy que le lendemain sur les cinq « heures de relevée. Mrs les commissaires firent ensuite, en petit « manteau, des visites de bienséance chés les autres ministres.

« . Le lendemain, sur les dix heures et demie, on vint avertir

« de la part de M. le Chancelier qu’il étoit temps que Mrs les com- « missaires se rendissent chez le Roy; aussy tost ils s’y rendirent « en robes, et furent introduits dans le cabinet où S. M. tient ses « conseils.

« Ils y trouvèrent S. M. avec M. le Dauphin, accompagné de M. le « Chancelier, de M. le Cte de Saint-Florentin, secrétaire d’Etat, de « M. Berryer, secrétaire d’Etat, de M. le duc de Ghoiseûil, secrétaire « d’État, de M. Bertin, Contrôleur général des finances, de M. le « prince de Soubise, Ministre, de M. Gilbert de Voisins, conseiller « d’État ordinaire au Conseil roial des dépêches.

« Le Roy étoit debout ; M^s les commissaires firent trois révé- « rences profondes à S. M., la première dès l’entrée de la porte, la a seconde après avoir avancé quelques pas dans le cabinet, et la « troisième en s’aprochant de S. M.

« M. le P. P. dit au Roy que le Parlement avoit reçu ses ordres « avec le plus profond respect et que Mrs les commissaires venoient M luy aporter l’homage de son obéissance. Ensuite M. le P. P. pré- « senta Mr® les commissaires à S. M. en les nommant, et le Roy « leur fit sa réponse, conçue dans les termes suivants :

« Je vous ay mandés pour vous dire que j’ay lu vos dernières « remontrances; elles contiennent des principes si faux et si « contraires à mon authorité et des expressions si indécentes, sur- « tout par raport à mon Chancelier, qui n’a fait que vous expliquer « mes intentions, suivant les ordres que je luy ay donnés, que je

je prie Dieu qu’il vous ait, Mons. de Miromesnil, en sa sainte garde. Écrit à Versailles, le 27 janvier 1761.

Louis.

Phélypeaux.

Au dos : A Mons. de Miromesnil, conseiller en mes conseils, premier Présiden,t en ma cour de Parlement de Rouen.

« n’ay d’autre réponse à vous faire que de vous remettre vos remon- « trances. »

« Aussi tost S. M. ordonne à M. de Saint-Florentin de remettre « les remontrances, et ce ministre les remit aussy tost entre les « mains de M. le P. P.; après quoy M''» les commissaires se reti- « rèrent en faisant leurs révérences en arrière et regardant toujours « le Roy.

« Le même jour samedy au soir, Mfs les commissaires furent « tous en robes chés M. le Chancelier et le prièrent de leur donner <1 la réponse de S. M, par écrit, ce qu’il fit aussy tost, ils se retirèrent « et furent chés M. de Saint-Florentin, qu’ils ne trouvèrent point.

« Le lendemain dimanche premier de ce mois, M” les commis- « saires partirent de Versailles en poste, dans les mêmes voitures qui « les y avaient conduits, ils vinrent coucher à Gaillon, d’où ils se « sont rendus en cette ville le jour d’hier 2 ce mois. »

Le registre ajoute ce détail piquant que, « sur la représentation faite par M. d’Ausouville, trésorier de la Compagnie, qu’il n’y a point de deniers au coffre pour paier les frais de la députation et autres dépenses », il fut arrêté que M. d’Ausouville aviserait aux moyens d’emprunter 6,000 livres.

Le Parlement ne pouvait s’en tenir à un pareil échec ; il décida, le 9 février, que le P. P. retournerait à la Cour, et justifierait auprès du Roi sa conduite, ses intentions et ses remontrances, et il nomma des commissaires chargés d’arrêter les articles du discours que son ambassadeur aurait à faire au roi ; ces articles furent adoptés le 14. Ces faits vont apparaître dans la correspondance qui suit. (V. Floquet, VI, p. 5ii-5i5.)

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