‹ Correspondance politique et administrative de Miromésnil; premier président du Parlement de Normandie (volume 2)Chapitre 95 sur 121 · CXX. — 22 février · texte numérisé non relu

CXX. — 22 février

B. M. R., ms. Y. 241 (12). — Minute, autographe.

MIROMESNIL AU ROI

Discours prononcé au Roy lorsque le Parlement de Rouen me chargea d'aller seul justifier auprès de Sa Majesté sa conduitte et ses principes à l'occasion des affaires du Parlement de Besancon { 1 ).

Sire,

Le respect et la soumission que vos sujets doivent à votre autorité forment la première des lois fondamentales de la monarchie; les magistrats la connoissent, leur zèle n’a d’autre objet que d’en maintenir l’exécution; ils en ont toujours donné et ils en donneront toujours l’exemple.

L’estime et la confiance de votre Majesté sont les uniques biens auxquels ils aspirent et la seule récompense qu’ils se proposent de mériter par leur travaux.

Pénétrés de ces sentiments que le devoir nous inspire et que vos vertus exigent de nous, quelle a été notre

(i) L’Histoire du Parlement ne donne que quelques lignes de ce discours (VI, p. 5i3).

consternation et notre douleur, lorsque la réponse de votre Majesté aux dernières remontrances de son Parlement nous a fait connoitre qu’elles avoient eu le malheur de vous déplaire!

Quand le serment que nous vous avons pretté ne nous obligeroit pas à porter sans cesse la vérité aux pieds du trosne, notre respect pour votre Majesté ne nous permettroit point d’emploier auprès d’elle d’autre langage que celui d’une vertueuse sincérité. Votre Parlement, Sire, n’a eu d’autre intention, que d’exposer à V. M. les principes inaltérables de la monarchie, tels qu’ils sont consignés dans les monuments les plus respectables, et tels qu’ils ont été établis et consacrés par les ordonnances et par les actions les plus mémorables des rois qui vous ont transmis la couronne.

C’est de Dieu seul que vous tenés l’autorité suprême; vous êtes. Sire, la loi vivante et par conséquent la source de la justice. Les classes de votre Parlement sont autant de branches de cette justice souveraine, qui touttes se rapportent à vous parce que c’est de vous qu’elles sont émanées, et qui ne forment qu’un même corps qui a l’honneur de vous avoir pour chef, en quelque endroit que les membres de ce corps se trouvent députés et répartis (i).

Cette unité de l’ordre de la magistrature, loin d’être contraire à l’autorité royalle, ne sert qu’à prouver la force et la plénitude de la puissance de Votre Majesté.

Lorsque votre Parlement a renouvellé ses efforts pour attendrir V. M. sur le sort des trente magistrats exilés de votre Parlement de Besançon, il n’a point été conduit par

(i) Plusieurs parties de ce discours sont inspirées de divers passages du projet de remontrances précédemment rédigé par Miromesnil. (V. supra, p. 247, etc.)

un esprit de résistance aux ordres de son souverain; il a seulement consulté son zèle pour le service de V. M., son attachement pour l’honneur de la magistrature, et sa confiance dans votre justice et dans votre bonté.

C’est de la majesté qui vous environne que votre Parlement peut recevoir tout l’éclat dont il est susceptible. Une disgrâce semblable à celle de ces trente magistrats est capable de diminuer dans l’esprit de vos peuples la considération de ceux qui rendent la justice en votre nom. Si le ministère de la loi cessoit d’être honoré, il seroit a craindre que la loi même ne cessât de l’être, et, si les loix perdaient leur force, les fondements de la puissance royalle perdraient nécessairement leur stabilité.

Ce n’est donc pas son propre intérest, mais le vôtre. Sire, que votre Parlement consulte lorsqu’il croit ne pouvoir se dispenser de suplier V. M. de rendre ses bonnes grâces à des magistrats qui consacreront le reste de leurs jours à votre service.

Le nom de V. M. doit porter l’allégresse, établir la sécurité et annoncer des grâces dans tous les endroits où l’on le prononce. Que vos volontés, Sire, seroient bien observées, que vos peuples seroient heureux, si 1 on ne s’écartoit jamais de ces principes!

La vigilance de votre Parlement doit s’étendre sur tout ce qui intéresse l’ordre public, parce que vous êtes maître de tout votre royaume et que c’est votre autorité qu’il exerce en touts lieux. Son devoir est d’écouter les plaintes des peuples, et de constatter touts les abus afin d’y remédier par un usage salutaire de 1 autorité que V. M. lui confie.

Les arrêts et arrestés n’ont eu pour objet que de remplir cette obligation et de se conformer aux ordonnances

qui la lui imposent, et qui indiquent les moyens par lesquels il peut s’en acquitter.

Votre Parlement, Sire, espère que V. M. ne consultera que la lumière de la vérité dont le principe est dans votre cœur, et que vous daignerés rendre justice à la pureté des intentions et de la conduitte d’un corps qui vous est entièrement dévoué, et dans lequel V. M. reconnoitra toujours ses meilleurs et ses plus fidèles sujets.

Votre protection et votre confiance, qu’il désire uniquement de conserver, seront pour lui des bienfaits d’un prix inestimable. Il vous en rendra l’hommage le plus sincère par son application à maintenir votre peuple dans la subordination, moins par contrainte que par persuation et par amour ( i ).

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