‹ Correspondance politique et administrative de Miromesnil; premier président du Parlement de Normandie (volume 4)Chapitre 27 sur 89 · DE L^AVERDY · texte numérisé non relu

DE L^AVERDY

3o décembre 1703.

CCCU -^ 4 janvier 1704^

B* M. R., me. Y. 341 (»>. — Minute : « A M^ Dokverdy

le 4 janvier 1764 ».

MIROMESNIL A L'AVERDY

Monsieur,

J'ay re^tt vos deut kttres du 39 et du 3o décembre, et

(ly L'adresse de cette letnre, eiï efféf, ite porte pas le corïtire-sein^ ministériel d'usage.

j'ai cru devoir différer de vous écrire jusqu'à ce que jVusse vu M. de Viarme. Je n'ai pu le voir que lundy parce qu'il n'est arrivé de la campagne que vendredy au soir, et que j'y ai été samedy afin d'éviter le cérémonial du premier jour de Tan, ne croiant pas convenable, dans la position oti je suis, de recevoir aucuns honneurs publics.

Vous pouvés vous souvenir. Monsieur, que je vous avois marqué que, sur ce que j'avois dit à M. de Viarme, il y a quelques jours, que je n'avois pas Thonneur de vous connoitre, il m'avoit promis d'écrire à quelqu'un qui seroit en état de vous demander quelles seroient vos dispositions. Lundy, je Tai prié de me dire s'il avoit eu des réponses de la personne à laquelle il m'avoit dit qu'il écriroit. Il m'a répondu qu'il n'en avoit eu aucune, qu'il paroissoit que vous vous teniez à l'écart sur l'affaire du Parlement de Rouen, et qu'on luy avoit mandé que l'affaire de celuy de Toulouse sembloit renvoier très loin ce qui nous concerne.

Après avoir parlé quelque tems de ce qui concerne Toulouse et M. de Fits James, j'ay ramené la conversation à notre objet principal, c'est-à-dire aux moyens de faire rentrer M^^ du Parlement de Rouen dans leurs fonctions. Il m'a paru très réservé sur cet objet, et m'a dit que cela paroissoit bien difficile, que cela ne pouvoit se faire qu'autant que les imputations portées par les arrêts du Conseil seroient effacées. Je luy ai dit que je le pensois de même, et il a fini par me dire qu'il étoit bien difficile de prendre sur soy de donner des idées à ce sujet, que d'ailleurs ceux de M" du Parlement qui sont icy ne forment que le petit nombre, et qu'il n'étoit pas possible de sçavoir ce que pensent ceux qui sont à leurs campagnes.

Vous voiez. Monsieur, que je n'ai pas tiré un grand fruit de cette conférence et j'en suis désoUé.

Quelques personnes qui m'instruisent de ce qui se dit dans le monde m'assurent que la pluspart de M« du Parlement désirent que les choses se rétablissent et seroient disposés à enregistrer. Ceux de ces M» que je vois ne me tiennent pas le même langage.

Je sçais qu'il y en a même qui désaprouvent la démarche que j'ai faite d'écrire au Roy, parce qu'ils craignent, disent-ils, que l'on ne croie à la Cour que j'ay concerté ma lettre avec eux. Je répons à cela que j'ay fait mon devoir en écrivant à Sa Majesté, que l'on n'ignore point à Versailles que la plus grande partie de M^ du Parlement sont à leurs campagnes, et que, par conséquent, on ne peut penser que j'aie concerté ma démarche avec eux.

Le jugement que le Parlement de Paris a rendu au sujet de M. le duc de Fits James, en décidant que les Pairs de France ne sont justiciables que de luy seul, me paroit mécontenter beaucoup M» du Parlement de Rouen. L'exil de M^^du Parlement de Grenoble (i) s'est répandu hier icy par des lettres de Paris, et j'ay remarqué que cet événement cause encore un peu de fermentation dans les esprits.

Dans la position où sont les choses, je crois qu'il faut encore attendre quelques jours pour juger de leurs véritables dispositions. D'ailleurs l'hiver va ramener, d'icy à quelque tems, un grand nombre de ceux qui sont à leurs campagnes, et je serai peut être plus en état de connoitre ce qu'ils penseront.

Je ne suis point surpris. Monsieur, qu'il y ait différens avis dans le pays que vous habités, mais il faut songer

(i) Tous les magistrats de Grenoble furent exilés, et dispersés à plus de cent lieues de leur résidence.

(|ttft souvent il arrive qu^encroiant soutenir raotovité, on la compromet; nous m'en avons que trop d^exenfles técenBé Je coliviensque ciracua est sorti de s» place et que c^est une grande eacreprise q|ue celle de rai^r chacun où il doit être. Y parviendra-^^-on par la riguewr pIus' findlemettt que par des lAesure» capabks de trasqisiHser? C'est ce que je laisse à juger à la sagesse di» Roy a; dv sc8 ministres, mais je pttncberoî» pour le parti d'une ibaeeur raisoflûable; par etémfle, si, au KeH> d# noua refuser de voir l6 Roy lorsque novs avons été mandé», Voù nous avoit admis à Vaitfdia&ce de Sa Majesté et que le RojTy en ooiAs masquant kry-fliémeson mécontcmement des arrêts de ééfense» nous eût ordonné de dire à aon Parlmnem de Roueai de se contenter de travailler à sea remontrances et d'attendre jiosqu'au mois de décembre ks ooiiveaust ovdres quUl comptoit envoler à ses Pàrlemens, je suis persuadé qiue tout ce qui esc arrivé H'auroit pas été foit^ et Ton auroit évité Fembarras dans lequel on> se nroiite aujoa^dhuy.

J'avois commencé à jetmr sur le papier une idée de cbanfement au projet de lettres patente», mais la dMicuké qua voua me mairqiiés que Ton fera à ce sujet feit que je n'ose risquer de vous l'envoier, surtout voyant moi-^même qne le succès des soins que j'ay voiflu premlre icy,. pour sonder les esprits, avancé sr peu*.

Je suis fâché. Monsieur, que vous aie^ parlé ad Roy de notre comspandance; f) peut arriver qne Sa Majesté en fasse confidenoeàquelqu^un, qui tve Tapprouverd pas, et c'est assez pour faire manquer tout ce que nods pour* rions concerter, vous et tnoy. Quaad vofis me <^ô^ftoitrés, V0U5 verres que je n-'ai d*âufre désir que celuy de faire le bien^ et que je ne suis point du tout en>pressé de pafoitre. Peut-être même, pour que cetttf affaire^ t^mtne k bien*.

scîff-t-î* nécessaire que Ton igiïore amt scnalcmcnt ky, mais même au Conseil, que j^y aie quelque part. Ma franchise lïc me pcntaet pds de tous dissiimilcr que j'ay tout Seu de croire que M. le vice-Oian^eKef ne m^arme pas, et qiue M. de Vmrme a îcy on parti qiùi est opposé à tout ce qai vient de moy. Je me livre à votrs, Monsieur, sans résert^, à eatfse de voire probité coimue et de la conrfkmce que vous me marqués^ et je vous" dis- tocrt Ct que je pense. Je vous aiderai de toute ma bonne volonté, mais jt Cfois qù^'û ne faut pas qu« vous pasoisMez^ voM sstfvir de moy. U est Vf a]r que >^ay ici ées atais, mai» ce sont tous hommes tntac^U, que le» «tificulcés rebutent et qtii craflgnem ceux qui metteaf de la chaleuf dans tes affaires. Vous slaves 4i»e cela est orcNaaire daa» le» Coftipc^ies. D'ailleiif^ il y en «« mélM. pa^my mes amis^ qiti ne pensent pas comme moy •«! toutes les itfaires et q»ij, malgré leurs bonnes intentions, se laissent quelquefois entraîner à des préjugés. Il faut donc que^ tandis que je travaillerai auprès de mes amis, vous vous serviez des autres^ et vous le pouvés en vous servant pôtfr cela de M" du Parlement de Paris. Si vous approuvés ce que je vous propose et que vous trouviés bon que je vous envoie mes idées sur les lettres patentes nécessaires, afin de faire rentrer M" du Pafkmenty je voois marquerai en même tems ce que je pente sor les moyen» de ména^f cette afEadre,

Encore une raison qui m'engage- à votis prier de ne plus parler au Roy de notre correspondance et de la faire rgnofcr an ConsetF, c'est qftre M. de âarnt-Plorentîn et M. Bërtin, qui ont de Tamitié pour itioy, rigtK>renf et potirroient petrt-étre me sçavoir mauvais gré de ne leur avoir fart part de rien. Cependant je ne puis leur confier iffl secret qui doit être renfermé de vous à moy, et ;e ne

manqueroi sûrement pas à la fidélité que votre confiance exige.

M. Le G>uteux est à la campagne, je n'ai pu encore le voir; mais, quand je le verrai, je ne luy parlerai qu^avec beaucoup de ménagement, car il n^est pas aisé de le persuader. Au sCkrpIus, c^est un homme d^une grande probité, mais il est un peu sujet à la prévention, et il est très difficile de le faire revenir.

Je suis, etc

P.-S. — J^oubliois de vous dire que, dans le nombre de ceux qui désapprouvent la démarche que j^ay faite en écrivant au Roy, il y en a qui croient qu'elle a été concertée avec les ministres. En vérité Ton est à plaindre d^étre exposé à être sans cesse persécuté, même en faisant son devoir, car je ne doute pas que Ton ne m^eût blasmé si je n^avois pas fait une démarche en faveur de ma Compagnie.

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