CCCLI. — 6 janvier
B. M. R., ms. Y, 241 (a). — Autographe, non signé.
L'AVERDY A MIROMESNIL
Méfait part de F état des affaires des Parlements de Toulouse et de Grenoble, et me marque qu'il garde le secret sur notre correspondance.
Le Roi n'a parlé à personne, Monsieur, du peu que je lui ai glissé, et je n'en ai pas ouvert la bouche depuis. M. rintendant (i) va venir ici et je causerai avec lui. Doi-je lui découvrir notre intelligence ou la tenir secrette? J'attends votre réponse. Puisque M. de Viarmes
(I) M. de la Michodière.
ne veut pas s'expliquer, c'est qu'on ne veut pas encore s'arranger. Ainsi attendons.
Je suis toujours désolé de Grenoble; je vais continuer à faire mes efforts pour arranger le tout avec eux, si cela se peut. Que dirai-je de Toulouse? Il en sera là bientôt. On assure : !<> qu'il repoursuit le duc de Fils de James pour d'autres faits ; 2° qu'il vient de défendre de lui obéir ; 3<> qu'il défend qu'il tienne les Etats qui s'ouvrent le i6 de ce mois; 40 qu'il va donner aussi ses démissions. On étk fera apparemment une collection autour de Versailles, plutôt que de faire revenir ici les deux commandans. Ce n'est pas ma faute, car j'ai déjà osé, en plein Conseil, proposer de foire revenir Dumesnil, et j'en ferai bientôt autant de l'autre. Je serai sans doute tondu la seconde fois comme je l'ai été la première, mais j'aurai fait mon devoir. Loin de avilir par là l'autorité, je compte l'honorer et l'affermir. Le seul moien de remettre tout le monde en place peu à peu, c'est qu'elle s'y remette la première, et, même un cran au dessous, elle en auroit bientôt regagné dix. Vous voies, Monsieur,' que je répons à votre franchise par la plus entière confiance. Je suis persuadé que le vice-Chancelier ne cherche pas plus le remède que d'autres, mais je doute que, si j'étois au moment de fondre la cloche, il voulût ou pût me traverser, parce que dans ce cas je m'arrangerai avec d'autres avant de lui parler à fonds. Envoiés-moi vos observations sur la patente rejettée à Toulouse. Je puis avoir espérance de y faire faire quelques changemens; cela forme un état nouveau qui m'autorise du moins à les présenter. Vous connoissésmon cœur et ma main, je connois les vôtres, ainsi finisses sans cérémonie, comme je finis moi-même (i). Paris, 6 janvier 1764.
(i) L'adresse de cette lettre n'est pas contresignée ; il en sera sou-
GCCUI. — 7 janvier 1764.
B. M. R., ms. Y. 241 (2). — Mintttp(x) : « A M. De la Ver4f,
7 janvier 1764 ».
MIROMESNIL A L'AVERDY
MONSIE^R,
Votre Xeuce du 6^ qptt j'^y reçue ce m^iOf m'a isix grand pliusir. Je syb fort ^û^ iq^ue yous o'aiez plus parié au Roy de ia correspoodwsœ que vous avés bieu youl« établir avec moy; le plus aOr eat toi^ours le paru du sileox;e, taot que les afiEwes oe sont poioi parvaaues au d/egré de maturité a^uquel ou diésire de les conduire.
Il y a quelque temps q^ M. de la Micbadière [%) me parla de la situation présente des affaires et me damanda ce que je pensois de la diq>08itian des eaprits relut ivement à la déclaration du 21 npveBibre deroiar, au retour de M's du Parlement dans leurs fonctions, et à ce ^ue Ton pourroit présumer qu'Us feroieat, s'ils les avaient une fois reprises. Il me pria en même tems de ne point parler de notre conversation. Je luy dis que, q<uant à la déclaration, je peosois que, pour pouvoir s'assucer que Ton seroit disposé à l'enregistrer, il faudroit atteudre ce que feronjt à cet égard les autres parlemens, parce que^ si elle étoit enregistrée partout, il seroit difficile que ii^âM Parlement pensassent qu^il leur fût possible de se ra&iser à Tezcmple de tous les autres. Je luy dis aussi que je voiois que les gens les plus raisonnables d^^aa le Parlevent de même des lettres stùvantes, et L*Averdy commuera en même temps à ne plus signer,
(i) Cette minute porte plusieurs corrections de la main de Miromesnil.
C^) Imendaitf de Rouea.
ment étoiënt les plus touchés des termes des arrêts du Conseil du 24 aoust et du 17 novembre derniers, et ceux vraisemblablement qui tiendroient le plus ferme sur la nécessité d'effacer les imputations portées dans ces deux arrêts pour Fhonneur de la Compagnie. Enfin je luy dis que, lorsque f on seroit rentré, je ne pouvoispas répondre de ce qui arrîveroit, parce que cela dépendroit de ce qui se seroit passé dans les autres parlemens, et que je ne pouvois pas prévoir ce qui passeroit par la tête dç ceux qui ordinairement lèvent les questions et qui ne me font pas leurs confidences.
11 me dît qu'il étoit chargé de s'informer de la disposition des esprits, non pas à la vérité par Iç ministère, mais par des personnes qui en approchoient. Cette espèce de confidence ne me parut pas me mettre dans le cas de luy en faire aucune, et, quand elle eût été plus considérable, je n'aurois pas cru pouvoir luy dire que j'étois en relation avec vous, puisque nous étions convenus, vous et moy, de tenir notre correspondance secrète. Je ne luy dis donc rien de plus, et au contraire je luy demandai s*tl vous connoissoit. Il me dît que non, qu*il pouvoit vous avoir vu autrefois, mais que ce n'avoit été que dans quelques maisons, en sorte qu'il ne pouvoit pas se flatter d'être connu de vous.
Je Fai vu encore la veille de son départ, et il m'a dit également qu'il n'avoit pas Thonneur d'être connu de vous, c'est pourquoy je ne pense pas qu'il soit nécessaire que vous luy parliez de notre correspondance, d'autant qu^l me paraît qu^il compte être longtems absent. Ce n'est pas que je me défie de luy, c'est un parfaitement honnête homme, il est même de mes amis, mais je ne vois pas de quelle utilité il seroit de l'informer d'un secret qu'il seroit peut-être fâché de n'avoir pas sçu par
moy, lorsqu'il m'a consulté sur ce que je pensois de la situation des esprits.
Je suis vraiment affligé de ce que vous me marqués du Parlement de Toulouse, et, si cela est vray dans toute son étendue, comme vous me marqués qu'on vous rassure, il me semble qu'il va bien loin. L'arrivée de celuy de Grenoble à Fontainebleau s'est confirmée icy par des lettres arrivées d'hier et d'aujourd'huy.
Il est certain que Ton agiroit sagement en rappellant M. de Fitz James, sauf à l'emploier ailleurs, si, à cause de sa dignité de pair, on ne vouloit pas le dépouiller tout à fait. Quant à Dumesnil, je ne comprens pas comment on ménage un pareil sujet : l'indécence de sa conduite est si effrénée que l'on pourroit dire qu'il a manqué de respect au Roy en exécutant les ordres de Sa Majesté d'une manière aussi ridicule. M. De Fits James a montré plus de dureté que de discernement dans la conduite qu'il a tenue; il a suivi gauchement ses instructions, et n a pas senti qu'un commandant en pareil cas doit être négociateur autant que porteur d'ordres, mais il n'a pas insulté aussi grièvement que Dumesnil. D'ailleurs il faut que le Roy ménage les Pairs de France, du nombre desquels il est; à la bonne heure, qu'on luy donne un autre commandement, mais pour le s^ Dumesnil, il ne tient à rien, il s'est conduit aussi durement qu'il étoit possible et il a ajouté à la dureté des insultes qui le rendent méprisables. Pourquoy ne pas le renvoier dans le néant dont il est sorti?
Il y a longtems que j'ai pris la liberté de représenter que c'est avilir l'autorité, que de la pousser assez loin pour se trouver ensuite dans l'impossibilité de la soutenir. Si le Roy vouloit se montrer et parler, un mot de sa bouche dit à propos feroit plus d'impression que toutes
les mesures vives que Ton a pris jusqu'à présent et que l'on peut prendre encore. Mais voilà la première source de notre malheur : le Roy ne fait point assez connoître que c'est luy qui veut et qui ordonne. Tout aigrit ou fait peu d'impression, parce que tout semble partir du conseil et non du maître. Chacun sort alors de sa sphère; l'autorité frape, on se fait un point de gloire de résister à ses coups, et elle est obligée de retourner sur ses pas. Que j'ai vu d'occasions, Monsieur, où Ton auroit évité bien des maux, si l'on avoit agi d'après les principes que je vois que vous avés. Charles V renonça pour ainsi dire entièrement à l'autorité, lorsqu'on luy déféra la régence du royaume, et lors de son avènement au trosne, quelques années après, la sagesse de son gouvernement, la fermeté de sa conduite, les succès qui suivirent la bonté de ses opérations luy rendirent au centuple cette autorité à laquelle il avoit d'abord semblé renoncer. Il est toujours dangereux de laisser appercevoir les bornes de son pouvoir, et elles sont connues dès qu'on les porte oti il peut aller.
Pardonnes moy, Monsieur, de m'être livré à ces réflexions. Je reviens à mon objet principal. Le Parlement de Rouen n*est point dans le même cas que celuy de Toulouse; l'on n'a exercé aucune violence personnelle contre ses magistrats, mais il a été flétri par deux arrêts du Conseil qui donnent à ces magistrats la qualité de rebelles et qui les menacent d'être poursuivis extraordinairement.
Je conviens qu'il a été trop loin en donnant une espèce d'arrêt de défenses et en le publiant à Taudiance, et qu'il a encore été beaucoup trop loin en renouvellant à sa rentrée (i) les dispositions de cet arrest et en l'envoîant aux
(1) Arrêt du i6 novembre 1763 (Précis de ce qui s'est passé. . . depuis la Saint-Martin, etc., p. 2a). V. le Sommaire.
si^ps inférieure par (ies huiliers, d'a^t^nt que Ton a^vpit eu pour IvLj le Qfi^nagegieot de i^e pçiint cqinpoeac^r la perception.
14ai^ Parrét 4p «uspef^gion a pour piptifi^ la cpiiQance de la Pompagqiç di^ns Tattention qu'elle esp^roit qqe le Roy fi^roit à ses remonir^npes^ et ce motif est exprimé très, daireoiei^t dans le dispositif de Tarrêt 4^ 1 7 apust 1 763 ( I ). 11 sep[ibl^ offrir un prétexte poqr Ç](cuser la conduite d^ Parlement.
Apré^ 1^ transcription d{t Tarrêt du Çqnseil dy 17 ^ovecjibre, le Pf(rlemfnt de Rouen, touché dçs ^rmes de cçt arrêt ^t des ti^en^ces qu'il cpnpent, 4 p^qs^ qu'il ne ppuvqit in^çiçr sur re^éc^ion ^p ses dpux arrêts dç défense, sans ^eyer pQi;^ ainsi dire le signa) d'iine rési§t§nce trop difepie contre T^mtorité royalle. S'il eût gs|rdé le silence et continué ses fopçtiqps et que l'on eût çop)menc^ la perceptipq, ceue tr^nqni)i;^ auroi^ été ^ttribviée à une c^aintç bass^ fj^s ipenaçe^ contei^i^es dai^s l'firrtât du Conseil. ]l falloÂt donc ou s'qpposçr è son maître ou ^ déshonnorer dans l'esprit du public. L'on a cru ne pouvqjf prendre d^autre parti que cefuj dVl>^n4wner dç^ qf^es, que Ton pe pouvoit pji^s remplir avec honnç\ir et k V^y%\i' tage du Roy et du public. L'actç de déiqission expriq^^ les sentimens les plus tendr^^ et les plus touçh£^p$. C'§§t df Pet açiç que je crois, Mopsieur, que Iç Rpy dqit partir 4ajtts la circonstance pxçsente, e; c'est daf^s les term^ m^mf^ daii^ le^qMels il est cpnçu que S. M- <iW trouvçr un q^ç^§q honnête pour effacer les impressions des deux iv^Çl^ d^ Conseil, ppur ç^ln^er le^ e^p^i\s, sapsfaiie le p^Hple et ramener au p4l^îs des m^gi^trats dont il n'çst pa^ pps* sible de priver Ipn^tem^ le public, ç^f le défaut dç juges
(0 Af?^t ^^H '^ ^t non du 17 ^oût 1763. V. If JSAftmsire du t. U, p. Ixxij.
est le plus grand de tous les maux. Voilà, Monsieur, les observations diaprés lesquelles j^ay essaie de dresser un projet de lettres patentes que je soumets à vos lumières (i).
(i) A cette minute est jointe celle du projet de lettre patente doat parle ici Miromesnil ; la pièce intitulée, dernière correction, est autographe. (V. suj^à, CCCKLU, note).
Voici ce projet, qu'il est intéressant de comparer au texte ministériel :
LOUIS, etc., après avoir examiné les remontrances de nos parlements et nottamment celles que vous nous avés présentées le cinq aoust dernier, nous nous sommes enfin déterminés à réunir dans notre déclaration du 2J novembre suivant tout ee que la scituation présente de nos affaires nous permettoit défaire, afin de concilier la nécessité de soutenir le crédit, en exécutant les engagements que nous avons été obligés de contracter pendans la guerre, avec le désir que nous avons de diminuer autant qu^il est possible les impositions dont notre peuple est chargé. Et, dans la vue de lui procurer encor par la suitte des soulagements plus considérables, nous avons résolu d'ordonner (par la déclaration du 2 1 novembre ij63)â toutes nos Cours de nous adresser des mémoires par lesquels, connoissant ce qui sera convenable au bien de chacune de nos provinces, nous serons en état cPétablir un ordre plus avantageux dans ^administration de nos finances. La paix, que Dieu a bien voulu nous accorder, est un temps favorable pour remplir des vues aussi dignes de notre sagesse et de notre amour pour nos sujets; mais leur succès ne peut être parfait qu'autant que rien ne troublera ta tranquiHtê qu'il est de notre devoir d'entretenir dans f intérieur de notre royaume, et pour le maintien de laquelle Dieu le tout-'puissant nons a confié cette autorité que nous tenons de lui seul. Nous n^ avons pu voir qu^avec peine tout ce qui s^est passé, non seulement à Foccasion des premières opérations auxquelles nous avions été oàiigé de nous livrer, mais encor dans le temps mime oit nous donnions toutte notre attention à reffbrmer le plan que nous a^iwts adopté diobord» l^èn^s riausions- pu prendre en bonne part la ckimission que vous avés faitâ d€ vœ office», si les termes dans lesquels elle est oonçàe et lus Umoignages Rattachement qu^eêèe
Je vais encore vous faire une réflexion, que je crois vous avoir déjà faite, mais d^une manière moins développée. Il y a dans le Parlement de Rouen des magistrats qui pensent que nous n'avions pas le droit de donner des arrêts de défense, qui par conséquent n^en ont pas été d'avis; d'autres, qui croient que nous pouvions le
contient ne nous avaient persuadé que cette démarche doit être interprtttée favorablement y et que nous devons la regarder , non comme un abandon de notre service, mais comme Vexpression d'un premier mouvement de douleur qt^il appartient à notre bonté paternelle de calmer. Assuré de la pureté de vos intentions, de votre fidélité et de votre attachement, nous avons résolu de vous rétablir dans les fonctions de vos offices.
Et nous attendons de votre :çèle pour le bien de notre service que vous vous porterés avec une nouvelle ardeur à rendre la Justice à nos sujets et que, toujours disposés à leur donner l'exemple de la soumission qu'ils doivent à notre autorité, vous concourrés à nous faciliter les moyens de subvenir aux besoins présents de VEtat et de rendre, par la suitte, V administration de nos finances plus simple et moins dispendieuse. A ces causes, etc., nous vous avons ordonné de reprendre les fonctions de vos offices, dans l'exercice desquelles nous vous avons rétabli et rétablissons, déclarant à cet effet nulles et de nul effet les démissions que vous en avés faites, (i) Le texte imprimé à droite fut substitué postérieurement par Miromesnil à celui qui est imprimé à gauche, et il récrivit sur sa minute en regard de celui-ci. (V. iftfra, CCCLXIV.)
et d'effacer jusques au moindre vestige de tout ce qui aurait pu par le passé intervertir cet ordre et cette tranquilité, qui sont le fondement de toute bonne opération; à ces causes, nous avons ordonné que tout ce qui s^est passé jusques à ce jour, sans aucune exception, soit regardé et demeure comme nul et non avenu, vous enjoignant de reprendre les fonctions de vos offices (ï).
faire, n^en ont cependant pas été d^ayis, parce qu'ils en craignoient les suites et prévoioient ce qui arrive aujourd*huy. Ces mêmes magistrats nMtoient point d'abord d'avis de donner la démission des offices, mais ils y sont revenus par sagesse, et dans la crainte que le sentiment d'opposer une résistance invincible ne prévalût et n'attirât de plus grands malheurs pour le Roy, pour le peuple et pour l'Etat. Vous conviendrés. Monsieur, que ces magistrats sont sages, et qu'il est intéressant pour le Roy, de ne pas se priver de leurs services. Cependant je puis vous assurer que ce seront ceux qu'il sera le plus difficile de ramener, si l'on n'efface pas jusques aux moindres traces des imputations et des menaces contenues dans les arrêts du Conseil, c'est-à-dire si le Roy, d'après les expressions touchantes de l'acte de démission, ne les reconnoit pas pour ses bons et fidèles sujets. Enfin, pour vous le prouver, il doit me suffire devons dire que, lorsque, malgré mes efforts, Tavis de la démission eut prévalu, ce furent eux qui m'engagèrent à me joindre aux rédacteurs, afin que cet acte ne se ressentît pas, s'il étoit possible, de la dureté trop ordinaire dans ce qui vient de chez nous. Ils ne m'en donnèrent pas d'autre raison, mais il est aisé de sentir les vues louables qu'ils pou voient avoir.
Vous me demanderés peut être de quel avis j'étois, puisque je n'étois ni pour renouveller les défenses, ny pour donner la démission des charges. Je vous avouerai que mon avis étoit d'arrêter qu'il seroît fait au Roy une grande députation, pour suplier Sa Majesté de retirer les arrêts du Conseil et pour luy présenter d'itératives remontrances, et j'espérois, si cet avis avoit pu passer, que ce scroit un moyen pour entrer en négociation et pour concilier tout, sans compromettre le Roy ni ma Compagnie; mais cet avis ne fut adopté que par très peu de personnes.
Je le croiois cependant d^autant meilleur que Ton sçavoit qu'il y avoit un arrangement sur le tapis avec le Parlement de Paris, et que je prévoiois que cet arrangement seroit consommé pendant que notre députation seroit encore à Versailles.
Je reviens au Parlement de Rouen. 11 y a dans ce Par*» lement des esprits échauffés; je crois leurs intentions bonnes, mais ils ne mesurent pas toujours leurs avis sur les règles de la prudence et du droit. Ceux-là seront moins difficiles pour rentrer, mais, sitôt qu'ils seront rassemblés, ils prendront sûrement des résdutions vives qui ne feront que renouveller le mal et le rendre pire qu'il n'étoit, et ils entraîneront avec eux même les gens les plus raisonnables, s'il n'y a pas de la part du Roy quelqu'acte éclatant que Ton puisse opposer à leur vivacité. Cet acte ne peut être qu'une lettre patente capable de satisfaire les gens qui, sans prendre d'humeur, sont cependant attachés à rhonneur de leur état.
Enfin il y a des gens bornés, comme il s'en trouve partout, qui suivent rimpression de celuy qui les entraine, et ces sortes de caractères sont rarement portés à préférer le parti de la modération, parce qu'ils sont plus f râpés du grand bruit que touchés des raisonnemens solides et des considérations bien réfléchies.
La différence des caractères, la diversité des avis, et même les petits mécontentemens particuliers n'empêchent pas que le Parlement de Rouen ne soit uni. J'ay toujours eu grand soin d'éviter tout ce qui pouvoît y faire naître la division, parce que je pense que le plus grand malheur qui puisse arriver à une Compagnie, c'est d'être déau&ie ; et fay toujours dit que î'aimois mieux que ma Compagnie, bien unie, prît un mauvais parti que de se diviser sur un objet, quelque juste qu'il pût être. Je crois en cela qm
façdii de ^éhset avantageux non seulemerti k ma Compagnie, maià encore au service du Roy. En effet si une Cdnipagnie ehtièré i*ég^frt pendant quelque tempi, t6t ou tard H faut qu^elle se retrôdtfe et on la tartieilfte toute entière; mai^ si elle se divise. Ton ne petit jdhials en raihcrier qu''une partie, et, aprè^ tïrie certaine rupture, il est rarfe et presque impossible que la concorde se rétablisse parfaitement : âlor^ le siôttice dii Roy souffre toujours, ainsi que celùy du public. Of, comme Tiitiiori nécessaire pour le bien régttb dans tha Compagtiie, vous voie* qu'il n*est pas possible de faire reprendre les fonctions à une partie de ces .iHesSieurs et de garder les démissions des autres, car per^titie ne voudi-oit conserver ^ ché<i-ge à pareil pfit. Je sçais bien que vous êtes incapable de proposer jamais au Roy un pareil expédietlt, mais je crois deVdir voUs màfciuer cecy, afin cjue ^ous combattiez ceux qui le pfrbpoëeroient, si paf hasard il se tl-ouvoit quelqu'un à qtli cette idée passât dans Pesprit.
Au surplus, je ne vous cacherai pas que jMtois si affligé, au ttiols d'aoust dernier, de voir d'un côté ma Compagnie passer ce que fe crôiols être les bornés de son pbuvdîr, d'ufl âiitre côté le R6y forcé de ptendtti des fHééiifes aussi vives, sans qu'il fût en morf pkmtoir d'afféter Pun ny l'autre, que je voulus me retirer. M. le Chancelier me manda que le Roy ne vouloit poiilt que je quittasses son service, et d'ailléuf's je fus mandé à Versailles par lettre de cachet, avec plusieurs de M'» du Parlethent et ensuite envoie à Neaufle et à Mdfet. Je he crus i^as pouvoir, dans une pareille circonstance, insister sur ma retraite, parce que je pensai que je devcfîs silbîr le ménïc sort que mes confrères. Mais j'avois bien eiivicî de ihe retirer, lorsque je serots retourné à Rouen ainsi qu'eux. M. Bertin, à qui je n'avois pas caché mon dessein.
m'en détourna, quoique certains procédés de M. le vice- Chancelier à mon égard, qu'il ne m'est pas possible de vous détailler à présent, me donnassent bien du dégoût ; et la démission de M» du Parlement m'a mis dans la nécessité de rester, afin d'être, s'il est possible, le point de raliement, tant pour le bien du Roy que pour celuy de ma Q>mpagnie. Mais j*étois accablé de douleur, et je vous avoue. Monsieur, que le chagrin auroit pris beaucoup sur moy si votre confiance et votre franchise n'étoient venus à mon secours au moment où je m'y attendois le moins.
Cette lettre est bien longue ; je vous prie de me pardonner sa prolixité, mais elle vous donnera du moins une idée plus ample et plus circonstanciée du Parlement de Rouen et de celuy que vous honnorés de votre confiance, en attendant que des tems plus heureux me mettent à portée de vous rendre mes devoirs à Paris, et de vous expliquer le sujet de mes craintes relativement à M. le vice-Chancelier et à quelques autres personnes. Je désire aussi qu'elle puisse vous convaincre entièrement de la nécessité de changer quelque chose au projet de lettres patentes, et que vous réusissiez à obtenir ce changement.
J'aurai soin de vous informer de ce que je pourrai découvrir de la disposition des esprits, à mesure que ces messieurs reviendront à Rouen.
J'oubliois de vous dire que M^^ de Toulouse ont fait envoier au greffier en chef leurs procès-verbaux et leur arrêt contre M. de Fils James, pour me les remettre, que j'ay fait mettre le tout au greffe, et que je Tai mandé à M. le vice-Chancelier et à M. Bertin.
Je finis avec la simplicité que vous exigés de moy, en vous assurant. Monsieur, de mon respect et de mon attachement.