‹ Correspondance politique et administrative de Miromesnil; premier président du Parlement de Normandie (volume 4)Chapitre 33 sur 89 · CCCLIX. — i5 janvier · texte numérisé non relu

CCCLIX. — i5 janvier

B. M. R., ms. Y. 241 (a). — « Minute : A M. Delaverdy,

le 1 5 janvier 1 764 ».

MIROMESNIL A L'AVERDY

Monsieur,

J'ay reçu la lettre que vous m'avés fait Thonneur de m'écrire le 1 3 de ce mois. Je désire ardemment que vous puissiez finir avec le Parlement de Paris, afin que Grenoble et Toulouse finissent aussi ce qui les concerne et que vous puissiez enfin venir à nous, car la province souffre beaucoup de la cessation de l'administration de la justice.

Je ne suis point surpris deThorreur que vous inspirent les vices que vous découvres chaque jour dans le cœur des hommes. Vous habités un pays où la cupidité est l'idole de presque tout le monde, et la place où vous êtes vous met plus à portée, que qui que ce soit, de connoitre les excès auxquels Tavarice et la méchanceté portent ceux qui ne connoissent que Tintérét particulier. Il ne faut pas cependant perdre courage; de tout tems il y a eu des

(i) La lettre du 10 janvier.

hommes pervers et des hommes vertueux, le nombre de ces derniers a toujours été le moins considérable. Il faut espérer que Dieu bénira vos travaux.

La Providence vient, je crois, de me mettre dans le cas de vous indiquer un moyen de vous dispenser de traiter avec le jeune homme, dont il me paroît que vous ne pourriez sans répugnance emploier directement les soins. Je me presse de vous le proposer.

M. Dumesnil, conseiller au Parlement, homme d'un certain âge, qui depuis un an a quitté la charge de Président du Présidial de Beauvais pour entrer dans le Parlement de Rouen (i), est parent de M»« Lambert, femme de M. Lambert, conseiller au Parlement de Paris, de la deuxième chambre des enquêtes. Il a écrit à M. Lambert, au premier jour de Pan, et ce magistrat, dont vous connoissés la vertu et le mérite, en luy faisant réponse, luy parle par un post-scriptum de notre scituation d'une manière fort intéressante. 11 luy marque que M^* du Parlement de Paris s'intéressent à notre sort plus que nous ne paroissons nous y intéresser nous mêmes; c^ue, quoiquMls niaient pas tenu la même conduite que nous, sans cependant improuver la nôtre, ils sont persuadés de la pureté de nos intentions; quMls n^ont enregistré la déclaration du 21 novembre dernier, qu'en grande connoissance de cause, et après une discution très étendue, et qu'après en avoir parfaitement connu la nécessité indispensable; que, si nous étions disposés à enregistrer cette déclaration, il est persi^adé que nous donnerions une voix plus prépondérante à ceux qui désirent accélérer le rétablissement de notre Compagnie. Il finit par dire : Je ne suis point un tentateur, mais, dans une affaire qu'il est

(i) Nicolas Divery du Mesnil, reçu conseiller au Parlement en lyô^,

à désirer qui finisse, je crois qu^il est k propos de dire à quoy il tient. Voilà, autant que je puis me le rappela» la substance du post-scriptum.

M. Dumesnil, qui est un honnête homme et qui paroit aimer le bien, étoit à Beauvais lorsqu'il a reçu cette leure; il est parti pour venir icy, est arrivé hier, ot ce matin il est venu me la communiquer. Je luy ai coaseiI14 de ia faire voir à M. de Viarmes, qui est de sa chambre, et à ceux de M'* du Parlement qu'il copnoit le plus, et je luy ai promis d'en parler à mes amis. Par ce moyen il sera facile k M, Lambert, sans que vous y paroissiez, de lier une correspondance avec M. Dumenil. Ce dernier pourra parler à ceux avec lesquels il sera bon que je ne me mette pas en avant, et moy je traitterai avec les autres. QuQÎque vous ne soiez pas de la même chambre que M. Lambert, je suis cependant persuadé qu^il est de vos amis. Je le connois, quoique depuis longtems nous ne nous soions trouvés ensemble. M. son père, qui est doyen du Grand Conseil où j*ai été six ans (i), a toujours eu et a encore de la bonté pour moy, et, si les situations différentes gù je me suis trouvé, m'ont éloigné de lyy, j*ay conservé pour ses vertus le respect qu'elles méritent. Je crois m&tnc que j'ay l'honneur d'appartenir à M^ Lambert (2). Marqués moy, Monsieur, si vous approuvés ce moyea et si vous pensés que cela convienne. J'écrirai à M. Lambert le fils. D'ailleurs M. Dufbssé, qui a beaucoup de crédit icy dans le Parlement et qui, à ce que je çrois^ connoit M. Lambert, doit aller à Paris incessamment. M. de Viartneest fort lié avec M. Dufossé, quoique leur façon de vivre ne se ressemble pas. C'est par M* de Viarmeque

<i) En qualité de maître des requêtes et conseiller, (s) La mère de Minooiesoil était met Lambert et était fille d'un auditeur des Comptes de Paris.

jç sç^is que M* QufQssé> qui est à pr^nt dans ses terres, dqit passer par icy dans quelques )Ours pour aller à Paris. Si je puis être iqforiQédu tems de son départ, j'aurai soin 4e vous en avertir.

Quoique j^aie grande impatience de pouvoir vous rendre mes devoirs, je vous assure. Monsieur, quePavanuge de vous voir n'ajoutera rien aux sentimens que votrç franchise çt la confiance dont vous m^honnorés m'ont inspiré, et que, tant que je vivrai, je serai, avec rattachement le plus inviolable et le respect le plus sincère...

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