CCCLXXI. — 3o janvier
B. M. R., ms. Y. 241 (a). — Minute : « A M. de Laverdy,
le 3o janvier 1764. »»
MIROMESNIL A L'AVERDY
Monsieur,
J*ay reçu avant hier votre lettre du 27 de ce mois, par laquelle vous me demandés la liste des officiers du Parlement, auxquels il faudra adresser des ordres du Roy, la datte des démissions, et celle de la transcription des arrests du Conseil, et notamment la datte du dernier de ses arrests ; vous me marqués aussy de vous envoler une nouvelle copie du projet de lettres patentes que j^avois dressées, et que je vous avois envoyé.
Conformément à vos ordres, je vous envoyé la liste de
(i) Cette pièce manque ; elle fut renvoyée au ministre ; il n*est pas resté de minute des observations de Miromesnil.
W* 4h Parkm^t qqî ont. d^nt^ laurs 4imifsi9M (i) ; un journal que j'ai 4r^sé, (it tout ce qui s'est passé au Parierait d^gmsi W. 17 aqiist jn^qlau i9iPovombFe 1763 (2.)» ufi^ cQpie de l'açt^, 4a déminions du t9 du mime i9oU,et une copie du projet dc^ lettrps gâtâtes; le tout est éorit de iqa main; et je, m^'en rapport^ à votre sagesse pom ne laisser v^ n)oa ^trit^re à, personne qui pui^fi^ me GQtmprom§ttre.
J'ad reçu hier votre, letue 4u 2S> J'aj l'hoaueuridc^ vous renvoyer leplap qi^p vou% av^.e^ia boutade mecogai^er. J*ai mis en marge les observations que j'ay cru nécessaire, avec les éclaircissements que j'ai pensé qui pourroient vous estre utile. Je soumets tout à vos lumières, et je m'estimerai heureux sj je puis répondre à votre conBance, et vous convaincre de moç. respect e% dei mon attachement, ils sont bien sincéces.
CCOLXXIL -> 3o janvier 1764.
b. M. R., ms. Y. 241 (2). — Minute : « 3o janvier 1764,
à M. de Laverdy ».
MIROMESNIL A L'AVERDY
Monsieur, Je me sui^s pre^é de vo^is er\voiçr ce p?atin Içs. éclaircissem.çps que vous nj'ay iez^ dengbapd4 pai; vowe letwe
( i) Tous les membres du Parlement signèrent la lettre de dénûssîon; la liste a été recueillie par Floquet (VI, p. 566) d'après le Registre secret ; elle se trouve aussi dans la brochure : Précis de ce qui s'est passé au Parlement séant à Rouen depuis la Saint-Martin jusques et compris le ig novembre 17 63, absquanota, ia-.i2, 40 p.
(2) Ce journal fait défaut*
du 'T.'j, et in^s obseiivtiuons sur. 1$. pli^p que vous av^ eu la bofîté de m^envoier le zS. L^heurQ de la poste ne m^a pas permis de vous faire, part dç. ^uelquQ^ autres réflexions.
IVaborçl je crains que vous ne trouviez extraordinaire que je vops.^ie encore recommandé de ne^lais^r voir mon écriture, quaf^t aux éclaircissements particuliei^s que je vous ai envoies^ qu^^ des persoçn^ qui ne. puissent pas me CQmpron>ettre^ en voiçy la raison* Je ne me n>^Hç pas de la pluspartdfs personnes qui cpq:^s^iu<l$ CQpik^té. M* de S« Florçntiç^et ^,^. Ber,ti,n 09,^ de. l'amitié, pqur napy, j'en sv^is a^uré. M. de ChQi^ul 4 touî^urs étéport^à^m/obliT ger; il a même, il y a trQiç; ^(^s, ejpg^ile Boy, à donaftr on régim^iV â^.mop. frère ( i) ; aiqsi j'ay tputliçu.de compter sur sa boppe vplpni4 à i^pn 4gard. Mais je vous avouç que je, me m4âe trçs foçtde ^. le vicerChancelier. Je ne vous ferai pbin^ perdre de ten\$ ea vq^s détaiUaiU les motifs, je g^rdf^ cela, pwf l^S: mç^^os oti \^ pourrai vous voir et oti. nous sçrpQs ocçupéis d'aâaires.. iQoitvs m^ltipliée$ et nvoins 441icate$. Mais jq pjM$ vous, dite en g4D^ial, avqc la plus grande sincérité, qu'il.a.tpuj^urs. cherché \ me; quire et que j^ay. tout lieu de pensf^r qu^il n'en a^t€ipd que Toçcasiou, J'ay d^ailkurs tout liç^ de pç9ser9 sans qç être aussi certain que du premier points qu'il a à^ intçWgences dans ma Comp^^iç avçc de3 persqnpi^ qui ut, sont rien moins quç bien intentionnées,pour m.oy, et jç vous ayoue franchement qi\e j'appréhenderois, s'il étoit trop instruit dç la bppt^ que vous ^yés de me consulter, qu'îi ne fit insiiwer à, M/^ du Parlement o^ j'ai travaillé au plan que l'on va mettre en exécution, et alors on fexpit retomber sur moy tO]ut ce qui
(I) Cf., t. U, p, 78.
pourroit être moins agréable à la G)mpagnie; et peut-être même telle chose, qui ne seroit pas faite en elle-même pour déplaire, seroit-elle moins approuvée parce que Ton croiroit qu'elle viendroit de moy. Vous pouvés, Monsieur, me rendre la justice de voir que, dans tout ce que )e vous ai écrit, proposé ou répondu, il n^y a rien de contraire à rintérét et à Thonneur de ma G>mpagnie, dont je m'efforce toujours de concilier l'avantage avec le bien du service du Roy. Malgré cela, je connais les hommes, et j'ay trop éprouvé leur penchant à tout interpretter défavorablement, pour ne pas tout appréhender, soit de leur malice, soit des préjugés auxquels ils s'abbandonnent quelquefois sans mauvaise volonté.
Je reviens à présent au fond des affaires qui nous occupent. Il y a encore un assez grand nombre de M« du Parlement à leurs campagnes; cependant il y en a plusieurs qui sont revenus à Rouen depuis quelques jours. J'ay cru remarquer qu^une partie de ceux qui sont icy ont quelque désir de voir changer notre situation. Je vois qu'il y en a beaucoup qui viennent me voir et qui me demandent s'il n'y a point de nouvelles; il y en a même qui me demandent parfois si j'espère que notre situation change bientôt. II est vray aussi qu'il y en a quelquesuns qui sont plus réservés, mais je commence à espérer que le grand nombre est touché de la situation de notre province. Je réponds toujours aux questions que l'on garde à Versailles le plus grand silence, que M. le vice- Chancelier ne me mande rien, et que je suis fort affligé d'être dénué de confrères et de fonctions. J'ay cep)endant marqué concevoir quelqu'espérance sur le rappel certain de M. de Fits James et de M. Dumesnil, et je dis à ceux qui cherchent à me faire parler que cet événement, que le public vous attribue, marque que vous avés de l'influence
sur les affaires générales et me fait espérer que Ton pensera bientôt à nous. Je fais valoir aussi les retranchemens que vous avés obtenu dans les dépenses. Enfin je parle sans affectation, du danger dont seroit une banqueroute d^Etat et de la nécessité des impôts pour mettre le Roy en état de Téviter, en tenant les engagemens qu^il a contractés.
Par ce que quelques personnes de confiance me rapportent des discours qui se tiennent dans le public, je vois que Ton commence à s^adoucir sur les impôts, les deux objets qui déplaisent le plus fort; le cadastre et le don gratuit; ce sera matière à discuter amplement avec les mandés.
Il m'est revenu aussi que quelques personnes avoient trouvé assez mauvais que le Parlement de Paris eût tenu secrette la modification de Tenregistrement des lettres patentes qui imposent silence sur le passé. De là j^augure que vous ferés très sagement d'appuier fortement dans les conférences que vous aurés avec les mandés sur Timportance de l'enregistrement de ces lettres patentes.
Je dois aussi vous répéter ce que je vous ai déjà marqué plusieurs fois que les arrestsdu Conseil du 24 aoust et du 17 novembre tiennent fortement au cœur de tout le monde, et je ne voudrois pas répondre que, même en enregistrant, tous Mrs du Parlement une fois rentrés ne se donneront pas la satisfaction de les biffer.
Il m^est encore revenu un propos assez important et sur lequel je crois devoir vous prévenir, quoique l'occasion de le voir se confirmer ne soit pas dans le cas de se présenter sitôt, et quoiqu'il faille espérer même qu'elle ne se présentera jamais. L'on m'a assuré que quelques uns de M"*' du Parlement avoient dit, il n'y a pas longtems, que, si jamais il arrivoit que le Roy voulût faire faire en-
eme des etiregistremèns d'autôrîté, ils proposerbîetît à la Gormpagnie d^arrétw qae te PreAiier Président seroit exclus des dëlibérâtic^ns, s'il otrtcmpérôit à l'ordre du Roy qui Itiy enfoindtoit tl'étre présent à renr^istrément fait d'autorité. Si nous nous trouvions jamais dans ce cas-là, je suis bien sûr que ce parti seroTit proposé par ceux qui aiment à me mettre dans l'embarras, et j'ay tout lieu de craindrequHl ne fût adof)fé par la plufalifé, les esprits étant aigris autant qu'ils tè sont par la trop grand multiplicrté d« ces actes d'autorité absolue. Peu s'en est fallu que cela n'ait été proposé lors de nos dernières scènes, et cela t'auroit été si je n'avois été assez heureux pour le détourner à l'aide de mes amis, mais je n'oserois me flatter d'avoir te même succès à l'avenir.
Cest pourquoi , Monsieur, s'il arrivoit que le Parlement rentré refusât d'enregistrer soit la déclaration du 21 norvèmbre, soit qu'il y fît quelques changements qui obligeassent le Roy à en donner une seconde, ou que cette seconde fût refusée, si les lettres de jussfon répétées aavoient pas de succès, enfin si Ton poUssoit la résistance jusqu'à l'extrémité, tâchés, je vous suplie, dans ce cas, d'éviter les enregistremens d'aufôrité; et, si jamais on y avoit recours, ce qu'il faut absolument tout faire pour éviter, tâchés du moins que je ne soisi point forcé d'y être présent.
La précaution que je prends vous paroîtra bien prématurée et même supertiae. Je désire qu'elle le soit, mais je ne crois pas cependant inutile de vous prévenir de très loin sur une matière aussi importante. J'avois déjà fait des efforts pour obtenir qlie l'on ne me fît point donner d'ordres pour être présent aux opérations de M. le duc d'Harcourt, et je n'avois pu y réussir, ce qui m^'avoit causé
beaucoup de chagrins. t>ieu veùihe qûè jè ne nie trouve jamais dans le même cas.
Au surplus, j'éspêre beaucoup, pour la réusshe des affaires, des conférences que vous aurës avec M^ du Parlement, lorsque le tems de les faire aller à Versailles sera venu.
Je vous prie de me conservefr votre amitié, je la ftiériterai toujours par mon respect et par mon affachemént.
CCGLXXin. — 3i jafnVîer 1764.
B. de W. Lôrnrtîéf. — Airtojrtj^ïie.
MIROMESNIL A LAMOIGNON (i).
MoNftmGHBVR,
Je suis pétiétré de k plus vive reconnaissance de Tîntérest que vous vôiulés Wen prendre à ce qû'i me touche. M<^ de Mironltesml ée porte on ne peut ^s mieux ainsi qtte son fib. Je déàire fort erre assés heureitt potir lé conserver, et je prie lé Seigneur 4e naé faire cèfte gfrâce et surtout de lifi atcôrder sa bénédiction p(mr qu'il puisse un jotir sef^rir utilement son Roy et sa patrie.
Je n'ai encore aucunes nouvelles tottcham le Parléméat. Les déifti«sî<ms de M" du Parlement ont occasionné la ceftafion entière de Tâdinitiistration de la justice dans la province, tôuts tes avocals aiant rtfifeé teur ministère aux parties, et la plu^pÀrt des jiïges aiant cessé de â'^as^ietoblet dans leurs triboMùx.
J'attends avec impatience que cette crise finisse ; [eHe
(i> Lamoignon éteiten dUgrftce et ne faisait plus les fonctions de sa charge de Chancelier : Miromesnil continuait à l'entretenir des événements.
adjoute fort à la misère du peuple, et me tient en particulier dans une scituation très embarassante. Jusques icy j^ai été assés heureux pour que 1 on ne m'ait pas sçu mauvais gré d^avoir été le seul qui n aie pas donné ma démission. J*ai dit que je ne croiois pas qu'il me fût permis de remettre en d^autres mains que celles du Roy une charge que je tiens par serment pretté entre les mains de Sa Majesté, et qtie, tant qu'il me resteroit une lueur d^espérance de voir ma G>mpagnie rétablie, je ne croiois pas devoir Pabandonner ; que par conséquent, si je ne donnons pas ma démission, je n^entendois pas pour cela me séparer de mon corps, mais seulement remplir mon devoir, semblable au commandant d^un vaisseau battu par la tempeste qui laisse sauver Téquipage, qui reste seul sur son vaisseau et qui périt avec lui s^il coule à fond. M's du Parlement ont approuvé ma conduitte, ainsi que le public. En envoiant au Roy les démissions de ces messieurs, j^ai écrit à Sa Majesté et lui ai marqué les motifs qui m^engageoient à ne pas donner la mienne. Au bout d'un mois j'ai cru devoir écrire au Roy une seconde lettre fort ample ; je représente à Sa Majesté que la douleur de Messieurs du Parlement, après les imputations des arrêts du Conseil du 24 aoust et du 1 7 novembre dernier, ne leur avoit pas permis de prendre d'autre party que celui de remettre leurs charges, que je ne les avois pas imité parce que ma confiance dans la justice et dans la bonté de Sa Majesté ne me permettoit pas de perdre l'espérance de voir les magistrats de son Parlement rétablis dans ses bonnes grâces et dans leurs fonaions. Je lui rends compte du tord que l'inaction des tribunaux fait à la province, je lui représente qu'il ne peut y remédier qu'en rétablissant M^s du Parlement. Mais je lui observe qu'il est nécessaire qu'en les rappellant à son ser-
vice, ce dont j^ose le suplier, il leur donne des marques de bienveillance assés éclatantes pour effacer les impressions fâcheuses que les arrests du Conseil ont pu faire contre eux sur l'esprit de ses sujets.
Je scais que le Roy a approuvé ma conduitte, mais j^ignore encor quand nous serons rétablis.
Voilà, Monseigneur, la conduitte que j'ai pensé devoir tenir afin de me rendre le moins inutile que je pourroisà mon maître, à mon corps et à la province dans une circonstance aussi fascheuse. J'ay senty que la province soufifriroit d'un aussi triste événement, que les magistrats aiant une fois donné leurs démissions ne pourroient plus rien faire pour le bien commun, que le Roy ne pourroit pas venir au«devant d'eux, qu'il falloit donc qu'il y eût quelqu'un qui par état et par devoir fût dans le cas de faire les démarches convenables pour tout rapprocher : je me suis déterminé à rester, et ensuitte à m'adresser directement au Roy.
Je désire que vous approuviés ma façon de penser, et je vous prie de m'aider de vos avis sur ce que je dois faire en cas que mes principes vous paroissent justes. Je suis^ avec respect
MiROMENIL.
Ce 3 1 janvier 1 764.
CCCLXXIV. — 3 février 1764.
B. M. R.y m». Y. 241 (2). — Autographe. '