‹ Correspondance politique et administrative de Miromesnil; premier président du Parlement de Normandie (volume 4)Chapitre 47 sur 89 · MIROMESNIL AU O' LE COUTEULK · texte numérisé non relu

MIROMESNIL AU O' LE COUTEULK

J'ay reçu, Monsieur, votre lettre du i3; je Tai lu avec toute l'attention possible, et je reconnois avec une grande satisfaction rattachement que je vous ai toujours connu pour le bien de PEtat. Je pense comme vous que, malgré le silence que le gouvernement garde sur la scituation présente du Parlement, il est impossible que Ton ne songe pas à le rétablir; les choses ne peuvent pas rester dans l'état oti elles sont et la nécessité assure Tévènement. Ce n^est que cette considération, comme vous le sçavés, qui m^a empêché de donner ma démission. J'ay senti que le Roy ne pouvoit pas se dispenser de rétablir notre G>mpagnie, mais qu'il pourroit trouver de la difficulté à choisir la voie d^y parvenir. J^ay senti d'un autre coté que M" du Parlement, après une démarche aussi décidée, ne pourroient prendre d^autre parti que celuy d'attendre en silence, et qu^il n'auroit pas été convenable qu'ils eussent paru courrir après leurs démissions. J*ay

(i) A la suite de cette lettre «e trouvent quelques formules de politesse, écrites par Mn« Le Couteulx, à l'adresse de Miromesnil, de sa femme et de Mm* Bignon, mère de celle-ci.

senti enfin que, dans une circonstance aussi délicate, il falloit qu^il y eût quelqu'un que sa situation mît dans le cas de faire des démarches qui ne pussent compromettre ni le souverain ni les magistrats, et je suis resté, non pour me séparer du corps auquel je suis lié, mais afin de me conserver pour le Roy et pour ma O^mpagnie, bien résolu, si je n^avois pas le bonheur de voir mes confrères rentrer dans leurs fonctions, de suivre leur exemple dès que j^aurois perdu toute espérance. Cest par une suine naturelle de ce plan que j^ay pris la liberté décrire au Roy les deux lettres que j'ai adressées à S. M., Tune en envoiant les démissions, et Tautre un mois après qu'elles ont été données. Le silence que Ton a gardé sur ma dernière lettre m^a engagé à ne pas faire d'autres démarches, et je me suis contenté de représenter de tems en tems à M. le vice-Chancelier Tétat fâcheux où Tinaaion des tribunaux réduit notre province. Mais vous sentes. Monsieur, que 'plus cet état se prolonge et plus le public souffre, et la privation de Tadministration de la justice a des conséquences très étendues et ajoute infiniment aux autres malheurs que le peuple éprouve.

Quant à la déclaration du 21 novembre dernier, je sens comme vous les obstacles qu'elle pourra rencontrer lorsqu'il s^agira de son enregistrement. Je sens combien il est dur de supporter en tems de paix des impôts qui non seulement auroient dû cesser avec la guerre, mais encore qu'il eût été à désirer que Ton n^eût pas portés à un point aussi considérable même pendant la guerre. Quoique toute Tétude de ma vie se soit bornée aux objets qui concernent l'administration de la justice et que je n'aie pas acquis les connoissances nécessaires pour juger des opérations de finance, je sens que le fond, destiné par la déclaration du 21 novembre dernier pour l'acquittement

des dettes de l'Etat, paroit bien foible et ne p^met pas d^espérer une liquidation trop prompte ni par conséquent des soulagemens assez prochains. Je ne suis pas plus ami que vous des financiers, et il y a longtems que je pense quMls sont pour le siècle présent ce qu^étoient les Juifs sous le règne de Philippe-le-Bel ; mais, si les notions très foibles que je puis concevoir me font entrevoir les objets, je vous avoue que j^ai des doutes, qu*elies ne suffisent pas pour résoudre, et sur lesquels je m^en rapporte aux personnes plus instruites que je ne puis Tétre. Je voudrois sçavoir sHl est possible de faire subitement une réforme générale dans toutes les parties de Tadministration des finances, sans exposer l'Etat à une insuffisance plus dangereuse encore que sa situation présente, sans forcer le gouvernement à une banqueroute généralle, et par conséquent sans ruiner une infinité de familles qui ne tiennent pas à la finance, mais sur lesquelles le contre-coup pourroit tomber; si une pareille révolution nô nuiroitpas au commerce, sUl n'est pas à craindre qu'en voulant presser la marche du ministère Ton n^aiigmente ses embarras, qu^en traversent les vues de M. Delaverdy, que vous dites zélé pour les parlemens. Ton ne luy suscite des contradictions capables d'empêcher qu^il n'acquierre ou ne conserve le crédit nécessaire pour se maintenir en place, et qu'on ne luy ôte par là les moyens de faire le bien que Ton doit attendre de son travail. Je ne Pai jamais vu, mais ce que vous me marqués de la disposition oii il est, d'écouter ce que luy représentent les personnes qui aiment le bien, me fait désirer qu'il reste en place. Au surplus tout ce que je viens de vous marquer ne doit être regardé que comme des doutes que je vous propose, avec l'intention de les subordonner k vos lumières, et, comme je vous Tai déjà dit, je ne suis point assez instruit de ces

sortes de matières pour oser prendre un avis de moy même.

Je reviens à présent aux objets qui sont plus à ma portée. L'on doit me donner samedy un état de Phôpital général, que je vous enverrai. Je tâcherai de vous envder aussi œluy de THôtel-Dieu. J'ay vu M. Le Breton : il compte finir demain son travail avec M. Vittecocq, sur le tarif des controiles et me le remenre après demain. Je le lirai avec luy, et je vous le communiquerai, afin de l'envoier ensuiieà M. Delaverdy.

Quant à nos deux hôpitaux, lorsque vous aurés les états que je compte vous envoler, je vous prierai de me marquer si vous jugés à propos que j*écrive de mon côté à M. Delaverdy pour luy demander, comme de moyméme, des secours pour ces deux établissemeas, et alors, si vous me le conseillés, je luy écrirai. Au surplus je pense très fort, comme vous, que, s^il pouvoit faire quelque chose en leur faveur, cela feroit un très bon effet soit sur Tesprit du public soit sur celuy des magistrats, d^autant qu^ii en résulteroit un soulagement réel pour notre ville.

Je suis, . , . etc.

CCCLXXXIV. — i5 février 1764.

B. M. R., ms. Y. 241 <3). ^ Minute : « A M. de Lavefdy

le i5 février 1764. »

MIROMESNIL A L'AVERDY

MONSIEXJR,

J'ay reçu les deux lettres que vous m'avés fait Pbonneur de m'écrîre le 1 1 et le 12 de ce mois. Je vous félicite

de voir enfin l'affaire de Grenoble terminée. Le bruit s'est répandu icy par différentes lettres de Paris qu'elle étoit finie, mais il me paroit que ces lettres anticipent la nouvelle, car elles marquent que le Roy a vu le Parlement de Grenoble samedy dernier, que Sa Majesté luy a fait une réponse très satisfaisante, luy a promis que M. Dumesnil n'iroit jamais en Dauphiné, et donné à M^' du Parlement 180,000 livres pour les frais de leur voiage et a diminué de 3oo,ooo livres Tabonnement de leur province pour les vingtièmes. Or, suivant votre lettre du dimanche, Monsieur, ce n'est qu'hier lundy que le Roy a dû donner audiance à M» de Grenoble. Au surplus il y. a lieu de penser que la nouvelle, quoiqu'elle soit anticipée, se trouvera néanmoins vraie en partie, puisqu'elle annonce une partie des choses que vous me marqués.

Eh ! pourquoy. Monsieur, faudroit-il qu'un Controileur général n'eut pas Pâme compatissante? Cest^ je crois, au contraire de toutes les places du ministère, celle qu'il est k plus à désirer qui soit remplie par un homme dont le cœur soit sensible aux peines d'autruy. Je cooviens qu'il souffre parce que la nécessité de régler les impositions met souvent son cœur à la gesne, mais aussi il est bien plus propre à rechercher les moyens de les rendre moins onéreuses. Il est bien certain,- Monsieur, que quelques succès que puissent avoir vos opérations, quelqu'avantage que votre administration puisse procurer au Roy et à ses sujets, vous ne ferés jamais tout le bien que vous voudriez faire, parce que vous ne parviendrés jamais à faire qu'il n'y ait point de malheureux, mais du moins vous en diminurés le nombre, et c'est un grand point.

Je sens parfaitement. Monsieur, qu'il est fâcheux que celuy ( I ) qui devroit se charger par état de ce qui concerne

(i) Le vice-Chancelier Maupeou.

le détail de la magistrature, afin de négocier de façon à vous aider, en contribuant au succès de vos opérations par le concours des tribunaux supérieurs, reste dans une inaction qui non seulement augmente vos travaux, mais encore vous détourne des objets naturels de votre ministère. Mais aussi vous recueillerés un jour le fruit de vos peines, ^t si, comme je l'espère, vous parvenés à rétablir la tranquilité dans les parlemens, vous aurés tout Thonneur du succès auquel on renonce, en croiant jetter sur. vous seul les désagrémens du défaut de. réussite. Je ne puis donc trop vous rappeller ce vers que vous m'avés quelquefois cité vous même : Tu ne cède maiis, sed conira audentior ito, La carrière est difficile, je n'en disconviens pas, mais vous y êtes engagé, il faut vous y soutenir; vous y avés apporté des vues louables, des intentions pures, de la franchise, vous êtes propre au travail, voilà vos avantages; vous avés à présent des espérances fondées de réussir. Le rappel des deux commandans, la pacifica* tion de Grenoble sont deux victoires obtenues sur la Cour et sur la magistrature. Il faut espérer que Dieu vous fera la grâce de venir à bout du reste. Il est encore des honnêtes gens dans le monde, et il n'en est point qui ne se doive porter à vous aider autant qu'il sera en luy.

11 est fâcheux que M'* de Toulouse exigent absolument que M. de Fits James perde sa charge de lieutenant général du Languedoc. Ils doivent sentir que le Roy, après avoir déclaré qu'il n'avoit rien fait que par ses ordres, a fait un assez grand sacrifice en le rappellant et en le privant de tenir les Etats. Loin d'exiger ce qui peut diminuer la dignité de notre maître, nous devons au contraire nous efforcer de la soutenir. Je ne puis croire que vous ne parveniez pas à faire sentir cette vérité à M» de Toulouse. Quant à M. de Fits James, je suis moins surpris

de sa résistance. Son honneur est intéressé à sa justification, et Ton a bien de la peine à sacrifier un intérêt aussi prétieux. II a mal entendu les ordres qu'il avoit, il les a exécutés à contre-tems, mais il les avoit; il a manqué de discernement, mais à qui doit-on s'en prendre, si ce a'esi à la nature même des ordres? Au reste j'espère que vous réussirés encore à cet égard, et je viens à ce qui intéresse ma Compagnie.

J'ay reçu hier une lettre de M. Le Coûteux; je vous en envoie Textrait, avec une copie de la réponse que j^ay cru luy devoir faire. Je le mettrai dimanche en état de vous donner sur nos hôpitaux les éclaircissemens qu'il désire, et je vous écrirai plus en détail sur cet objet, sans néanmoins luy en rien dire, sauf, s'il me marque de vous écrire en même tems que luy, à concerter avec luy une lettre et à vous en avertir en vous Tenvoiant. Au surplus vous verres. Monsieur, f>ar l'extrait de sa lettre et par la réponse que je luy fais, que, quoique je ne sois pas de son avis en tout, je ne le contredis pas de front et je luy propose au contraire comme de simples doutes à résoudre les principes que je crois être les véritables et les plus conformes au bien de TEtat et du peuple pour le moment présent, i» Je ne pense pas que M"^ du Parlement se contentassent du seul silence imposé sur le passé, et je crois au contraire qu^il est nécessaire que le Roy, indépendemment des lettres patentes enregistrées au Parlement de Paris, en donne de particulières pour les rétablir dans leurs fonctions et qu'elles effacent nomément, s^il est possible, les deux arrêts du Conseil du 24 aoust, et du 17 novembre dernier.

Je connois des magistrats que ce point intéresse plus pour rhonneur de la Compagnie que tout le reste, et qui, pénétrés de la nécessité des impôts et de l'importance du

rétablissement de la justice, ne croient pas cependant pouvoir reprendre leurs fonctions avec honneur, sans recevoir des marques de confiance et de bonté de la part du Roy. Souvenés-vous, Monsieur, que je vous ai déjà marqué que j^étois disposé à croire que les magistrats les plus modérés et les plus disposés à se pretter aux besoins de PEtat seroient les plus difficiles sur Tarticle de l'honneur de la Compagnie. Ces magistrats sentent la nécessité de tout finir en même tems, et seroient fâchés de rentrer en fonctions pour voir renaître les difficultés. En effet il seroit très-affligeant que le Parlement ne reprît son existence que pour renouveller tout ce qui a occasionné son anéantissement, et l'embarras du gouvernement deviendroit plus grand que jamais.

Quant à la députaiion, je la crois nécessaire, car il faut se voir et se parler pour bien traitter les affaires. Mais pour qu'elle soit utille, pour que Ton en tire le fruit que Ton doit en attendre, il faut que les députés puissent être avoués par la Compagnie et avoir avec elle une relation autorisée. C'est ce qui m^avoit porté à vous proposer d^abord d'assembler M^s du Parlement au Palais et que le Roy leur ordonnât de députer ceux d'entre eux qû^ils voudroient. Quant au nombre, on peut le réduire à six ou huit, à la bonne heure. M. Dufossé et M. Le Coûteux en seront sûrement; leur ancienneté ne permet pas de préjuger que cela soit autrement. Au surplus, de quelque façon que le Roy mande quelques-uns de M'^du Parlement, je ne crois pas que les mandés aillent à Versailles en habit gris, ni qu*ils refusent de se présenter au Roy, lorsque S. M, voudra leur donner audiance. Mais s^ils ne sont pas choisis par la Compagnie, ils pourront peutêtre dire que leur position ne leur permet pas d'entamer

aucune négociation par la crainte d'être désavoués, et alors le voiage ne serviroità rien.

Pour moy, toute réflexion faite, je crois qu'il faudroit, pour obvier à toute difficulté, risquer une conduite un peu plus hardie. Ce seroit d*envoier des ordres à tous M« du Parlement de se rendre à Rouen et de se trouver en robbe au palais à un jour marqué, de leur donner ce jour là des lettres patentes qui, en les rétablissant dans leurs fonctions, et en termes remplis de bonté et qui marquassent la disposition où seroit le Roy d'entendre son Parlement sur les motifs qui ont engagé ses membres à donner leurs démissions, leur ordonneroient de rester assemblés jusqu^à ce qu'ils eussent reçu les ordres du Roy par leurs députés, et de les nommer pour les faire partir incessemment. Par ce moyen les députés partiroient avec des instructions, ils pourroient entretenir correspondance avec la Compagnie pendant leur voiage, et ils seroient sûrement écoutés à leur retour.

Le Roy pourroit alors leur faire une réponse de bonté, donner des lettres patentes particulières pour effacer les arrêts du Conseil, et enjoindre de reprendre le service ordinaire, envoler les lettres patentes du Parlement de Paris et la déclaration du 21 novembre dernier.

Ce parti paroîtra hazardeux, mais il sera peut être le plus sûr, et je vous avoue que je le croîs le plus capable d'applanir bien des difficultés et de toucher les cœurs de ceux qui sont moins portés à étendre l'autorité des tribunaux qu^à procurer le bien du Roy et de ses sujets, en rétablissant tout dans son ordre naturel.

Cependant, Monsieur, puisque vous êtes en relation avec M. Dufossé, sondés*le sur ce plan, ainsi que M. Le Coûteux, avant que de le proposer, car je sens qu'il ne faut pas l'adopter avant d^avoir quelqu'espérance de réus-

site; mais si vous prévoiez qu^il puisse être goûté de ces deux messieurs, je crois quMl ne peut y en avoir de meilleur, car enfin tout bon magistrat, tout bon citoyen, tout bon François, tout fidèle sujet du Roy doit désirer de voir cesser le malheur présent et doit se porter avec empressement à tout ce qui peut contribuer au soulagement du peuple, et le premier de touts' est le rétablissement de l'administration de la justice.

Je vous garderai le plus grand secret sur votre correspondance avec M. Le Coûteux et avec M. Dufossé, et surtout avec ce dernier, car j'ai bien des raisons pour désirer qu'il ignore la miene avec vous, que je ne puis pas vous dire dans ce moment-cy, où il ne faut nous occuper que des affaires* de notre maître.

Mon respect et mon attachement. Monsieur, augmentent chaque jour, heureux si je puis vous en donner toutes les preuves que je voudrois (i).

CCCLXXXV. — i5 février 1764.

B. M. R., ms. Y. 241 (3). — Autographe.

LE Or LE COUTEULX A MIROMESNIL.

Consolés- vous. Monsieur, je vous prie; tranquilisésvous, notre.tour aproche : voicy la copie de la lettre que je viens de recevoir de M"^ de L'Averdy. Je m'empresse de vous en faire part, en vous priant de ne pas oublier la discrettion que vous m'avés promise et qu'il me recommande. Je dis que notre tour aproche, parce que je sçay

(i) Cette lettre-minute contient une correction, de plusieurs lignes d*étendue, de la main de Miromesnil.

qu'il doit venir tout de suitte après Toulouse et Grenoble. Suivant mon projet ou mon sistëme, vous sentes combien il est important que la besogne de M^ Vittecoq et Le Breton soit preste dans peu, aussy bien que Tétat que vous m'avés promis de nos hôpitaux.

Cest avec joye et satisfaction que je vous renouvelle aujourduy comme hier les assurances du profond respect avec lequel je seroy toutte ma vie...

Le Couteulx.

A Oissel, ce i5 février 1764 (i).

CCCLXXXVI. — 18 février 1764.

B. M. R., ms. Y. 341 (3). — Autographe.

L'AVERDY A MIROMESNIL

Me marque quHl tCa pas encor fini avec le Parlementa de Toulouse, et que Von ne veut penser au Parlement de Rouen que lorsque Von aura terminé avec celui de Toulouse,

Oh! je ne cède pas la partie. Monsieur, je suis toujours TafTaire de Toulouse. On me la laisse tout seul sur le corps. Je n'ai pas encore grande espérance, mais je me roidis contre les difficultés, c'est mon caractère. J'aurois toujours rendu un grand service à notre maître, si j*avois pu finir toutes ces querelles notables qui font du trouble.

(i) A la suite de cette lettre, Le Couteulx a transcrit la suivante, de L'Averdy :

« L'affaire de Grenoble finira demain, mon cher cousin ; le Pdrle-> ment entier sera admis à Taudiaoce du Roy. Il luy dira qu'il Ta

Il est vrai que cela diminue un peu rantorité eitérjeure, mais il n^ a pas moien de faire autrement, et si j'étois seul elle n^en auroit fait qu'accroître. J^aurois proposé au roi de dire que Fétat fâcheux de ses affaires Ta obligé de faire ce qu^il a fait, qu'il est fâché des inconvénîens qui en résultent, qu^aussitôtqu^il Ta pu il est revenu à ce que lui dictoit son cœur et son. affection pour 'Ses peuples et pour les règles, qu'il est convaincu que ses magistrats ne cherchent que le bien, qu'ils s'adressent â lut quand ils croiront qu'il est tombé dans Terreur, et qu'H reviendra au vrai; qu'ils soient dociles aussi de leur edtéày rentrer lorsqu'ils auront erré. On l'adoreroit^ le maître qui parleroit ainsi; mais on ne veut pas cela, et ce n'est plus le^ siile. J'en suis fâché, car il n'y a pas de prince auquel il allât mieux qu'au nôtre, qui est plein 4^ bonté et de justesse d'esprit.

Il paroit toujours qu'il ne sera sérieusement question de vous qu'après Toulouse. J'en suis? bien fâché pour votre pauvre province. Je suis déterminée faire venir des conseillers de Rouen et vos raisons sont bonnes. Je vois que je n'aurai à craindre ni Phabitgfis ni la perruque en bonne. Quant à vous faire réunir avant, je crains les colloques ei les histoires. Il vaut mieux qu'ils ne s'expliquent pas tout à fait que de risquer l'avanture. Il y a ' bien du malheur si je ne vous fais pas parler, en tout cas

mandé pour luy faire connoistre ses intentions, qu'il a apris qu'il avoit aresté de luy présenter des remontrances, qu'il peut s'expliquer. On présentera les remontrances. Le Roy les examinera, fera une bonne réponce dont il sera content, et les renverra à leurs fonctions avec des mots obligeants. Je n'ay que le temps de vous tracer ce peu de mots. Les députés de Toulouse sont arrivés ; on va travailler à eux sans relâche. Et je songe toujours à vous finir; votre province me fend le cœur et je voudrois voir tinir au plustost la triste léthargie où elle est réduitte. ^ Versailles, ii février 1764. »

je devinerai le silence, et on tire des Normands ce qu'on peut. Je veux tâcher en effet de vous accorder quelque chose pour les hôpitaux sur le don gratuit, afin de le faire digérer et de ne pas laisser manquer les pauvres, que nous sommes obligés de faire ; cela me paroit un devoir de ma place diaprés ce que )e suis obligé de faire d'ailleurs.

On avoit oublié de répondre à des remontrances de Grenoble sur le troisième vingtième et les doublements de capitation pendant dix-huit mois. On a fait regîstrer ensuite, et ce peuple a paie quatre ans en deux ans et demi. D^une province abîmée, fe n'aurois pas pu tirer ce qui eût été imposé. En conséquence j'ai consenti à un abonnement meilleur sur le second vingtième et une diminution légère sur le premier, et j^ai donné 8,000 livres par an pour les hôpitaux, qui étoient dans le cas des vôtres. Je n'ai pas pu tenir à cet état affreux des Dauphinois, et vous verré& qu'on sesâ assés injuste pour en conclure que j'en dois accorder autant aux autres. Et voila pourquoi j'ai Tâme trop sensible pour m'a place. Cela n'est que trop vrai, mais c'est un défaut que j^aime pour moi, parce qu'il me laisse au rang des amis de l'humanité, et le pis aller c'est qu'on me réforme si je ne sçais pas y résister assés. Rien n'égale les sentimens du sincère et inviolable attachement, avec lequel...

Paris, 18 février 1764

De l'Averdy.

CCCLXXXVH. — 19 février 1764.

B. M. K,f ms. Y. 241 (3). — Autographe, non signé.

L'AVERDY A MIROMESNIL

Me marque que l'on ne fera pas venir de députés de Rouen, que je serai mandé seul, qu'il a proposé de révocquer les arrests du Conseil qui ont occasionné les démissions, et que cette proposition n*a pas trop effarouché; qu'ih tâchera que Pon mande aussi avec moi un président et deux conseillers, mais quil doutte qu'il réussisse.

Il me paroit. Monsieur, qu^on prend ici le parti de ne pas faire venir de députés de Rouen. On enverra des lettres de cachet pour être au palais tel jour. Vous serés mandé seul pour la surveille; on vous tiendra un discours convenable pour le Parlement. Vous aurés soin de n'arriver que pour être au moment indiqué. Vous repartirés tout de suite, et on fera tenir les lettres patentes (i). Le motif est que vos messieurs, qui sont furieux contre M. Bertin, ne voudront pas le voir, et je n'en suis pas le maître comme- vous sentes. Je tâcherai cependant de faire en sorte qu'on y joigne un deuxième président, un conseiller de grand'chambre et un des enquêtes pour faire la carossée, mais je doute que 'fy réussisse. J ai dit qu'il n'y avoit rien à faire si on ne révoquoit pas les arrêts du Conseil : ma proposition n'a pas trop effarouché et je vous ferai sçavoir à quoi on s'en tient là-dessus.

Vous aurés par la poste communication de ce qui sera préparé, car vous sentes que les mots font tout, et je ne suis pas le maître encore une fois; au moien de quoi, s'il

(]) Pour être lues au |our de la convocation du Parlement.

y avoit quelque chose à critiquer, vous me le ferés passer et je tâcherois encore d'y remédier.

On travaille à force à Toulouse; l'affaire est bien dure, je ne désespère pas du succès ; mais je ne tiens rien encore et je sens à chaque instant tout son poids. Vous connoissés les senti mens de mon inviolable attachement.

19 février 1764, à Versailles.

CCCLXXXVUl. — 20 février 1764.

B. M. R., ms. Y. 341 (3).— Minute : « A M. Delaverdy

le ao février 1 764. »

MIROMESNIL A L'AVERDY

Monsieur,

J''ay reçu hier votre lettre du 18 de ce mois, et aujourd'huy celle du 19. Je suis véritablement fâché que Ton paroisse déterminé à ne mander que moy seul, et à se priver par là des ressources que je suis assuré que Ton trouveroit dans les conférences que vous auriez avec un nombre honnête de députés choisis par la Compagnie même J'en suis d'autant plus affligé que je suis persuadé que la marche, à laquelle vous me marqués que le Conseil se détermine, ne réussira pas, et que, par la même raison, j'aurois été assez porté à espérer plus de succès de celle que je vous ai proposée dans ma dernière lettre. Je ne puis concilier dans mon esprit le mélange de crainte ei d'attachement à un extérieur d'autorité dure, que j'ai remarqué de tout tems dans le Conseil, et ce mélange m'a souvent donné la douleur de voir rejetterdes moyens qui auroient réussi, pour en préférer qui ont nuit aux

affaires au lieu de les avancer. Dites moy, je vous prie. Monsieur : une autorité dure dans les parolles et dans les premiers mouvemens, mais qui fléchit à chaque se« cousse et recule à chaque pas, est-elle préférable à celle qui, se tenant inébranlable dans le fond de ses principes, ne s'annonceroit que par des aaes modérés et suivis et par des discours fermes mais affectueux? Ne vaudroit*il pas mieux parler raison, convaincre et laisser appréhen-* der^ à ceux que Ton veut soumettre, d*aigrir une autorité qui s'arrête d'elle-même, que de menacer ou de frapper sans cesse pour voir ses menaces devenir vaines et ses coups porter toujours à faux? Voilà ma façon de penser. Je ne crains point d'être trop franc avec vous. Charles V, Henry IV seroient^ils parvenus à cimenter leur autorité, s'ils avoient agi autrement qu'ils n'ont fait et s'ils n'a* voient pas eu recours au stile que vous dites que Ton ne trouve plus à la mode.

J'ay vu aujourd'huy M. Le Coûteux. Il m'avoit fait part vendredy, toujours sous le secret, d'une lettre par laquelle vous luy marquiez que l'on penseroit à nous lorsque l'on auroit fini avec Toulouse. Il vint samedy à Rouen ; j'étais occupé, lorsqu'il arriva chez moy^ à examiner, avec M. le Procureur général et deux notaires très habiles^ un projet de tarif pour les controUes et insinua* tions, que M. Bertin m'avoit envoie, il y a neuf ou dix mois, pour luy faire mes observations, et je compte être bientôt en état de vous les faire passer.

Je dis à M. Le Coûteux qu'il arrivoit fort à propos, et que je le priois d'être présent à notre travail. Il y consentit après quelques difficultés feintes, afin que le Procureur général ne s'apperçût pas qu'il fût informé d'avance de Temploy auquel j'avois destiné cette matinée. Comme l'ouvrage est trop considérable pour finir en une séance.

nous fûmes obligés d^en remettre la suitte à aujourdhuy neuf heures du matin. Je priai M. Le G>uteux de s'y trouver; il me le promit. Je le remerciai, quand nous fûmes seuls, de m^avoir fait part de la disposition dans laquelle on est de s^occuper de Rouen quand on aura fini avec Toulouse, et nous nous séparâmes. II est venu aujourdhuy suivant sa promesse ; nous avons travaillé jusqu'à une heure, avec M. le Procureur général et les deux notaires, sur le tarif des controlles et avons remis la suite de ce travail à mercredy après midy. M. Le Coûteux est resté à diner avec moy, et je luy ai remis les états de THôpital général et de THôtel-Dieu, que je luy avois promis. Après le diné, je l'ai tiré à part, et je Pai prié de continuer à me faire part des nouvelles quUl recevroit de vous; il m^a répondu qu'il le feroit avec plaisir, mais qu'il nVn avoit point eu depuis la lettre dont il m'avoit fait pan vendredy, et qu'il ne vous avoit même point encore répondu. Ensuite il m^a dit que le bruit couroit dans la ville que l'on devoit bientôt me mander à Versailles avec les mêmes personnes qui avoient été mandées ces vacances. Je luy ai répondu que je croiois que le meilleur parti que le gouvernement pût prendre seroît de mander quelques membres du Parlement pour conférer avec eux, mais que, si l'on voulloit que ces conférences fussent utiles, il falloit auparavant assembler la Compagnie, afin que les mandés pussent avoir des instructions et des correspondances avec le corps, qui les missent à couvert du danger de se compromettre et à portée de traiter avec quelqu'autorisation. Il m'a répondu que c'étoit aussi son sentiment et qu'il vous le manderoit, mais que dans ce cas il seroit à désirer que la députation fût composée de personnes capables. Je luy ai répliqué que l'unique moyen de faire qu'elle fût bien composée seroit

que Ton mit la Compagnie dans le cas de choisir ellemême les maadés. Il a été du même avis. Alors je luy ai dit qu'il me sembloit que ce que le Roy pourrojt faire de mieux seroit d'envoier des ordres à tous M« du Parlement de se rendre à Rouen et de se trouver au palais en robe à un jour marqué, et que, lorsqu'ils y seroient assemblés, le Procureur général apportât un ordre du Roy pour enjoindre à M^^ du Parlement d'envoier incessemment un certain nombre d'entre eux à Versailles, afin de luy rendre compte des motifs de leurs démissions, et de recevoir ses intentions à ce sujet de sa propre bouche; qu'alors les députés choisis par leurs confrères mêmes seroient en droit de leur demander des instructions et qu'ils pourroient par ce moyen se mettre en état de négocier sûrement. Je luy ai dit aussi que le Roy pourroit, au lieu d'un simple ordre, envoier des lenres patentes qui enjoignissent à M^^ du Parlement de reprendre leurs fonctions, de luy envoier tel nombre de députés qu'il luy plairoit de mander, et de rester assemblés jusqu'à ce que ces députés leur apportassent les ordres de Sa Majesté. Ces deux expédiens ont paru de son goust; je luy ai dit : Eh ! bien réfléchisses et voiez lequel des deux vous croirés pouvoir proposer à M. Delaverdy, mais je pense qu'il n'y a qu^une de ces deux voies qui puisse rendre utile le voiage de ceux que Ton voudroit mander à Versailles. Après cela, je luy ai dit : Mais, à propos, il me vient une idée : nos M'* n* aiment pas trop M. Bertin, c^est cependant luy qui est Secrétaire d'Etat de notre province; M, le vice-Chancelier, qui n'est pas reconnu au Parlement (i), n'a pas, si y en crois la ga:^ette, présenté

(i) La nomination de M. de Maupeou au poste inaccoutumé de vtce-chancelier, pendant la disgrâce du chancelier, non démission-

le Parlement de Grenoble au Roy; ainsi il faudra nécessairement que ce soit M. Bertin qui présente au Roy la députation : nos Af'» peut-être ne voudront pas voir M. Bertin, et voilà un embarras. 11 m'a répondu d'abord que c'étoit là une bagatelle de cérémonial qui s^arrangeroit à Versailles. Je luy ai répliqué que, pour que le Secrétaire d*Ëtat nous présentât au Roy, il faudroit l'aller voir auparavant. 11 m'a répondu que cela n'étoit pas nécessaire, que M. Bertin devoit faire sa charge et se trouver chez le Roy pour nous présenter. Alors je luy ai dit que, pour que M. Bertin se trouvât chez le Roy et prît les ordres de Sa Majesté sur Theure de la présentation, il faudroit que nous fussions le voir et le prier de rendre compte au Roy de notre arrivée. Alors il m'a dit qu'il se pourroit bien faire, comme je Tappréhendois, que nos M'"s ne voulussent pas aller chez M. Bertin, et que, pour luy en paniculier, il auroit bien de la peine à s'y déterminer. Je n'ai pas voulu luy en dire davantage, crainte de paroître vouloir engager à rendre à M. Bertin, qui est mon amy, ce que Ton répugne à luy rendre, et nous nous sommes séparés. M. Le G>uteux est retourné à sa campagne et reviendra mercredy travailler au tarif du controlle. Je pense. Monsieur, qu'il pourra vous écrire sur tout cela, et alors cela vou» mettra à portée de combattre sa répugnance et de vous servir de luy pour la combattre dans l'esprit des autres. Voilà tout ce que j'ay pu faire, car je me mets en avant le moins qu'il m'est possible, afin d'éviter que Ton me soupçonne d'avoir trop d'intelligences à Versailles et peut-être de donner des projets. Quant à l'affaire du Parlement de Grenoble, il me pa-

naire, Lamoignon, n'avait pas été enregistrée au Parlement de Paris.

roît qu^elle a fait îcy une sensation assez avantageuse; et je commence à croire que, sî Ton vous met à portée d*avoir des conférences avec quelques-uns de M^s du Parlement qui puissent correspondre avec la Compagnie, les affaires pourront réussir ; mais, si Ton me mande seul, si la Compagnie n'est- pas à portée d'instruire ses députés ou membres mandés, j'ay bien peur que Ton a^ait pas tout le succès qu'il est à désirer que Ton ait.

Je n'ai point vu M. Dufossé depuis plusieurs jours, et, quand je Taurois vu, je ne luy aurois rien dit, à moins qu'il ne m'eût parlé le premier. Mais s'il étoit possible que vous luy touchassiez quelque chose sur les difficultés dont il s'agit, peut-être pourriez-vous le gagner. Je suis sûr qu'il est de tous celuy qui a le plus d'envie de rentrer, à en juger par ce que je luy ai entendu dire les dernières fois que je l'ai vu. Si vous pouvés, Monsieur, luy donner lieu de penser qu'il soit seul le mobile du rétablissement du Parlement, je ne doute pas que vous n'obteniez de luy tout ce que vous voudrés. Je suis plus que jamais pénétré de rattachement le plus sincère et le plus respectueux pour vous.

CCCLXXXIX. — 20 février 1764.

B. M. R.| ms. Y. 241 1(3). — Autographe, non signé (i).

L'AVERDY A MIROMESNIL

M'avertit que M^* du Parlement recevront ordre de se trouver à Rouen le 1 2 mars; que les deux arrests du Conseil qui avoient occasionné les démissions seront

(i) Suscription contresignée.

révocqués, tnais qu'il faut qu'on l'ignore; que je seroi mandé à Versailles pour le 1 1 mars à midy, et qu'on me fera un petit discours, après lequel je repartirai sur le champ pour pouvoir assembler le Parlement le i3; que peut-être on fera venir avec moi quelques^ uns de M^ du Parlement. Me promet de m^envoier les projets pour que je les examine, sous le secret; que je puis les montrer à M. Le Coûteux.

On expédie, Monsieur, les lettres de cachet pour ordonner à tous Messieurs du Parlement de se trouvera Rouen le lundy 12 mars. Il y a lieu de croire qu^ils seront satisfaits, puisque les deux arrêts du Conseil seront nommément révoqués, mais il faut qu'on Tignore. lia été décidé en même tems que vous serés mandé pour le [ I mars à midy, que Ton vous tiendra un petit discours, que vous repartirés sur le champ, afin d^assembler votre monde par des lettres de cachet le mardy 1 3 mars et d^en sortir par là, sMl est possible. Cependant, sur les observations que j^ai faites, on prendra peut être le parti d^en faire venir quelq^uns avec vous, si vous estimés que cela soit indispensable. A Tégard du fonds des pièces, je les fais copier et vous les enverrai demain sous le plus grand secret, telles qu'elles ont été décidées, en vous priant cependant, si quelque chose vous paroissoit capable de chocquer, de m'en faire part par écrit afin que je voie s'il y auroit moien d'y faire faire les changemens. Toulouse est en assés bon train, mais il n'est pas encore fini. On a toujours voulu aller en avant à votre égard. Je n'ai que le tems de vous renouveller les asseurances de mon bien sincère attachement.

A Paris, ce 21 février 1764 (i).

(1) Cette lettre semble èxxt du ao, et non du 21.

Si Le Coulteulz est homme bien discret, ne pourriésvous pas lui montrer les projets?

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