LE C" LE COUTEULX A MIROMESNIL
Monsieur,
Voicy ma façon de penser et mon sistème sur Tétat présent des choses.
Je ne croy point quMl soit nécessaire de demander notre rétablissement parce que je ne fais nul doute quMl ne soit bien décidé, il n^ a que le temps que j'ignore, mais je croy aussi quHl tault l'attendre avec la même tranquilité philosofique avec laquelle on semble nous mettre dans Toubli. Je ne croy point encor qu'il soit nécessaire de demander des satisfactions pour la Compagnie à cause des imputations de Parrest du Conseil, puisqu'en effet le Roy veut bien que tout soit effacé et qu'il n'en reste point de mémoire à l'avenir. Je ne pence donc pas qu'il y ait la moindre dificulté d'aucunne part pour notre rétablissement ni pour la façon d'y parvenir. '
(i) « Il y a erreur dans cette datte, car je Vai reçue aujourd'huy mardy 14, ainsi elle doit d'être d*hyer i3. » {Note de Miromesnil),
Mais vous sçavez bien qu'il y a unne déclaration du mois de novembre dernier, qui renouvelle à peu près les mêmes impôts que Fédit qui nous a causé tant de maiheurs.
Vous ne devez pas douter non plus que son enregistrement trouvera dans la Compagnie les plus grands obstacles. On n*ignore pas en Cour jusqu^à quel point le Parlement de Rouen porte la résistance, quand il est bien convaincu (comme dans la circonstance présente) à quel point ces impôts sont ruineux pour l'Etat même; combien le projet d^aquitement des dettes de TEtat est illusoire et imprattquable, et qu'enfin il ne se laissera point abuser par l'espérance d'unne réforme des finances.
De là, di-je, vous devez donc juger que voilà le point délicat de notre affaire, et que les dificultés que Ton compte 7 rencontrer à Rouen sont la véritable cause du retard de notre rétablisement. On. veut sans doutte finir cette affaire avec les autres parlements pour nous présenter plus d'exemples à suivre qui, à ce que Ton pence, aplaniront les dificultés.
D'un autre costé, quoy qu'il soit constant que les impôts soient insuportables, après l'épuisement des peuples, et ruineux pour TEtat luy-méme, on n'en est pas moins résolu de les faire passer et d'en faire la perception, à cause de la nécessité et parce que les dépences et les charges, à ce que l'on prétend, excèdent la recette.
Dans cet état des choses je parle comme un Anglois et je dis : Nous voulons bien payer^ mais ilfault aupara-vant qu^on nous mette en estât de le faire, c'est à dire que j'ay pencé que, si Tenregistremcnt étoit précédé de soulagements pour les peuples qui puisse leur rendre l'aissance dont ils ont besoin, d'un ne réforme d'un nombre infini d'abus, de gesnes, de vexations qui, sans estre
utiles ni profitables à l^améJîoration des revenus du Roy, ruinent les peuples, la perception des impôts en deriendroit plus suportable, et le Parlement, voyant l'effet des promesses si solemnelles et tant de fois renouvell^es, se convainqueroit plus aisénient de la nécessité et pouroit enregisu-er, dans Tespérance réalisée de plu» grands soulagements.
De l'argent pour le rétablissement de aos hôpitaux ne fait-il pas un soulagement réel pour la ville, qui, par répuisement où die se trouve, ne peut plus y pourvoir?
Un nouveau tarif du controsle^ et un droit plus modéré, plus simple, mpins sujet à des interprétations ruineuses, ne £eroic-il pas un soulagement bien Lmponaot pour la province? Si nombre d'autres articles, aussy efficaces pour le soulagement des peuples de notre province, que j'ay traittés vis à vis de M' de Laverdy, réusisoit avant Tenregistrement de la déclaration du mois de novembre, j'imagine que, sans me servir du crédit que je peux avoir, je réusirois à pacifier les choses^ sans même avoir jamais paru m'en mesler, comme en effet j'aurois remédié à ia calamité que cause la cessation de l'administration de la justice et je ne m'en serois point mesié du tout. Cette marche, quoyque détournée, me paroist la plus sûre et la plus efficace. Vous pouvés, comme moy, l'employer sans risque de blasme, sans craindre les persécutions dont vous vous plaignez. Qui dans le monde peut vous sçavoir mauvais gré, à vous et à moy, d'avoir demandé et obtenu un soulagement réel pour le peuple ? On ne peut pas même nous sçavoîr mauvais gré si nous ne réusissons pas.
J'en ay imaginé un grand nombre, vous pouvés en trouver d^autres : quand même nous nous rencontrerions
dans les mêmes, cela ne ferait que des forces réunies et par cotiaéquent plus de sûreté pour la réusitte.
Je conviens cependant que tout ce que j'ay trouvé et traitté jusqu^à présent se réunit à attaquer la ferme généralle. Je regarde touts ces objets comme autant de tranchés ouvertes contre la forteresse de la finance, jusqu^à présent inexpugnable, autant de batteries montées pour battre en brèche, et, quand il sera question d^ monter^ nous ne manquerons pas de grenadiers pour nous suivre à Tassault. Notre intelligence avec le chef et le commendant de la place nous sera bien utille, et, si nous ne venons pas à bout de remporter et de détruire ces corsaires, du moins nous nous les rendrons tributaires, au lieu que c^est nous qui le sommes, et nous en ferons petestre des compatriottes et des concitoyens.
Tout en badinant je vous dis des choses fort importantes, et c^est ainsy que f amuse icy mon loisir et mon désœuvrement, et je fais à mon gré plus de bien que si j'avois jugé une vingtaine de proceds depuis la S< Martin. Il est vray que mon travail ne va pas vitte, à cause des matériaux qui me manque icy, et qu'il y toit plus promptement à Rotien, ot je serois à portée de trouver tout ce qui me manque en moins de temps. Mais quand à présent le débordement de la rivierre ( i ) fait distraction, et me rend ce séjour nécessaire. 11 fault faire des digues, des chausées, déménager des caves pour se deffendre des dégâts que la rivierre ppuvoit me causer, donner retraitte aux malheureux et à leurs meubles. Le faux bourg et le pont de Rouen sont d'ailleurs impratiquables, ainsy je compte encor rester icy jusqu'à ce que je sois débarassé du débordement de la rivierre.
(i) La Seine.
En attendant que je puisse converser avec vous sur tout cela, je vous prie de recevoir les assurances du profond respect avec lequel. . •
AOissel, ce i3 février 1764.
Lr Couteulx ( I ) .
CCCLXXXm. — i5 février 1764.
B. M. R., ms Y. a4i (3). * Minute : A M. Le Coûteux, conseiller
au P., en réponse à sa lettre du i3 février. »