MIROMESNIL AU C« LE COUTEULX
J'ay reçu. Monsieur, la lettre que vous m'avés fait rhonneur de m'écrire le 8 de ce mois; je suis on ne peut pas plus flatté de votre confiance et de votre amitié, et je vous prie d'être assuré de la plus grande discrétion de ma part.
Je suis fort aise que vous aiez écrit à M. Delaverdy en faveur de nos hôpitaux, et ce que vous me marqués des dispositions où il est à leur égard me fait grand plaisir. Je vais en conséquence faire dresser des états de leurs revenus et de leurs charges et je vous les remettrai.
(i) Jean-Jacques Vincent Le Couteulx, banquier à Paris, frère du conseiller, avait épousé M>'' Palerne, Hllc du chancelier du duc d*Orléans. Louis XV, en lyby^ lui ayant offert, en récompense lie SCS services, le grand cordon de Saint-Michel, il préféra ranoblitaement pour son père et ses oncles. {Anciens mémoirei généalogiques, communiqués p.ir M. Maryc, nnden conseillera la Cour d*Appel de Rouen;.
Je compte ces jours-cy demander à M. Le Breton ses observations ci celles de M. ViitecQcq sur le projet^de urif des controlles, afin de me mettre en état de les faire passera M. Delaverdy ; ce sera un moyen naturel pour lier avec luy la correspondance qu'il est à désirer, pour le bien de la chose, que je puisse avoir. Je vous communiquerai ces observations avant de les luy envoier.
Quant à Pétiquette, il n'y en a point à observer lorsqu'il s'agit de faire le bien, et je me crois obligé de prévenir un ministre lorsqu'il se présente dos occasions de luy demander des choses justes. D'ailleurs j'ay écrite M. Delaverdy lorsqu'il esi arrivé au ministère; j'ay eu lieu d'être satisfait de la politesse avec laquelle il a répondu à mon compliment; j'ay eu occasion de luy écrire déjà en faveur de nos hôpitaux pour quelques petites affaires, et, quoiqu'il n'ait pas pu m'accordcrce que je luy demandois, la façon dont il ma marqué l'impossibilité où il étoit de l'accorder ma fait sentir qu'il y aura de l'agrément ù traiter avec luy.
Quant à l'affaire du Parlement, que je regarde comme la plus importante, je vous avoue que je ne sçaisce que je pourrois luy mander à ce sujet : la Compagnie dispersée ne me met pas dans la possibilité de faire des démarches que je fusse certain qui fussent approuvées. Vous sçavés, Monsieur, le peu de crédit que j'ay sur l'esprit de plusieurs de nos confrères, les persécutions que j'éprouve souvent ; enfin vous connoisscs mes peines et combien je les mérite peu. L'on m'a blâmé en dernier lieu d'avoir écrit au Roy une lettre que mon honneur et ma conscience exigeoieni que j'adressasso à Sa Majesté, et que j'ose me flatter qui est telle qu'elle doit être |i|. Je ne puis donc
(i) L^ PdHement, dans ta séance du i5 man 1764, lui témoigaera aa reconaaîaaancc d'avoir écrii cette lettre.
espérer de réussir, et je ne vois pas ce que je pourrois marquer à M. Delaverdy sur une affaire dans le succès de laquelle je ne sçaurois me flatter d^avoîr aucune influence.
Ne croies pas cependant que mes chagrins et les injustices que Ton m'a faites, non plus que celles auxquelles j'aurai encore le malheur d'être exposé puissent jamais abbatre mon courage ni affoibiir mon attachement pour le corps auquel la Providence m'a lié. Non, Monsieur, non, je ne manquerai jamais à ma Compagnie, mais je crois que je ferois plus de mal que de bien, si je me mettois en avant dans la circonstance présente, lorsqu'il m*est impossible de me faire autoriser par M^ du Parlement et d'hêtre guidé et éclairé par leurs lumières.
Je ne pense donc pas qu'il convienne que j'écrive à M. Delaverdy sur les affaires du Parlement, n'aiant rien d'utile à luy marquer à ce sujet; mais vous qui êtes son ancien amy et son parent, je crois qu'il seroit bon que vous profitassiez de vos liaisons avec luy, pour contribuer au rétablissement de notre Compagnie, et que vous pro* fitassiez du crédit que vous pouvés avoir, et que vous mérités, sur l'esprit de ceux de M^* du Parlement que vous connoissés le plus, afln de les disposer à désirer et à procurer la fln d'une calamité aussi réelle que celle que la province éprouve par la cessation de l'administration de la justice. Vous réussirés sûrement mieux que moy, et je me ferai un devoir de concerter avec vous ma conduite, afin qu'il ne m'échape rien qui puisse nuire aux vues louables qui vous feront agir. Je désire fort que vous reveniez à Rouen, car nous en dirions plus sur tout cela en une heure qu'il n'est possible d'en détailler par des lettres.
Je suis. . .
Ié3
CCCXLXXIX. — lo février 1764.
B. M. R., mt. Y. 341 (3). — Minute : • A M. DeUverdy,
10 février 1764 ►».
MIROMESNIL A L'AVERDY
Lorsque vous m'avés marqué que vous seriez bien aise que je pusse sonder les dispositions de M. Le Coûteux, Conseiller au Parlement, par rapport aux affaires présentes, je vous ai répondu que cela ne m^étoit pas possible parce qu'il étoit à sa campagne 1 1 ), et en effet je n'ai pas cru quMl fût convenable de luy écrire à ce sujet, sans en avoir aucune occasion apparente. Il vient de m^en donner une de luy-méme, et je crois devoir vous en faire part, afin que vous aiez la bonté de me guider dans Tusage que vous jugerés à propos que j'en fasse.
Je re^us hier une lettre de luy, dont je vous envoie l'extrait ; je vous envoie la réponse que j'y ai faite. Vous verres par l'extrait de sa lettre qu'il paroit très-bien disposé, et par la mienne vous verres que je tâche de l'attirer à Rouen arin de converser avec luy, et que, sans trop refuser de concourrir à ses vues, je fais en sorte de me mettre en avant le moins qu'il me sera possible. En voicy la raison : t<^ Je ne crois pas devoir luy faire confidence de ma correspondance avec vous, sans avoir vôtre ordre précis pour cet effet ; 2^ Je pense que rien n'est plus capable de le mettre en état de travailler utilement sur l'esprit de ses amis, que de l'encourager en le mettant dans le cas de croire qu'il traitte seul l'affaire avec vous; 3^ Quoique Ton n'ignore pas qu'il est votre parent, il sera toujours moins suspect que moy. Car, quoiv^ue Ton ne puisse me
(i> CCCXLI.X ctCCCL.
rien reprocher, ma place seule est uo motif de préjugé dans l'esprit de bien des gens, qui ne sçavent pas connoitre les hommes et qui ne peuvent par conséquent les juger avec impartialité.
M. Le Coûteux est homme de probité et incapable de manquer aux lois de l'honneur; il est de la plus grande discrétion. Ainsi je crois que vous pouvés vous oirvrir à luy sur les vues que vous avés par rapport à notre Compagnie, mais il ne conviendroit pas qu'il les apprît de moy, parcequ'alors il seroit moins flatté de cette ouverture avec raison. Il est donc nécessaire qu'il puisse penser être Torgane de ma correspondance avec vous, en me faisant part de ce que vous lui marquerés, et [en vous instruisant] des conversations qu'il aura avec moy. D'ailleurs il sera plus en état que moy de pénétrer la façon de penser d'un grand nombre de M» du Parlement, et nous agirons diaprés les connoissances qu'il pourra nous donner.
Voilà, Monsieur, ce qui m*a engagé à luy répondre comme j^ai fait et à vous envoier Textrait de sa lettre et une copie de ma réponse.
Marqués moy, je vous suglie, si vous approuvés ma conduite et si vous voulés que j'en tienne une différente. Marqués le moy et je me conformerai à ce que vous me prescrirés.
Que ne puis-je. Monsieur, vous exprimer tout mon attachement et tout mon respect ; ils sont, je vous le jure, bien sincères.