CCCXCV. — 16-17 février
B. M. R., ms. Y. 141 (3). — Minute, autographe.
MI ROM ESN IL A L AVERDY
Cette lettre n'a point étéenvoiée, attendu que la lettre de M, le Controlleur général du 26, qui me marque qu'il y aura sept mandés avec moi, la rend inutile ( 1 1.
Monsieur,
J^ai reçu ce matin votre lettre du 24 de ce mois, par la quelle vous me marqués que vous prévoies quMI sera également difficile d'engager le Roy à mander avec moi quelques uns de M" du Parlement, et d'obtenir de Sa Majesté de me dire qu'elle a pris en bonne part la lettre que j'ai pris la liberté de lui adresser le 16 décembre dernier.
Je vous avoue, Monsieur, que je suis on ne peut pas
(1) Quoi qu'elle soit demeurée à Tétat de simple projet, cette lettre, qui fait honneur à Miromesnil. a paru mériter d'être recueillie.
plus affligé des difficultés que vous prévoies rencontrer à Toccasion de deux choses, dont l'une est essentielle pour le bien du service du Roy, et l'autre nécessaire pour mon honneur. Mon affliction ne m'empesche cependant pas d'être très reconnoissant de la bonté que vous avés de me promettre que vous ferésce que vous pourrés pour obtenir l'une et Tautre.
Quant à la première, c'est-à-dire à la nécessité de mander avec moi quelques uns de M^* du Parlement, je suis assuré que, si je suis mandé seul, Ton profitera de cette circonstaïKe pour indisposer contre moi, si Ton peut, ma Compagnie, que Ton est très fâché de voir satisfaite de ma conduitte. L'on cherchera à équivoquer sur les choses les plus indifférentes; Ton relèvera des termes auxquels, dans toutte autre circonstance, on ne feroit pas même la moindre attention ; enfin Ton s'efforcera de donner un air de défaveur à tout ce que je rapporterai. Et cela, uniquement afin de faire retomber sur moi tout ce que Ton pourra persuader aux autres de prendre en mauvaise pan. Et telle chose, qui seroit très bien prise, si j'étois accompagné de quelques témoins de ma conduitte, pourra rétre mal uniquement parce que j'aurai été seul. Je puis vous assurer. Monsieur, que le nombre de ceux de M^du Parlement qui me veulent du mal est très petit, et que la plus grande partie de ma Compagnie m'aime, m'estime; on rend justice à la pureté de ma conduitte et de mes intentions, mais, quelque peu considérable que soit le nombre de mes ennemis, ils sont dangereux, et l'expérience no ma que trop tait connoiirc qu'il n'est rien qu'ils ne soient capables de faire pour me nuire. Je vais vous en citer un trait qui n'est pas de vieille datte.
Jeudy dernier, la façon dont je me conduisis pour assembler chez moi M'* du Parlement, ce que je leur dis
en leur rendant compte des ordres qjiie le Roy m"; envoie pour eux, la politesse dont j'accompagnai touii conduitte, satisfirent géoérallement tout le monde. J< cependant averty par un conseiller aa Parlement de amis, qu^en sortant de chés moi il s'étoit trouvé quelques uns de ces messieurs, et qu^un ou dVux d\ eux avoient voulu insinuer sourdement aux autres q sçavaient que je demandois que le Roy me mandât s Versailles, avant de rassembler la Compaguic au pala me dit aussi que, par bonheur, deux anciens conseil hommes de probité et de mérite, qui étoicnt présents propos,, avoient pris hautement la paroUe et avoieni qu'ils étoient persuadés du contraire, et qu'Us me < noissoient trop sensé pour désirer d'être mandé seul < une circonstance aussi délicate. Jugés donc, je vous ] Monsieur, si, dans un moment où tout le monde est tent de moi, il se trouve des gens capables de vouloir i nuer de pareilles faussetés, de ce que je dois craind Ton prend le party de me mander seul. Vot:iS av< cœur sensible, vous êtes disposé t me donner la coofi que mérite un homme d'honneur, vous m'avés pré^ par des marques de cette confiance, et je i^e pense pas ma correspondance avec vous ait pu diminuer l'opii que vous aviés conçue auparavant de mon caractén m'en rapporte donc à vos propres réflexions.
Je suis résolu. Monsieur, à ne point aller à Versai si l'on me mande seul, quelque chose qui puisse tn\ ver. C'est pourquoi, si Ton prend le party de ne mai IJ. personne avec moi, et que vous ne puissiés pas persu
-^ le comité, je vous suplie de faire en sorte que Tordi
me rendre à Versailles puisse m arriver assés lost | que j'aie le temps d'envoler un courrier qui porte à ^ vice'Chancelier, à M. Bertin et à vous d^s lettres
pais^Smt être monthécs au comité et même au Roy, et dans lesquelles je m'efforcerai de démontrer si bien la nécessité de mander* plusieurs personiles qUe je me'flatte que' vous auré^ moins de peine à obtenir que Pon' ait égard à m&s raisons.
Je passe à'pfésent à Pobjet de de que je déâit^ que lé Roy daigne me dire, sur la lettt^ que j^ai écrite à Sa Me* jesté le r6 décertibre dernier. Vous poùvés^tre sûr, Mbnsîctlr, q\ie la plus grande partie de M'* du Paricittent, loin de trouver mauvais que le Roy me fksse la grâce de dire qu'il a pris ma lettre en bonne part, en seront a\i cohii^ire très-contents. Je pense l^ieti que le petit nombre de ceux quf me veulent du mal pourra, dans le fofid, étrt! fasché que je re(;oive cettte maiique de bonté de la' part du Roy, mais fa révocation etpresse des deux tfrréts du Conseil, contenue dans les lettres patentes, leur ostera tbut prétexte de s'en plaindre. lyatlleurs il est bon que vous soies informé que. pour le présent, personne neilneblasme plus d'avoir écrit fa lettre en question, et que mti enetfiis mêmes ont été fortes de convenir qu'elle ne contient rien qui puisse compromettre M^ du Parlettient, et qui ne soit trés-comforme à touts les principes que le Parlemetn a établis dafrs ses remontrances et sur lesquels il a fondé sa conduitte.
Enfin, Monsieur, ce que je demande à cet égard est bien simple: y a-t-il la moindre affectatiort à me dire, que le Roy a pfis ma lettre en bonne part ? Est-ce de ma pan un acte d\>stcmâtion que de le désirer^ Kt n'est-il pas juite que les registres du Parlement contiennent un monument Je ma conduitte et une preuve nnn équivocque que, hin d'abandonner le corps auquel je suis attaché, je n'ai eu d'autre objet qtle de concilier mes devoirs et de marquer mon attachement pour le Roy et pour ma Corn*
pagnie? EnHn, Monsieur, n'est-il pas naturel que je désire conserver la considération quMl est à souhaitter qui soit attachée à la place que j'occuppe? N^est-ce pas travailler également pour celui qui me succédera, puisqu'on servant de son mieux le Roy et son corps il aura un exemple qui pourra lui faire espérer l'avantage d'être approuvé par son souverain ?
M^ du Parlement peuvent-ils, en honneur et en conscience, être faschez que j*aie osé seul écrire au Roy, pour lui marquer que la démission qu^ils ont faite de leurs offices est un monument de leur vertu^ que le Roy qui aime la justice et J a vérité ne peut se dispenser de les rétablir; qu'enfin ils ne peuvent reprendre leurs fonaions, à moins que le Roy ne àéxvmst jusques aux moindres vestiges des deux arrêts du Conseil, dont les imputa* tiens les ont forcé à déposer leurs charges ? Dites-moi, je vous prie. Monsieur, le Parlement lui-même, en corps, auroit-il pu s'exprimer avec plus de fermeté, et l'approbation que le Roy donnera à ma lettre ne sera-t-elle pas une marque de bonté aussi sensible pour le Parlement même que pour moi?
Enfin, Monsieur, si un petit nombre de personnes, dont les unes devroient être reconnaissantes des services que je leur ai rendus, les autres ne me vouloir aucun mal, puisque grâces à Dieu je n'en ai fait à qui que ce soit, ont conçu pour moi une haine aussi injuste qu'opî* niâtre, tandis que le public et la plus grande partie de ma Compagnie me rendent justice, est-il juste que je sois la victime d'une jalousie aussi inique ? Si depuis dix-neuf ans que je suis dans la magistrature, j'ai servi de toutte mon âme le Roy et le public, est-il naturel que la crainte de déplaire à quelques personnes, qui me veulent du mal, empesche de mètre en sûreté l'honneur de ma mé-
moire. Si mon maître est content de mes services, il est assés grand pour pouvoir me le dire, sans craindre qu^on ose le trouver mauvais.
Vous voies, Monsieur, à quel point je suis à plaindre et le besoin que j'ai d^étre consolé, et je m'en rapporte encore votre sensibilité sur ce qui me concerne. Je mets entre vos mains mon plus cher interest, celui de mon honneur, et je compte sur les sentiments dont vous m^assurés, et auxquels je répons bien sincèrement par mon respect et par mon attachement.
Ce 26 février 1 764.
Toutte réflexion faite, Monsieur, puisque le voiage que Ton me feroit faire à Versailles, soit seul, soit avec quelques-uns de M'> du Parlement, n'aura point pour objet de procurer des conférences utiles, il me paroit superflu. A quoi sert de me mander pour me charger d'apporter ce que Ton peut très bien envoier à M. le Procureur général par la voie ordinaire ?
Le point essentiel auroit été de vous mettre à portée de conférer avec un nombre suffisant de M'* du Parlement, afln qu'ils vous consultent et que vous pussiés aussi les connoitre, de vous faciliter par là les moyens de préparer les esprits non seulement sur la déclaration du 21 novembre dernier, mais encor sur louttes les autres tracasseries auxquelles Ton m'assure que l'on se prépare. Mon voiage à Versailles ne pourra pas remplir cet objet; il est donc absolument inutile.
Quand à moi, j*aurai toujours eu Pavantage de ne m'étre point brouillé avec ma Compagnie et de présider à son réublissement; et peut-être trouverai-je le moyen de rengager à me rendre elle-même le témoi^aage que je mérite, malgré mes ennemis.
Ainsi, Monsieur, je crois que le meilleur party est que vous taschiés d'obtenir que la Compagnie soit à portée d^envoier elle-même des députés, ou que Ton ne mande personne. Voilà le résultat de mes réflexions sur votre lettre du 24, et je crois que vous ne les trouvères pas déplacées.
Ce 27.