‹ Correspondance politique et administrative de Miromesnil; premier président du Parlement de Normandie (volume 5)Chapitre 9 sur 110 · CCCXXIV. — 19 norembre · texte numérisé non relu

CCCXXIV. — 19 norembre

B. M. R., ms. Y. a4t (t). * Minute : « A M. le VioMTiamrHigr

le 19 novembre 176?. ■

MIROMESNIL A R.-C. DE MAUPEOU fi

Le même jour écrit à peu près de même, mais avec muins de détail à M. de Saint-Florentin et â .W. le Ccmtrerolltur générai, attendu qu^il était deux kemres après minuit et quefétois accablé de fatigue.

Je ne puis vous exprimer combien je suis sensible aux msr^^ues Je bonté dont vous mlionnofés, et surtout conv-

bien je sais reconnoissant Je celles don: es: remplie la

- 1) D ne s'agit pas u: ie l'auteTir de la fam^.use pro&niption des Pirlemcnts Je i7f i, m*î» de s n père, Rcae-Chartcs, P. Président ju F'arîeracni je Pans d; i74> à 175^, nommé prdc des sceaux et vice-char.Jîî:er îors jc U retrait; Je ljT:,-.:çr. n. aux prexiers jcurs J'oct'.brc :7'3, et :hanjelier er. :-tS, krsque Lsmoipi n démis- Sî^.rIla. î.e lenJen'.aic du jour ^ù :î fut prcrri: à cette aemiire et haute Jicr.Itc, le pcre s'cr. démit et la transTiu à lor. îîr». René- N;.oIas de Ma;.pecu

lettre que vous m'avés fait Thonneur de m^ccrire hier par mon courrier |i). Je vous suplie d'être persuade que je garderai le plus grand secret sur tout ce que vous voudrés bien me confier, et que je m'efforcerai toujours de mériter votre confiance par mon sincère attachement et par mon attention pour tout ce qui pourra vous le prouver.

Dès que mon courrier fut arrivé hier, j'envoiai à M. le duc d'Harcourt le paquet de M. de Saint- Florentin qui étoit h son adresse ; il vint l'après midy me faire part des ordres qu'il avoit re<;us» et me demanda 1 assemblée des chambres pouraujourd'buy. Je le priai de ne me demander cette assemblée que pour onze heures du matin, afin que je pusses assembler le Parlement deux ou trois heures auparavant, parce que sans cette précaution M'* du Parlement, qui ne pouvoient ignorer que cVtoit mon courrier qui avoit apporté le paquet de M. le duc d*Harcoun, m auroient sçu tnauvais gré de ne les avoir assemblés qu'au moment même où il seroit venu, ce qui n'auroit pas manqué de les indisposer et d'augmenter la chaleur des espriu.

En eifet j ay assemblé ce matin les chambres à huit heures précises, mais j'ay eu grand soin de ne pos paroitrc informé des ordres dont M. le duc d'Harcotirt pouvoit être chargé. J*ay seulement dit .\ M'^ du Parlement que, M. le duc m aiant demandé l'assemblée pour onze heures, j'avois cru devoir la convocquer de bonne heure, afin qu*tls pussent aviser à la manière dont la Compagnie se conduiroit lorsqu*il aeroit arrivé au palais. L'on a fait l'arrêté i2), dont je vous envoie une copie avec la lettre

( I ) OtU' lettre mttaquc.

(i) Arrêté Jm 19 novembre au matio, qui orduone entre «lurtt chut.» qu*il ne «era p«i envoyé de Jépuuttoa âu-devânl du duc, ^ue U Cour ic retirera u U lit>erté de délibérer lui a«l refusée, qu*eUc

ordinaire que mon courrier doit vous remettre et qui n'est que pour Tordre de vos bureaux, celle-cy étant po&r vous seul, ainsi que vous avés bien voulu en convenir avec moy.

A onze heures M. le ducd'Harcoun est arrivé. Lorsqu'ii a eu pris sa place, il a fait un discours très faonnéie et en même tems d'une fermeté convenable; après qnor, il m'a présenté sa lettre de créance^ que far imîi lire par le greffier, ensuite il m'a remis Tarrest du Conseil da 1 7 de ce mois, un ordre du Roy adressé à la Compagnie et an autre qtii m'étoit adressé ; Ton en a fait lecture. Alors je lu V ai dit, ainsi que j'en étois chargé, qu'ail étoit néœsMiie que la Compagnie délibérât sur les ordres qu'elle reœvoit du Roy et que son usage n'étoit pas de délibérer en pfésence de ceux qui étoient chargés d'en requérir rexëcntion ; il m'a répondu qu'il falloit obéir et qu*il ne pouvoit pas se dispenser d*étre présent aux aaes que le Roy atiendoit de notre soumission; j'ay insisté pour demander an nom de la Compagnie à délibérer librement, et, ammc iJ a refusé de céder, je me suis levé et la Compagnie s'*esi retirée. Alors il m'a retenu, en me remetunt un ordre du Roy par lequel il m 'étoit enjoint d'assister à la radiation des deux arrêts du Parlement du 16 de ce mois et à la transcription de l'arrest du Conseil du 17 f i ). J^ay arrêté M^» du Parlement pour leur faire lecture de cet ordre, je les ai prié de me plaindre d'être obligé de me séparer d'eux pour quelque tems: ils se sont ensuite retirés dans une chambre du palais, en me priant de les faire avenir

te rêurnru. :«prùb b départ Ju duc, p'.*uT prendre telle liclibémuon qu*il y aura heu, qu'elle proteste .l'avance «roDtre les \'io1eDoet qu'elle prévoit, et persiste: dans ses précédentfi arrêu et arrêtés. 1» CCCXXIÎI ia%

dés que M. le duc seroit parti, ce que je leur ai promis de faire.

M. le duc a envoie avenir M. le Procureur générai, auquel il â remis Tordre qui luy étoit adressé, et il a pareillement remis au greffier celuy qui le concernoit ; les radiations et la transcription ont été faites, et M. le duc s^est retiré.

J'ay aussitôt envoie avertir M» du Parlement, et ils ont commencé par voir le registre et par lire la transcription de Tarrest du Conieil. Les termes de cet arrest les ont vivement touchés, ils ont senti la force de ses dispositions et les conséquences qui pouvoient en résulter ; enfin, après une longue dÎKUtion, l'unanimité des suffrages s*est déterminée pour donner la démission des offices. J*ay fait sentir les conséquences d'une pareille démarche avec le plus de force qu'il m'a été possible. J'ay proposé de faire une grande députation vers le Roy, pour luy présenter nos remontrances et pour le suplier d'entendre notre justi* fication. Les esprits ont été ébranlés pendant quelque tcms. mais malheureusement ils sont tous revenus au p^ini de remettre les offices. J'en ai été d'autant plus affligé que j'espérois que la dépuution, si le Roy avoit bien voulu la permettre, auroitété un moyen de tout concilier pour la suite.

Enfin, lorsque j'ay vu qu'il n'étoit plus possible de détourner M^ du Parlement de donner leurs démissions, je leur ai dit qu'il ne m'étoit pas permis de donner la mienne, i<* parce que je lenois ma charge de la bonté seule du Roy et par serment prêté entre les mains de S. M., que par conséquent je ne pouvoisia remettre qu'entre les mains mêmes de mon maître; 2^ parce que mes fonctions n*existani qu'auunt qu'il y avoit un Parlement, leurs démissions rendoient la mienne inutiiie ; 3« parce que je

ne pouvois perdre l'espérance de les revoir en fonctions^ et que je fondois cette espérance sur ma confiance parfaite dans la bonté du Roy, et que je ne croiois pas qu^il me fût permis de perdre courage et de quitter ma place tant qu'il me resteroit la moindre lueur d^espérance de conserver une Compagnie à laquelle j'étois attaché de toute mon âme. Ils ont tous reconnu la justice de mes principes et approuvé ma conduite.

Lorsque leur démission a été signée, ils m^ont prié de m*en charger. Je leur ai dit que, comm^ je restois uni avec eux par les sentimens dont mon cœur étoit pénétré, je ferois tout ce qu'ils exigeroient de moy, quelque répugnance que l'eusses à me charger de présenter leurs démissions au Roy, et je leur ai dit aussi que je prendrois la liberté d'écrire à S. M. et que je luy marquerois que j'osois espérer de voir des magistrats, qu'elle avoit daigné me confier, reprendre un jour leurs fonaions et rentrer dans ses bonnes grâces. Nous nous sommes séparés ainsi à neuf heures et demie du soir, après treize heures et demie de palais.

Je ne puis vous exprimer, Monseigneur, combien mon cœur a souffert dans cette triste journée.

J'ay prié tous messieurs du Parlement de ne point quitter la villed'icyà la An du mois, et de trouver bon, lorsque j aurois quelque chose à leur communiquer. ou des conseils à leur demander, v;ue je les priasses de s^assembler chez moy; ils m'ont promis l'un et Tautre avec de grandes marques d*amitié.

Voilà le récit de tout ce qui s'est passe aujourd'hui ; je désire ton que vous ne désapprouviez pas ma conduite et conserver vos bontés par Tatuchement et le respea, avec lesquels

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