‹ Correspondance politique et administrative de Miromesnil; premier président du Parlement de NormandieChapitre 29 sur 127 · MIROMESNIL A BERTIN BERTIN A MIROMESNIL · texte numérisé non relu

MIROMESNIL A BERTIN BERTIN A MIROMESNIL

Je lui écris sur le /dckeux état de Phôpital général de Rouen, et je lui témoigné F inquiétude que me cause son silence à un grand nombre de mes lettres sur cet objet intéressant^ et la crainte que j*aiqu*il n^ ait plus en moi la même confiance.

Par sa réponse en marge de ma lettre même, il me gronde d^avoir douté de sa confiance, et mejait un dé' tail assés plaisant du travail des intendanis des finances.

Monsieur^

A mon retour à Rouen, j'ai trouvé Tad min istra tien deTHopital général dans la consternation, et je ne doute pas que le découragement n'eût été la suitte nécessaire de cette consternation, si nous n'avions pas pris le party , M.

TArchcvesque et moy.

Quelque puisse être Tétat de cet hôpital, il n'est malheureusement pas plus mal que la pluspart des hôpipitaux du royaume, dont les administrateurs m'écrivent la même chose.

(i) Le dossier contient deux exemplaires de cette lettre : Tun est la minute, de la main d'un secrétaire, il porte cette mention : « i M. le Controlleur général, le 14 novembre 1761 »; Tautre est U lettre même, autographe, renvoyée à Miromesnil par Bertin, avec sa réponse écrite sur les marges, également autographe, mais non signée ni datée.

d'aller hyer ensemble à l'assemblée des adminisirateufs pour soutenir leur courage. Nous engageâtnes les lirêsoriers, qui sont desjà en avance desommesassés fortes. ie (aire encor des efforts pour continuer le paiement des nourrices. Quant aux provisions de rhopiial, elles sont presque louttes consommées ; il n'y a point d'argeni pour en faire de nouvelles ; ceux à qui il est dû refusent de fournir et murmurent de n'être pas paies ; ceux à qui il est dû des renies viagères sont dans le mâme cas; il y en a un grand nombre qui sont eux-mêmes dans la misère. Enfin le tableau fait saigner le coeur, et je vous avoue que je n'ai jamais senty [plus] que dans ce motneni cy le malheur de n'être pas riche, car, si je l'étais, je sacriâerais tout ce que je pourrois pour empescher

ruine de cette maison, qui "TOUS lui refusés toutte espèce de secours. M. l'Ar- (hcvesque.qui compte aller incessemmeni à Versailles, vous instruira du misérable éiai de nos pauvres bien que je ne le pourrois

paroit inévitable, puisque

L'imputation que vous me faites là n'est pas juste : je ne doute nullement de l'éiat malheureux des pauvres de cet hôpital ; vous ne voyés, ainsi que M. TAr-

fiiixe, et je souhaitte que chevêque, que les vôtres ;

«>n lile ait tout le succès qu'il mérilc. Vous avés, à 'f* que j'ai appris à mon arrivée iey, demandé des telairciascmcnts sur l'état

j'en vois beaucoup d'autres, et j'en suis louché tout autant que personne, mais en vérité il me paroit bien extraordinaire qu'on

de celte maison. Le plan de appelle re/iuer toute es-

*s JcUircissements a été pèce de secours à un hô-

Wnii», à titrede confiance, piial auquel on demande :

* quelques-uns des admi- i" de justifier sa gestion

tistrateurs ; ils y ont satis- ;jre.ï/aWemcnf,et,ensccond

fait, et nous avons signé hyer, M. TArchevesque et moi, conjointement avec eux, le tableau qui contient tout ce que vous souhaittés. Vous y verres ce qui vous a été envoie il y a près d^un an, et touttes les observations que je vous avois desjà fait dans mes lettres.

Je ne puis vous dissimuler (i), Monsieur, que la manière dont vous agisses à mon égard dans cette affaire me cause une véritable peine, et que je crois indispensable pour moi de ne rien négliger pour connoitre les motifs du changement que je ne puis m'empescher de remarquer dans cette confiance, dont je m'étois flatté parce que vous-même m'y aviés accoutumé.

lieu, 2^ d^indiquer d'autres expédients que celuy de prendre Targent destiné aux dépenses de la guerre :

il me semble que cela suppose tout le contraire. Quoi quMl en soit, oti a-t-on jamais pris que le Roy doive regarder les hôpitaux comme une charge de son thrésor royal, et soit obligé de pourvoir de ses deniers aux charges des villes et des provinces? Si Thopital de Rouen est em harassé, que le Parlement fasse une taxe pour les pauvres, que ces administrateurs demandent auRoy d'imposerun nouvel octroy, permission de vendre les biens, etc. J'entends cette forme, mais je n'entendray jamais que le Roy soit obligé ni puisse se priver d'avance d'un secours destiné aux besoins les plus

(i) On va voir, par la réponse de Berlin, que les lettres et mémoires sont allés tout droit aux bureaux et que le ministre n*ea a pas eu connaissance, faute de lettres particulières que Micomeiail aurait dû lui écrire, suivant leur usage, pour attirer son attention. Miromesnil semble avoir, sans grand motif, montré ici un peu trop d'humeur ; Bertin a le bon esprit de ne pas s'en fflcher et fkit justice de ses griefs.

Dès Phyverd dernier, j'^eos rhoùneur de vous entretenir des besoins de l*hôpital, et je convins avec vons qne je prendrais le party d^assembler les Notablesy afin de les consulter sur les moyens de soutenir cetétablissementnécessaine, surtout dans une ville aussi grande que Rouen et dans un temps aussi malheureux que celui-cy.

L'état des forces et charges de l'hôpital vous fut envoie jpar Tadministration. J^eus soin tie vous informer exactement de tout ce qui se passa, et il me serait facile, si vous le vouliés, de vous envoier Tétat de touttes les lettres que jV eu rhônneor de vous écrire* à ce sujet (i). M.

rârchevêque vint au Parlement, pour faire part à la G>mpagnie conjointement avec moi de la scituation de l%ôpital.

Sur le bruit qui se ré-

pressants de la guerre ; car je me flatte que vous ne me ferés pas la plaisanterie de m'objecter qu^on ne demande que le don gramit apfàSi'fa^piration de celuy qui'e^mbli. Si le Roy le donne d^avance à Thopital de Rouen, il faut qu'il fasse le même don à tous les hôpitaux et hôtels-deville qui sont prêts à faire banqueroute.

U falloit, dès 1760, donner aux porteurs des lettres de change des colonies, aux malheureux officiers ou créanciers de PEtat qui mandient, ou à peu près tous, comme les pauvres |de Rouen, la prorogation du troisième vingtième de 1762 et 1763, et encore aujourd'huy on pourroitla leur accorder pour 1764 et 1765 ; et je vous assure que l'imagination de rassemblée des Notables est un coup de lumière pour moy, qui m'ouvre les yeux

(1) Comme le ministre, U lecteur ignorera toute cette correspondance : par malheur, en effet, les minutes de M. nous manquent.

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-ijrhi.t de quelques abus, i- Pirkin^Qt nomma des ^nnmatti» pour en dresser 9cxà-««rbal, afin de ,,ir -BSiTt» ks moyens • fi rsBoTja. ei jti atien-

Ebler les Noprocès-vcrbal

fût Jrcssc et -nis sons les ieuz du l'aiiemcn:.

Avant d'assembler les Notables en général, il a été fait chés moi des assemblées particulières auxquelles se sont trouvés les maire et échevins, des comissaires du Parlement, des comissaires de la Chambre des Comptes, et les principaux de la Chambre du Commerce.

Les objets ont été traittés dans ces premières assemblées atîn do disposer la maiière. et je vous ai rendu comp:c exactement de touî ce v^ui 5*v esî passe.

Fnhn i'ai assemble ie> Nv^:,A^*,cs. Je ne w^us re-

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établissuit aœ S^ en pais d'Eaîs. ^ si on ne le ^cbl. e de mer, ôcant :*j des imi trois

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des finances, a^s? r:»ri';-

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qu'il n'en tau: jon: ôl.-?

la guerre à îD;:îe$ :» ixzs

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Vous vous en SDurisiurs.

j'espère, et, s: îc Ptrismec*

de Rouen ne ha: :«? a»

n-ia ins à renrecisrsmeii'-

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»us ai ensuitte inie ce qui s'était i Parlemeat sur le erbal que ses corns avaient dressé hôpital, et entre e Parrest par lequel pagnie avait autoministration à em-

jusqu'à cinquante ancs, dont la Comlerait caution, pour bsister les pauvres,

à ce que le Roy i voulu avoir égard ibération des Nota-

ne m^avés pas ait la grâce de m'ac- I réception de mes J'ai appris par hae quelques-uns des rs de la Chambre nptes vous avoient i un mémoire, et is Taviés envoie à tendant. Il eût cet été naturel de me nmuniquer aussi, ii*à M. Parcheves-

i, après quatre mois ce, Padmiaistration

des abus de Padministration des finances, que je vous apprens, est une somme de 600,000 1. et plus, que Pon vote tous les ans au thrésor royal à de malheureux pensionnaires, pour la donner à des hôpitaux ou maisons de charité.

Les premiers sont pourtant les premiers pauvres du Roy et de PEtat^ et ilsseroient payés d^autant sans les charités malentendus que fait le thrésor royal à leurs dépends, et que |e corrigeray comme un arti* cle principal de dépréda^ tion, dès que je le pourray.

Quant au changement dont vous vous plaignes de ma part : i^' je vous apprends qu'à Pexception du mot d^entretien que nous avons eu, et oti je crois fort avoir adopté le parti que vous me proposâtes d'assembler les Notables, tous les autres faits sans exception que vous me détaillés ne sont de ma connaissance exacte que du moment que j'ay lu votre

m^aiant écrit pour me prier de vous recommander le député qu^elle vous envolait, je reçus une lettre de vous, au bas de laquelle est une apostille de votre main, où vous me marqués que le refus des administrateurs de faire percevoir le sol pour livre sur les octrois des hôpitaux est la principalle cause de celui que vous faites de soulage rhôpital, et vous adjoutés qu'il faut, avant de donner aucuns secours, corriger les abus de Tadministration.

Je vous répons aussiiost, cl ma lettre justifie pleinement les administrateurs, vjuand ù Tobjet du sol pour livre. Quand aux prétendus abus, je vous marque que, si vous le désirés, je me rend roi à Versailles et que )e vous rend roi à cet égard toiiis les comptes que vous pnuvés iiésirer.

lettre, les ayant tous ignoré précédemment, n'ayantpas vu ni lu une seule de vos lettres, des proci»*TerhauX| et pas même celle que fay écrit à M. Flntendant, soivant ce que vous me dites, pour le consulter ; ainsi je vous répons que je n'avois garde d'être aucunemeot occupé de ce qui vous occupoit tant.

2<> Je dis qu'à moins d'être le premier président du Parlement de Congo (passés l'expression à Tinconfiance évidente et au changement absolu que vous me reprochés), vous ne déviés pas douter un moment que j'ignorois tous ces détails et que je les ignorerois jusqu'au moment où Ton me demanderoii de prendre les ordres du Roy ou de décider Taffaire; et je vous demande si vous avés jamais vu en ce pais cy pour des affaires particulières suivre d'autre méthode que celle-cy :

on en voit le commencement par la leaure rapide

delà première lettre ou mémoire qui est envoyé (encore but-il que la matière n^ait pas un département connu de tout le monde), le renvoy fait à Tintendant des finances qui en a le département, tout le reste s'y renvoyé par les bureaux même, et l'Intendant des finances Pinstniit, ngoe ou fait signer les lettres nécessaires, etc., jusqu'à ce que Taffaire soit en état de m'étre rapportée. Je vous répons que j'en ay encore plus que je n'en peux faire.

M. de Boullongne ( i ) m'a donc enfin remis sous les yeux l'avis de M. l'Intendant et celuy des Notables : c^est Uoùj'ay vu les propositions faites par la Cour des Aydes, etc., et je vous assure que je n'ay encore pas vu aujourd'hui l'état ni les éclaircissements dont vous me parlés sur Tadministration. J'ay pensé, et cela est essentiel, quMl faut: i^ faire des retranchements et corriger des abus qu'il y a toujours dans toutes et chacune [de ces adminiitrations, sans exception, et de celles des corps de ville. JVn suis tout aussi sûr que de ceux de la finance. 20 Voir iàablir un plan au moyen duquel onconnoisse : r^quel secours en quotité il faudra, 2^ comment ce plan et ce tecoun mettront l'hôpital en état de se soutenir à perpétesté, et non pas Tobliger, comme il a fait depuis son âtbiisieraent ( j*en suis encore sûr, sans que personne me Tùdit), à toujours demander et augmenter en revenus W <Q même tems en besoins. Enfin, j'ay exclus toute espèce de secours que le Roy prendroit sur luy, et le don pMtuit .prorogé esx. un secours pris sur le thrésor royal tatqoe la guerre durera : on ne me sortira pas de là.

Eafin je vous ay mandé, ainsi que je l'ay dit au ^ttMi, non pas que je refu\ois tout secours, mais qu*on

(l) 'Uxuï des Intendants des finances ; il avait dans son départe- • les détails du Thrésor royal », les hôpitaux, etc., etc.

=i*aoroî: craint plus disposé s oq n^aroît privé le Rojr dtcemt mille énu de revcniz, pv ies àiiBcaïtés qn^ont fut de laisKT Icrer le uA pour lîrre : ci firmiidieiiient, que ce soit le Parlement ou rbopsuJ, pea mlmpone, cda n*en est pas moins vray.

Qoani i cette lettre, toos ezcnseféstin homme qui a été malade et alité.

Il y a pins d*un mois que vous avés reçu cette lettre, et vous ne m'avés pas dit la grâce d^y répondre. Je ne puis donc

me dispenser, Moiuieur, de croire que vous ne voaUs recevoir de ma part aucun éclaircisBement dans une matière qui m'est cependant particulièrement confiée.

Permettés-moy de vous Je ne pub m^empêcher

prier de me marquer quelles sont les raisons qui vous engagent à me retirer voire confiance.

L'amitié que vous m'aviés marquée jusqucs à ce moment, et à laquelle j'étais si sensible, ne me permet pas de négliger de vous faire cette prière, et Thonneur exige que vous ne me refusiés pas de m'instruire.

Je vous ai dit plusieurs fois, dans des circonstances aussi intéressantes que celle-cy, que je ne fais cas de ma place qu'autant qu'elle peut me rendre utile au service duRov. La

de rire de quelqu^un qui thésaurise sérieusement , pendant six mois, mille petits faits, défont de réponse, etc., que j^ignore, et me les garde précieusement pour me tirer cette conclusion un beau matin, pendant que, de mon côté, je suis dans la plus pleine sécurité. Si vous aviés pris dans cette affaire la précaution, dont nous étions convenu, de m^écrire un mot en particulier, portant sculement,ye vous demande de voir et répondre à tout ce que je vous écris et envoye depuis plusieurs mois

confiance que je me flatte de mériter peut seule, par conséquent, m^y donner de Pagrément, parce qu^elie peut seule me rendre utile et me faire voir que je le suis.

Je ne puis donc. Monsieur, me dispenser de vous prier de me marquer ce qui vous engage à me retirer la vôtre, et je ne cesserai de vous presser de me donner cette satisfaction.

Vous sériés en droit de m^estimer moins si j*étois moins sensible à un changement pareil à celui que je remarque en vous; et Pestime est un sentiment qu m*est dû et que j^exigerai toujours de tout Puninrs.

Je vous demande en grâce, Monsieur, de ne pas différer à me donner la satisEution que je désire, et d^étre assuré de rattachement sincère et respectueux <vtc lequel j'ai Thonneur d'être

MlROMENIL.

Ce 14 novembre 1761.

sur notre hôpital, tout auroit fini ; et, dans le cas où les affaires, une maladie, etc., m'auroit empêché de répondre promptement, un second mot particulier m'auroit relevé amicalement de sentinelle, et vous ne m'auriés pas boudé comme vous avés fait.

Quand la confiance est fondée sur Pestime, elle ne s^efface pas aussi aisément que vous Pavés pensé; et si vous aviés eu de mon caractère Popinion que je crois mériter de votre part, vous auriés plustôt imaginé mille choses que de croire que je perdois en si peu de tems une confiance si bien fondée. Adieu ; si je vous rendois la pareille, je vous ferais un grand compliment en finissant.

Je n'en feray rien.

Dl de M. LMKw^CKm -^ Ocigpuiy

MIROMESNIL A LAMOIGNON

k lê aovcmtoe 1761

q.xn. — 18 MwauUt 1761

B. de M. Larmier. — Or^^i,

MIROMESNIL A LAMOIGNON

A Rcruen. k 18 xurembre 1761.

[A l-i mr-^r-Ci q-i li Pirls^ica: * trrecstré U liécUnition du Roi Ju 20 jjic 17^: wjnr.ce es fiTeur des religieux -c la Charité(2) ».]

(i , Dédjntija iu 7 :j3};t 17?.', enregistrée le i5 novembre suivant. {Recueil des Edits, tu., ^gist^rs en la Cour du Parlement de Sormamdie^ depuis l'amnêe : - ^4 jusqu'en tfji^ I, p. 119). Le premier vingtième avÂit éié cUbli par Fédit Je mai 1749, en Tue des dépenses ce la guerre ; le second le fut par U déclaration du 7 juillet 1750 : Tarrêt j'cnregistrement a^-ait ajoutée la déclaration que le nouvel impôt serai: levé cùnfonnément aux rôles dressés pour le premier, de peiir que les contribuables ne courussent le risque d*ètre soumis par les jontrôleurs à de nouFelles et arbitraires évaluations et taxations : il parait que ces agents s*effQrçaient parfois Je relever les premières cotes.

^^2) Déclaration concernant l'exercice de la chirurgie dans les maisons de rOrdre de la Charité. (Recueil des Edits, etc., p. 344.)

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