CCXXII. — 29 iuin
B. M. R., ms. Y. 241 (6). — Minute : « Copie de la lettre de M. le
P. Président à M. le Controlleur général du 29 juin 1763. »
MIROMESNIL A BERTIN
Monsieur,
J^ai reçu votre lettre du 2 5 de ce mois. Je vous suis infiniment obligé de Tavis que vous avez la bonté de me donner, et je vais faire usage de cette marque de votre confiance pour découvrir, s'il est possible, ce que vous apréhendez. Mais, à vous parler naturellement, je doute fort que votre apréhension soit fondée.
Premièrement, je n^ai encore remarqué aucune chaleur lundy à l'assemblée des chambres, lorsqu'on a nommé des commissaires pour fixer les objets des remontrances. En second lieu je sçai que la plupart de M» du Parle» ment pensent à présent que la plus grande faute que les magistrats puissent faire est celle de cesser leurs fonctions, et que celle de donner leur démission en corps est le comble de touites les autres (i). De là je conjecture qu'il est bien difficile que l'avertissement, que Ton vous a donné, soit vrai.
Cependant comm' il ne faut jamais se rendre caution de la fantaisie des hommes ou de leur volonté (c'est à peu près la même chose), je ne prétens pas vous assurer qu'il soit impossible qu'il y ail quelque dessein formé secrettement et duquel je ne sois pas instruit. D'ailleurs les esprits
dés que le Parlement de Rouen a arresté de faire des remonstrances sur les édits et la déclaration publiés au lit de may dernier. Je me suis attendu à cette délibération, vous voudrés bien me faire sçavoir quelles en seront les suittes. »
( I ) Ce jour-là, Miromesnil fut bien mauvais prophète.
s'échauffent souvent au moment oîi I^on s'y attend le moins, et cette fermentation donne ordinairement lieu à des résolutions subites que Ton n'auroit pas prévQes. C'est pourquoy je vous repette ce que je vous ai déjà dit bien des fois : je ferai assurément de mon mieux, mais je ne me rens garant de rien.
Au surplus j^ai eu soin de tourner les choses de manière que ceux de MM. du Parlement qui ont le plus de crédit dans la Compagnie sont au nombre des commissaires (i). Par ce moyen les ayant toujours sous les yeux, je serai plus à portée de pénétrer ce qu^ils penseront, de découvrir ce qui poura se tramer et par conséquent de prendre des mesures pour détourner, sUl est possible, tout ce que je croirai capable de nuire au bien des afiEdres du Roy ou à Pavantage de ma Compagnie.
Je suis mieux avec ma Compagnie, à ce que je croi, que je n'ai jamais été. Tous les gens réellement sensés et au-dessus des préjugés déraisonnables, rendent justice à ma façon de penser. Ceux qui n*ont pas les mêmes lumières que les premiers (2), et qui sont incapables d^un certain zèle, ne me veulent ny bien ny mal. Un petit nombre, que la jalousie ou les préventions trop ordinaires contre ma place éloignent de moy, n^osent marquer hautement leur façon de penser, parce que jMvite avec attention tout ce qui pouroit leur fournir des prétextes ; et f'ai le bonheur d'être assuré d^un petit nombre d'amis sin-
(i> Après ce témoignage, il devient intéressant de connaître leurs noms. Cétaient les conseillers Le Carpentier d^Auzouville, le pcre, Detlandes, s^" de Suslandes, clerc, Boutran, s' d*Hatanville, Le Frère de Maisons, clerc, Antoine- Augustin Thomas du Fossé, Masson de Pelletot, Barthélémy-Thomas Le Couteulz, Camus de Pontcarré de Viarme, et Alexandre.
(a) Ces mots, ajoutés en interligne, de la main de Miromesnil.
cèn» et sur lesquels j'iii Heu de compter. Avec cela je ne suis pas ccrtnin d'cntruiiicr toujours la pluralité des suffrages: mais, si je dc puis pas faire toujours tout le bien que je voudrois, je puis du moins espérer d'empOchet qudque mal.
Dans le moment présent, je suis assez bien avec lesevpriis les plus attachés à de certaines maximes. Quelques discussions que j'ai ebes avec M. l'Archevêque au sujet du choiïd'un principal pour If collège, et le soin que j'ai pris d'éloigner dc cette place un homme qui auroit déplu i tout le monde cl dont le prélat luy même auroit sûrement etl du m écon lentement par la suitie, ont raprochd de moi des magistrats que de& circonstances ditfércntei en avoient éloignés. Je tâcherai de mettre à profit ces hcureusesdisposittons.ianique l'inconstance naturelle da hommes ne les fera pas changer. Je ne suis même pas fàché de trouver occasion de vous faire en passant ce petit détail, afin que vous puissiez me défendre, si par hazard M. l'Archevêque, poussé par quelques edesiasiiques subalternes qui le conduisent, se plaignoit de moy à Versailles. C'est un bon prélat, il a les meilleures intentions du monde, il veut le bien, mais il seroii à désirer qu'il si,'iït mieux choisir les moyens convenables pour le faire et qu'il fi3t en état de se déterminer sans le secours d'autruy. Mais il a le malheur des hommes bons et faibles; il craint d'être conduit ei se laisse conduire par des gens qui le compromettent.
Je reviens, Monsieur, à notre principal objet. Je stiis très persuadé que le Parlement de Rotlen ne se portera pas à donner des arrêts de défence, pourviï que ceiuy de Paris ne luy en donne pas l'exemple, car en ce cas je ne répof.drois pas que cet exeinple ne fût suivi.
Le petit imprimé intitulé Richesse de l'Etat a beau-
coup perdu de son crédit. Dès que vous m'eûtes envoie les Doutes modestes, je les fis imprimer secrctiement 1 1 1 : cette édition a été aussitôt répandue dans toute la ville et elle a commencé à produire Teffet que j'en attendois.
J^ay reçu, il y a deux jours, un autre imprimé plus étendu et plus solidement raisonné, quoique d'un stile à moitié burlesque, intitulé le Radotage du vieux notaire. Je le fais imprimer aussi, et j'aurai soin qu'il soit également répandu. Peut-être par ce moyen parviendronsnous à rassurer le public sur rétablissement du cadastre. La déclaration, pour rendre la liberté au commerce des bleds (2), fait grand plaisir à MM. de notre Société d^Agriculture et aux négociants. Mais je vois qu'elle fera quelque difficulté dans Tesprit d'un assez bon nombre de MM. du Parlement. En effet, les magistrats, natarellement peu versés dans les matières œconomiques et de pure administration, sont livrés à d'anciens préjugés qu^il faudra combattre; et, afin d*y parvenir, j ay distribué à quelques uns de mes amis un traiité de la police des grains que nous fîmes imprimer /i Xouen p^iur cet effet, M. de Brou (3) et moy, il y a quatre ou cinq nus. Je vais incessâment examiner avec M. le \*r(Knrcur général et quelques-uns de MM. du Parlement le-, projet» de nouveaux tarifs que vous m'avés envoi''; pour le» controlles, les insinuations laïques et le^ droit.s de (H;rii «cci. Je vous ai marqué que le^ corn rni%»a ire» devoicni s^assembler demain jeudy après midy, (x>iir fixer le« n\i\t:n des remontrances sur Tédit et sur Us iitldarmiau An rnoit
O) V. supra, p. 228.
(a) Du 23 mai 1763. {Reçu fil à^9 hdttt, X .,
'^3) Feydeau de Brou, îf»»«ri'tefit ;«: *",.«:;..
(l*4vril dernier. Je ne négligerai rien pour iccâéltT Ô) ouvrage.
ieiuii, avec ratucbcmcnt le plus rcspecmeat . , .
P. -S. — J'oabliuiï de vous dire, Monsicnr, quiil jrtl Baycax un nommi Le Blaac, cooiiolleur des fio^ lièmes II), qui, je croï, va me donner des tracuNM dont je me passcrois bien dans ce moment cy sunom.
Il fui rhywer dernierâ Saini-Lô. Lelieutenanig*lifal de ce bailliage (s), homme d'esprit, m'en «krivit. Jeluf marqiioy qu'il n'y avoit point d'iDCOOvénicDt «a recherches du s' Leblanc, pourvu qu'il n'en r^ttli aucune augmeaiaiion sur l?s i4Ues. Leblanc ceasi poar> lani ^on Travail à S' X^, mais il fut iravatller à Bayeiu. Avant de commencer son travail il m'écrivit. Je lay r^>ondis qu'il talloit qu'il eût soin de ne rien faire qui pût contrevenir aux modifications apposées par le Pari^ ment à l'enregiscremeni du second vingtième et à la J^ claration du troisième vingtième, qui ne permeneoipi> d'augmenter les râlles.
Enfin il vient de recommencer son travail plus fort i]iu jamais â Bayeux dans les notariats, dans le bureau du
([) De ce Leblanc il Tul queslion aux tfances det chunbmdij Parlement : le 9 mim 1 761 ■ un de M'> a dit qu'il a aprit qu'iu ti. Le Blanc est envoie dans loue les contrôles tlépcndants de li g^ TaVité Je Cacn pour vérifier les biens d'un chaquun, qu'il UliiBt aTec la plus grande exactitude, qu'il oblige m£me leitiadict (il' faroisttu) et les collecteurs k luy donner déclaration de li "■F' valeur des biens de chaque propriétaire, et qu'il prétend !tit to Jroii d'assister à l'assiette des tiillea. .. Ici le contrôleut itftm un peu les limites de ses attributions. Le 17 juin, on te pliit|I"i encore que cet agent continuait sen investigations à Bayem, «"♦ qu'on sût en vertu de quels ordre». Le Procureur général fut cbirp de prendre des éclaïrdsseiiienls.
(1} De Champeaux.
contrôlle et même chez les particuliers. Le Procureur du Roy luy aîant voulu parler à ce sujet, il luy a répondu indécemment, luy a fait des menaces, et même luy a dit que son travail étoit authorisé par Pédit du mois d^avril dernier.
Cet édit n'étant point enregistré, vous sentes. Monsieur, combien la réponse du nommé Leblanc peut aigrir les esprits, si elle vient à la connoissance de MM. du Parlement, et je ne puis pas répondre qu^elle n'y viendra point. Cest pourquoy je croi quUl seroit essentiel que vous luy fissiez ordonner de cesser touttes les recherches, qui d^ailleurs ne vous sont pas très utiles, puisque vous comptez avoir recours au cadastre.