CCXLII. —4 août
B. de M. Lormier. — Original, signé.
MIROMESNIL A LAMOIGNON
A Rouen, le 4 aoust lyôS.
Monseigneur,
Votre courier est arrivé ce matin à six heures et demie; j^ai aussitôt fait convoquer l'assemblée des chambres pour onze heures. J'ai présenté d'abord à la Compagnie votre lettre et ensuitte celle du Roy.
Je vous envoyé copie de l'arrêté qui a été fait en conséquence (i).
(1) Cette lettre n'a qu'un médiocre intérêt, mais l'arrêté qui raccompagne est assez curieux et fort honorable pour le P. Président, per-
Monsieur,
Je profile du courrier de M. de Sa i ai- Florentin pour vous écrire sur ce que je crois intéressant de vous marquer. Je ne vous tais aucun détail de ce qui s'csi passé aux chambres assemblées, n'en aiant pas le temps. Tom ce que je me borne à vousdirc c'est que les remontrances soni faiics, qu'elles ont éié lues aux comissaires cette après midy, que demain â dix heures elles seront portées aux chambres assemblées, que l'aprèsmidy elles seronicopiées. que sumedy on les mettra à la poste, ei que vous les recevras lundv.
Il me paroit qu'il y a beaucoup de chaleur dans les esprits, ei que le Parlement est disposé à une fermeté inébranlable. Je ne puis cependant prévoir quels en seront les effets.
L'on dit assés publiquement dans la ville qu'il y a un plan tout prest pour retirer 1 edii et la déclaration du mois d'avril dernier, ei qu'il est certain qu'ils n'auront pas lieu. 11 y a même des personnes qui assurent en être informées par des gens qui ont vu le nouveau projet.
L'on répand aussi dans le public que le Roy vient d'approuver des états de basiimenis considérables, tant pour Contpiègne que pour Fontainebleau ei f)our des maisons de plaisance, et l'on assure que ces états passent huit millions, rien que pour Compiégne seulement.
Ces discours publics qui reviennent à M" du Parlement contribuent beaucoup à les indisposer, et je crains tout si le Roy prend le party d'un enregistrement forcé.
Je crois, Monsieur, devoir vous avertir de tout cela. Je ne sçais encor et ne puis prévoir, si Ton fera dans ce cas des deffenses, si Ton quittera le service, si l'on remettra les charges, enfin ce que Ton fera. Mais il est certain que Ton a tout à appréhender, et que, selon toutte apparence, le Parlement de Rouen pourra donner les premiers exemples, qui seront suivis selon toutte apparence par beaucoup d'autres.
Dans de pareilles circonstances je crois que le meilleur party que je puisse prendre, et le plus utile pour le service du Roy, est de me tenir bien avec ma Compagnie et d''éviter tout ce qui pourroit donner des prétextes pour m^en séparer. Je suis persuadé quMl y a des personnes qui les cherchent, et, s'il arrivoit qu'ils pussent en venir à bout, je pcrdrois en même temps ma réputation et la faculté d'être utile au service du Roy.
C'est pour quoi, quelque party que Sa Majesté prenne, je vous prie de l'engager à trouver bon qu'en tout je suive le sort de ma Compagnie.
Si le Roy prend le party de faire un enregistrement forcé, et qu'il arrive que M'^ du Parlement exigent que, malgré les ordres du Roy, je me retire avec eux lorsque le Gouverneur ou le Lieutenant général de la province voudra transcrire Tédit et la déclaration sur les registres, je vous suplie. Monsieur, de prévenir le Roy que je me retirerai. Ils ne l'ont pas exigé dans les autres temps^ mais j*ai lieu de crpJndre qu'ils ne l'exigent aujourd'huy ; et, si je ne le faiis pas, je serai perdu dans leur esprit et par conséquent inutile au service du Roy. Songes, Monsieur, et que le Roy daigne observer que je dois me conserver
pour être toujours, s^il est possible, l'instrument de la réconciliation, et que je ne le serai plus si jamais je perds la confiance de ma Compagnie.
Au surplus, si, croiant bien faire, je me trompe et s^il arrive que k Roy soit dans la nécessité de me punir, pour faire un exemple capable de contenir les autres, sciés assuré que je me sacrifierai de tout mon cœur au bien de ses affaires. Je ne suis attaché à rien qu'à sa personne. J'aurois donné ma vie pour lui dans ses armées, si mon père avoit préféré de me destiner au service militaire, et je suis prest à me dévouer entièrement pour Sa Majesté dans l'état que j^ai embrassé.
Songes, Monsieur, qu'en paroissantm*exposer pour ma Compagnie, je puis dans d^autres occasions la retenir, et quMl faut par conséquent que je fasse tout pour me tenir en bonne union avec elle.
Ne regardés point cecy, Monsieur, comme le projet d^une teste échauffée; soies bien assuré qu'à moins que M^s du Parlement n exigent que je les suive quand ils se retireront, je resterai, et que je ne ferai rien sans nécessité. Mais comme il faut tout prévoir, je crois devoir me préparer à tout événement.
11 n'est qu'un seul cas où je ne suivrais pas peut-être M" du Parlement, c'est s'ils donnoient la démission de leurs charges. Alors je ne croirois pas devoir les imiter, premièrement parce que je tiens la mienne par serment pretté entre les mains du Roy, et que je ne puis la remettre qu'entre les mains de Sa Majesté; en second lieu, parce que je ne croirois pas devoir la quitter tant qu'il me resteroit quelque espérance de revoir M" du Parlement reprendre les leurs et leurs fonctions ( i ).
(i) Kn effet, seul, Miromesnil ne démissionnera pas.
Voilà, Monsieur, touts les détails que j*ai cru devoir vous Caire. Je ne doute pas que M. de Saint-Florentin ne vous fasse part de ceux que je lui ai fait, et que le temps ne me permet pas d'adjouter icy.
Au surplus, tachés de détromper le public sur les dépenses immenses et peu utiles qu^'il croit que le Roy fait, et engagés S. M. à faire des retranchements qui puissent frapper les ieux du peuple, qui souffre véritablement.
Les magistrats n'ont pas tord de représenter au Roy la misère de ses sujets. Il est donc nécessaire quHls voient du moins que leurs représentations ont quelque effet. C'est peut-être le plus sûr moyen de les contenir.
Je suis, avec un attachement qui ne finira qu^avec ma vie,...
MiROMENIL.
Ce 4 aoust 1 763, au soir.