X. — i*' man
B. de M. Lormier. — Original signé (1).
MIROMESNIL A LAMOIGNON
A Rouen, le icr mars 1758.
Monseigneur,
Il a été arrêté dans l'assemblée des chambres, que j^avois eu Thonneur de vous marquer qui m'avoit été demandée, que la Compagnie écriroit au Parlement de Bretagne pour le féliciter sur la grâce que le Roy a faite à deux de ses membres, en les rappelant d'exil ; on a nommé des commissaires pour composer la lettre; je les ai assemblés à cet effet, mais la lettre n'est point encore faite. Je dois les assembler de nouveau, et je vous enverrai le projet de lettre dès quUl sera arrêté (2).
On me demande l'assemblée des chambres pour M. de Bellegarde, conseiller au Parlement, qui veut donner sa démission de la commission de capitaine d^une des compagnies de troupes bourgeoises (3). Je ne crois pas que messieurs du Parlement lui permettent de la donner, et ils auroient d'autant plus de tord de le souffrir dans le
(i) En marge, de la main de Lamoignon : « Rép[ondu] 2 mars
(2) Le Parlement arrête le 20 février de féliciter le Parlement de Bretagne et de lui « marquer la satisfaction que la Compagnie ressent de rentière réunion de ses membres. » Le projet, lu et adopté le 2 mars, est inséré au Registre secret^ ainsi que le remerciement, daté de Rennes le 1 3 mars.
(3) Les troupes bourgeoises de Rouen étaient divisées en douze compagnies, comprenant chacune un capitaine, un lieutenant, un enseigne et deux sous-lieutenants ; Mr> Beaudouin de Gonseville et de Lannoy de Bellegarde, conseillers an Parlement, commandaient alors deux d'entre elles.
lO
moment présent, que ce seroit en quelque manière abandonner des droits que le Parlement réclame pour le commandement des armes. Je suis, avec respect, Monseigneur, vôtre très humble et très obéissant serviteur. *
MlROMENIL.
Xi. — a mars lySS.
B. de M. Lormier. — Autographe.
LAMOIGNON A MIROMESNIL
A VarsMUet, ie 2 laan lySS.
Je réponds, Monsieur, à vos lettres du tj février et fcr de ce moys. Je commenceray par vous observer que la datte de la dernière est fausse, attendu que je Fay reçu hyer, jour de sa datte, qui selon touttes les apparences estoit antérieure. Cette fausseté dans la datte peut s^cscuser par le privilège de la province.
Le jésuitte prédicateur a tort en tout et panotit, quelque authorité qu^il puisse citer pour soustenir la proposition qu^il a avancé ; il y a eu du moins de la témérité et de rindiscrétion de la proposer. Il y a bien de la folie dans les testes. J'en parleray au père confesseur du Roy; les supérieurs ont attention pour contenir leurs religieux ; il est difficile qu'il n'y en ayt quelqu'un qui s'échape. Vous avés heureusement terminé cette affaire par le silence.
Je parleray à M. de Saint-Florentin du sieur Girlande ; je crois qu*il a eu un ordre de s*absenter du Roy. Peut-4tr($ m^e trqmpay-^je sur ceU ; si cela n'^t pas et que ce ne soit qu'une convention. verballe qu'il sortiroit de la
ville, puisqu^il y reste, je n'y vois d*autre piu'ty à prendre que ii'instruire son fMrocès .
Je ne paiieray point à M. de Saint* Florentin de Taffaire da major.
Vooa ne pouvés pas oœpâcher k$ Itttrm que ks parlements s'écrivent les uns et les autres dans ce teiope^, pour se féliciter du retour de leurs confrères. Le Parlement de Paris en < autant tous les jours ; il faut se contenter d^apporter des adoucissements aux termes dans lesquels ces lettres sont coaceues. Vous me ferés plaisir de m^envoyer copie de la lettre du Parlement de Bretagne et de la rostre.
Adieu, Monsieur y vous fiuttes bbn de sousteair les droits
du Parlement sur le commandement des armes; mais
n^usés pas trop du privilège de la Normandie pour la
datte de vos lettres. Je présente à M^ la P. Présidente
touts mes devoirs.
De Lakoignon.
Xn. — a8 avril 1758.
B. de M. Lormicr. — Autographe (i).
MIROMESNIL A LAMOIGNON
Monseigneur,
J'ay eu ces jours-cy une allarme des plus vives que j'aie encore éprouvée depuis que je suis en place, mais grâces au ciel j'ai été assés beureux pour prévenir le coup^ et vous apprend rés en même temps par ma lettre quel étoit le mal, et quel a été le succès du remède que j^y ai apporté.
(i) Lamoignon a écrit en tête : Rép\ondu] 3o avril 17 58.
Qoo^ç:
Satnedy au soir je fus informé que M. Tabbé de Rome, curé de la paroisse de Rou ville, dans le pats de Caux ( i), avoit refusé la communion paschale au fils et aux deux filles d'un nommé Besnard, laboureur, contre lequel il est en procès au Parlement pour une petite portion de dixme.
Cet abbé de Rome est frère de M. le marquis du Bec (2], qui a épousé la fille aînée de M. de Valliquerville, premier président de la Chambre des Comptes (3). Dimanche matin, M."** du Bec vint me voir avec M. Tabbé de Rome, et j^appris de lui-même que, pour la première fois depuis douze ou' treize ans qu*il est curé de Rouville, il s*est avisé cène année de dire à son prosne quHl n^entendoit point donner la permission en général à tous ceux de ses paroissiens qui voudroient aller à confesse pour la Pasque dans d'autres paroisses d^ aller, mais qu^il donneroit à ceux qui le voudroient des permissions par écrit, et qu^il faudroit qu'ils lui rapportassent un certificat du prestrequi les auroit entendu en confession; que le fils et les deux filles du nommé Besnard lui avoient demandé des permissions et qu^il les leur avoient données, mais que, lorsqu'ils étoient venus pour se présenter afin de communier, il les avoit feit entrer dans la sacristie avant la messe pour leur demander les certificats de confession, et que, comme ils ne lui en avoient point représenté, il leur avoit dit qu^il falloit quMls lui en apportassent; que, ces gens lui aiant dit. Monsieur, vous
(i) Rouville, canton de Bolbec (Seine^lnférieure).
(a) Rome, s' de Fresquienne, marquis ou baron du Bec-Crespin ; famille parlementaire de Rouen.
(3) ThomaA-Amable-Nîcolaa de la Rivière^Lesdo, v de Valliquerville, P. P. de la Cour des Comptes, Aides et Finances de Normandie.
râTusés donc de nous communier, il leur avoit répondu que non, qu^il étoit prest à les communier^ mais qu^il falloit qu^ils fissent signer leurs certificats par le prestre qui les avoit confessés, et qu^ils sMtoient retirés.
U paroit même assés constant, par ce que j'ai appris depuis, que, le fils s'étant présenté à la sainte table, Tabbé de Rome, soit par inadvertance ou autrement, ne fut pas jusques à lui, et, après avoir donné la communion à qqel* ques personnes qui étoient de Tautre costé, avoit reporté le Saint-Sacrement dans le tabernacle.
L'abbé de Rome m'aiant dit que le père de ces jeunes gens avoit consulté plusieurs avocats et quUi y en avoit un qui le conduisoit, je fis venir cet avocat chés moi dimanche après midy. Il me rendit compte de touttes les circonstances du refus de communion, et m^avertit quUl sçavoit que Ton avoit demandé à Besnard un certificat signé d'un certain nombre de personnes qui eussent été témoins du fait, et que le certificat devoit avoir été remis à quelqu^un de messieurs du Parlement.
Vous jugés bien. Monseigneur, que cet avertissement me fit sentir combien il étoit important d''étoufrer promptement cette affaire (i).
Je vis M. Tabbé Sehyer, archidiacre, M. Rose, officiai, et M. Emangard (2), vice-gérent de Tofficialité. Ils s'assemblèrent cbés moi lundy, et je les trouvai très-disposés à me faciliter les moyens de concilier cette affaire, dont ils sentoient ainsi que moi la conséquence,' par les suittes fascheuses qu'elle auroit pu avoir, si elle eût été
(i) La fameuse affaire du refus des sacrements de Verneuil, en 1753, était encore toute récente. (Fluquet, Histoire du Parlement de Normandie, t. VI, p. 272-324.)
(2) Trois des vicaires généraux de Mgr le cardinal de Saulx- Tayannes, archevêque de Rouen.
dénoùcée au Parkibent. Ils se dMirgèrent de pAtltr à M. Pabbé de Rotné, qui paroissoît assés o{>iniélftr& et qui surtonf nt vouloît ^scoftsetftir â donfie¥ Mttns intérests au paisan. Quand k moi, je me chargtfi de documenter Tavoctt qui» conseilhit le paîsan, et qaî voûloit tirer pour soiï cKènt de gros dommages et îÉterests. l^îous convînmes de fïou^ revoit mardy, afin de nous i^ndre cotopte respectivement de ce que notïs aurîofis fait,
M. Tabbé Sehyer, lé* mardy après mWy, m'apprît qu'après bien de la rê^iétàrtce et bien dés difficultés il avoît etlfin détermîtlé l'abbé de Rome à nie faisser maître de son accommodement Èvec le paisrin, et ^it'il n'y étoit parvenu qu'en l'assurant que M. le cardinal de Ta vannes, votrloit iViaintenir dans son diocèse la tranq^uHité qui y a toûfours régné, et qdef Son Étninence lit soutiendroit jrfmais les ecclesiastîcs qui voudroient faire naître des troubles et qui s'engggeroient dans des démarches incon* sidérées.
M. de Louvres (f), avocat au Parlement, homme de condition, recommandable par sa piété, sbn mérite, et par toutes sortes de vertus, à q(ui |e m'étoîs adressé pour traitter l'affaire des interests avec l'avocat du paisan, avoit pat de bonnes raisons fait sentir à son confrère qu'il devoit engager son client à souscrire à tout ce que je déciderons.
. La matière ainsi préparée, le paysan a ét!é mandé et je Tai fait venir chés moi mercredy matin, ainsi que l'abbé de Rome. Après les avoir presché tous les dcfux séparément, je leur ai dicté, en présence de M. l'abbé Sehyer, l'acte dont j'ai l'honneur de vous envoier une copie.
Vous verres. Monseigneur, que cet acte est conçu en
(i) Langloîs de Louvres, avocat distintrué, ancien syndic.
termes très tnodérés, et qu'il n^ ^ pss un seul mot qui puisse ftvioriser le paisaB à s'écarter du respect qu^il doit à son euré. U est vrai que le présent de cinq cent livres, que j^ai bât faire par le pasteur à son paroissien, est assés considérable; mais, en appoisaiit cette aifaître, j^étofs bien aise quMl en coûtât assés au curé pour luy oster à l'avenir toutte envie de faire de pareilles tracasseries.
A peine l'acte étoit signé que Ton m'annonce un de messieurs du Parlement qui demandoit à me parler en particulier ; il venoit m'apporter le certificat dont je vous ai parlé plus haut, avec quelques autres pièces, pour me prier d'arranger cette affaire^ et, si jn ne pouvois pas y parvenir, de trouver bon que Ton en dît un mot au Parlement, afin de voir les moyens de réprimer un refus de communion de cette espèce. Je vous prie de vous représenter avec quel plaisir je lui lus Pacte qui venoit d'être signé, et je dois lui rendre cette justice quMl me marqua la plus grande satisfaction de la manière dont j'avois terminé cette affaire.
Je désire fort. Monseigneur, que vous approuviés ma coaiuitte, et que mon zèk pour le service du Roy et pour maintenir Tordre et la paix soit agréable à S. M. Le refus, que M. de Saint^Florentin m'a marqué, que le Roy avoit fait 4*accorder à ma très humt>le prière le rappel de deux ecclésiastics d'Evreux exilés depuis longtemps, me fait craindre (ie trouver souvent des difficultés à obtenir les grâces q.ue>e prendrai la liberté de demander, quoique je n'aie d'autre motif que de me faeiliter les moyens de bien servir Sa Majesté, en attirant ses biens £aits sur ses sujets; et j'avoue que cette idée m'afflige extrêmement. En effet j'ai le malheur d'être refusé dans des demandes qui ont été accordées à tous les autres Parlements. Je ne crois pas mériter non plus d'autres désagréments dont il seroit trop
long de vous faire icy le détail, mais je vous avoue que ma seusibilité a été quelques fois à de singulières épreuves. Je ne puis vous exprimer tout l'attachement et le respect avec lesquels j^ai Thonneur d'être. Monseigneur, votre très humble et très obéissant serviteur,
MlROMKNIL.
Ce 28 avril 1758.
XUI. — 29 avril 1758.
B. de M. Lormier. — Original, signé (i).
MIROMESNIL A LAMOIGNON
A Rouen, le 29 avril 1 756.
Monseigneur,
L'on m'a assuré que le Roy avoit bien voulu adoucir, en faveur des fils de maîtres, la règle que S. M. s'étoit prescrite de ne plus accorder de dispenses^ afin d^étre reçu dans les cours souveraines avant Page de vingt-cinq ans. Ce seroit assurément le plus grand bienfait que les Compagnies pouroient attendre de sa bonté, et le Parlement de Rouen est plus qu'aucun autre corps dans le cas de désirer cette grâce. Nous avons actuellement dix-sept charges vacantes, sans compter plusieurs magistrats que leur âge et leurs infirmités obligent de souhaiter du repos, et qui n'attendent pour cela que le moment où ils pouront transmettre leurs offices à leurs enfants. Il leur est souvent impossible de venir au Palais, et leur état ne
(1) En marge, de la main de Lamoignon, « Réfiondu] le 3o avril 1758. » K. en effet XHI.
contribue pas moins à rendre le service difficile que le grand nombre des charges vacantes.
La Compagnie est disposée à suplier le Roy de ne nous donner à Tavenir pour confrère que des gens qui soient fils de maîtres; gentilshommes, ou d'une naissance assez considérable dans la bourgeoisie, et d^un mérite assez connu pour quHl ne leur manque que Tavantage de la aoblesse. Je ne néglige rien pour Tentretenir dans cette disposition, parce que je suis persuadé que mieux les corps de magistrature sont Composés, et mieux le Roy et le public sont servis, et je connois nombre de gentilshommes qui s'empresseront à faire entrer leurs enfants dans le Parlement, sitôt qu^ils verront établi de n'y recevoir que des hommes de distinction.
Mais, pour faciliter l'exécution d'une résolution aussi avantageuse au service du Roy, au bien public, et à rhonneur de la magistrature, il est nécessaire que le Roy veuille bien secourir la G)mpagnie. Il arrive tous les jours que des gens de condition, qui auroient désiré de mettre leurs enfants dans le Parlement, préfèrent de les faire servir dans les armées, plustôt que de les garder dans Toisiveté depuis dix-huit ans ou vingt ans jusqu'à vingtcinq, parce que ce tems d'oisiveté peut quelquefois servir à leur faire prendre du dégoût pour quelque état que ce soit, ou à les faire donner dans bien des égaremens.
M. Duval de Lécaude, mon parent, n'a que vingtquatre ans^ mais il seroit dans le cas d'anirer sur luy la grâce du Roy; il est d'une maison distinguée dans r Echiquier et dans le Parlement, de très ancienne noblesse et dont l'origine remonte au-delà de la création même de TEchiquier (i) ; il est cousin de Madame, ger-
(i) Jean-Thomas-Charlet du Val' de Lécaude, reçu en 1758. Le bisaieul du P. P., Michel Hue, conseiller au Parlement en i63i,
malade M. Duvalde Boûneval. actueUemeni pnéaideât à mortier (i). Ainsi, quoique son. père ne soit pas conseiller au Parlement, il peut bien être considéré comme fils de maître.
M. Doisse^r (2), homme de condition, de Btsse-Nxu*'mandie, allié de plusieurs magistrats, du Parlement également distingués par leur naissance et par leur mérite, se présente aussi; mais> comme il a près de trente «ns^ cela ne souffrira pas de; difficulté.
M. Dicquelon, maître des comptes (3), se propose aussi de mettre monsieur son fils dans le Parlement ; il n'a quedixrneuf ans, mais, outre qu'il est fils de magistrat» il a encore l'avantage d'être d'une famille très-ancienne et très-distinguée dans la magistrature.
M. de Toatuit se présente aussi ; il a le même âge à la vérité, mais il est fils d'un maître des comptes (4) et neveu de M* l'Evâque de Sées (5), conseiller d'honneur au Parlement.
Enfin, j'ai:engagé le fils de Mw de Saint'- Victor (6), con«
avait épousé Marie du Val, fille de Thomas du Val de Bonneval, comme lui conseiller. — L*origtne et le nom de V Echiquier se perdent un peu dans la nuit des temps : Miromesnil n'a en vue icTque rBchiquier rendu perpétuel en 1499.
(i) André-Guy du Val, marquis de bonneval, le troisième des présidents de ce nom.
(2) Guillaume-François Douessay, reçu en 17 58.
(3) Louis-Augustin Baillard d*lclon, lieutenant général au bailliage de Longueville en 17 18, et conseiller à la Cour des Comptes depuis 1735.
(4). Pierre Néel du Toatuit.
(5) Louis-François Néel de Christot ; il avait été conseiller au Parlement de Rouen.
(6) Louis-Robert de Saint- Victor, celui-là même qui devint président à la Cour des. Gompicis» dont la riche ool&ecti«a de tableam et d'objets d'art est demeurée célèbre.
seillerde Grand^chambre, à prendre la charge de Monsieur son père, qui est âgé et infirme. Ce jeune homme étoit indécis sur le part! quMl prendroit, mais les égards que j*ai eil pour luy lui ont inspiré de rattachement polir moy, et ce sentiment Ta déterminé. Il n^a que vingt ans, mais il est fSls de maître, et je crains qu^un trop grand retardement ne me le fasse échapper.
Enfin, on m'a proposé ces jours-cy M. d'Embrun (i), homme de condition, et qui a vingt-cinq ans ; ainsi, il n^y a point de difficulté à son égard.
Je vous avoue, Monseigneur, que je suis flatté de voir que, depuis le peu de tems que je suis en place, je suis cause du parti que la pluspart des jeunes gens ont pris de se présenter pour entrer dans le Parlement, et que je serois pénétré de reconnoissance, si vous vbuliés bien engager le Roy à me faciliter par ses bontés les moyens de composer dignement ma Compagnie.
Je suis, avec respect. • .
MiROMBNIL.