XVIII. —4 septembre
B. de M. Lormier. —Autographe (i)i
MI ROM ESN IL A LAMOIGNON
Monseigneur,
J'ai vu les principaux officiers du baillage, au sujet de M. Trugard. Ils sont disposés à obéir, si le Roy juge à propos de leur donner M. Trugard pour lieutenant général de police; mais je ne puis vous dissimuler que ce sera avec la plus grande consternation, et qu^il n-y en aura aucun qui aille au si^e de police lorsquUl y présidera.
Leur indisposition a été principalement augmentée par les hauteurs de la femme de M. Trugard, qui a été trouver la pluspart d'entre eux, et les a traittés avec toutte Taigreur possible, à Poccasion des difficultés que Ton fait à son mary. Il est certain. Monseigneur, que, si vous donnés des provisions au sieur Trugard, la désunion et'
(1) En marge, delà main de Lamoigfion : « Rép\ondu] 17 sep" tembre 17SS. •
Taigreur se mettront dans cette compagnie qUi jusques à présent a toujours été fort unie. M. Trugard est un bonneste homme, mais il est extrêmement borné, et sa femme, qui a de Tesprit et de la fierté, exerce sur lui Tempire le plifs absolu. Jamais il ne pardonnera à ceux qui se sont opposés à sa réception ; sa femme ranimera sans cesse, et le trouble sera nécessairement Teffet naturel de cette inimitié. 11 faut, pour que la justice soit bien rendue, qu^il y ait de la concorde dans les tribunaux, et je vous avoue que je tremble pour le baillage de Rouen, si M. Trugard y entre (i).
Enfin, Monseigneur, si vous permettes que je vous parle naturellement, je ne serois pas fâché qu^une marque de sévérité dans le choix des officiers du baillage servît à autoriser celle que j^apporte dans le choix de ceux qui se présentent pour être conseillers au Parlement. Si vous persistes. Monseigneur, dans les mêmes dispositions, permettes que je vous suplie de donner l'exclusion formelle à M. Trugard, afin qu'il ne se fiatte pas davantage, qu'il cesse de vous persécuter par ses instances et qu'il voie à trouver un acquéreur pour sa charge.
Je vous demande mille pardons du grand détail de cette lettre, mais j^ai cru nécessaire devons rendre compta de tonnes les circonstances qui ont rapport' à cette affaire.
Je suis, avec un profond respect...
MntOMBNIL.
Ce 4 septen^re 1758.
Madame de Miromenil vous demande la permission de vous assurer de son respect.
(i) Suivent quelques détails sur la délibération du bailliage, qui eut pour effet l'envoi au Roi d'un mémoire contre la candidature de Trugard.